‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 36 sur 89 · BALTHAZAR BARO · texte numérisé non relu

BALTHAZAR BARO

Balthazar Baro étoit de Valence en Dauphiné. En sa jeunesse il fut secrétaire de M. dUrfé', l'un des plus rares et des plus merveilleux esprits que la France ait jamais portés, lequel étant mort comme il achevoit la quatrième partie d'Astrée, Baro la fit imprimer, et composa la cinquième sur ses mémoires. Il vint à Paris, et s'y maria avec une veuve, sœur de son hôtesse. Il eut grand accès chez la duchesse de Chevreuse, à cause de quoi le cardinal de Bichelieu eut peine à souffrir qu'il fût de l'Académie. Il fut fait aussi gentilhomme de Mademoiselle*. Sur la fin de sa vie il avoit obtenu deux

* Honoré d'Urfé, auteur du fameux roman de VAstrée.

- Baro dut cet honneur à Richelieu même , que Pellisson lui suppose lioslile. Voici ce que dit Baro dans la dédicace ((u'il fit de Parthéivc à Mademoiselle (l(ii2) : « <'.e n'est point sur le ra|t-

■l'M DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, offices de nouvelle création; Tun de Procureur du Roi au Présidial établi depuis peu à Valence '; l'autre, de Trésorier de France à Montpellier. Il est mort âgé d'environ cinquante ans^, et a laissé des enfants. Il a fait plusieurs pièces de théâtre et beaucoup d'autres poésies; mais son plus grand et son principal ouvrage est la Conclusion d'Aslrée'^, où il semble avoir été inspiré par le génie de son maître.

Jean Baudoin étoit du lieu de Pradelle en Vivarez^ ;

port d'autrui, Mademoiselle, que je fonde le jugement que je fais de vous ; depuis le temps que Monseigneur le cardinal de Richelieu daigna favoriser la passion que j'avois d'être à Votre Altesse Royale, et qu'outre un nombre infini d'autres bienfaits, il plut à ce grand ministre de me procurer l'honneur d'être de votre maison, j'ai été le fidèle témoin de vos déportements, et je puis dire ((u'il ne s'est rien passé dans le cours de votre vie qui ne m'ait ravi d'étonnement et d'admiration. »

1 Le siège présidial de Valence fut créé l'an d65o.

2 Vers 1649, selon le Parnasse fronçois de Titon du Tillel; en 1630 selon la meilleure édition de Moreri, qui avait donné d'abord la date de 1649. — Cependant sa tragédie de lioscmonde a été publiée en 1651, et rien n'y donne à penser qu'il fût mort à celte époque, sinon que le privilège est accordé à son libraire.

3 La Conclusion d'Astrée fut publiée en décembre 1627 par le libraire François Pomeray.

''■ L'abbé de Marolies, dans son Dénombrement des Auteurs, dit <iue Raurloin étoit de Franche-Comté; mais il se trompe. (O.)

BAUDOIN. âSy

mais après avoir fait divers voyages en sa jeunesse, il passa le reste de sa vie à Paris, avec le destin de la plupart des gens de lettres, c'est-à-dire sans y acquérir beaucoup de bien '. Il fut Lecteur de la reine Marguerite, et depuis aussi il fut au maréchal de Marillac. Nonobstant la goutte et les autres incommodités dont il étoit accablé en sa vieillesse^, il ne laissa pas de travailler jusques à sa fin, et nous lui avons l'obligation d'avoir mis en notre langue un très-grand nombre de bons livres.

Son chef-d'œuvre est la traduction de Davila ; mais il en a fait aussi plusieurs autres qui ne sont pas à mépriser, comme celles de Suétone, Tacite, Lucien, Salluste, Dion Cassius, Y Histoire des Incas^ par un Incas; la Jérusalem^ du Tasse; les Discours, du même auteur; ceux d'Ammirato, sur Tacite; plusieurs ouvrages du chancelier Bacon ; Vindicice Gallicce^ de M. de Priézac ; les Epîtres de Suger, les Fables d'Esope, l'Iconologie de Ripa.

' Dans la dédicace de son livre des Saintes MétamorpJioses, Baudoin donne à entendre qu'il avait au moins le nécessaire, et qu'il le devait à la libéralité du chancelier Séguier : « Ce qu'il vous a plu faire pour moi est tellement au-dessus de moi qu'il faut que j'avoue, Monseigneur, qu'en me donnant de quoi subsister par vos bienfaits, vous m'avez ôté le moyen de vous en remercier dignement. » (i6-i4 )

■^ Dans un sonnet, Baudoin, parlant du démon de la Goutte, dit :

Il exerce sur moi tout ce qu'il a de rage ; Je ne fais que languir, et si je ne suis mort, C'est alin que, vivant, je souffre davantage.

{Les Muses illustres, recueil publié par Fr. Colletet, i vol. in-18, 16:i8, p. 129.)

Il fît un voyage exprès en Angleterre, par ordre de la reine Marie de Médicis, pour traduire VArcadie de la comtesse de Pembrok, et fut aidé dans ce travail, à ce qu'on dit, par une demoiselle françoise qui étoit depuis longtemps en ce pays-là, et qu'il épousa depuis. Dans tous ces ouvrages son style est facile, naturel et françois. Que si en plusieurs endroits il n'a peut-être pas porté les choses à leur dernière perfection, il s'en faut prendre à sa fortune, qui ne lui permettoit pas d'employer à tous ses écrits tout le temps et tout le soin qu'ils demandoient. Il mourut âgé de plus de soixante ans '. Il étoit de petite taille, avoit le poil châtain et le teint vif. Il a laissé des filles et un fils qui est mort à la guerre^.

1 En 1650. — Le Sorberiana dit : « J. Baudoin ohiit setatis anno 66, pêne famé et frigore confectus.»

* Un de ses garçons fut tué devant Mardick, et Baudoin , dans un sonnet qu'il adressa au cardinal de Richelieu à ce sujet , lui dit :

Mais si bientôt le Ciel ne termine mon sort ,

Je ferai succéder ma plume à son épée

Et voir que ta grandeur ne perd rien à sa mort.

(Les Muses illustres, p. 150.)

— Un autre de ses fils fut une des créatures de Richelieu et servit vaillamment aussi à l'armée. (Les Muses illustres, p. 152.)

— Enfin une demoiselle Baudoin , probablement sa fille, est connue par le Dictionnaire des Précieuses. ( Voy. notre édit. de ce livre, Biblioth. elzcviricnne, 2 vol. in-16. — T. 1, pp. 42, 104, et l. H, p. l.'il.)

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