P. de Doux. S.N. de Doux, 3. N. de Donx, ...
I mariée à N. de Séguier, mariéeàM.deVillette, Georges, PaUL, Marguerite, P. de Doux. Sr. da Paras. Sr. de PaHlerola. Jeanne,
I — . mariée à l^arocat Rapia-Tkaitas.
N., religieuse. N. de Favas, N. Rapin, Daniel Rapin, Sr. de
mariée i H. de Berthicr. laFare,elPaalRAP|Tf-TBOi-
R AS, rhistorien.
Raymond PeUisson fut ambassadeur de France en Portugal en
PELLISISON. 259
nom ancien dans la robe , il ajouta celui de sa mère, FonianieTy pour se distinguer de son aîné. Sa ntère, femme de beaucoup d'esprit, mais fort entêtée du calvinisme, le nourrit dans Terreur ^ Il fit ses humanités à Castres^, sa philosophie à Montauban et son droit àTou-
1536. En 1537, il fut fait président au sénat de Gbambéry; en • 1546, maître des requêtes.
Pierre Pelfisson fut le premier de sa race à embrasser la religion protestante; odieux pour ce fait à sa famille, il ne put entrer dans la succession de son père. Henri IV, pour Ten dé<dommager, le fit, en février 1583, maître des requêtes de Tbôtel de Navarre; le 31 juillet 1592, conseiller en la chambre de Tédit de Castres ; et le 28 septembre, conseiller au conseil privé ; en 1588, il épousa Anne Dubourg. (Cf.t. I, p. 45).
Jean-Jacques Pellisson fut conseiller à Castres; c'est lui qui a fait l'abrégé des Arrêts de Géraud de Maynard (Cf. t. I, p. 195). 11 épousa Jeanne de Fontanier, fille et héritière de Fr. de Fontanier, secrétaire du Roi, intime ami de M. de Loménie, secrétaire d'État. MM. de Bouillon, dit-on, sont sortis de cette famille par les femmes. La charge de J.-J. Pellisson, qui valait cinquante mille écus, fut perdue, à sa mort, pour ses enfants.
Des deux garçons laissés par Jacques, l'aîné, Georges, uniquement occupé de ses études, ne tira aucun parti d'un très-grand savoir et d'une très-belle intelligence. On a de lui cependant des Mélanges de divers problèmes qu'il publia en 1647, où il expose le pour et le contre dans des questions de physique et de morale, comme La Mothe Le Vayer. Créé conseiller d'État en 1660, après avoir rempli quelques charges en province, il vint mener à Paris une vie obscure, qu'il termina en 1677. Sa mère, qui lui avait acheté sa première charge, laissa en mourant toute sa fortune à son fils cadet, Paul Pellisson, l'auteur de V Histoire de V Académie,
Nous écrivons le nom de Pellisson comme l'illustre écrivain. 11 signait : Pellisson- Fontanier. (Voy. à la Biblioth. impér., fonds Séguier, no ^^^)
1 La mère de Pellisson, restée veuve vers 1629, fut seule chargée de l'éducation de ses enfants.
* Sous Morus, le père du célèbre Alexandre Morus, pasteur de
ÔÔO ^ELLISSON.
louse, où à peine eul-it donné quelques mois à Tétude, qu^il entreprit de paraphraser les Instiiufes de Justinîen^ A la vérité, il n'en publia que le premier livre : mais ce premier livre suffiroit pour nous faire douter que ce pût être Touvrage d'un jeune homme, si la date de l'impression n'en faisoit foi.
Peu de temps après il vint é Paris, où le célèbre Conrart, pour qui les protestants de Castres lui avoient donné des lettres de recommandation , se fit un honneur de le montrer à ces premiers Académiciens, dont sa maison étoit le rendez-vous. Tout portoit dès lors M. Pellisson à oublier sa province. Il eut cependant le courage d'y retourner, et de suivre le barreau à Castres, pour se disposer à remplacer dignement ses pères.^Maîs sa carrière ne faisoit que de s'ouvrir, lorsqu'il fut tout a coup arrêté par une petite-vérole, qui non-seulement lui déchiqueta les joues et lui déplaça presque les yeux, maisaffoiblit et ruina pour toujours son tempérament^.
l'église réformée de Charen ion. A Tâgede douze ans, ayant déjà terminé sa rhétorique, il aHi» faire sa philosophie à Montauban (1636).
