XXIX. Claude Razin, seigneur de Rezons, Parisien
* Ces discours sont certainement de l'Académicien ; car le dis cours lalin qui se trouve dans ce Recueil anonyme reparaît, signé, dans les Miscellanea , Le P. Niceron, dans la liste qu'il donne des ouvrages de Priezac, blâme l'abbé d'Olivet de n'avoir pas fait mention de ces discours dans son Catalogue académique : ce reproche n'est pas fondé, puisque d'Olivet a expliqué d'avance sa réserve. — Balzac lui à écrit plusieurs lettres, une entre autres (Œuvres, in-fol., liv. XI, lettres VI) où il lui fait de grandes protestations d'amitié et de grands éloges.
- Voyez le t. 11 de cette Histoire, seconde partie, art. xiv. (ô.)
DE MESSIEURS DE l/ACADEMIE. il)5
conseiller d'Etat ordinaire, ci-devant avocat général au Grand-Conseil. Il y a de lui une traduction du Traité de la 'paix de Prague^ où il n'a point mis son nom ' .
Après avoir été avocat général, au Grand Conseil dès l'année 1639, il fut pendant vingt ans intendant en Languedoc, d'où il revint en 1673 à Paris, et y fit jusqu'à la mort les fonctions de conseiller d'Etat ordinaire, avec une grande réputation de capacité et d'intégrité. Il y mourut à l'âge de 67 ans, le 20 mars 1684. Il laissa trois fils, qui se sont également distingués-: un dans 1 Église, mort archevêque de Rouen^; un autre dans la robe, mort conseiller d'Etat''; un
• Celte traduction parut, in-4°, en 1633. S'il est vrai, comme l'assure d'Olivet, que Bazin, seigneur de Bezons, terre voisine de Paris, soit mort à l'âge de soixante-sept ans, en 168i, il était donc né en 1617 : il aurait donc publié la traduction dont il est ici parlé, à l'âge de dix-huit ans, et n'aurait eu que vingt-deux ans quand il fut nommé avocat général au grand Conseil. Je pense, à cause de l'importance de cette charge, qu'il faut reculer la date de sa naissance; en effet, quand le fameux avocat Le Maistre fut nommé conseiller d'État, vers le même temps, on regarda comme une faveur insigne que le brevet lui en fût conféré quand il avait à peine vingt-neuf ans. {Lettres Mss. de Chapelain.)
^ Bazin de Bezons eut deux autres enfants, outre les trois dont il est ici parlé; un fils, Orner, chevalier de Malte, mort en 1679, sur le vaisseau te Conquérant, et une fille qui épousa un maître de requête nommé Le Blanc. Il avoit épousé Marie Targer, fille d'un secrétaire du Roi, cousine deConrart.
3 Armand, évèque d'Aire en 1683; archevêque de Bordeaux en 1698. Il étoit agent général du clergé de France au moment de la mort de son père.
* Louis Bazin de Bezons, fils aîné de l'Académicien, conseiller au Parlement, en 1666; maître des requêtes, en 1674; intendant
troisième dans l'épée», maréchal de France et chevalier des
ordres du Roi, vivant en cette année 1 729 -.
de Limoges, Orléans, Lyon et Bordeaux, et conseiller d'État, en 1686, qui mourut sans postérité, en 1700: il était alors intendant d'Orléans.
• Jacques Bazin de Bezons, maréchal de France, en 1709. membre du conseil de régence à la mort de Louis XIV; il mourut en 1755 : il était en celte année, 1684, mestre de camp de cavalerie. {mercure galant, mars 1684, p. 253.)
