JEAN DE MONTIGNY
ETèqae de téon, reçu à rAcadémie en janvier 1670, mort le 26 septembre ^ 1 671.
Tout ce que j'ai pu savoir de sa personne, c'est qu'il étoit fils et frère d'avocats généraux au Parlement de Bretagne, qu'il fut plusieurs années aumônier de la reine Marie-Thérèse * ; nommé ensuite à Tévôché de
' Son épitaphe rapporte ainsi ses qualités :
Hic jacet Harduinus de Perefixe de Beaumont, Ludovici XIV
regum sapientissimi sapiéntissimus prseceptor, primum episcopus
Ruthenensis, deinde Parisiensis archiepiscopus, Sorbonae provisor,
regni torquatorum equitum ordinis commendator et cancellarius;
vir corporis dignitate, ingenii praestantia, animi candore, moruni
et doctrinae puritate, bonis omnibus commendatus; intuendis
reparandisque suae sedis et ecclesise honoribus diligens, felix, mo-
destus ; sibi parcus, sibi severus, ergà caeteros liberalis et indul-
gens, qui dum banc ecclesiam per septennium pia et assidua
sollicitudine, régit, ornât, amplificat, tôt, tantisque laboribus
non defessus sed exhaustus, corpore deficiens, non animo, inspe-
rata morte suis ereptus est, dum se omnibus totum daret ; sic
Deo plenus , cœlo maturus , obiit ineunte anno M. DG. LXXI.
aeutis LXV.
> Date fausse. M. de Montigny mourut le lundi 28 septembre.
Voy. plus bas^ p. Ii8, note 2.
' La maison ecclésiastique de la Reine, femme de Louis XIV,
se composait, outre le confesseur, les chapelains, etc., d*un
grand aumônier, d*un premier aumônier, d'un aumônier ordi-
naire et de quatre aumôniers servants par quartier, c'est-à-dire
par trimestre. Jean de Montigny était aumônier ordinaire, aux
pêmes gages que le confesseur, cent quatre-vingts livres.
il8 JEAN DE MONTIGNY.
iléon; et que l'année môme qu'il en prit possession, étant allé aux États de sa province, qui se tenaient à Vitré, il y mourut. Les circonstances de sa mort se trouvent dans les lettres de madame de Sévigné. Du 20 septembre 1671 : « L'évoque de Léon a été à la dernière extrémité à Vitré, avec un transport au cerveau ; il est hors d'affaires. » — Du 23 : « Enfin, après avoir ballotté cinq ou six fois de la mort à la vie, les redoublements opiniâtres de la fièvre ont décidé en faveur de la mort, il ne s'en soucie guère, car son cerveau est embarrassé. » — Du 27 : « Le pauvre Léon a toujours été à l'agonie depuis que je vous ai mandé qu'il se mouroit; il y est plus que jamais, et il saura bientôt mieux que vous si la matière raisonne. C'est un dommage extrême que la perte de ce petit évoque ^ c'étoit, comme disent nos amis , un esprit lumineux sur la philoso^ phie*. » — Du 1®^ octobre^ : « Il mouput lundi. Ce pauvre petit évoque avoit trente- cinq ans, il étoît établi; il avoit un des plus beaux esprits du monde pour les sciences, c'est ce qui Ta tué ^, il s'est épuisé. » Par le peu qui nous reste de M. de Montîgny, on voit que la philosophie ne lui avoit pas ôté le goût de la
1 Dans une autre de ses lettres, qui est du 1^^ septembre, eUe dit qu'il était cartésien à brûler. « Mais, ajoute-t-elle, dans le même feu, il soutient aussi que les bêtes pensent. Voilà mon homme. Il est très-savant là-dessus; il a été aussi loin qu*on peuY aller dans cette philosophie, et M. le Prince en est demeuré à son avis. »
* La lettre où se trouve ce passage n*est pas du premier octobre, mais du mercredi 30 septembre. En sorte que c'est le 38, un lundi, en effet, qu'est mort l'évêque de Léon.
Le texte porte : c C'est ce qui Ta tué, comme Pascal. »
poésie et de l'éloquence. Sa prose est correcte, élégante, nombreuse 5 sa versification coulante , noble , pleine d'images. Quelques années de plus, où n'alloit-il pas? Mais mourir à trente-cinq ans, c'est, pour un homme de lettres, mourir au berceau.