De mundo non curare. 6. Ne se soucier point du
monde.
Peut-être que depuis, et avec le temps, on ajouta de nouvelles lois à ces premières; mais quoi qu'il en soitj
il est bien certain qu'à mesure qu'une Compagnie grossit, et qu'elle se compose d'un plus grand nombre de personnes, qui n'ont pas toutes un même génie, ni un même esprit, et qui en mourant doivent faire place à d'autres, elle a besoin de quelque plus grand nombre de statuts, pour éviter la confusion et le désordre.
Ceux de l'Académie françoise contiennent cinquante articles', écrits d'un style tel que doit être celui des lois, clair, brief et simple, sans aucune affectation de raisonnement.
J'en rapporterai seulement quelques-uns des principaux , passant par-dessus les autres, dont il y en a plusieurs qui ont été ou changés expressément par une délibération de tout le corps, ou abrogés tacitement par l'usage, comme il est arrivé de tout temps, et comme il arrivera sans cesse en toutes les sociétés humaines.
Par ces statuts, l'Académie doit avoir un sceau, pour sceller en cire bleue tous les actes expédiés par son ordre. En ce sceau doit être gravée l'image de son Instituteur, avec ces mots : Armaxd cardixâl duc de Richelieu , protecteur de l'Académie françoise, établie en Van 1635.
Elle doit avoir aussi un contre-sceau où doit être représentée une couronne de laurier, avec ces mots : A L'IMMORTALITÉ.
Elle doit avoir trois officiers, un Directeur, un Chancelier, un Secrétaire, et outre cela, un Libraire.
^ Nous donnons aux Pièces justificatives le texte original des Statuts de l'Académie.
La fonction du Directeur est de présider aux assemblées, d'y faire garder le bon ordre, le plus exactement et le plus civilement qu'il peut, 'et a comme il se doit entre personnes égales, » ce qui est ainsi exprimé dans les Statuts. Il doit recueillir les avis, suivant le rang oii les Académiciens se trouvent fortuitement assis, commençant par celui qui est à sa main droite, et opinant lui-même le dernier, après les deux autres officiers, comme ceux-là après tout le reste de l'assemblée.
La fonction du Chancelier est de garder les sceaux, et de sceller tous les actes expédiés par l'ordre de l'Académie.
La fonction du Secrétaire est d'écrire les résolutions et d'en tenir registre, signer tous les actes, garder tous les titres et tous les papiers de l'Académie, et expédier des certificats à ceux du corps, qui ont besoin de justifier qu'ils en sont. Il doit aussi écrire les lettres de l'Académie ; et sur ce sujet il faut remarquer, en passant, que l'Académie en fait de deux sortes. Tantôt toute la Compagnie parle dans la lettre, et alors on signe ainsi, par exemple, Fos- très-humbles serviteurs , COiNRART , secrétaire de l'Académie française. Tantôt il n'y a que le Secrétaire qui parle de la part du Corps en cette forme, ou quelque autre semblable, L'Académie ma ordonné de vous écrire.^ et alors il signe de même que si c'étoit pour ses affaires particulières, excepté que comme il écrit pour un corps, il est plus réservé aux termes de la souscription des lettres.
En l'absence du Directeur, le Chancelier préside aux
a8 STATlïS
assemblées ; et en l'absence de tous les deux, le Secrétaire.
Le Secrétaire est perpétuel et à vie -, mais le Directeur et le Cbancelier se doivent changer de deux mois en deux mois'. On a prolongé pourtant quelquefois ce terme d'un commun consentement, en diverses occasions. Messieurs de Serizay et Desmarests, qui furent les premiers dans ces deux charges au commencement de l'Académie, les exercèrent jusques à son entier établissement, c'est-à-dire près de quatre ans , depuis le 13 mars 1634;, jusqu'à l'onze janvier 1638, quoiqu'ils eussent, durant ce temps-là, prié fort souvent la Compagnie de leur donner des successeurs ^. On ne trouve plus dans les registres de prolongations si grandes ; mais il y en a plusieurs autres moindres , comme de quatre mois, de six mois, et d'un an entier.