- Cette notice est fort incomplète. Claude Bazin de Bezons fut reçu à l'Académie, en 1645, à la place de Séguier, nommé protecteur de l'Académie après la mort de Richelieu, et fut remplacé lui-même par Boileau-Despréaux. Celui-ci, dans son discours de réception, rendit hommage à cet « homme considérable et par ses grands emplois, et par sa profonde capacité dans les affaires; qui tenoit une des premières places dans le Conseil et qui, en tant d'importantes occasions, a été honoré de la plus étroite confiance de son prince , à un magistrat non moins sage qu'éclairé, vigilant, laborieux. » — Bazin de Bezons « se trouvoit, par son ancienneté, à la tête de l'Académie, dit l'abbé de la Chambre, chargé de répondre à Despréaux... Il s'étoit rendu recommandable parmy nous par l'alliance et la liaison étroite qu'il avoit contractées de longue main avec M. Conrart. » {Rcc. de har. acad., 1698, in-4, pages 447 et 452-455. — Voy, en outre, pages 455 et suiv.) — Chapelain, dans son Mémoire des gens de lettres, ne semble pas faire grand cas de lui : « On n'a jamais rien vu de lui par écrit... On l'a entendu, comme avocat général au grand Conseil, parler élégamment et fortement en toutes rencontres. » [Mélanges de Chapelain, p. 262.) — Tallemant des Réaux en parle fort mal (édit. in-18, t. VII, pages 51 et suiv.), et nous apprend quelques faits nouveaux. Ainsi, nous savons que Bazin de Bezons était petil-fils d'un médecin de Troyes ; celui-ci épousa Marie Chanlerel, dame de Bezons, qui lui porta la terre de ce nom (Voy. Hurtaut et Magny, Dict. de Paris, I, 594), et en eut un fils, Claude Bazin de Bezons, qui épousa Suzanne-Henriette Talon , fille d'Omer Talon F"^ et sœur de l'illustre Orner Talon, II" du nom. De ce ma-
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XXX. François Salomon, Bordelois, conseiller d'État, ci-devant avocat général au Grand Conseil '. 11 y a de lui un Discours d'État à M. Grotiiis, et la paraphrase d'un psaume en vers.
Il se nommoit François-Henri Salomon. Il étoit fils d'un conseiller au Parlement de Bordeaux. Il fut reçu avocat général au grand Conseil , en 1638. Mais au bout de neuf ou dix ans, l'état de ses affaires ne lui permettant pas de se soutenir à Paris, il se retira dans sa province, et y fut d'abord lieutenant général du sénéchal de Guyenne-. Il épousa ensuite la fille d'un président à mortier au Parlement de Bordeaux, et, après la mort de son beau-père, il exerça cette charge de présidente II mourut sans enfants*, le 2 mars 1670, à Bordeaux, où il étoit né le 4 octobre 1620.
riage sortit Claude 11, Bazin de Bezons, l'académicien. Tallemant l'accuse d'avoir fait faire par Patrules discours qu'il ne pouvait se dispenser de prononcer.
' « Il faut accoupler Salomon à Bezons : ils ont été tous deux compagnons à la charge d'avocat général au grand Conseil, et reçus en même temps à l'Académie : Arcades ambo. » (Tallemant des Réaux.)
^ « Il s'en alla à Bordeaux où il épousa une fille du président de La Lane, veuve d'un vicomte d'Oreillan, d'une bonne maison du Limousin. Lui acheta la charge de lieutenant général, et prit le nom de Virelade : c'est une terre. » (Tallemant.)
^ « M. de La Lane étant mort, M. Henri-François de Salomon fut pourvu de sa charge de président à mortier, et le Roi l'honora du cordon de chevalier de l'ordre de Sainl-Michel, le 2ojanv. 16o4, en consid(>ration des services qu'il avoit rendus à l'État durant les mouvements de Toulouse et de Bordeaux. » (Vigneul-Marville, Mélanges d'kist. et de lillér.)
'* On trouve à la Bibliothèque impériale , sous le n" 709^*
Tout ce qui se trouve sur l'antiquité de sa noblesse dans les rapsodies de Vigneul-Marville n'est qu'une fable , dont ses propres héritiers, gens sensés et pleins d'honneur, sont les premiers à se moquer'.