* Pellisson entreprit, à Tâge de dix-neuf ans, en 1613, cette paraphrase, quMl publia plus .tard. — Cf. I, pp. 18-19.
* Pellisson se retira alors à la campagne, chez M. de La Ville'^ Bressieux, pour qui il fit une traduction, maintenant perdue, des quatre premiers livres de VOdyssée, La Bibliothèque de TArsenal (Ms. de Conrart, in-i^, t. xix) conserve une copie d*un Discours sur les livres V-IXde VOdyssée, écrite par Conrart, corrigée de la main de Pellisson. M. Marcou, qui s'occupe d'un travail spécial sur Pellisson et à l'obligeance duquel nous devons plusieurs bons renseignements, nous fournit la preuve que ce Discours est de Pellisson, en nous citant ce fragment d'une lettre écrite par lui à M. de Donneville, son ami(31 décembre i630) : « J'ai dicté quelques livres d'Homère de la manière que vous savez, » (Ms. de' Conrart, in-f% V.)
PELLISSON. 26i
AU lieu de chercher de vains secours dans Tart des médecins, il crut ne pouvoir se consoler qu'avec les iMuses', et pour cela il revint à Paris. Ses amis ne le reconnurent plus aux traits du visage. Us le reconnurent à des traits plus durables, à des manières douces et liantes, à un enjouement délicat, et surtout a une certaine éloquence de conversation, qui lui étoit particulière. Il abusoit, disoit-on, de la permission qu'ont les hommes d'être laids ^; mais avec toute sa laideur, il ii*avoit pour plaire qu à parler. Son esprit lui servoit, non pas à en montrer, mais à en donner ; et Ton sortoit d'avec lui, non pas persuadé qu'il eût plus d'esprit «[u'un autre, mais se flattant d'en avoir pour le moins
autant que lui, tant il avoit l'art de se proportionner à
toute sorte de caractères.
Parmi les personnes qu'il cultiva, et que son mérite
lui avoit données pour amies , M^'® de Scudéri tient
le premier rang'. Une parfaite conformité de génie, de
' Peut-être PellissoD y était-il venu à Tépoque où il publia, chez le libraire Sommaville, sa Paraphrase du premier livre des Insti tûtes f dédiée par lui, sous le nom du libraire, au chancelier Séguier. 11 y était à coup sûr à la fin de 1650, puisque sa première lettre à M. de Donneville est datée du 31 décembre de cette année (voy. la note précédente). Mais, en i648 et i 640, il était à Castres, comme on le voit par les registres des téances de l'Académie de Castres, dont les statuts sont datés du 19 nov. 1648. On y trouve la mention de douze morceaux plus ou moins considérables quMl y lut dans le cours de ces deux années, et dont qaelqttes-uns sont encore conservés.
> Madame de Se vigne, lettre LXXV. (o.)
* Magdeleine de Scudéri, auteur de plusieurs romans, morte à rftge de 94 ans, le 2 juin 1701. [Voyez le Journal des Savants,] (o.) Cette un de la note a été donnée dans rédition de 1743.
goût et de sentiments les avoit faits Tun pour l'autre. Jamais, peut-être, liaison si tendre ni si constante *. Ou ils se virent, ou ils s'écrivirent tous les jours, durant près de cinquante ans, hors une partie du temps que M. Pellisson fut à la Bastille, comme je le dirai tout à Theure. Un autre favori des Muses, le célèbre Sarasin, étoit de leur société. Après sa mort, qui fut prématurée, et même, à ce qu'on a toujours cru, violente^, le recueil de ses ouvrages fut dédié à M"® deScudéri^, et accompagné d'une préface où le bon cœur de M. Pellisson ne se fait pas moins sentir que la justesse de son esprit. Mais une chose qui parottra singulière, et que je n'aurois point hasardée sans la savoir d'original, c'est que Sarasin étant mort à Pézenas en 1654, et M. Pellisson passant par cette ville quatre ans après * , il se transporta sur la tombe de son ami, l'arrosa de ses pleurs, fit célébrer un service pour lui, et lui fonda un anniversaire, tout protestant qu'il étoit alors ^.
* Tallemant rapporte quelques circonstances qui se rattachent au début de celte liaison, t. ix, p. U2 (édit. in-18). — M"« de Scudéri, née en 1607, avait dix-sept ans de plus que Pellisson.
