‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 191 sur 445 · LIVRE IX, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAPITRE VI

embrasé, beau comme celui d'un ange ; viderunt faciem ejus tanquam faciem angeli.

Il demanda tout aussitôt, dans l'impatience où il était d'aller à Dieu, qu'on le mit sur la cendre et sur la paille. Le P. abbé qui était à genoux à ses côtés lui dit : « Vous voyez présentement, mon Frère, que les souffrances de cette vie sont bien peu de chose, en comparaison de la récompense et du bonheur qui la doit suivre. — Hélas! mon Père, répondit-il, je n'ai rien souffert, et je m'en vais à Dieu sans souffrir! »

Ainsi, lui qui, pendant plusieurs années, avait enduré toutes les misères et toutes les douleurs humaines : abcès, écoulement scrofuleux, toux violente, crachement et vomissement de sang, insomnies presque continuelles, maux d'entrailles qui le faisaient quelquefois tomber en défaillance, après tout cela, il s'en va, à ce qu'il dit, sans avoir rien souffert. Cet homme s'était élevé au-dessus de l'homme; il y avait de l'ange en lui.

Enfin, après avoir été quelques heures étendu sur la paille, toutes les prières étant dites, il parut désirer quelque chose; on lui demanda ce qu'il voulait. Il dit qu'il avait une grande soif. L'infirmier lui présenta de la tisane ; mais aussitôt ce parfait disciple du Sauveur se rappela son maître sur le Calvaire, refusa d'approcher ses lèvres du vase qu'on lui offrait, et dit : Jésus-Christ eut soif sur la croix et il ne voulut point boire, nolnit bibere. Ces divines paroles fermèrent sa bouche, et un instant après, plein de joie et de consolation, il rendit son âme à son créateur (I).

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