XXXÏ. Pierre ^ Corneille, avocat général à la Table de Marbre de Rouen, né au même lieu. Il a composé jusqu'ici vingt-deux pièces de théâtre, qui sont : Méîite^ Clitandre^ la Veuve^ la Galerie du Palais, la Suivante, la Place Royale^ Médèe , l'Illvsion comique^ leCid. Horace, Cinna, Polyeucte, la Mort de Pompée^ le Menteur^ la Suite du Menteur, Rodogune, Théodore, Héraclius, Dom Sanche d' Aragon, Andromède, Nicomède , Pertharite. Il a fait imprimer aussi deux livres de V Imitation de Jésus-Chi-ist, en vers, et travaille aux deux autres.
(Saint-Germ. fr.), plusieurs lettres manuscrites adressées de Bordeaux au chancelier Séguier, par son ordre, et signées J Salomon, à l'époque du mariage du roi Louis XIV ; tout semble indiquer qu'elles sont d'un fils de l'académicien Salonion; dans une, il excuse en ces termes l'interruption de sa correspondance : « L'extrême maladie de mon père, que j'ay failly à perdre d'une apoplexie suivie d'un débordement général d'humeur sur l'estomac et la poitrine..., me servira, s'il plaît à Votre Grandeur, d'une triste excuse de l'intermission de mes devoirs.» (Lettre du 1 1 septembre 1GÔ9.)
' D'Olivet maltraite fort ici dom Bonaventure d'Argonne, chartreux, qui a écrit sous le pseudonyme de Vigneul-Marville. On peut opposer à son jugement celui de Bayle et de l'abbé d'Artigny qui faisaient grand cas des Mcfangcs d'Iiisloive et de litlérafuie, et de l'abbé Banier qui a pris soin de l'édition de 1723, la meilleure. Il est certain qu'on y trouve de précieux et sûrs renseignements.
' Voyez le t. II de cette Histoire, seconde partie, art. xviii. (o.)
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XXXII. Pierre du Ryer, Parisien. Ses ouvrages imprimés sont, pour la prose, les traductions suivantes : Y Oraison de Cicéron pour le roi Déjotarxis, et celle qu'on lui attribue pour la paix^ qui sont du nombre des huit dont j'ai déjà parlé ; Trois Catilinaires \ toutes les Philippiqiies, et le reste des Oraisons de Cicéron; les Paradoxes , les Offices , les Tusculanes du même auteur, dont il a dessein de traduire les autres ouvrages ; la Louange de Busire^ d'Isocrate; deux tomes de V Histoire de Flandre par Strada; Hérodote ^ tout Sénègue^ excepté ce que Malherbe en avoit traduit; Tite-Live entier, avec le Supplément de Freinshémius ; le Supplément du même auteur, pour joindre au Quiiile- Curce de M. de Vaugelas; la Vie de saint Martin par Sévère Sulpice; les Psaumes du roi de Portugal-, Bérénice, tragi-comédie en prose. Pour les vers, il a fait dix-huit pièces de théâtre, qui sont : Lisandre et Caliste; Argénis^ première partie ; Argênis^ seconde partie; les Vendanges de Su7-ène ^ Alcimédon ^ Cléomèdon^ Lucrèce^ Clarigène ^ Alcionée ^ Saill^ Esther^ Scévole^ T/iéinisiocle, Nitocris , D inamis , Amaryllis, qui fut imprimée autrefois sans son consentement; deux autres qui ne l'ont pas été , Arétaphile et Clitophon et Leucippe. Il achève la dix-neuvième, qu'il appelle Anaxandre.
Il fut pourvu en 1626 d'une charge de secrétaire du Roi i ;
' il oloil né, en IGOd, d'une famille noble de Paris.