* Voy. les Mémoires de Daniel de Cosnac, publiés par la Société de THisloire de France : Tauteur y nie ce fait.
* Par Ménage, éditeur du Recueil : Les Œuvres-de M. Sarasin, Paris, Courbé, i656. 2 tomes en un vol. in-S'*. La Préface de Pellisson, très-laudative, ne compte pas moins de 72 pages. — Sur les rapports de Pellisson, Sarasin, Mlle de Scudéry et la société de leurs amis, Voy. les très-curieuses Chroniques du samedi^ que publie en ce moment M. Feuillet de Couches.
* En 1659, lorsqu'il alla prendre possession d'une charge de maître des comptes à Montpellier. 11 avoit été pourvu de celle de secrétaire du Roi en 1632, et il fut maître des requêtes en 1671 . (o.)
» D^Olivet, dans une de ses Lettres au président Bouhier (voy.
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Au reste, il n'avoit pas moins Tesprit des affaires que celui des lettres -, et lors même qu'il avoit paru faire son capital de la poésie, et d'autres semblables amusements, il n'avoit pas laissé de travailler en même temps à se faire un fonds de connoissanees utiles, qui le rendoient propre à toute sorte d'emplois '.
Tant de talents réunis , et dans un si haut degré, lui attirèrent Testime de M. Fouquet, surintendant des finances, qui le fit en 1657 son premier commis, et bientôt son confident. Quatre années tranquillement passées dans cet emploi lui firent goûter le plus doux plaisir d'une grande âme, le plaisir de pouvoir faire du bien. Mais en 1661, la disgrâce de M. Fouquet ayant éclaté, le premier commis fut mis à la Bastille^.
On crut que^ pour découvrir d'importants secrets, le vrai moyen c'étoit de faire parler M. Pellisson. Pour cela on aposta un Allemand simple et grossier en apparence, mais fourbe et rusé, qui feignoit d'être prisonnier à la Bastille, et dont la fonction étoit d'y jouer le râle d'espion. A son jeu et à ses discours M. Pellisson le pénétra : mais ne laissant point voir qu'il connût h
à la suite de cette Uisloire) y reconnaît son erreur. L^épitaphe de Sarasin n*est pas de Pellisson,. mais de Ménage, et elle figure parmi les poésies latines de ce dernier. ( Édit. des Elzév.^ p. 86.)
^ £n 1659, il fui reçu maître des comptes à Montpellier, après avoir négocié et préparé le rétablissement de la Compagnie qui avait été interdite; le 25 septembre 1660, il prêta serment de conseiller d*Ëtat, \yeu de mois après son frère, Georges Pellisson.
' Arrêté à Nantes avec Fouquet, Pellisson fut ramené à Paris, à cheval, par d*Artagnan, qui, ayant laissé Fouquet à Am boise, le conduisit lui-même à la Bastille, où Pellisson, dit Guy Patin (lettre du 6 déc. 1661), arriva « à cbeval, en bonne compagnie. »
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piège, et redoublant au contraire, ses politesses envers cet Allemand, il enchanta tellement son espion, qu'il en fit son émissaire. Il eut par là un commerce journalier de lettres avec M"* de Scudéri, et fit passer jusqu'à elle divers ouvrages qu'il avoit composés dans sa prisoa>en faveur de M. Fouquet. Quand ils parurent, on ne fut pas longtemps à en deviner Tauteur. Pouvoit-on se tromper à son genre d'éloquence ? Aussitôt plumes et encre lui furent ôtées, et Ton s'y prit de manière à empêcher qu'il n'eût la moindre correspondance au dehors.
Resserré dans un lieu isolé, qui ne prenoit jour que par un soupirail, n'ayant pour domestique et pour toute compagnie qu'un Basque stupide et morne, qui ne savoit que jouer de la musette , il crut devoir se précautionner contre les attaques d'un ennemi que la bonne conscience et le courage ne domptent pas toujours : je veux dire contre les attaques d'une imagination oisive, qui devient le plus cruel supplice d'un solitaire^ lorsqu'une fois elle s'effarouche. Voici donc à quel stratagème il eut recours. Une araignée faisoit sa toile à ce soupirail dont j'ai parlé : il entreprit de l'apprivoiser, et pour cela il mettoit des mouches sur le bord de ce soupirail, fandis que son Basque jouoit de la musette. Peu à peu Taraignée s'accoutuma à distinguer le son de cet instrument, et à sortir de son trou, pour courir sur la proie qu'on lui exposoit. Ainsi l'appelant toujours au même son , et mettant toujours sa proie de proche en proche, il parvint, après un exercice de plusieurs mois, à discipliner si bien cette arai-
gnée, qu'elle partoit au premier signal pour aller prendre une mouche au fond de la chambre, et jusque sur les genoux du prisonnier.
