‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 181 sur 445 · LIVRE IX, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAPITRE IV

arraché les excroissances exotiques, déblayé les terrains de transition. Il n'y avait en Orient que deux Règles principales : celle de Saint-Pacôme et celle de Saint-Basile; il est vrai que, dans la première, il est question de conférences que le supérieur tenait trois fois par semaine, et qui étaient suivies d'entretiens entre les religieux. Or, pour se faire une idée de cet enseignement, il faut se rappeler que, parmi les sept mille personnes que Saint-Pacôme avait rassemblées dans ses Jaurès, il y avait des payens, des barbares, des pâtres, des laboureurs, des enfants qui n'avaient aucune connaissance ni des lettres, ni de la langue, ni du christianisme; ils étaient dans une ignorance si grossière de toutes choses, que l'historien de la vie de ce saint dit qu'ils* ne distinguaient pas leur main gauche de leur main droite. Que pouvait-on apprendre à ces sortes de gens, au moins à la plupart, sinon ce qu'il y a de plus élémentaire, c'est-à-dire à lire, a écrire, à parler, à comprendre les premiers principes de la religion; ce qui s'appellerait aujourd'hui faire l'école et le catéchisme (1). Il n'y avait pas autre chose dans la Règle de Saint-Basile (2).

L'abbé de Rancé prétendait qu'on ne trouvait dans la Règle de Saint- Benoît point d'études organisées, mais seulement de pieuses lectures et des méditations. Les Bénédictins répondaient : « Si saint Benoît ne prescrit point des études régulières, il ne les défend pas non plus; on peut donc s'y livrer sans scrupules. » L'abbé de Rancé répliquait : « La Règle bénédictine a disposé de tous les instants des religieux pour des exercices particuliers : leurs jours sont pleins, vous ne pouvez introduire les études, telles que vous les entendez , sans abréger ou supprimer ces exercices, conséquemment sans déranger, sans bouleverser l'économie de l'Institut. »

Les pages les plus imposantes de Mabillon étaient, sans contredit, celles où figuraient dans des listes longues et majestueuses, dans des colonnes étincelantes de gloire, les noms fameux des moines qui avaient brillé dans le monde par leur science et leurs écrits. Le savant Bénédictin avait mis une certaine complaisance à en grossir le nombre. Il semblait les avoir évoqués tous de leurs tombeaux , et tous semblaient avoir répondu à son appel. L'abbé de Rancé affrontait avec un courage imperturbable ces lignes serrées, ces phalanges compactes qui auraient fait reculer tout autre que lui. * Oui, disait-il, je vous accorde, je vous livre tous ces moines qui ont étudié les sciences et publié des ouvrages célèbres, je les admire avec vous; mais ils ont été tirés hors des limites antiques que les saints fondateurs ont posées : les uns par l'ordre de l'Église en péril qui avait besoin du secours de leurs lumières; les autres, par une vocation

(1) Réf. au Traité des Éturt. monast., p. 8, (J et suiv.

(2) Ibid.. p. 16.

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