‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 33 sur 158 · LOUIS IRLÂND DE LAVAU · texte numérisé non relu

LOUIS IRLÂND DE LAVAU

Trékorier de SainUHilaire le Graud de Poitiers, Garde des livres du Cabinet du Roi ', reçu à rAcadéniie le 4 mai 1679, mort le l*^ février i694.

Il étoit d\ine noblesse des plus anciennes 5 et son père, contrôleur général de la maison de la reine Anne

discernemenl el surtout la dignité avec laquelle il a prononcé si longtemps les oracles de la justice. »

Ennemi de Mazarin, quMI regardait comme « la cause immédiate de tous les maux pendant la Fronde, » M. de Novion eut pourtant le crédit d'arrêter, momentanément du moins, la vente de la bibliothèque du Cardinal. Toy. Courriers de la Fronde, bibliotb. elzéy. II, 300. — Notes de M. Moreau.)

Lorsqu'en 1661 Fouquet fit recueillir des notes sur les membres du parlement, il reçut le rapport suivant sur le président de Novion : u Potier de Novio.n est homme de grande présomption et de peu de sûreté ; intéressé, timide lorsqu'il est poussé ; assez habile dans le palais, y ayant sa cabale composée de ses parents et amis, MM. Le Féron« Mandat, Tubœuf, son gendre, son fils, etc.: s'appliquant tous les jours à y faire de nouvelles habitudes; son principal crédit est dans la deuxième chambre ; est souvent brouillé dans son domestique; Mme Desbrosses-Choardagrand crédit sur lui; a de grands biens, particulièremeut sur le Roi; possède les aides d'Ârques (anciens et nouveaux droits), St-Denis. »

Une mazarinade attribuée à Bautru le qualifie de « tête sans cervelle. » [Mercure de la Cmtr.) — En i652, le cardinal de Retz nous montre le président de Novion < raccommodé trfs-intimement avec la cour. >

^ C'est à ce titre qu'il fut reçu à I'Acndémie,car il n'avoit composé aucun ouvrage et l'on n'a pas même conserxé le texte de son

d'Autriche, lui avoit laissé suffisamment de bien pour qu'il pût se destiner à quoi il voudroit K D'abord il espéra faire son chemin dans les affaires étrangères. Il accompagna dans cette vue les seigneurs qui allèrent de la part du Roi à l'élection de Tempereur Léopold^. Il se tint une ou deux années en Allemagne, et vit la plupart des cours du Nord, pour apprendre leurs différents intérêts. De là il passa à Rome, où il eut occasion d'éprouver que les traverses qu'ont à essuyer ceux qui se mêlent des affaires publiques sont certaines , et que leurs récompenses ne le sont pas. A son retour en France, il quitta l'épée et se mit dans Tétat ecclésiastique, non point par ambition, mais par goût, et pour jouir d'une vie paisible et réglée.

Au nombre de ses amis étoit le maréchal de Vivonne'^

discours de réception. L'abtié Gallois, qui lui répondit, ne déguisa l>as le vrai motif de raccoeil fait à Tabbé de Lavau : c U étoit, dit-il, de la justice de cette Compagnie d'avoir égard à la charge que TOUS exercez dans ce palais où elle a l'honneur de s'assembler, et il étoit raisonnable que les Muses de l'Académie françoise ayant cté reçues dans le Louvre, les Muses du Louvre fussent aussi reçues dans l'Académie françoise. »

^ Son bien ne semble pas avoir été très-considérable. — Sur sa noblesse, voyez les Lettres-patentes rapportées dans le Mf retira galant, févrîer1694 ; et Dreux du Radier, Pibl*ofh. hf'sf. du Poitou^ t. IV, p. 388.

* Léopold l*', fils de Ferdinand III et de Marie d'Autriche, soeur du roi d'Espagne Philippe IV, fut élu empereur le 18 juillet I6î»8 et^^ouronné à Francfort.