Le Libraire de l'Académie est aussi perpétuel, quoiqu'il soit reçu avec cette condition, tant qu'il plaira à la Compagnie , qui signifie seulement qu'elle seroit en liberté d'en prendre un autre . si bon lui sembloit. Sa charge est de se trouver aux assemblées de l'Académie le plus souvent qu'il peut, pour recevoir ses ordres, et d'imprimer ses ouvrages et ceux des particuliers Académiciens, qui auront été examinés par elle, et à qui elle aura donné un certificat de son approbation. Le statut, dont on commence pourtant à se dispenser depuis peu , porte que c'est à ces ouvrages seulement
' Aujourd'hui , et depuis très-longtemps , c'est seulement de trois mois en trois mois. (0.)
Registres, 8 janvier 1653, et ailleurs.
DE L'ACADÉMIE, o9
qu'il est permis de mettre, Pai- un tel de V Académie françoise^ et qu'ils ne peuvent être imprimés par autre libraire que celui-là', qui est obligé de n'y rien changer après l'approbation de l'Académie, à laquelle, pour cet effet, il prête serment lorsqu'il est reçu en cette charge.
Le Directeur et le Chancelier doivent être élus par sort en cette forme. On prend autant de ballottes blanches qu'il y a d'Académiciens à Paris, entre lesquelles il y en a deux, dont l'une est marquée de deux points noirs, et l'autre d'un seul ; toutes ces ballottes ensemble sont mises dans une boîte ; chacun des Académiciens présens en prend une -, on en prend aussi pour tous les autres qui sont a Paris, encore qu'ils ne soient pas alors dans l'assemblée; celui qui trouve la ballotte marquée du point noir est Directeur -, celui qui trouve la ballotte marquée de deux points noirs, est Chancelier.
Que si le sort tombe sur le Secrétaire pour l'une de ces charges, il peut la remplir, comme je le trouve dans les registres ^, et elle n'est pas incompatible avec la sienne.
On a remarqué comme un caprice de la fortune, que depuis le commencement de l'Académie jusques à maintenant, M. Chapelain, qui est sans doute des plus considérables de la Compagnie, ne s'est jamais trouvé directeur ni chancelier.
Quant à la charge de Secrétaire, on n'y peut parve-
' Registres, 7 juillet 1641; — !<=' décembre 1642; — 2o août
nir quo par les suffrages des Académiciens assemblés
au nombre de vingt pour le moins.
Le même nombre de vingt est nécessaire pour élire ou pour destituer un Académicien '. Ces élections et destitutions se font par ballottes blancbes et noires. Pour élire, il faut que le nombre des blancbes passe de quatre celui des noires ; pour destituer, il faut que celui des noires passe de quatre celui des blancbes.
Il y a un article par lequel personne ne peut être élu, qu'il ne soit agréable au Protecteur. Voilà pourquoi quand il y a une place vacante pour l'Académie , on y procède en cette sorte. Le Directeur d'ordinaire, ou quelqu'autre des Académiciens, propose celui qui se présente pour la remplir-, ou s'il y en a plusieurs, on les propose ^ tous ensemble. Ensuite on charge quebju'un de la Compagnie de savoir si le Protecteur agrée qu'on délibère sur la réception de cette personne, ou de ces personnes -, et après qu'il a donné son consentement, on fait l'élection par les ballottes, à la pre-
' Dans certaines conjonctures, comme dans des temps de vacances, lorsqu'il n'est presque pas possible qu'on se trouve vingt Académiciens, l'usage est qu'une élection se puisse faire à dixhuit, pourvu néanmoins que des dix-huit présents il n'y en ait pas un seul qui réclame pour la loi, c'est-à-dire qui demande que l'élection soit renvoyée à un autre jour où il y ait espérance d'être vingt.