- Longtemps attaché au duc de Vendôme, fils de Henri IV et de
mais ayant fait un mariage d'inclination , il revendit cette charge eu 1633, et la nécessité où il se trouva de pourvoir à la subsistance d'une famille l'obligea de s'attacher, en qualité de secrétaire, à César, duc de Vendôme. Il eut, sur la fin
Gabrielle d'Estrées, il eut un de ces brevets d'historiographes de France, qui étaient plutôt un droit à une pension qu'une charge réelle. Le livre de VÉtat de la France reconnaît trois sortes d'historiographes : ceux qui exercent leur charge et sont couchés sur l'État; ceux qui sont couchés sur l'État et n'ont jamais rien fait paroître ; ceux qui usurpent ce titre. — Du Ryer étoit de la seconde classe : quand il mourut, il n'avoit encore rien écrit en vertu de son emploi. Sa pension lui étoit attribuée sur le sceau, c'est-à-dire sur le produit du droit du sceau. Tel autre historiographe a\ oit son traitement à prendre sur la généralité de Paris; tel autre sur d'autres revenus.
* La pauvreté l'obligea, dit-on, à quitter Paris et à se réfugier à Picpus ; là, dit Vigûeul-Marville cité par les frères Parfait, « un beau jour d'été , nous allâmes plusieurs ensemble lui rendre visite. Il nous reçut avec joie, nous parla de ses desseins et nous montra ses ouvrages : mais ce qui nous toucha, c'est que, ne craignant pas de nous laisser voir sa pauvreté, il voulut nous donner la collation. Nous nous rangeâmes dessous un arbre; on étendit une nappe sur l'herbe ; sa femme nous apporta du lait, et lui des cerises et de l'eau fraîche et du pain bis. Quoique ce régal nous semblât très-bon, nous ne pûmes dire adieu à cet excellent homme sans pleurer de le voir si maltraité de la fortune, surtout dans sa vieillesse, et accablé d'infirmités. » — Ménage, qui l'alla voir aussi {Menagiana, i69i, t. I, p. 542), reçut le même accueil, mais peu touché de cette misère du poète, il lui appliqua ce mot : fami, non famx inserviebat. Baillet l'a cité parmi ces écrivains qui faisaient « des traductions à 30 sous ou un écu la feuille, ou des vers à i francs le cent quand ils étaient grands, et à 40 sous quand ils étoient petits. » — Pitoyable auteur de traductions généralement fort négligées, ou simple réviseur de traductions anciennes qu'il retouchait sans se soucier du texte, Du Ryer a laissé
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de ses jours , un brevet d'historiographe de France , avec une pension sur le sceau : foibles ressources qui ne le dispensoient pas de travailler pour vivre. De là vient que ses ouvrages sont éloignés de la perfection où l'on sent qu'il étoit capable de les porter. Il avoit un style coulant et pur, égale facilité pour les vers et pour la prose. Il ne mauquoit que de loisir. Il mourut le 6 novembre 1658, âgé de cinquante-trois ans, et fut enterré à Saint-Gervais, dans le tombeau de ses ancêtres.
des tragédies où l'on trouve de véritables beautés. Lui-même a composé ces vers sur sa triste pauvreté :
Qu'un homme pauvre en tout semble imparfait ! Il est honteux, sot, ignorant, timide, Muet et sourd, insensible et stupide, Sale, vilain, contagieux, iufait...
Aussi n'est-il recherché de personne ; Chacun le fuit, le quitte et l'abandonne. S'il n'est parfois visité d'un sergent
Qui le console au fort de ses supplices : Hélas ! jamais n'aurai-je de l'argent Pour n'avoir plus tant de sortes de vices ?
{Jardin des Sfuses, in-li, 1643, p. 166.)
1 La date donnée par l'abbé d'Olivet est fausse : la Muse historique de Loret {Gaz. du 12 oct. 1658) lui a consacré une épitapbe dont voici le début :
Trésor d'immortelles douceurs, Chastes muses, divines sœurs, Pucelles de céleste race, Pleurez, pleurez votre disgrâce !
