VISITES DES CANDIDATS
jours le plus digne? Je ne sais s'il pourroit lui arriver, dans tout un siècle, de faire deux ou trois cboix dont personne absolument ne murmurât comme d'une préférence aveugle. Car la République des Lettres , si l'on s'en rapporte à l'idée que ses citoyens ont d'euxmêmes, n'est composée que de patriciens. Tous, depuis le philosophe jusqu'au chansonnier, croient se valoir les uns les autres. On y passe même pour très-modeste, quand on croit ne valoir pas mieux qu'un autre.
Tout cela, si je ne me trompe, fait voir que nécessairement il faut user du second moyen dont j'ai parlé, c'est-à-dire que ceux qui se proposent d'occuper une place dans l'Académie doivent lui faire connoltre leur intention.
Mais, dit-on, cela occasionne des brigues. Je n'en disconviens pas. Pourquoi n'est-il pas aussi facile de les empêcher qu'il est raisonnable de les blâmer?
Mais, dit-on encore, il s'ensuivra toujours de là qu'un homme modeste, quelque mérite qu'il ait, prendra le parti de se tenir à l'écart, pendant que la présomption et la hardiesse triompheront. C'est une conséquence mal tirée; quelque modeste que soit un orateur, un poëte, un savant, il n'en vient pas à un certain degré de mérite sans être connu malgré lui : et du moment que nous le connoîtrions, en vain tâcheroit-il d'imposer silence à l'envie que nous aurions de nous l'associer. Il n'y auroit qu'un cri dans l'Académie pour avoir un collègue si propre à nous faire honneur et à nous aider dans nos travaux.
Quand vous avez été reçu, Monsieur, vous êtes^vous
trouvé dans la dure nécessité de faire quelque démarche qui dut coûter à cette honnête pudeur, compagne inséparable du vrai mérite ? Vous étiez connu dans la Compagnie : et comment ne Tauriez-vous pas été? Pouvions-nous ignorer que le Parlement de Bourgogne possédoit un magistrat dans qui le savoir de Varron étoit réuni avec les talents d'Horace? Aussi fûmesnous attentifs à nos propres intérêts quand votre Parlement vous députa ici pour ses affaires particulières. Plusieurs de vos amis vous obligèrent de penser à une place qui vaquoit alors , et leur zèle, moins pour votre gloire que pour celle de FAcadémie, fit toutes les avances.
. Mais enfin, les visites sont-elles d'obligation? Je réponds hardiment, non : et en voici la preuve, qui est telle qu'on n'a rien à répliquer. Vous savez qui fut reçu le 25 novembre 1723. Assurément nous ne doutons ni vous ni moi que ce ne soit le moindre des Académiciens, quoi sunty 'quoique fuere^ quoique aliis erunt in annis^. Or, il fut élu dans un temps où, depuis plus de six mois, il étoit au fond d'une province éloignée. Un homme qui est à Salins rend-il des visites dans Paris? On ne laissa pas de l'élire, sur ce que les amis qu'il avoit dans la Compagnie répondirent qu'il seroit vivement touché de cette faveur*.
* Catull, fepigr. XLVII. (d.)
' L*abbé d'OIivet était nommé depuis le 20 juillet ; comme le prouve ia lettre qui suit de Tabbé Fraguier. Sa réception fut retardée par des causes que Ton trouvera plus loin dans les Extraits de ses Lettres inédités. Il est du reste facile de voir que ce
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Pour conclure, il résulte de ces raisonnements et de ces exemples, que l'obligation de ceux qui pensent à
« moindre des Académiciens, » qui était à Salins au moment de sa réception, n*est autre que Tabbé d*0]iYet.
l'abbé fraguier a l*abbé d'oliyet.
A Paris, le mardi 20* de juillet 1723, à quatre heures et demie.