Que si l'on ne se trouve pas vingt à la seconde convocation, cependant on ne laisse pas d'élire, quelque nombre que l'on soit. (0.)
- On verra, ci-dessous, que l'usage d'opiner de vive voix sur les élections cessa dès 1654, à la réception de M. Laugier. (o.)
DE L'ACADi:.MlE. 6i
mière assemblée. Je trouve ' dans le registre que les Académiciens qui sont à Paris, et qui sont malades, peuvent envoyer leur suffrage par écrit à la Compagnie -,
Quand un Académicien est reçu, on doit lui faire lecture des statuts, qu'il est exhorté de garder; et lui faire signer sur le registre l'acte de sa réception ^.
Hors de ces élections, et en toutes les autres choses, les avis se doivent dire tout haut : et il est porté que ce
1 Registre?, 10 mai 163!.
* Aujourd"iiui, et depuis un temps immémorial, cet usage est aboli. 11 faut, pour pouvoir donner son suffrage, être présent à l'assemblée, dans le temps que Ton procède à Télection.
On y procède ainsi. Chaque Académicien apporte un billet où il a écrit le nom de celui qu'il juge à propos d'élire. Tous les billets sont mis entre les mains du Directeur et des autres officiers, lesquels, avec l'un de la Compagnie, qui aura été tiré au sort, ouvrent ces billets hors du lieu de l'assemblée, examinent pour qui est la pluralité des suffrages, le déclarent ensuite à la Compagnie, et tiennent secrets les noms des concurrents qui ont eu moins de voix pour eux.
Que si l'un des trois officiers n'étoit pas présent à l'assemblée, on tire au sort, non pas un seul Académicien, mais deux, pour assister à l'ouverture des billets ; en sorte qu'il y ait toujours quatre témoins qui autorisent le rapport fait à la Compagnie, (o.)
' Aujourd'hui, en conséquence d'une délibération du 2 janvier 1721, tout Académicien nouvellement reçu doit signer sur le registre, « Qu'il promet sur son iMincur de n'avoir aucun égard « pour les sollicitations, de quelque nature qu'elles puissent être; € qu'il n'engagera jamais sa parole, et conservera son suffrage t libre, pour ne le donner, le jour d'une élection, qu'à celui qui f lui eu paroîtra le plus digne. Et il est dit qu'en ce cas la signat ture d'un Académicien tiendra lieu de serment, (o.)'
doit être sans interruption ni jalousie, sans reprendre avec chaleur ou mépris les avis de personne, sans rien dire que de nécessaire, et sans répéter ce qui a été dit. Les partages sont renvoyés à d'autres assemblées suivanteSi Je trouve dans les registres, que quelquefois la décision en a été renvoyée au Protecteur, comme par exemple, s'agissant de savoir si on feroit VOraison funèbre du cardinal de Richelieu en public ou en particulier, et la Compagnie n'ayant pu en demeurer d'accord, on s'en remit à M. le Chancelier '.
Ces mêmes statuts contiennent beaucoup de choses touchant l'occupation de l'Académie, desquelles j'aurai occasion >de parler ailleurs. Seulement je remarque ici que les matières de religion en sont bannies, et que si elle examine des pièces de théologie, ce ne doit être que pour les termes, et pour la forme des ouvrages -, que pour les matières politiques et morales, il est dit qu'elles n'y seront traitées que conformément à l'autorité du prince, à l'état du gouvernement, et aux lois du royaume.
Ceux qui ne sont pas de l'Académie ne__i2euveni, être admis dans les assemblées ordinaires ou extraordinaires \ sousjj^uelque prétexte. q»ej;e soit, et quand il s'est trouvé quelqu'un qui a voulu présenter un livre
' Registres, 16 décembre 16i2.
* Il y a eu quelques exemples du contraire, lorsque les Académies de province ont envoyé des députés à l'Académie françoise. Si c'est dans une assemblée publique, ces Académiciens étrangers siègent, comme les récipiendaires, au bout du iiurcau, par délibération du 20 mai 1673. (o.)
