‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 23 sur 89 · DE MÉZIRIAC · texte numérisé non relu

DE MÉZIRIAC

Claude-Gaspard Bachet, sieur de Méziriac ^ , étoit de Bresse, d'une famille noble et ancienne. Il étoit bien fait et de belle taille, avoit les yeux et les cheveux noirs, le visage agréable, et la conversation fort douce. Il étoit savant dans les langues, et particulièrement en la grecque, très-profond en la connoissance de la Fable, en l'algèbre, aux mathématiques, et aux autres sciences

' Ces deux pièces ne paraissent pas avoir été publiées.

- On lit dans Guy Patin : « M. Pellisson, tout habile homme qu'il est, s'est fait bien des ennemis par son Utstoire de l'Académie... Je n'y ay encore guères lu de choses, mais il s'est trompé en de certains éloges, entr autres en ceux de M. de Bourbon et de M. de Méziriac que j'ai connus particulièrement. » (Lettres choisies, Lett. Lxxv, 21 oct. 16o3.)

^ Guichenon le nomme Cl. -G. Bachet, écuyer, sieur de Meyseria. — Meyseria était un fief fort ancien que Balthazar de Disimieù avait entendu , en 1346, avec les fiefs de Leinans et de la Bassole qui en dépendaient, à Pierre Bachet, conseiller du Roi et lieutenant-général au bailliage de Bresse, grand-père de l'acadrinicien.

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curieuses. Il passa en sa jeunesse ' beaucoup de temps à Paris et à Rome : et en ce dernier lieu il fit quantité de vers italiens''^ à Tenvi avec M. de Vaugelas, qui s'y Irouvoit aussi. Depuis il se retira chez lui, à Bourg en Bresse, et, s'il en faut croire un de mes amis et des vôtres, qui l'a connu fort particulièrement, il y mena une vie la plus charmante qu'on sauroit imaginer. Il étoit déjà connu, et compté en France entre les premiers de son temps, soit pour l'esprit, soit pour le savoir; et c'étoit assez pour satisfaire une ambition raisonnable comme la sienne.

Quant au bien, il étoit au commencement riche de cinq ou six mille livres de rente, et enfin de huit ou dix par la mort de Guillaume Bachet^, son frère aîné. Il ne

1 II fut quelques années parmi les Jésuites, et régenta des classes à Milan. C'est un fait que Colomiez rapporte dans ses Opuscules, et que M. Pellisson pouvoit bien rapporter hardiment, puisqu'il n'y a rien là qui ne fasse honneur et aux Jésuites et à M. deMéziriac. Il est heureux pour M. de Meziriac d'avoir été à une si bonne école dans sa jeunesse, et il est glorieux pour les Jésuites d'avoir contribué à former un si savant homme, (o.) — Sa retraite de l'ordre est attribuée à la maladie ; Colomiez du moins l'explique ainsi d'après le témoignage de Guy Patin.

2 On trouve en efl'et un assez grand nombre de poésies italiennes à la suite des Commentaires sur les Épitres d'Ovide. (Édit. de 1716, t. II, pp. 419-467.)— in-S".

^ Guillaume Buchet, écuyer, seigneur de Vauluysant, conseiller du Roi et président en l'élection de Bresse. « Il testa, dit Guichenon, le 2-2 avril Kiôl, et mourut sans enfants. Entre autres bonnes qualités qui le rendoient recommandable, il étoit trèsbon poêle latin et franroi-, dont il nous a laissé beaucoup de marques, nommément en cette excellente et naïve traduction de quelques-unes des Épîtres d'Ovide, qui ont été imprimées avec

se travailla point pour en acquérir davantage-, au contraire il évita les charges publiques, et les emplois que les autres recherchent avec tant de soin.

Lorsqu'il étoit encore à Paris, il se parla de le faire Précepteur du feu roi Louis XIIL Cela fut cause qu'il se hâta de quitter la Courj et il disoit depuis qu'il n'avoit jamais été en si grande peine , lui semblant qu'il avoit déjà sur ses épaules le pesant fardeau de tout un royaume. Après s'être ainsi retiré, il se maria, et quoiqu'il pût prétendre à de fort riches partis, il aima mieux ^ prendre une femme sans biens, mais de bon heu, bien faite, et d'une humeur fort douce et qui se rapportoit parfaitement à la sienne. Il ne se repentit point de ce choix, et prenoit souvent plaisir d'en parler avec ses amis, comme de la meilleure chose qu'il eût jamais faite. La santé, ce précieux bien qui rend tous les autres infiniment plus agréables, ne lui manquoit pas, et sa seule incommodité étoit qu'il avoit quelquefois de légères atteintes de goutte. Mais la principale partie de son bonheur consistoit en son esprit; car il l'avoit naturellement facile, sage et modéré-, de ceux à qui toutes choses plaisent, et qui se divertissent à tout. Il n'y avoit point de science à laquelle il ne se fût attaché durant quelque temps, comme je vous ai dit, point

celles de son frère. » Uist. de Bresse et de Bugey, 5>= part. p. dO. in-folio.

