‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 2 sur 158 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Touchant TAcadémie en corps, on ne peut avoir que deux questions à proposer :

I. Que lui est-il arrivé de mémorable, et qui ait contribué à maintenir, ou à illustrer cet établissement?

IL Quelles ont été ses entreprises, ses occupations?

Pour ne rien confondre, je ferai mieux de traiter séparément ces deux articles, que de suivre toujours l'ordre des temps qui eût souvent troublé Tordre des matières.

Quand on écrit l'origine d'une nation ou d'une monarchie, on fait valoir jusqu'aux moindres événements qui paroissent des pronostics de sa grandeur future. Tel a été Tusagedes anciens historiens,et c'est sans doute pour s'y conformer que M. Pellisson rapporte, comme une chose trèsrglorieuse pour l'Académie, la visite qu'en 1652, elle reçut du baron Spar, grand seigneur de

Suède*. Mais Testime qu'elle s'étoit acquise dès lors dans les pays étrangers, ne tarda pas à lui attirer une autre visite infiniment plus honorable. Je parle de celle que lui rendit la reine de Suéde elle-même, cette fameuse Christine ^, qui se plaisoit si fort au commerce des savants, et qui, presque à la fleur de l'âge, préféra un loisir philosophique aux embarras de la royauté.

Avant que de* quitter la couronne, elle avoit envoyé son portrait à l'Académie. On eut Thonneur de l'en remercier; et voici sa réponse, dont l'original est heureusement venu jusqu'à nous.

Messieurs ,

Gomme j'ai su que vous désiriez mon portrait, j'ai commandé qu'on vous le donnât; et ce présent est doublement reconnu, et par la manière dont vous Pavez reçu dans votre célèbre Académie, et par les éloquentes paroles que vous avez employées à m'en rendre grâce. J'ai toujours eu pour vous une estime particulière, parce que j'en ai toujours eu pour la vertu ; et je ne doute point que vous ne m'aimiez dans la solitude» comme vous m'avez aimée sur le trône. Les belles-lettres, que je prétends y cultiver en repos et avec le loisir que je me réserve, m'obligent même de croire que vous m'y ferez part quelquefois de vos ouvrages, puisqu'ils sont dignes de la réputation où vous êtes, et qu'ils sont presque tous écrits dans votre langue, qui sera la principale de mon désert. Je ne manquerai

* Voy. tome I, p. 146. — Le comte de Spar était des amis de la reine de Suède. Dans le recueil des lettres de Christine, on voit plusieurs lettres qu*elte écrivit à la femme du comte : elle vante sa beauté et rassure de son aflfection. ( Lettres de Christine^ reine de Suède. Vinefranche, 1759, 2 vol. in-i2, passim.

' Voy. aux Pièces justificatives divers extraits relatifs à la visite que fit la reine de Suède à TAcadémie françoise.

ARRIVÉES DANS L'ACADRMIE. 9

pas de vous en témoigner ma reconnoissance, et de vous faire

voir quand je pourrai vous être utile, que je serai toujours.

Messieurs, très-affectionnée à vous servir,

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