Un de vos plus chers favoris, Un des ornements de Paris, L'auteur de cent doctes ouvrages, Les délices des âmes sages Et qui vous honoroit si fort, Monsieur du Rver est mort....
XXXIII. Jean Ballesdens, Parisien, avocat au Parlement et au Conseil. Il a traduit le livre intitulé le Miroir du Pécheur pénitent^ et a donné au public les manuscrits suivants, d'entre plusieurs autres qu'il a ramassés : Cartiludium Logicœ^ seu Logica memora- Uva^ vel Poetica, R. P Thomœ Murner, cum notis et conjechu'is. Rudimenta cognitionis Dei et sui ^ Pétri Seguierii Prœsidis infulati-^ Elogia clarorurti virorum Joannis Papirii Massonis^ en deux volumes \ Gregorii Turonensis opéra pia, cum viiis Patrum sui iemporis , en deux volumes 5 les Actes du transpori du Dauphiné, fait à la couronne de France ; T'raité de V Eau-de-vie, par M. Jean Bronaut, médecin du roi. 11 a fait aussi réimprimer les Fables d'Esope en françois, de sa correction , pour l'instruction du roi , avec des Maximes jjolitiques et morales.
Il étoit attaché à M. le chancelier Séguier', et vraisemblablement c'est ce qui lui facilita l'entrée à l'Académie ; car du reste il paroît, à l'égard du style , n'avoir atteint que la médiocrité, même pour le temps où il vivoit -.
1 On trouve à la Bibliolh, irap. S. -G. fr. 709 i' , plusieurs lettres manuscrites de lui, adressées à Séguier sur un ton assez familier, si on les compare à beaucoup d'autres émanées même de grands personnages : nous en citerons un passage plus loin dans une note sur l'article de M. de Coislin , dont il avoit été précepteur.
- Aussi Chapelain disait-il de lui, dans son Mémoire des gens de lettres : « 11 est plus curieux qu liabile, et plus cupide de gloire que glorieux. Tout ce qu'il a publié est au-dessous de la médiocrité... C'est un bon homme. »
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On est surpris de ne lui voir ici que la qualité d'avocat. Dans quelques-uns des privilèges obtenus en son nom pour l'impression de ses livres, il se dit « protonotaire apostolique, prieur de Saint-Germain d'Alluye, aumônier du Roi', » ot J.-B. Thiers, dans son Traité des Perruques^ dit positivement qu'il présenta une supplique au cardinal de Vendôme, légat à latere^ pour avoir permission de dire la messe avec une perruque. Je dois cette particularité à M. l'abbé J0I3', chanoine de Dijon, auteur des Eloges de quelques auteurs françoi s, dont j'ai parlé ci-dessus , page 179. Ballesdens mourut à Paris en 1G75.
XXXIV. François - de Mézeray, natif de la vicomte d'Argentan, au diocèse de Séez. Il a fait aussi réimprimer une confiniiaiion de l'Histoire des T^ircs^ depuis Van \'6\^ jusqu'en 1648; et trois volumes in-folio de Y Histoire de France.^ depuis la naissance de la monarchie jusqu'à la paix de Vervins , et a dessein de la continuer jusqu'à notre temps.
XXXV. François Tristan l'Hermite, gentilhomme ordinaire de M. le duc d'Orléans, né au château de Souliers, en la province de la Marche. Ses ouvrages imprimés sont diverses pièces de théâtre : 3Iarianne, Pantkèe . la Mort de Sénèque; — de Crispe; — du graiid Osman^: la Folie du Sage. Trois volumes de poésies, intitulés : les Amours^ la Lyre . et les Vers hé-
^ Dans une carie de l'Europe que lui dédia le graveur Nicolas Berey, en 1657, il est qualifié de « aumônier honoraire du Roy, académicien. »
2 Voyez le t. II de cette Histoire, seconde partie, art. xvi. (0.)
3 Cette pièce fut publiée en 1656, après la mort de Tristan, par Quinault.
roiqnes. Pour la prose : un volume de Lettres, et quelques autres petits traités. Il travaille à un roman de plusieurs volumes, qu'il appelle la Coromène, histoire orientale. Il a fait X Office de la Vierge en français, qui contient diverses pièces spirituelles en vers et en prose.
