DE CHARLES PERRAULT
taire du cabinet^ et qui depuis a été de l'Académie, que Ton doit cette distinction. Voici comment la chose se passa :
Le Roi jouoit à la paume à Versailles^ et après avoir fini sa partie, se faisoit frotter au milieu de ses officiers et de ses courtisans, lorsque M. Rose qui le vit de bonne humeur et disposé à entendre raillerie, lui dit ces paroles : « Sire, on ne peut pas disconvenir que Votre Majesté ne soit un très*grand prince, très-bon, très-puissant, et très-sage, et que toutes choses ne Boient très-bien réglées dans son royaume. Cependant j'y vois régner un désordre horrible dont je ne puis m'empêcher d'avertir Votre Majesté. — Quel est donc. Rose, dit le Roi, cet horrible désordre? — C'est, Sire, reprit M. Rose, que je vois des conseillers, des présidents et autres gens de longue robe, dont la véritable profession n'est pas de haranguer, mais bien de rendre justice au tiers et au quart, venir vous faire des harangues sur vos conquêtes, pendant qu'on laisse en repos là-dessus, ceux qni font une profession particulière d'éloquence. Le bon ordre ne voudroit-il pas que chacun fit son métier, et que Messieurs de l'Académie françoise, chargés par leur institution de cultiver le précieux don de la parole, vinssent nous rendre leurs devoirs en ces jours de cérémonie où Votre Majesté veut bien écouter les applaudissements elles cantiques de joie de ses peuples sur les heureux succès qu'il plaît à Dieu de donnera ses armes? —Je trouve. Rose, dit le Roi, que vous avez raison; il faut faire cesser un si grand désordre, et qu'à l'avepir l'Académie françoise vienne me haranguer comme le Parlement et les autres Compagnie supérieures. Avertissez-en l'Académie, et je donnerai ordre qu'elle soit reçue comme elle le mérite. »
M..., qui était alors directeur, suivi de toute l'Académie en corps, alla haranguer le Roi à Saint-Germain à la suite du Parlement et de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aides. Elle fut reçue comme ces Compagnies. Le grand-maître des cérémonies alla la prendre dans la salle des Ambassadeurs, où elle s'étoit assemblée, et la mena jusqu'à la chambre du Roi, où le secrétaire d'État de la maison du Roi se trouva et la présenta à Sa Majesté qui Tattendoit. La harangue plut extrême-