à la Compagnie, ou lui faire quelque autre compliment, tout l'avantage qu'il a eu, a été d'être introduit dans le lieu de l'assemblée pour être ouï, et pour recevoir le remercîment qu'on lui faisoit, sans assister ensuite à la conférence de ce jour-là.
Les Académiciens qui ne peuvent assister aux assemblées sont obligés d'envoyer s'excuser, et cela fut observé exactement durant quelque temps; maintenant si quelqu'un néglige absolument de s'y trouver, il a été reçu par l'usage qu'en cas qu'il ait besoin d'un certificat pour faire voir qu'il est de l'Académie, ou de quelque autre acte semblable, il peut lui être refusé '.
Si un Académicien fait quelque faute indigne d'un homme d'honneur, il peut être ou destitué , comme je l'ai déjà remarqué, ou interdit pour quelque temps, suivant l'importance de sa faute.
Cette loi vous semblera d'abord de mauvais augure, et vous direz peut-être qu'il n'en falloit point dans l'Académie sur ce sujet, non plus que dans la république d'Athènes sur le parricide ; mais ce qui est arrivé depuis , et que je vous dirai ailleurs, vous fera voir que cette prévoyance n'étoit pas entièrement inutile.
Pour délibérer sur la publication d'un ouvrage de l'Académie, il faut être vingt pour le moins, qui est le nombre que les Statuts demandent presque en toutes les affaires de la plus grande conséquence. Mais pour donner l'approbation à un ouvrage de quelque parti-
• Registres, 17 janvier 1631.
6i STATUTS
culier, il suffit d'être au nombre de douze. Au-dessous de ce nombre, on ne peut rien résoudre, ni en cela ni en autre chose. Cette approbation de l'Académie doit être expédiée en parchemin, signée du Secrétaire, et scellée du sceau de l'Académie. Elle doit être simple et sans éloge, suivant un formulaire toujours semblable. Il est défendu de la faire imprimer au devant du livre, mais on peut seulement mettre au livre, comme j'ai déjà dit, Par un tel de l'Académie françoise. Il y a plusieurs beaux règlements sur ce sujet, mais les difficultés et les longueurs qu'on trouvoit à obtenir cette sorte d'approbation, ont fait que les Académiciens ne les ont point recherchées.
Pour finir, j'ajouterai seulement deux articles des Statuts. Le premier, par lequel l'Académie s'inipose cette loi^,denejuger que des ouvrages de ceux dont elle seracomposée^ avec cette clause que : si par quelque raison importante elle se trouve obligée d'en examiner d'autres, elle en dira simplement son avis, sans en faire aucune censure, et sans en donner aussi son approbation.
L'autre article est celui dont je vous ai parlé ailleurs, et qui me semble si judicieux, par lequel il est défendu aux particuliers de rien écrire de leur chef pour la défense de l'Académie, sans en avoir obtenu la permission de la Compagnie assemblée au nombre de vingt pour le moins.
Tels sont les statuts de l'Académie françoise: ajou-
tons maintenant un mot des jours, des lieux, et de la forme de ses assemblées.
Les jours de ces assemblées ont changé fort souvent. Elles se faisoient au commencement tous les lundis après dîner •, comme il est même porté par un des articles des Statuts^. Depuis, sans que j'en voie la cause, on prit le mardi au lieu du lundi \ auquel néanmoins on revint quelque temps après *. Depuis encore, lorsque M. le Chancelier fut fait protecteur de l'Académie, sur la demande qui en fut faite de sa part ^, et afin qu'il pût se trouver plus souvent aux assemblées, on les transféra au samedi, et incontinent après au mardi ^. Il y a eu divers autres changements de jour, qu'il n'importe pas de remarquer-, il vous sufiît de savoir que l'Académie se doit assembler régulièrement une après-dînée de chaque semaine; que si le jour ordinaire se trouve être un jour de fête, on en prend un autre, et le plus souvent celui qui précède, ou celui qui suit; que lorsqu'il s'est agi de quelque chose d'extraordinaire, on s'est assemblé extraordinairement : comme quand il a été question de travailler au plan, ou aux Statuts de l'Académie, et aux Sentiments sur le Cid. Lors même qu'on a voulu presser le
1 Après dîner. — On dînait alors à midi, et cette coutume dura pendant tout le dix-septième siècle :
J'y caurs, midi soiinatit, au sortir de la messe,
dit Despréaux.