1 II épousa Philiberte de Cliabeu, dont Guiclienon fait connoître la famille dans son Histoire de Bresse, (o.) — Elle était une des quatre filles de Claude de Cliabeu et de Péronne du Puget, sa seconde femme. Claude de Chabeu avait encore deux autres fils.

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de bel art qu'il ne connût et où il ne pût même travailler de ses mains, point de personne, de quelque condition qu'elle fût, et même d'entre ses domestiques, avec qui il ne s'amusât agréablement. On le voyoit faire toute sorte d'exercices, suivant la saison ou suivant Ja compagnie qu'il avoit, jouer aux cartes, aux des et à tous les autres jeux, dont il connoissoit jusqu'aux dernières finesses 5 danser au milieu d'une compagnie de femmes, et cela avec tant de liberté, qu'il faisoit souvent porter après lui un portefeuille pour écrire quand il lui en prenoit envie, sans s'éloigner du lieu où l'assemblée se trouvoit. Avec cette humeur libre et familière, jointe cà son mérite, à sa naissance et à son bien, il étoit non-seulement aimé, mais encore respecté et révéré de tout le monde, et possédoit une espèce d'empire dans sa patrie. Il n'en abusoit pas néanmoins, et ne s'en servoit que pour le bien ou pour le plaisir de ceux-là mêmes qui le lui donnoient. Il étudioit soigneusement leurs inclinations et leur génie, et suivant qu'il les jugeoit propres à quelque science ou à quelque art, il les y poussoit de tout son pouvoir, et prenoit plaisir de les en instruire et d'en conférer avec eux.

Quelquefois aussi il leur proposoit des parties de divertissenient : et sur ce sujet il me souvient d'avoir ouï souvent raconter à notre ami, fort au long, comment il fit représenter, par des personnes de condition qu'il choisit lui-même, les Bergeries de M. de Racan, qui étoit son ami intime. Premièrement il changea la pièce en quelques endroits, afin de faire que la scène en fût aux environs de Bourg en Bresse-, puis il pfit pour cette I. 12

iiê DES ACADÉMlt/ETNà Êi^ PARTICULIER, action une salle, dont tes tènéttës ouvertes des c(eùx côtés laissoieni voiîr aux spectateurs lès mêmes ïîeux qui étoierit fcnfrsentés en petiH sur le théâtre. Les fnàchines qu'il fàlloît nécessairement clans èettè pîècè |)6ur représenter fès cÏÏafmës Û'uii rfi'àgicièfï, éioîètït fàiiës et disposées âS-ec uii so'în ex(fème; et quand lïn cèf tain Jragon enflammé vîhtà paroître, une des actrices faillit à pâmer de peur, et la pîCipaiH de la compagnie eU tfenibla', ôraignarit ce l{m àVrivè soù^en'i erf ces fèflcôfifres. ([ue le îëh né fît pTus qù'ôfi ne îùi âvoiÉ ordonné. Mais ce qui étoit dé plus merveilleux, èest qu'"il avolÉ pris fo'ùs lès àctèûfs' propMs atix rô'ïes cju'ïl fèiif avoîi distribues, et cj'à'é ^fè'stfiré toù's ayà'nt ïes mêrfies passions qu'ils Revoient représenter; Sa dii ftibins n'en étant pas fort étôîgnés, sanimèréfit d'une façon extfao'rcî?naîi^e. K y eiitèrfife atftrès u'n Jèiifie fîoff^We q6'ï faîsoit lé pèfsonrifige d'un amaiiÉ affligé, et ^fuî étoit amant affligé lui-riiènie, qui surpassa en cette Occasion les Rosciiïs, fes Ésope ei les Mondoï-y", et a^f^'s ^Voîf pleuré ïè premier, fît ptèd^èV tôate ra'sserifïb'ïée. Tèlfè étoit donc la viè de cet Académicien, qui îie fut pns longue : ca!r il h'avôît guère ^ que quarante-cinq ans, quand il riiouf-ut. Il à laissé clès enfants, et plu'sîétîrs ouvragés de toutes sof iès.