A rentrée du troisième hiver qu'il passa à la Bastille, lA"® de Scudéri s'étant doutée qiùl pourroit demansder un ramoneur, elle tenta cette voie pour lui écrire. Sa lettre, malgré les barrières et les ver roux, lui fut Leureusement rendue. Eh! de quelle ressource n'est pas ime sincère amitié ! Elle a toute la vivacité, toute Tindustrie de Tamour ; elle n'en a pas la folie.
Par les soins de cette amie généreuse,- qui fit parler en sa faveur les plus honnêtes gens de la cour, enfin il obtint un peu de liberté. On lui permit d'avoir des livres , il demanda la Bible et les Pères de l'Église \ il lut particulièrement les grecs, qui lui parurent si fort opposés au dogme affreux de Calvin sur la prédestination, que l'évidente £ausselé de ce dogme capital suflSt pour troubler sa conscience, et pour lui rendre suspects les autres points du calvinisme. Plus il les examina, plus il en reconnut l'erreur. ,
Après quatre ans et quelques mois de prison, il fut élargi ^ Mais, quoique catholique dans l'âme, il différa encore de quatre autres années son abjuration, par des motifs que le monde appelle principes d'honneur, mais
1 Pendant sa captivité, Tanneguy Le Fèvre lui dédia son édition de Lucrèce, avec commentaires, et sa traduction du Traité de la Superstition j de Pluiarque; le jour oii il fut permis de le visiter, le duc de Montausier, qui avait été reçu le matin au Parlement, le duc de Saint-Aignan et une foule de personnes du plus haut rang s^empressèrent de le venir voir.
que les casuistes nomment foiblesse et mauvaise honte. Tout son bien s'étoit dissipé pendant sa prison \ il ne vouloit pas qu'on pût le soupçonner de s*ètre converti par des vues de politique et d'intérêt. Telle étoit son inquiétude, quand le Roi, touché de la fermeté qu'il avoit marquée dans ce qu'il avoit cru son devoir, voulut s'attacher un si fidèle serviteur, lui assura deux mille écus de pension, et lui ordonna de se tenir à la cour. Alors sa fortune n'étant plus dans son idée un obstacle à son changement de religion, il se déroba pour en aller faire la cérémonie dans l'église souterraine de Chartres, et il la fit le 8 d'octobre 1670 \
Je ne sais pas au juste combien de temps après il prit le sous-diaconat. Mais il le prit certainement; et les protestants qui lui ont fait un crime d'avoir des bénéfices pour vingt mille livres de rente, ont appa* remment ignoré qu'il les tenoit en qualité d'ecclésiastique ^.
Tout ce qu'il a fait depuis sa conversion peut se renfermer en deux mots, car il n'eut dès lors que ces deux objets devant les yeux : l'avancement de la religion et la gloire du Roi.
^ Delort cite plusieurs lettres adressées à Golbert par Pellisson et par sa mère, pour demander soit des adoucissements à sa prison, soit des dégrevations de taxes. Dans une lettre du 29 novembre 1665, il se dit ruiné, taxé à deux cent mille livres, etc.
' Pellisson fit son abjuration entre les mains de Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin, alors évêque de Chartres et, depuis, de Tournai.
5 il étoit abbé deOimont et prieur de Saint-Orens d'Auch. (o ) — Le prieuré de Saint-Orens valait 2,000 livres, et Tabbaye de Gimont 8,000.
On n'a rien de ce qu'il écrivit à la gloire du Roi que des pièces détachées : au nombre desquelles n oublions pas ce fameux Panégyrique *, qu'il prononça dans VAcademie, et qui fut aussitôt traduit en italien, en espagnol, en anglois, en latin, et même en arabe^. Mais un grand ouvrage qu'il avoit presque fini, et dont jusqu'à présent on n'a publié que des fragments , c'est V Histoire de Louis XI F, à la prendre depuis la paix des Pyrénées jusqu'à celle de Nimègue, Témoin oculaire de tout ce qui ce qui s'étoit passé, et aussi grand maître qu'il Féloit dans l'art d'écrire l'histoire, il pouvoit donner un Tile-Live à la France, comme elle a un Sophocle et un Euripide.
