‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 30 sur 158 · PIERRE CURE AU DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

PIERRE CURE AU DE LA CHAMBRE

Curé de Saint-Barthélemy, reçu à rAcadémie le 24 mars 1670, mort le

15 avril 1693.

A la mort de son père*, l'un des premiers Académiciens, il souhaita passionnément de lui succéder '':

* Voyez tome I, p. 262.

' Marin Gureau de La Chambre mourut en 1669 et fut remplacé par Tabbé Regnier-Desmarais. La même année, les places vacantes par la mort de Gilles Boileau, de Salomon et de Racan furent données, dans le même ordre, à Tabbé de Montigny, à Qui* nault et à Pierre de La Chambre.

Dans son discours de réception, Tabbé de La Chambre reconnaît que sa nomination est due à Tinfluence du marquis de Coislin, petit-fils du chancelier Séguier et académicien, comme son père avait été nommé par la protection de Séguier lui-même. Voici ce passage, qui montre quelle bienveillance M. de La Chambre et son fils avaient trouvée dans la famille du chancelier :

« 11 se rencontre heureusement pour moi que c'est l'héritier et le successeur de Tillustre sang et des incomparables vertus des Richelieu et des Séguier, qui m*a ouvert la barrière dans cette lice d'honneur où j'entre aujourd'hui. Je ne pou vois jamais arriver par une plus belle porte dans cette vaste carrière où je vas courir, y étant conduit par la main d'une personne en qui se confondent la splendeur. des dignités et l'éclat des vertus civiles et militaires ; qui a autant signalé son courage dans les hasards de la guerre à la tête des armées, qu'il a montré d'esprit en présidant aux États de toute une province assemblée dans le démêlement des intérêts du Roi et de ceux de son peuple, n étoit aussi de sa bonté qu'après avoir bien voulu conduire la pompe funèbre de mon père, dans les derniers devoirs que nous lui avons rendus; qu'après avoir essuyé

il. 18

â74 L*ABBÉ DE LA CHAMBRÉ.

mais quelque digne qu'il en fût, on le pria d'attendre une autre place vacante, exprès pour ôter à quiconque viendroit après lui tout prétexte de compter, en quelque façon, sur des droits héréditaireis qui dérogeroient à la liberté des élections.

Il Qt dans sa jeunesse le voyage de Rome, où il connut particulièrement le cavalier Bernin * -, et il en rapporta, ne disons pas seulement du goût pour la peinture et pour la sculpture, mais une passion sérieuse, qui le maîtrisa toute sa vie.

A l'égard des lettres , quoiqu'il les eût principalement cultivées par rapport à Téloquencé, il manquoit cependant d'une des parties essentielles de l'orateur, qui est la mémoire. Il l'avoit prompte à retenir, quand il apprenoit par cœur, mais lente à lui rendre ses mots, quand il déclamoit. Ainsi sa prononciation étoit sans force et sans grâce. Mais ce défaut n'avoit lieu que

les larmes d^une famiUe éplorée et abîmée de douleur, il eût encore assez de générosité pour nous aider à faire revivre son nom et sa mémoire» en me mettant en possession de ce que mon père a le plus chéri et estimé pendant sa vie. »

^ t M. l'abbé de La Chambre, lisons-nous dans les Mélanges de Vigneul-Marville (éd . { 702, i, 73), avoit étudié pour être médecin ; mais, frappé dès sa jeunesse d'une surdité, il se tourna du côté de réglise. On lui conseilla de voyager pour dissiper son mal. Il alla en Italie, et ce fut là quMl se lia d'amitié avec le cavalier Bernin, dont il a fait Téloge. C'étoit son dessein de donner au public la vie de cet illustre sculpteur et architecte; mais comme la réputation que le Bernin avoit acquise en France, où l'on change aisément de goût, tomba tout d'un coup et que ç'auroit été vouloir se perdre de la vouloir soutenir contre ses envieux, M. l'abbé de La Chambre abandonna ce dessein et n'en parla plus. D'ailleurs, cet abbé étoit paresseux et n'en treprenoit pas aisément de grands ouvrages. »

Page 1