1 Rosçius et Ésope élaicul des acteurs fort célèbres derancieniio Rome; Mondory n'obtint pas moins de réputation dans la tr:.gédie, sous lé règne de Louis XIIL

* II mourut le 26 février I6Ô8, ainsi qu'on le voit par son épitapbe, qui est sur un parchemin emborduro d'ébène^ dans l'église paroissiale de Bourg.

Quant à son âge, certainement M. Pellisson avoit reçu de faux

Oîl vbil dé lui un petit livre de poésies italierinès, ôii il y a des imitations des ]^lus belles comparaisons qui sont dans les huit ^^teittîers livrés de V Enéide;

Un autre de poésies latines 5

Plusieurs poésies en françois : il y en a dans le Recueil de 1621, appelé Délices de la Poésie française^ et dans celui de l'an 1627 5

Un volume qui contient une partie des épîti'es ' d'Ovide, traduites ett Vers françois, avec des commentaires fort savants. Il y en a une qu'il dit avoir été traduite vingt ans auparavant par Gùillauhie Baché't, son frère aine ^ -,

La véritable Vie d'Ésope en françois : je dis la véritable, parce que celle de Planudes est tenue pour fabuleuse par les savants;

DioplLanie^ traduit de grec en latin, avec des commentaires, dont M. de Fermât, notre ami, et tous ceux qui entendent l'algèbre font très-grande estime. Il di-

mémoiies. Car l'histoire de Bresse nous apprend que M. de Méziriac éloit d'un premier lit, et que son père contracta un second mariage au mois de septembre 1386. On ne peut donc pas douter que M. de Méziriac ne fût né avant 1586, ni que par conséquent il eût au moins cinquante-deux ans lorsqu'il mourut, en 1658.

Voilà ce que j'avois écrit dans mes premières éditions. Mais un livre imprimé depuis peu à Dijon, sous ce titre : Éloges de quelques auteurs françois, lève ici toute difficulté puisqu'on y rapporte l'extrait baptistaire de Méziriac, selon lequel il éloit né le 9 d'octobre I08I. (0.)

1 Avant que de publier ce volume, il avoit donné à part la seconde épître sous un titre orthographié à l'italienne:

Épître de Filis à Démofoon, imitée d'Ovide. A Dijon, 1616. (0.)

^ Voy. ci-dessus, page 175.

480 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, soit lui-même qu'il s'étonnoit comment il avoit pu venir à bout de cet ouvrage, et qu'il ne l'auroit jamais achevé sans la mélancolie et l'opiniâtreté que lui donnoit une fièvre quarte qu'il avoit alors 5

Un livre de Récréations arithmétiques^ adressé à M. de Tournon, où il enseigne toutes les subtilités qu'on peut faire dans les jeux par les nombres, et d'où on a pris une partie des Récréations mathématiqnes ;

Un traité de la Tribulation, traduit de l'italien de Cacciaguerra.

Son grand ouvrage étoit la traduction de Plutarque, qu'il avoit entreprise à l'envi de celle d'Amyot, où il prétendoit, comme je vous ai dit ailleurs', avoir trouvé une infinité de fautes. Son travail étoit presque achevé quand il mourut, et nous pouvons espérer qu'on le donnera un jour au pubhc^.

Il cite souvent dans ses œuvres un commentaire sur Apollodore, qui ne paroît point, et qui vraisemblablement est aussi entre ses papiers^.

* Voy. ci-dessus, p. 77. — Le Discours qui contient les remarques de Méziriac a été imprimé, en 1716, entête de l'édit., qu'on donna alors de ses Épîtres d'Ovide.

' Voyez ci-dessus, p. 77, rem. 1. (0.) — V. note 3, ci-dessous.

' Le Commentaire de M. de Méziriac sur Apollodore est aujourd'hui dans la bibliothèque du Roi *, et c'est l'original même de l'auteur. Outre cet ouvrage, nous apprenons de Guichenon, dans son Histoire de Bresse, que M. de Méziriac en avoit encore laissé quatre autres prêts à imprimer :

1. Elementoriim Aritfimeticorum libriWU. Il y en a dans la bi-

* Ce Commentaire ne s'y trouve pas, non plus qu'aucun autre ouvrage de Méziriac.

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