Parmi quelques fictions dont M. Tristan peut avoir embelli son Page disgracié^ nous y trouvons la véritable histoire de sa jeunesse , et même il n'a pas eu grand besoin de recourir au mensonge pour lui donner tout à fait l'air de roman. On y voit qu'il se disoit issu dune très-ancienne maison, jusqu'à compter parmi ses ancêtres le fameux Pierre l'Hermite, auteur de la première croisade, et Tristan i'Hermite, grand prévôt sous Louis XI; que dans sou enfance il fut amené à la cour, et mis , en qualité de gentilhomme d'honneur, auprès du marquis de Verneuil, fils naturel d'Henri IV; qu'à l'âge d'environ treize ans, s'étant battu contre un garde du corps et ayant tué son homme , il prit la fuite et se sauva en Angleterre, d'oii, après diverses aventures, il voulut passer à la cour de Castille , pour s'y présenter au connétable Jean de Vélasque, son parent ; mais qu'en traversant la France incognito, lorsqu'il fut en Poitou, il manqua d'argent et de tout secours pour continuer sou voyage , en sorte qu'il se mit entre les mains de la fortune. Elle lui fit trouver entrée chez l'illustre Scévole de Sainte- Marthe, qui, parvenu à un âge très-avancé, vivoit à Loudun sa patrie, dans un doux et honorable repos. Ce docte vieillard avoit toujours fait son amusement de la poésie ; il fut charmé de retenir un jeune homme vif, amusant, porté aux belles conuoissances, et qui d'ailleurs pouvoit, en faisant auprès de lui l'office de lecteur, lui être d'un grand secours.
Tristan passa dans cette maison, c'est-à-dire dans le sein des Lettres, quinze ou seize mois. Après quoi, parles bons offices de messieurs de Sainte -Marthe, il devint secrétaire du marquis de Villars-Montpezat, qui faisoit sa demeure au grand Précigny , en Touraine. A quelque temps de là, ce marquis fut appelé par le duc de Mayenne à Bordeaux, et y mena son secrétaire ; la cour y passa en 1620 ; Tristan, qui jusqu'alors avoit déguisé à ses maîtres son nom et sa naissance, fut enfin reconnu par M. d'Humières, premier gentilhomme de la chambre, et Louis XIH, à la prière de ces seigneurs, non-seulement lui accorda sa grâce, mais même lui fit amitié. Voilà par où finissent les deux premiers livres du Page disgracié. Ils laissent Tristan à l'âge de dix - huit ans. Il en promettoit deux autres livres, qu'il n'a point publiés, ou que du moins je n'ai pas yus. Ainsi, sur le reste de sa vie, nul détail. Tout ce qu'on en sait, c'est qu'étant poète, joueur de profession', et gentilhomme de Gaston, duc d'Orléans , aucun de ces trois métiers ne l'enrichit. Quant à ses tragédies , elles réussirent toutes en leur temps ; mais celle de Marianne est aujourd'hui la seule d'estimée. Il mourut âgé de cinquante-quatre ans, le 7 septembre 1655"-.
1 Comme Voiture, il avoit à un tel point la passion du jeu qu'il y perdit tout ce qu'il y pouvait hasarder. Il a reçu, discL't les frères Parfait, à diverses fois, mille pistoles de M. le duc de Saiiit-Aignan, et n'a pas trouvé dans cette somme de quoi s'acheter un habit honnête.