2 Article 17. — ^ Registres, 21 décembre 1637. — * Registres, mars 1658. — ^ Registres, 14 décembre 1613. — ^ Registres, 19 décembre 16i3.
travail du dictionnaire, on s'est assemblé à divers jours, en divers bureaux, comme vous verrez en son lieu. Maintenant que j'écris ceci, on s'assemble deux fois la semaine, le mercredi et le samedi, pour le seul dessein d'avancer cet ouvrage, et de réparer le temps perdu '. L'Académie pj:end d'ordinaire des vacations^gj^r laJSa dujnois d]août^, qui^durenijusgujBs à la^Smnt-Ma 5 mais cela n'a rien de réglé, et il n'y en a point d'article dans les Statuts.
Le lieu des assemblées a changé encore plus souvent que le jour. Car, sans parler de celles qui se faisoient au commencement chez M. Conrart entre ce petit nombre d'amis, je trouve qu'elles se sont tenues depuis, en divers temps : chez M. Desmarests^, à la rue Clocheperce, à l'hôtel de Pellevé-, chez M. Chapelain, à la rue des Cinq-Diamants ' ; chez M. de Montmor, à
' Parla même raison, il fut arrêté en 1675, qu'on s'assembleroit trois fois la semaine; et depuis ce temps-là, c'est l'usage que les trois jours ordinaires d'assemblée soient le lundi, le jeudi et le samedi. (0.)
^ L'Académie françoise ne prend plus de vacances, en quelque temps que ce soit. (0.)
î Registres, 23 août 1644 , — 6 juillet 1658 et ailleurs.
* 13 Mars 1654. — L'hôtel Pelle\é était situé, selon Sauvai, non rue Clocheperce, mais dans la rue du Roi-de-Sicile, à laquelle aboutit la rue Clocheperce, et formait le coin de la rue Tison. 11 avait conservé le nom du cardinal Pellevé, dont la maison occupait le même emplacement, mais Desmarests l'avait fait rebâtir sur ses propres dessins.
(Sauval, t. II, p. 260.)
' 30 octobre 1634. — La petite rue des Cinq-Diamants, pn-
DE L'ACADEMIÇ. 67
la rue Saintc-Avoie * ; après quoi elles revinrent chez M. Chapelain^, et ensuite chez M. Desmarests^; puis elles se tinrent chez M. de Gomberville, proche Téglise Saint-Gervais^^ chez M. Conrart, à la rue Saint-Martin''; chez M. de Cérisy, à l'hôtel Séguier ^; chez M. l'abbé de Boisrobert, à l'hôtel de Mélusine ^ .
Ces divers changements de lieu venoient tantôt d'une maladie, ou d'une absence; tantôt des affaires des particuliers qui avoient donné leur maison. Mais enfin en l'année 1643, le 16 février, après la mort du cardinal de Richelieu, M. le Chancelier fit dire à la Compagnie qu'il désiroit qu'à l'avenir elle s'assemblât chez lui ; ce qu'elle a fait toujours depuis. Et certes, quand je considère les différentes retraites qu'eut cette Compagnie durant près de dix ans, tantôt à une extrémité de la ville, tantôt à l'autre, jusqu'au temps de ce nouveau Protecteur, il me semble que je vois cette île de Délos des poètes, errante et flottante, jusques à la naissance
rallèle à la rue Saint-Martin , va de la rue des Lombards à la rue Aubry-le-Bouclier.