« J'arrive, mon cher abbé, de l'Académie françoise, où vous avez été nommé ppur remplacer feu M. de La Chapelle. J'ai été caution pour vous que vous accepteriez avec respect et reconnoissance l'honneur que la Compagnie vous faisoit. Nous étions au nombre de vingt-deux, et l'assemblée étoit fort belle. Tout s'est passé à merveille, et l'on a bien vu que vous aviez, comme vous le méritez, de bons et solides amis. M. le cardinal [Dubois], ni M [Fleury évêque] de Fréjus n'ont pu venir. Mais comme ils s'étoient déclarés Tun et l'autre en votre faveur, je crois que vous leur devez un remercîment spécial, surtout à M. le Cardinal, au nom duquel M. l'abbé Houttevillea parlé de vous en pleine assemblée. C'est aussi mon avis que vous écriviez à M. de Fontenelle^ directeur, et à M. l'abbé Du Bos, à qui certainement vous avez obligation.Vous pourriez adresser à M. l'abbé Houtteville votre remercîment pour S. E. Comme ceci est un avertissement en forme, je vais le signer, après vous avoir fait mes très- humbles compliments, et vous avoir assuré de tous les sentiments d'amitié et de respect avec lesquels je suis. Monsieur mon cher confrère, votre très-humble et très-obéissant serviteur, Fraguier.
« [P. S,] Le^i. Hier au soir M. de Fontenelle vint me faire ses compliments pour vous et me chargea de savoir précisément de vous en quel temps vous serez à Paris. Prenez donc la peine de le lui mander, afin qu'il prenne ses mesures là-dessus^ voulant vous recevoir tous les deux, c'est-à-dire vous, Monsieur, et M. Destouches, en une même séance. Il me paroît même pressé ; et j'imagine que plus tôt cela se fera, plus vous lui ferez de plaisir, souhaitant, comme il fait, de ne point séparer les réceptions, et celle de M. Destouches ne pouvant être diflférée longtemps dans l'emploi qu'il a.
» Du reste, il faudroit vous faire une liste de tout ce que je vis hier pour vous marquer tous les compliments que j'ai reçus pour
rAcadémie se réduit à faire savoir ou par euxHtnémes^ ou par quelque Académicien , qu'ils y pensent. Voilà, dis-je, Tobligation étroite, qui pourtant n'exclut pas ce qui est dicté par la politesse. A cela près, rien de plus odieux pour nous que les visites intéressées. Je n'aurois, pour le prouver, qu'à transcrire un endroit de nos registres qui vous paroi tra décisif. Mais pendant
TOUS. M. renvoyé de Parme, M. Amfossi, M. de Larroque, M. hé^ mond, M. Tabbé Robuste (?), M. Tabbé Petriccini, sans parler des Académiciens. Vous donnerez pour longtemps de la vie et de la $anté à M. Tabbé de Ghoisy, puisqu'il n*est pas mort de joie. De vingt-deux voix, vous en avez dix-neuf, et sur les trois autres il j en a eu une de i>erdue. Je remets un plus grand détail au temps que j*aurai le plaisir de vous embrasser.
« Vous voulez bien permettre au secrétaire de mêler ses compliments à ceux que vous venez de recevoir, et de vous assurer qu41 a été très-sensible à la justice que Ton vous a rendue. l\ porta hier au soir votre santé d'Académicien à M. Tabbé F. (?) en
aoupant avec lui. »
( Ms. de la Bibl. impér., fonds Bouhier.)
^ €Du mardi 5 avril 1701. Ce jour la Compagnie a de nouveau examiné ce qu'il y avoit à faire pour obvier aux inconvénients des brigues et des sollicitations, lorsqu'il y a des places vacantes , son intention étant de les déférer uniquement au mérite, afin de rendre son choix véritablement digne de Tapprobation du Roi, son Protecteur, et de l'estime du public. Après une longue et exacte discussion, il a été résolu d'un commun consentement que désormais les sollicitations des prétendants que la coutqme avoit introduites, et qui ne sont propres qu'à rebuter les personnes les plus capables de consoler l'Académie de ses perles, ne seroient plus tolérées; que, pour en abolir l'usage, tous Messieurs s'engageroient sur leur honneur à n'avoir jamais d'égard, ni à ces sortes de sollicitations, ni à toutes les autres qui paroîiroient avoir été recherchées et mendiées ; que, de plus, chacun d'eux feroit entendre dans le public, et déclareroit à ceux qui solllciteroient, qu'elles pourroient plutôt nuire que servir ; qu'à la