‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 31 sur 158 · L*ABBÈ DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

L*ABBÈ DE LA CHAMBRE

dans ses discours d'apparat. Hors de là, et pour les prônes qu'il faisoit dans son église, il ne s'assujettissoit point à sa mémoire. Après s'être rempli du sujet qu'il vouloit traiter, il se livroit à son talent, qui étoit admirable pour le pathétique. Un cœur facile à s'émouvoir lui fournissoit abondamment ces grandes figures, ces tours animés qui sont les armes de la persuasion*. Quand donc il récitoit un discours fait à loisir, on l'admiroit froidement, il n'y étoit que disert^ -, et quand il faisoit un prône sur-le-champ, on étoit prêt d'en venir aux larmes, il y étoit orateur.

Un peu sourd dès son enfance, il Irouvoit mieux son compte à parler beaucoup qu'à prêter l'oreille, et il parloit très-bien. Mais sur le recueil qu'on a fait de ses prétendus bons mots, nous ne saurions ne pas plaindre le sort d'un homme d'esprit qui tombe après sa mort entre les mains des compilateurs^.

> Pectusest qttod disertos facU, Quintil. (o.)

* « n écrivoit peu et avec peine ; nous n^avons de lui que queW ques serinons et deux ou trois discours prononcés à l'Académie Françoise. Il disoit qu'il étoit comme Socrate qui, ne produisant rien de lui-même, aidoit aux autres à produire et à enfanter. En effet, je n'ai point vu d'homme presser davantage les bons esprits à travailler pour Tutilité publique et pour la belle gloire.» (Vigneul-Marville, loc. cit,)

Entre autres ouvrages dont il a suggéré la publication, citons : Athènes ancienne et moderne; — Journal historique de l'Europe pour Tannée 1694 fpar AUeman) ; — Nouvelles remarques de Vaugelas, publiées aussi par Alleman, f d'après un manuscrit appartenant à l'abbé de La Chambre et dont l'écriture avoit été vérifiée par M. de Montausier et par Pellisson, à qui l'écriture de Vaugelas étoit familière. »

^ Dans Vigneul-MarviUe et dans les nouvelles éditions de Mo-

â76 L'ABBÉ DE LA CRaMBREI.

Paris fut désolé par la famine sur la fin de Thiver 1693, et la paroisse de Saint-Barthélemi , pleine de menu peuple, fut bientôt accablée de mourants. Alors M. de La Chambre, non content de procurer les secours de Tâme, vend tout ce qu'il avoit le plus aimé, tableaux et livres, pour secourir la misère publique *. Il se réduit au point de n'avoir plus que sa vie à donner pour son troupeau. Enfin la contagion des brebis gagne le pasteur, et il est la victime de son zèle '.

réri. (o.) — L*abbé d*01ivet est trop sévère pour Don Bonaventure d*Argonne (Vigneul-Mar ville) à qui on doit beaucoup de renseignements exacts et très-précieux. Et ici, en particulier, il pouvait parler savamment, ayant été lié avec Tabbé de La Chambre : celui-ci même l'avait chargé de la préface des (ouvres complètes de son père, qu'il voulait publier en deux volumes in-folio. Ce recueil n'a jamais paru.

^ L'abbé de La Chambre faisoit^bon marché des ouvrages même les plus précieux qu'il possédoit. Ainsi, l'avons-nous vu donner à AUeman la libre disposition du manuscrit des Nouvelles remarques de Vaugelas ; ainsi donna-t-il à Thomas Corneille le manuscrit des notes de Chapelain sur les premières remarques de Vaugelas. (Préface en tête des Nouvelles Remarques de M. de Vaugelas, Paris, Desprez, 1690.)

' La Bruyère, qui succéda à l'abbé de La Chambre, ne manqua pas de rendre hommage aux vertus de son prédécesseur :

« Vous aviez choisi, dit-il, en M. l'abbé de La Chambre un homme si précieux, si tendre, si charitable, si louable par le cœur, qui avoit des mœurs si sages et si chrétiennes^ qui étoit si touché de religion, si attaché à ses devoirs qu'une de ses moindres qualités étoit de bien écrire. De solides vertus qu'on voudroit célébrer R)nt passer légèrement sur son érudition ou sur son éloquence ; on estime encore plus sa vie et sa conduite que ses ouvrages...; le mérite en lui n'étoit pas une chose acquise, mais un patrimoine, un bien héréditaire, si du moins il en faut juger par le choix de celui qui avoit livré son cœur, sa confiance, toute sa personne à

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