DE VAUGELAS. 23S
quoi d'honnête homme, tant de franchise, qu'on ne saurait presque s'empêcher d'en aimer l'auteur. Et plût à Dieu que les mémoires qu'il avoit déjà tout prêts pour en faire un second volume ' se trouvassent, et que nous n'eussions pas sujet de déplorer la perte qui s'en est faite après sa mort, entre les mains de ceux qui firent saisir ses papiers^ !
L'autre ouvrage considérable, et qui n'est pas encore imprimé, est la traduction de Quhde-Curce^ sur laquelle il avoit été trente ans, la changeant et la corrigeant sans cesse. On dit môme qu'après avoir vu
• Un avocat de Grenoble, nommé Aleman, fit imprimer en 1690 à Paris un volume de Aouvelles Remarques de M. de Vaugelas, dont il dit que roriginal lui avoit été donné par M. de La Chambre, curé de Saint-Barthélémy. On ne sauroit douter que ces Nouvelles Remarques ne soient véritablement de M. de Vaugelas; son style s'y fait aisément reconnoître. Mais ce Recueil, à peu de chose près, ne roule que sur des phrases absolument surannées, même du temps de M. de Vaugelas; en sorte qu'on peut raisonnablement croire que c'est le rebut de ses premières Remarques, et qu'ainsi nous n'avons point ces mémoires, « déjà tout prêts pour en faire un second volume, » dont parle M. Pellisson. (o.)
- On lit dans les Factums de Furetière que les noies prises par Vaugelas pour ses Remarques ne furent pas seules saisies. « On doit, dit-il, les cinq ou six premières lettres de ce Dictionnaire de l'Académie à M. de Vaugelas , qui y a travaillé douze ou quinze ans, et toutes les autres à M. de Mézeray qui s'y est appliqué trentetrois années... Celles de M. de Vaugelas furent saisies à sa mort par ses créanciers; on n'en sauva qu'une partie qui fut mise entre les mains de M. Conrart , secrétaire perpétuel de r.\cadémie, qui' en étoit si jaloux qu'on n'en a pu rien vo,ir qu'après sa niorl.»(/i'ecueil des factums de Furetière, Amsterdam, 169i, t. I, p 566).— Voy. ci-dessus, pp. 107 et suiv.
quelques traductions de M. d'Ablancourt*, il en goûta tellement le style un peu moins étendu que le sien qu'il recommença tout son travail, et fit une traduction toute nouvelle. J'ai vu les cahiers qui restent de cette dernière sorte, oîi le plus souvent chaque période est traduite à la marge en cinq ou six différentes manières, toutes presque fort bonnes. M. Chapelain et M. Conrart, qui prennent le soin de revoir très-exactement cet ouvrage, pour le mettre au jour, ont souvent bien de la peine à juger quelle est la meilleure^, et, ce que j'estime fort remarquable, il se trouve d'ordinaire que celle qu'il a mise la première est celle qu'on aime le mieux. C'est de ce travail que M. de Balzac a dit : « L'Alexandre de Quinte-Curee est invincible, et celui de Vaugelas est inimitable ^ » M. de Voiture, qui étoit fort de ses amis, le railloit sur le trop de soin et le trop de temps qu'il y employoit. Il lui disoit qu'il n'auroit jamais achevé-, que pendant qu'il
' Vaugelas lui-même le dit. Il déclare qu'il a refondu son Quinte-Curce sur le modèle àeVArian de M. d'Ablancourt, « qui pour le style historique, dit-il, n'a personne, à mon avis, qui le surpasse, tant il est clair et débarrassé, élégant et court. » (o.)
- MM. Chapelain et Conrart procurèrent en 16S5 la première édition du Quinte-Curce de Vaugelas; il s'en fit incontinent une seconde, toute semblable à la première; mais ensuite on retrouva une nouvelle copie de l'auteur, sur laquelle M. Patru en donna une troisième édition, fort différente des deux autres, en 1659. (o.)
^ Balzac avoit dit : «L'Alexandre de Philippe est invincible, etc.» Voyez; le tome 1, page 41 i de ses Œuvres, in-f". Aussi, en parlant de ce passage et de celui dont il s'agit ci-dessus (pp. 2ô2-2ô5, eu note), il écrivit à Conrart « qu'il n'entendoil point ce que lui faisoit dire l'imprimeur de M. Pellisson. (o.)