DES VISITES FAITES AUX ACADÉMICIENS
PAR LES CANDIDATS A l'aCADÉMIE*,
Je m'étois bien douté, Monsieur, que nos dernières nouvelles académiques iroient à Dijon. Mais la renommée, à son ordinaire, n'a pas manqué de confondre le faux avec le vrai. Je suis en état de vous faire un plus fidèle récit.
Au commencement d'octobre^, un fameux avocat nous fit dire par M. Tévêque de Luçon' que, si la place vacante n'étoit point encore destinée, il désiroit passionnément qu'on le nommât pour la remplir. J'étois présent : nous répondîmes que l'Académie, qui est l'école de Véloquence, ne pouvoit qu'être flattée de s'attacher un orateur si célèbre; et que dans un temps où le barreau se distinguoit plus que jamais, nous étions fâchés de n'avoir qu'une place à offrir. On ajouta seulement que, comme plusieurs avocats se trouvoient impliqués dans une affaire dont la cour n'étoit pas contente, il devoit prendre les mesures convenables pour se ménager l'agrément du Roi. Peu de jours après, nous sûmes que tout obstacle étoit levé de ce côté-là : et dès lors
1 Voyez les Extraits de la Correspondance inédite,
* D'octobre 1733.
' L'évêque de Luçon était alors Mlchel-Celse-Roger de Bqssy- Rabutin, sacré le 20 février 1734. 11 avait été reçu à T Académie française en 1732.