* Dernier avril 1655. — ^ g juillet 1635. — ^ 3 décembre 1635, -— * 24 décembre 1655. — ^ 16 juin 1656.
^ 3 mai 1658. — Hôkl Réguler. — Ce palais, dit Sauvai, a été, sur la fin du siècle passé, le séjour des plus grands princes; au commencement du nôtre, le réduit de la galanterie et de la générosité, et maintenant celui de l'Académie française. — Cet hôtel , en effet , avait été successivement habité par Françoise d'Orléans, douairière de Condé; Charles, comte de Soissons ; Henri, duc de Montpensier ; Roger de Bellegarde, grand écuyer de France, le plus galant et le plus achevé courtisan de son siècle.
(Sauvai, t. W p. 195.)
'' 14 juin 1648.
de son Apollon. Il y a véritablement de quoi s'étonner que le cardinal de Richelieu, qui lavoit formée, ne prit un peu plus de soin de la loger \ Sil est vrai ce que disent les jurisconsultes, que les temples, les places, les théâtres, les stades, et en un mot tous les lieux puhlics, sont comme autant de puissants liens de la société civile qui nous joignent et nous unissent étroitement tous ensemble, il ne pouvoit pas douter qu'un lieu certain assigné cà l'Académie, et commun à tous ceux qui la composoient, n'étreignît en quelque sorte cette douce société, et ne pût contribuer beaucoup à sa durée : et si d'ailleurs il cherchoit en toutes choses la grandeur et l'immortalité de son nom, le seul terme d'Académie sembloit l'avertir qu'une dépense médiocre, en une occasion de cette nature, feroit plus parler de lui à l'avenir que mille autres plus superbes édifices. Car s'il m'est permis de faire cette digression
' Dans rOraison funèbre du Chancelier, par Tallemant le jeune, l'orateur, après avoir rappelé la mort du cardinal de Richelieu, ajoute : « Ce fut alors que les Muses désolées furent errantes longtemps avec vous. Ce fameux ministre, qui avoit pris sous sa protection l'élite des plus beaux esprits du monde, sembloit avoir remporté avec lui tout l'amour des lettres et des sciences. Des trouilles intestins dispersèrent les Muses et les effrayèrent, Séguier seul les rassemble et les rassure, et, recueillant chez lui la politesse et les beaux-arts, prépare au jeune Louis des couronnes immortelles en chérissant et protégeant ceux qui dévoient les former. Vous le sçavez. Messieurs, l'Académie françoise périssoit s'il ne l'eût soutenue. » — >ulle part ailleurs il n"est parlé, semblet-il, du danger qu'avait couru la nouvelle institution de l'Académie à la mort de son fondateur : cette révélation de l'abbé Tallemantest donc des plus importantes pour l'histoire du docte Corps.
avec vous, combien pensez-vous qu'il y a eu de grands et de rois, dont nous ne savons pas même s'ils ont été, qui ont pourtant bâti des temples et des palais magnifiques? x\cadémus, au contraire, n'étoit qu'un petit bourgeois d'Athènes-, mais il s'avisa de donner aux philosophes de son temps un jardin de quelques arpents de terre au faubourg de cette fameuse ville : ce lieu fut appelé VAcadéjnie^ et de là est venu ce mot si connu aujourd'hui par toute la terre, qui fera vivre à jamais le nom et la mémoire de ce héros. Ainsi l'appelle positivement l'histoire grecque, quoique nous ne voyons point qu'il ait rien fait d'ailleurs qui soit remarquable. Toutes ces choses qui n'étoient pas ignorées du cardinal de Richelieu, peuvent faire croire ce que plusieurs ont dit, qu'ayant projeté depuis longtemps de faire dans le marché aux chevaux, proche la porte Saint- Honoré, une grande place qu'il eût appelée Ducale^ à l'imitation de la Royale, qui est à l'autre extrémité de la ville, il y vouloit marquer quelque logement ' com-
* M. de La Mesnardière, dans le discours qu'il Gt à l'Académie pour sa réception, nous apprend plus en détail quelles étoient les vues du cardinal de Richelieu, (o.)
