‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 76 sur 158 · PROCÈS DE FURETIÈRE · texte numérisé non relu

PROCÈS DE FURETIÈRE

dmnts Académiciens, ne cessera de répéter les éloges des bons, c'eat-à-dire de ses amis, qu'il a déjà nommés ailleurs.

Furetière s'écarte un peu de sa défense; il l'avoue, et il y ror vient pour répondre à trois griefs que lui reproche l'Académie. C'est ainsi qu'il se justifie : 1** d'avoir volé le travail de l'Académie; comment Taurait-il pu faire? S'il l'eût pu faire d'ailleurs, il est certain qu'il ne l'auraif pas voulu ;— 2*» d'avoir acheté son Dictionnaire des mains d'un pauvre hère d'avocat nommé Margane, au lieu de l'avoir fait lui-même; — 3" d'être si ignorant, qu'il a laissé trente mille fautes dans son Dictionnaire, comme si Ton pouvait juger d'un ouvrage sans l'avoir vu, ou juger d'une œuvre entière par des essais imprimés à la dérobée à cause de l'opposition qu'on prévoyait.

Troisième factum, — Cette dernière pièce est donnée comme servant d'apologie aux deux précédentes, qui ont été supprimées par sentence du procureur du Roi. Cette sentence, dit l'auteur, a été obtenue du procureur du Roi par surprise, et exécutée par ceux-là même qui l'avaient provoquée, dans des formes outrées qui répugnent à la justice. Le sieur Charpentier n'a-t-il pas payé des colporteurs pour s'aller poster huit jours durant à la porte de Furetière et crier à tue-tête cette condamnation , afin de le décrier dans son voisinage et parmi le petit peuple qui ne prend point connaissance des affaires? Combien Furetière nVt-ii pms été vengé par le succès qu'il a obtenu auprès des connaisseurs^? Il n'y a pas une bibliothèque, celle du Roi la première, qui n'ait avidement recherché ses factums.

Examinant, en droit, cette sentence rendue contre lui, Furetière s'attache à prouver, pour se défendre : 1® que la sentence n'est pas valable, puisqu'il n'a pas comparu; 2* que le procureur du Roi, à la diligence duquel elle est rendue , n'avait pas le droit de la demander; car, s'il représente le Roi, il ne peut représenter l'Académie, qui doit plaider sous le nom de Son Directeur; 3- que l'Académie ne pouvait se porter partie formelle contre lui, parce qu'il n'attaque pas l'Académie en corps, et que, si l'on 2^ droit 46 lui demander des réparations pour ceux dcmt

il a fait la critique, ceux-là lui doivent des rcmercîments dont il a fait Téloge; 4° que ses mémoires ne méritent pas le nom de libelles diffamatoires, puisqu'ils ne sont pas imprimés sans nom d'auteur, qu'ils ne contiennent aucune calomnie, qu'ils n'ont pas été publiés sans cause légitime , qu'ils n'ont point engagé l'attaque, et enfin qu'il n'a divulgué aucun vice secret de ses adversaires ni allégué d'autres faits que ceux qui regardent la littérature.

La seconde partie de ce factum est un modèle d'ironie. Furetière justifie avec infiniment d'esprit ce qu'il a dit de quelques Académiciens en particulier : les deux abbés Tallemant, Le Clerc et Boyer,Quinault, Charpentier, Barbier d'Aucour, Lavau, Doujat, Benserade, La Fontaine, Régnier-Desmarais et Perrault. Il ajoute : « Si, en général, j'ai appelé jetonniers ceux qui sont assidus à l'Académie, ... encore n'ai-je pas la gloire de l'invention de ce titre; elle est due au grand Corneille, qui en a été le parrain, et qui donna un billet d'exclusion au sieur de La Fontaine parce qu'il le jugeoit dangereux aux jetons, sur le fondement que c'étoif un misérable qu'on nourrit par charité, et qui en a besoin pour subsister. »

Enfin, dans une troisième partie, Furetière fait voir que, par le privilège des lettres, les auteurs sont en possession immémoriale d'écrire les uns contre les autres : et ce morceau n'est pas le moins piquant du recueil.

Ces trois factums, qui font la matière du premier des volumes que nous avons cités, contiennent les preuves des faits qu'il a avancés, et, par suite, l'histoire de son procès appuyé sur des pièces judiciaires. Il y a joint les témoignages favorables qui ont été rendus de lui par des hommes considérables de France et de l'étranger; quelques pièces dirigées contre l'Académie et divers Académiciens, enfin les nombreuses épigrammes échangées entre lui et ses adversaires.

On sait quelle fut l'issue de cette lutte. Furetière fut chassé de l'Académie; mais on ne lui donna de successeur qu'après sa mort. Ce n'est qu'après sa mort aussi que parut son Bictionnaire, en trois volumes in-4'', qui oqt été sucççsçivemeot auç-

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