Quant à son zèle pour l'avancement de la religion, les protestants s'en plaignoient si hautement dans tous leurs écrits, qu'il seroit inutile d'en alléguer d'autres preuves. Mais leurs plaintes, quel éloge pour M, Pellisson ! jamais ne tombèrent que sur l'activité de ce zèle. Car du reste ils étoient forcés d'avouer que ce grand convertisseur^, ainsi le nommoient-ils , n'usoit de sa faveur auprès du Roi que pour ménager les intérêts, tant spirituels que temporels, de ceux qui secouoient
* Voy. t. I, p. 332.
^ En arabe» par un patriarche du mont Liban. L'original était, au dix-buitième siècle, dans le cabinet du Roi, et est peut-être encore maintenant à la Bibliothèque impériale.
' Voy. une curieuse lettre de lui imprimée à la suite de Touvrage intitulé : La politique du clergé de France, La Haye, 1682, in-16, pp. 192 et suiv., où il parle de remploi qu'il fait des fonds de la caisse des nouveaujç convertis, dont il est directeur.
le joug de Terreur* ; que les revenus des économats ^ confiés à sa prudence étoient dispensés avec la plus exacte fidélité; et qu'enfin à Tégard de ses ouvrages polémiques, la controverse y étoit sans amertume, et la théologie avec des grâces^.
^ Daus une lettre de Bapin-Tboiras à Le Duchat (mai 1722), récemment publiée dans le Bulletin de la Société de l'histoire dft Protestantisme françois (6" année, p. 71), on lit ce passage décisif de la part d*un auteur qui était à la fois le neveu et le filleul de Pellisson : f Quant à la religion, il auroit fallu avoir des yeux bien perçants pour démêler ses sentiments secrets parmi ses actions extérieures, par lesquelles il affectoit sans cesse de témoigner une persuasion très-sincère de son attachement à la religion romaine, et de quelques-unes desquelles vous avez été le témoin. La seule chose qui auroit pu causer quelque soupçon, mais qui n*étoit pas publique» c*6st que, depuis son changement jusqu'aux temps de la grande persécution, il ne fit jamais aucun effort pour pervertir ni ma mère, sa sœur, ni mon père, ni mon frère afné^ ni moi.... Mais depuis que je fus arrivé à Londres, je me vis obligé à soutenir de terribles assauts contre lui. Il me tenta par toutes sortes de voies ... Voilà, Monsieur, les contrastes qui donnent quelque lieu de douter de ses sentiments intérieurs par rapport à la religion : d'un côté point d'efforts pour nous pervertir, mes frères et moi, pendant que nous avons été en France; et, de Tautre, de violentes sollicitations à mon égard dès que j'ai été hors de France. » — Sur Rapin-Thoiras , antear de cette lettre, voy. les Mémoires de Jean Rou, 3 vol. in-8^, t. ii, pages 304 et suiv.).
' Pellisson était économe des abbayes de Cluny et de Saint- Germain des Prés.
3 f II avoit fait un livre intitulé : Réflexions sur les différends de religion , dans lequel il prétendoit avoir battu les réformés eux-mêmes, il... m'écrivit... qu'il me prioit... de lui en dire mon sentiment , comme je me le dirois à moi-même, sans consulter qui que ce fût. J'obéis exactement à son ordre. Je ne sais si vous avez lu ce livre ; mais, quoi qu'il en soit, il ne respire que U
Il meltoit la dernière main à son Traité de t Eucharistie^ quand la mort le surprit à Versailles, après une foibiesse de quelques jours. C'étoit un tempérament usé par de fréquentes maladies, et par un travail opiniâtre, qu'il n'avoit pas interrompu depuis sa tendre jeunesse. D'abord il ne prit la maladie qui. l'emporta que pour un de ces épuisements passagers dont il s etoit déjà tiré cent fois. 11 l'écrivit ainsi, de sa propre main, à M"® de Scudéri, le jour même de sa mort. Il reçut ce jour-là plusieurs visites; sur le soir il se promena un peu dans sa chambre; il se mit ensuite tout habillé sur son lit, où il s*endormit, et fut trouvé mort quelques heures après. Comme il n'avoit pas reçu les derniers sacrements, ce fut assez pour faire parler l'impiété et rhérésie ' . Mais le bruit qu'elles firent ne trouva d'asile que dans quelque coin de la Hollande; ou s'il
douceur et la charité, et il établit pour maxime qu*on ne convertit point les gens en leur disant des injures et par la violence^ etc. Comme il ne m*avoit point averti qu*il fût l'auteur de ce livre, je ne le crus point de lui. Ainsi, entre plusieurs choses, je lui dis que j*approuvois beaucoup les maximes de douceur que Tauteur établissoll; mais qu'il me sembloil qu'elles venoient assez mal à pvopos dans un temps où manifestement on suivoit en France des maximes toutes contraires ; qu'il me sembloit entendre Sganarelle écrire à sa femme : f Mon cher cœur, je vous rosserai ; doux objet de mes yeux, je vous assommerai. » [Lettre de Rapin-Thoiros, citée plus haut.)