* Il étoit né en 1601. Voici comment Loret parle de sa mort {Muse histor., Gazelle du 11 sept. 1635) :
Mardi cet auteur de mérite
Que Ton nomme Tristan l'Hermite,
Qui, faisant aux Muses la cour,
Donnoit aux vers un si bon tour,
Si vertueux, si gentilhomme,
Et qui d'être un fort honnùte homme
XXXVI. Georges de Scudéry, gouverneur de Notre- Dame de la Garde, né au Havre-de-Grâce. Il a fait seize pièces de théâtre : Ligdamon ^ Je Tromjjeur puni, le Vassal généreux , la Comédie des Comédiens , en vers et en prose ; Orante, le Fils supposé, le Prince déguisé, la Mort de César, Didon, V Amant libéral^ l'Amour iyrannique^ Eudoxe, l'Illustre Bassa, tragi-comédie; Andromire, Axiane , Arminius ; quantité de Poésies mêlées, imprimées ensuite de ses pièces de théâtre, jusqu'au nombre de dix ou douze mille vers; le Cabinet, qui est un recueil de poésies sur des tableaux : un volume de diverses Poésies in-i". 11 a fait YÊpitaphe du cardinal de Richelieu , qui a été imprimée et depuis gravée en bronze, pour mettre sur son tombeau. Il a fait un poëme héroïque, qu'il appelle Rome vaincue. Ses ouvrages de prose sont : V Apologie du théâtre , Observations sur le Cid; deux Lettres à l Académie^ et une à M. de Balzac, sur le même sujet; traduction des Œuvres de Manzini ; V Illustre Bassa, roman en quatre parties; deux volumes de Harangues des Femmes
Avoit en tout lieu le renom, Décéda du mal de poulmon Dans le très-noble hôtel de Guise.
Où ce prince que chacun prise, Par ses admirables bontés, Par ses soins et générosités Dès longtemps s'étoit fait paroitre Son bienfaiteur, Mécène et maître.
On mit dans l'église Saint-Jean Le corps dudit monsieur Tristan.
Tristan eut pour élève Quinault, qu'il s'attacha après la mort de son fils unique.
illustres; Discoui-s politiques des rois; le Grand C'y ru s, roman qui doit avoir dix volumes.
Il sortoit d'une famille noble, originaire du royaume de Naples, établie depuis plusieurs siècles en Provence ^ Son père, après avoir servi avec distinction sur mer et sur terre, eut la lieutenance de roi du Havre-de-Grâce , où cet académicien naquit en 1601. Il suivit d'abord le parti des armes, comme il nous l'apprend lui-même dans la préface de son Ligdamon , qui est sa première pièce de théâtre. Mais ses propres paroles sont à rapporter; on gâteroit tout en les changeant.
1 Georges de Scudéry étoit d'une famille noble originaire d'Api en Provence, dont le nom est Scutifer dans les contrats latins, et qui porta celui de Scudier ou Ecuyer quand on commença à faire les contrats en françois, et depuis celui de Scudéry.
Elzéar Ecuyer, ayeul de Georges de Scudéry, fit profession des armes et y acquit de la réputation. Son fils, père de Georges de Scudéry , suivit la fortune de l'amiral de Villars, André de Brancas, qui le fit nommer lieutenant de Roi au Havre-de-Grâce, dont il étoit gouverneur : ce ne fut donc pas Scudéry lui-même qui eut cette place. Celui-ci étoit fils de ce lieutenant de Roi et d'une demoiselle de Brilly; il naquit au Havre, en 1601, et passa une partie de sa jeunesse à Apt avant de venir à Paris.
Cf. Niceron, Mémoire pour servir à l'histoire des hommes illustres, t. XVI.