• Louis-Victor de Rochecbouart, duc de Mortemarl et de Vivonne, ami de Despréaux, qui étoit en relation de lettres avec lui. Fils de Gabriel de Rochechouart, duc deMortcmart,ctdeDiane de Grandseigne, il étoit frère de madame de Montespan, de ma-

2â0 L'ABBE DE LAVAU.

et par cette raison, M. Colbert remploya sous main pour faire réussir le mariage qu'il souhaitoit passionnément d'une de ses filles avec le duc de Mortemart ^ Ce grand ministre estimant, comme ildevoit, une telle alliance, voulut en marquer sa reconnoissance à M. Tabbé de Lavau, qui en fut le seul négociateur. Il lui donna le choix des grâces qu'il pouvoit lui procurer, charges, abbayes, pensions. Que lui demanda M. Fabbé de Lavau, préférablement à tout? Une place dans l'Académie. Il choisit de toutes les grâces qu'on lui jetoit à la tête, celle qui dépendoit le moins de M. Colbert, et pour laquelle M. Colbert devoit avoir le plus de contradiction à craindre. Car, quoique M. l'abbé de Lavau fût recommandable par sa naissance, par sa probité et par sa politesse, on doutoit qu'à toutes ces bonnes qualités il joignît; du moins jusqu'à un certain degré, les talents d'un Académicien. Mais enfin ses confrères, après l'avoir possédé quelque temps, reconnurent que la supériorité des talents pouvoit être utilement compensée par la douceur des mœurs, et par le secret de se rendre aimable.

(lame de Thianges et de la savante abhesse de Fontevrault. Né le 25 août 1636, la même année que Boileau-Despréaux, il fut fait maréchal'^de France en 1675, et mourut le 15 septembre 1688.

' Louis de Rochechouart, duc de Mortemart, fils du maréchal de Vivonne et d'Antoinette-Louise de Mesmes, qu'il avoit épousée en septembre 1655, naquit en 1663. A l'âge de seize ans à peine il épousa, le 15 janvier 1679, Marie-Anne, fille du ministre Colbert ; il eut d'elle un premier enfant né en 1681 , et ensuite quatre autres, dont le dernier naquit le 1^' janvier 1686; il mourut le 3 avril 1688, à l'âge de vingt-cinq ans.

Je vois, par les registres de rAcadémie, qu'il s'y est fait à son occasion deux règlements : dont le premier est (( qu'aux séances publiques on ne lise aucun ouvrage étranger, » c'est-à-dire, dont l'auteur ne soit pas membre de la Compagnie.

Quant à Tautre, il concerne le service qui se doit faire pour un Académicien mort, aux frais de ceux qui sont actuellement directeur et chancelier. Or il arriva que Pierre Corneille étant mort la nuit du dernier de septembre au premier d'octobre, l'abbé de Lavau et M. Racine se disputèrent Thonneur de lui rendre les devoirs funèbres. — J'étois encore directeur quand Corneille est mort, disoit l'abbé de Lavau. — Et moi, disoit Racine, j'ai été nommé directeur le jour même de sa mort, avant que le service pût être fait. On décida en faveur de l'abbé de Lavau ; et c'est ce qui donna lieu à ce mot de Benserade, où le double sens est assez visible : tt Si quelqu'un de nous, dit-il à Racine, avoit pu prétendre d'enterrer M. Corneille, c'étoit vous. Monsieur : cependant vous ne Tavez pas fait. »

Au reste , nous apprenons, par une épigramme de M. Despréaux ' , que, dans la fameuse querelle sur le mé-

* La XX^, daas les nouvelles éditions, (o.)

Ne blàmex pas Perrault de condamner Uuoière,

Virgile, Aristote, Platon ;

Il a pour lui monsieur son frère, G..., N..., Lavau y Caligula, Néron

Et le gros Charpentier, dit-on.

11 y avait deux noms d'Académiciens, et il n*y en avait que deux, à commencer par un G et par un N; c*étoient Gallois et Noviou en peut-on tirer une conséquence?

rite des anciens et des modernes, Tabbé de Lavau tenoit pour M. Perrault -, et il est juste qu'à ce sujet je dise, non en critique, mais eu pur historien, pour lequel des deux partis l'Académie parut se déclarer. Rien de plus facile. Pour cela il n'y a qu'à voir de qui elle étoit composée en 1687 ^ Alors les principaux Académiciens, ceux qui avoient le plus de réputation dans les lettres, e'étoient bien certainement MM. Racine, Huet, La Fontaine, Régnier et Despréaux. Voyons donc leur opinion.

I. Racine, dans la préface de son Iphigénie^ s'est assez expliqué ^.

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