« J'eus de Son Éminence, dit-il, de longues et glorieuses au- « diencesvers la fin de sa vie durant le voyage de Houssillon, dont « la sérénité fut troublée pour lui de tant d'orages. Il me mit « entre les mains des Mémoires faits par lui-même, pour le plan « qu'il m'ordonna de lui dresser, de ce magnifique et rare col- « lége, qu'il méditoit pour les belles sciences, et dans lequel il « avoit dessein d'employer tout ce qu'il y avoit de plus éclatant « pour la littérature dans l'Europe. Ce héros. Messieurs, votre « célèbre fondateur, eut alors la bonté de me dire la pensée « qu'il avoit de vous rendre arbitres de la capacité, du mérite et
mode pour l'Académie, et qu'il lui auroit même établi quelque revenu; mais que ce dessein, et plusieurs autres qu'il réservoit pour un temps plus calme et plus tranquille, furent interrompus par sa mort.
Quant à la forme des assemblées de l'Académie, elle est telle. Elles se font en hiver dans la salle haute, en été dans la salle basse de l'hôtel Séguier, et sans beaucoup de cérémonie. On s'assied autour dune table-, le Directeur est du côté de là cheminée-, le Chancelier et le Secrétaire sont à ses côtés, et tous les autres comme la fortune ou la simple civilité les range. Le Directeur préside. Le Secrétaire tient le registre. Ce registre se tenoit autrefois fort exactement jour par jour-, mais aujourd'hui que le travail du Dictionnaire est la seule occupation de l'Académie, on n'en tient point que des assemblées où il arrive quelque chose d'extraordinaire et d'important.
Quand le Protecteur s'y trouve, il se met à la pjace du Directeur, lequel, avec les deux autres Officiers, est à sa main gauche. Il recueille les voix, et prononce les délibérations, comme feroit le Directeur lui-même. Le Cardinal n'y entra jamais; mais M. le Chancelier y assiste souvent, et fait tout ce que je viens de dire. Ce
t des récompenses de tous ces illustres professeurs qu'il appe- « loit , et de vous faire directeurs de ce riche et pompeux « Prytanée des belles-lettres, dans lequel, par un sentiment di- « gne de l'immortalité, dont il étoit si amoureux, il vouloit placer « l'Académie françoise le plus honorablement du monde, et don- « ner un honnête et doux repos à toutes les personnes de ce « genre qui Tauroient mérité par leurs travaux. »
qui est de plus remarquable, c'est qu'il a honoré cette Compagnie de sa présence, non pas durant son loisir, et lorsqu'il a été éloigné des affaires, comme beaucoup d'autres, qui font de l'étude des belles-lettres leur pisaller, mais au milieu même de sa faveur et de ses plus grandes occupations. Je trouve particulièrement dans les registres, qu'il y assista le 19 décembre 1643, après qu'on l'eut fait Protecteur, et le 20 avril 16ol, un peu après qu'on lui eut rendu les sceaux qui avoient été donnés à M. de Chàteauneuf ; qu'alors même ce fut lui qui proposa de s'assembler deux fois la semaine, pour avancer le travail du Dictionnaire, comme je vous ai dit qu'on fait encore aujourd'hui. On lui rend aussi ce témoignage, qu'en ces rencontres il est impossible d'en user plus qu'il fait civilement avec tous les Académiciens, et qu'il préside avec la même familiarité que pourroit faire un d'entre eux, jusqu'à prendre plaisir qu'on l'arrête et qu'on l'interrompe, et à ne vouloir point être traité de Monseigneur par ceux-là même de ces Messieurs qui sont ses domestiques.