II
306 histoire de l'abbé de rangé.
au palais du Luxembourg avec les supérieurs de la Congrégation de Saint- Maur , et les engagea à garder le silence , les «assurant que si le Père Mabillon voulait aller à la Trappe , il y serait reçu très cordialement et avec beaucoup de distinction par le Père abbé qui lui témoignerait toute l'estime qu'il avait pour lui et ses confrères. Les Bénédictins représentèrent que si les choses se trouvaient encore sur le pied où elles étaient avant la Réponse on accepterait ce parti très volontiers, mais que l'abbé de Rancé ayant attaqué l'Ordre de Saint-Benoît par un écrit public, et refusant de se rétracter publiquement, on ne pouvait trouver mauvais qu'ils ne se laissassent pas condamner sans faire voir la justice de leur cause ; qu'au reste, la réponse serait si modérée et si adoucie qu'elle ne diminuerait en rien la haute idée que l'on avait de la piété et du mérite du Père abbé (4).
Comme tout ceci fut assaisonné de termes fort respectueux, la princesse ne crut pas la résolution des Bénédictins si irrévocable qu'elle perdît l'espérance de la faire changer et de résoudre le Père Mabillon au voyage de la Trappe. Elle avertit aussitôt l'abbé de Rancé qui répondit que son Altesse Royale lui avait rendu beaucoup de justice, quand elle avait cru et dit qu'il embrasserait toujours avec beaucoup de joie toutes les occasions de donner des marques de la considération qu'il avait pour le Père Mabillon et pour toute sa congrégation. «Je n'ai rien écrit à Séez de ce qu'on a mandé à votre Altesse Royale, ajoutait-il ; il est vrai cependant que, comme quelqu'un me dit que l'on me préparait une réplique sanglante, je répartis que, si l'on me disait des injures, je demeurerais en silence, mais que si on attaquait les vérités que j'avais avancées par des raisons capables d'im. poser au monde , je serais obligé de les soutenir par de nouvelles preuves plus fortes que celles dont je m'étais servi, et par conséquent plus désagréables à ceux qui y auraient intérêt.
« Votre Altesse Royale m'informe que les amis du Père Mabillon disent qu'il faudrait une conférence. A cela, Madame, je n'ai rien à répondre, sinon que j'accepte tous les moyens que l'on voudra proposer pour pacifier toutes choses par un accommodement qui soit sincère et constant (2). »
La duchesse ayant communiqué cette lettre aux Bénédictins, partit pour Alençon, en passant par les Clairets et la Trappe.
les calomnies et les invectives de D. Vincent Thuillier, religieux de la Congrégation de Saint-Maur, répandues dans son Histoire des Contestations sur les Études monastique}, insérée dans son premier tome des OEuvres posthumes de D. Mabillon, 1724, Paris* Cl. Bauche, 1725. Cet ouvrage est de Dom Gervaise; il se trouve à la suite de la défense de son Histoire de Suger (in-12, même année).
(1) V. Thuillier, Œuvres posth. de Mabill., 1. 1, p. 305 et suiv.
(2) Gollect. Hattingais, autrefois à la Biblioth. de Saint-Cyr, et maintenant Biblioth. Impér., 3009.