CHAPITRE PREMIER
De la maladie t>t de la mort de l'abbé Zozime, successeur de l'abbé de Rancé (1696).
Il y avait à peine deux mois que le nouvel abbé de la Trappe avait pris possession ; il s'était à peine montré à ses religieux. Toute sa conduite, dans ce peu de temps, avait été telle , que Ton concevait les plus heureuses espérances. Il était dans la force de l'âge; sa santé avait été bonne jusqu'alors , et on ne voyait rien en lui qui ne fit croire qu'elle serait de durée, lorsqu'il fut frappé tout d'un coup de la maladie dont il mpurut.
Le lundi 27 février, sur les six heures du soir, il se sentit saisi d'un froid extraordinaire , un peu avant Complies. Ce frisson fut suivi d'une fièvre ardente qui dura toute la nuit. Il vint voir de grand matin l'abbé de Rancé pour lui dire l'état où il se trouvait. Aussitôt qu'il entra, ce dernier vit un si grand changement sur son visage, une altération si profonde, qu'il jugea d'abord que le mal était extraordinaire, et que, selon toutes les apparences, il aurait des suites fâcheuses. En effet, il passa la journée, brûlant , comme s'il eût été dans le feu ; la fièvre redoubla sur le soir. Dès l'instant où il se vit attaqué, comme si Dieu l'avait assuré qu'il n'avait plus que quatre ou cinq jours à vivre de cette vie malheureuse qui le séparait de son véritable bonheur, il fut pénétré de reconnaissance et de joie, de ce que la miséricorde divine allait le soustraire aux inquiétudes, aux peines, aux dangers inséparables du gouvernement et de la direction d'une communauté nombreuse. Il ressemblait à un