RÉCEPTION DE LA FONTAINE A L'ACADÉMIE
« La Fontaine, qui désiroit vivement être nommé, mitdan^^ cette affaire plus de suite et de constance que son caractère ii dolent ne sembloit le comporter. Il écrivit^ dit-on, une lettrcr à un prélat, membre de l'Académie, pour témoigner quelques regrets de la licence de ses écrits et pour promettre de n'en plus composer de semblables. Gomme il craignoit la concurrence de Boileau , il le pria de se désister en sa faveur. Boileau Ipi dit que, si l'Académie lui faisoit Thonneur de le nommer, il accepteroit, mais qu'il ne feroit aucune démarche. Cependant les amis de Boileau cherchèrent, autant qu'ils le purent, à empêcher la nomination de son concurrent; un d'eux, l'abbé Rose, jeta sur la table de l'Académie un des volumes des Contes de La Fontaine, comme pour faire honte à la Compagnie de penser à choisir un homme qui étoit l'auteur d'écrits aussi licencieux. S'apercevant qu'il n'avoit pas produit, par ce moyen, beaucoup d'impression, il dit avec humeur : «Je vois bien, messieurs, qu'il vous « faut un Marot. — Et à vous une marotte, » répliqua vivement Benseradc, qui ojpinoit pour La Fontaine. Cette bouffonnerie de Benserade fit rire, et l'opinion de Benserade, si hautement déclarée, eut sur plusieurs membres, encore incertains, une heureuse influence pour La Fontaine.
(( Au premier scrutin, La Fontaine eut seize voix, et Boileau sept. Lorsque l'ordre donné par Louis XIY de surseoir à la nomination de La Fontaine eut été retiré, l'Académie le nomma à la première place ; et, sans attendre la réception de Boileau, elle se hâta de procéder à celle de La Fontaine, qui se fit dans la séance publique du 2 mai 1684.
c( Cette séance commença pkr le discours du récipiendaire.... L'abbé de la Chambre lui répondit. Perrault lut ensuite une épître chrétienne de consolation à un homme veuf.... Après
* Voy. pp. 24et3K