VISITES DES CANDIDATS
nouvelle, sans examiner si le principe d'où Ton part est certain On pose donc ici pour principe que nous avons un statut par lequel il est dit que nous ne recevrons personne qui n'ait sollicité*. Mais ce sont de ces discours qui n'ont pour tout fondement que la possession où ils sont de ne pas être contredits.
Où prend-on, en effet, que nous ayons un statut qui contienne rien d'approchant? Tout ce qu'il y a de prescrit à cet égard, c'est qu'il se tienne pour chaque élection deux assemblées générales , convoquées exprès, où rien ne se décide que par voie de scrutin, et à la pluralité des suffrages : la première de ces assemblées étant pour déterminer quel sujet on proposera au Roi, notre Protecteur, et la seconde pour l'élire dans les formes si le Roi a donné son agrément^. ' Mais ce sujet, comment le choisir ? Ou la Compagnie jettera d'elle-même les yeux sur qui elle voudra, ou ceux qui le désirent se feront connoître à la Compagnie. Il n'y a que deux moyens, et il ne peut y en avoir un troisième.
On pencheroit sans doute pour le premier, si le titre d'Académicien étoit un simple titre d'honneur, et s'il étoit permis à la Compagnie de le donner au mérite qui seroit le plus de son goût. Mais il n'en est pas ainsi. Outre l'honneur qu'on y attache, c'est un titre qui nous met dans l'obligation de participer aux travaux de U Compagnie avec plus ou moins d'assiduité, selon que nos autres devoirs nous le permettent. Or, sous pré-
1 Voy. ci-dessus, 1. 1, pp. 60, 61, 3^9; t. II, p. 50. s Voy. les Statuts de rAcadémie française, 1. 1, p.489.
texte de faire honneur à quelqu'un, est-il juste qu a son insu on lui donne un titre onéreux ?
Je doute que M. Pellisson eût assez fait réflexion làdessus , quand il dit que « Messieurs de l'Académie, lorsqu'ils ont à se choisir un collègue, devroient toujours nommer le plus digne, sans même qu'il s'en doutât ^ » Car enfin, Monsieur, ne peut-il pas arriver que celui qu'on aura nommé ait des raisons pour ne point accepter ? On oflrira donc alors cette même place à un autre, et puis peut-être à un autre encore. Qu'y auroitil, et de moins convenable à la dignité de la Compagnie, et de moins flatteur pour celui à qui la place demeureroit?
« Personne, dit M. Pellisson, ne refuseroit cet honneur^. » Vous voyez qu'il en parle toujours comme d'un bénéfice sans charges. « Ou, ajoute-t-il, si quelqu'un étoit si bizarre, toute la honte et tout le blâme en seroit sur lui. )> Oui, s'il refusoit avec mépris et par caprice-, mais non, s'il remercioit avec politesse, avec reconnoissance , et par un principe de probité^ alléguant que son emploi ou ses infirmités ne souffrent pas qu'il vaque à nos exercices, et ne voulant point contracter un engagement qu'il n'est pas le maître de remplir.
Quand même cet inconvénient seroit peu à craindre, m seroit-ce pas pour l'Académie une difficulté bien grande, ou plutôt insurmontable, que de choisir tou-
* Histoire de VAcadémiey t. i, p. 318. (o.) ' Cet honneur fut pourtant refusé plus d'une fois. — Voy. cidessus, p. 30.