PAUL PELLISSON FONTANIER
('oQseiiler du Roi en ses Conseils, Maître des Requêtes ordinaires de son Hôtel, reçu à I^Âcadémie le 30 décembre iG52, mort le 7 février 1693.
Je date sa réception à l'Académie du jour qu'il y entra pour la première fois en qualité de surnuméraire. Ce fut le jour qu'il la remercia de ce qu'après avoir entendu lire son Histoire de F Académie^ elle lui avoit fait l'honneur de le nommer dès lors à la première place vacante, et d'ordonner qu'en attendant il auroit droit d'assister à ses assemblées : mais avec cette clause bien remarquable, « que la même grâce ne pourroit plus être faite à personne, pour quelque considération que ce fût. »
Vers la fin de Tannée suivante, il cessa d'être surnuméraire, et prononçant alors un nouveau discours, comme pour une seconde réception, il se plaignit « des murmures excités de tous côtés, dit-il, contre ce misérable livre, qui, tout innocent qu'il étoit, n'avoit pas eu le bonheur de satisfaire également tout le monde*. »
^ Voyez parmi les Harangues de TAcadémie celle de M. Pellisson, du 17 novembre 1653. (o.)
Aurions-nous cru, si ce n'étoit pas un fait attesté par Tauteur, que son Histoire de V Académie, un ouvrage regardé aujourd'hui comme un chef-d'œuvre par tout ce qu'il y a de personnes qui ont du goût, ait pu cependant n'être pas bien reçue à sa naissance? Pour moi, je ne saurois me persuader que les mécontents en aient voulu à la forme de cette histoire, car que voit-on en ce genre de plus achevé? Peut-on mieux narrer que H. Pellisson ? Quelle naïveté, jointe à un art infini ! « Quels tours ingénieux, sans que la simplicité en souffre! Mais surtout, et c'est par où M. Pellisson se distingue de ces écrivains qui ne parlent qu'à l'esprit, et dont l'élégance aride n'a rien qui nourrisse l'imagination du lecteur, il a le secret k de mettre dans les moindres peintures et de la vie et de la grâce ' . n
Pourquoi donc l'ouvrage dont nous parlons, le plus parfait de ceux que M. Pellisson a mis au jour, n'eut-il pas le bonheur de satisfaire tout le monde^ ? Je crois en deviner la raison. C'est la liberté qu'il prend, et qu'il a dû nécessairement prendre , de caractériser les Académiciens dont il écrit la vie. On ne sauroit presque ni louer, ni censurer impunément les gens de lettres, à moins qu'il n'y ait un long intervalle entre leur mort et le temps où l'on parle d'eux. Les censure-t-on? c'est offenser ceux de leurs amis qui leur ont survécu; leur
^ M. deFénelon, depais archevêque de Cambrai^ dans son Discours à rAcadémie. (o.)
* Sorel et Gu; Patin ont attaqué assez ouvertement ce livre, le premier en le discutant er le critiquant dans son Discours sur V Académie françoise (voy. t. I, p. 468), le second dans ses lettres, où il s*appuie sur le jugement de Corneitic (voy. dans les Lettres de Guy Patin celle du 21 octobre 1655).
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donne-t-on des louanges? c'est courir encore un danger plus évident, parce que la jalousie des vivants ne peut guère souffrir qu'on détourne, ou du moins qu'on partage Tadmiralion qu'ils exigent du public. Ainsi je comprends aisément que M. Pellisson eut des murmures à essuyer de tons côtés , quelque tempérament qu*il eût gardé, et dans ses critiques et dans ses éloges : ne disant ni trop ni trop peu , donnant finement à pénétrer les talents et la portée de chacun, ne louant que par des faits, et ne blâmant pour l'ordinaire que par son silence.
Mais pour parler exactement de M. Pellisson, reprenons les choses de plus haut, et n'oublions rien de ce qui nous peut servir à bien connoitre un de ces hommes rares dont la mémoire intéresse les honnêtes gens.
Il étoit né à Bézîers en 1624. Au nom àe Pellisson* j
' Voyez dans les nouveaux Moréris les ancêtres de M. Pellisson,
commencer par Raymond, qui fut ambassadeur de France en
Portugal^ maître des requêtes, premier président du Sénat de
Chambéry, et commandant en Savoie pour François 1«'. (o.) —
L'article du Moréri de 1752, rédigé d'après des mémoires
particuliers, permet d'établir ainsi la généalogie de Pellisson :
N. Pullisson.