> Nous renvoyons sur c^ point, fort controversé , au Bulletin du Protestantisme français, t. IV, p. 322, t. VI, p, 76, aux Af^molres de Jean Rou, t. II, p. 304; aux Lettres de Bossuet, édit. de Versailles, 1818, t. 37, p. i7S, et enfin , par anticipation, à l'ouvrage spécial que doit faire paraître prochainement M. Marcou, et aux Chroniques du Samedi, publiées par M. Feuillet de Coflches.
lit in)pression ailleurs, ce ne fut que sur ceux qui aiment à croire que l'on meurt comme ils vivent *•
J'avois fini cet article dans mes deux premières éditions par une épitaphe latine de Sarasin qui m'avoit été communiquée par M. Tabbé Ferries, propre neveu de M. Pellisson, qu'il en croyoit le véritable auteur. Mais depuis j'ai reconnu qu'elle étoit incontestablement de Ménage^, puisqu'elle se trouve imprimée parmi ses autres poésies. Avec quelle défiance un historien doit-il employer les mémoires qu'on lui fournit, ceux mêmes qu'il croit recevoir de la meilleure main !
^ Les premières éditions portoient : « Personne, que je sache,
n'ayant fait répitaphe de M. Pellisson, j'en vais rapporter une dont
il est auteur, et qui paroît faite pour lui :
Adsta, viator : Saracenus hic jacet, Doctus, disertus ; eroditus, elegans ; Oratione qui solota commode, Idemque ^ersa scriberet féliciter ; Comis, Tenustus, et facetus, et placeas ; Aulœ peritus, et sagax, et callidus; Demi, forisque, in otio, in negotio, Pariter jocoeis et vacabat.seriis.
In cuncta rerum transiens miracula.
Luge, viator : Saracenus hic jacet.
Otons Sarasin et mettons Pellisson, la mesure du vers en souffrira; mais pour le sens il n'y aura rien qui ne cadre d*un bout à Tautre. » — Nous conservons ce passage à cause de Téloge de Sarasin, dont l'abbé d'OHvet fait un éloge de Pellisson.
* L'abbé d'Olivet fut averti de son erreur par le savant P. Oudin, son ami. Celui-ci en effet écrivoit à M. Michault, avocat au parlement de Dijon : « Quant à Tattribution de Tépitaphe à M. Pellisson, j'avertirai M. l'abbé d'Olivet, afin que s'il fait une nouvelle édition de V Histoire de V Académie française /û rende à Ménage ce qui appartient à Ménage. Une faut pas, comme vous le dites assez plaisamment, déménager les épitapbes. » (Mélanges hist, et philolog. de Michault, t. i],p. 362]
ROGER DE RARUTIN,
COMTE DE BLSSY,
Lieutenant général des Armées du Roi, reçu à TAcadémie en 1665,
mort le 9 avril 1693«
Je ne pourrois que donner ici un extrait de ses Mémoires y qui sont et seront lus de toute la France, soit par curiosité pour les faits historiques, soit par goût pour l'élégance delà diction.
Au lieu donc de les gâter en les abrégeant, j'aime mieux ne rapporter que son épitaphe, telle qu'on la lit dans Notre-Dame d'Autun, où il est inhumé. Je voudrois seulement que la forme de ce volume permît d'espacer les lignes , comme le style lapidaire le demande. •