EXTRAIT DES MÉMOIRES
jets agréables. L'abbé Tallement le jeune prononça trois ou quatre fois des discours d'éloquence très-beaux^ mais surtout si bien prononcés qu'il enlevoit tous les auditeurs. La satisfaction qu'en reçut le public, et particulièrement M. Colbert^ fut cause de sa fortune ; il lui fit donner par le Roi le prieuré de Sausseuse proche Vernon^ et une pension de 1^500 livres, espérant qu'il en feroit un excellent prédicateur. Il avoit commencé^ dès sa jeunesse, à s'appliquer à la prédication où il réussit beaucoup ; mais, ayant voulu s'y remettre après dix ans d'interruption, il ne se retrouva plus le même et abandonna tout.
Dans ce temps, M. le Chancelier, protecteur de l'Académie vint à mourir. Le Roi, qui aime cette Compagnie, ne dédaigna pas de lui succéder dans la place de Protecteur de l'Académie françoise. 11 voulut qu'elle tint à l'avenir ses assemblées dans le Louvre, au même endroit où se tenoit le Conseil lorsque Sa Majesté y logeoit. M. Dumetz, garde des meubles de la couronne, eut ordre de meubler cet appartement; ce qu'il fit avec une propreté et même une magnificence qui marquoient l'amour qu'il a pour les belles-lettres et ceux qui en font profession. M. Colbert, afiTectionnant fort l'honneur de la Compagnie, porta le Roi à lui donner tous les livres doubles de sa bibliothèque royale, ce qui forma une belle petite bibliothèque. Il fît encore acheter tous les livres de ceux de la Compagnie qui étoient morts et n'avoient point d'héritiers qui pussent les fournir; ce qui alla à sept ou huit cents volumes. L'intention étoit que tous ceux de la Compagnie qui composeroient des ouvrages en missent un exemplaire à cette bi|j|liothèque; ce qui, avec le temps, auroit fait un amas de livres très-beaux et trèshonorables à la Compagnie; mais cela n'a pas été observé fort exactement.
Lorsque j'entrai dans l'Académie, l'élection des Académiciens se faisoit de cette sorte. Un mois après la mort d'un Académicien, un de la Compagnie, après en avoir parlé avec quelquesuns de ses amis de la Compagnie, disoit : nous avons perdu M. tel, etc.; je crois que nous ne pourrions mieux faire que de jeter les yeux sur U. tel, pour remplir sa place ; vous comioissex