Le roman de Cyrus, qui contient l'histoire de sa sœur sous le nom allégorique de Sapho, dit « qu'il n'y avoit point de famille à Mytilène où l'on put avoir une plus longue suite d'ayeuls, ni une généalogie plus illustre ni moins douteuse... Sapfio a un frère nommé Charaxe, qui étoit alors extrêmement riche ; car Scamandrogine (leur père), en mourant, avoit partagé son bien fort inégalement, et en avoit beaucoup plus laissé à son fils qu'à sa fllle, quoyqu'à dire la vérité, il ne le méritât pas. »
« Tu couleras aisément, dit-il au lecteur, par-dessus les fautes que je n'ai point remarquées, si tu daignes apprendre qu'on m'a vu employer la plus longue partie du peu d'âge que j'ai, à voir la plus belle et la plus grande de l'Europe, et que j'ai passé plus d'années parmi les armes, que d'heures dans mon cabinet, et beaucoup plus usé de mèche en arquebuse qu'en chandelle ; de sorte que je sais mieux ranger les soldats que les paroles , et mieux quarrer les bataillons que les périodes '. »
Dans l'épître dédicatoire de la même pièce au duc de Montmorency : « Je veux , lui dit-il , apprendre à écrire de la main gauche , afm que la droite s'emploie à vous servir plus noblement. » Et dans une autre de ses épîtres dédicatoires, il dit qu'il est « sorti d'une maison où l'on n'a jamais eu de plume qu'au chapeau. »
On ne peut enchérir là-dessus, et il faut convenir de bonne foi, n'en déplaise à Bachaumont et à Chapelle, que les dames de Montpellier n'avoient pas tort de le croire
Vaillant, riche et toujourc bien niis^
1 D'Olivet ne cite que la fin de cette préface. On y lit encore : « Ne pensant être que soldat, je me suis encore trouvé poète.... La poésie me tient lieu de divertissement agréable, et non pas d'occupation sérieuse. Si je rime, ce n'est qu'alors que je ne sçais que faire, et n'ai pour but en ce travail que le seul désir de me contenter : car bien loin d'être mercenaire, l'imprimeur et les comédiens témoigneront que je ne leur ai pas vendu ce qu'ils me pou voient payer. Tu couleras..., etc.
* Chapelle et Bachaumont sont à Montpellier, dans une société de précieuses de campagne qui croient Scudéry
Vaillant, riche et toujours bien mis, Et Pellisson un Adonis.
Les deux voyageurs sont allés jusqu'à Marseille, et ils ont
Mais étoit-ce un grand poëte? C'est de quoi peut-être on ne conviendra pas si facilement, quoiqu'il nous assure que toutes ses pièces de théâtre eurent un succès extraordinaire, à l'exception de sa Didon et de son Amant libéral^ « où les acclamations, dit-il, furent un peu plus froides. Toutefois, ajoute-t-il , l'impression fit après ce que j'avois espéré du théâtre. » Voilà comme il en parle dans la préface de son Arminius , qui est la dernière pièce qu'il ait donnée. Ainsi la satire^ a bien eu raison de l'appeler « bienheureux Scudéry , » puisqu'en effet il a été content , et de lui-même et de son siècle, jusqu'au dernier moment.
Il avoit épousé une demoiselle de Martinvast, bonne maison de Normandie-. Il mourut à Paris le 14 mai 1667, âgé de 69 ans. Quelques-uns des ouvrages que M. Pellisson lui
grimpé au fort de Notre-Dame de La Garde ; Scudéry, après la perte de sa fortune, en avait dû le gouvernement aux sollicitations de madame de Rambouillet et de Ph. Cospeau, alors évêque de Lisieux.
1 Boileau :
Bienheureux Scudéry dont la fertile plume Peut tous les mois sans peine enfanter un volume. (Sal. Il, vers 77.]
Ce qui revient à ce mot de Balzac : « 0 bienheureux écrivains, M. de Sauniaise en latin, et M. de Scudéry en franc^ois ! j'admire votre facilité... » — Cbapelain le juge ainsi : «Scudéry a peu de connoissance des langues anciennes : pour la sienne, il la parle assez purement. Son principal mérite est dans son naturel, qui est beau ; et, s'il étoit réglé par le jugement et soutenu par le savoir, il a une vigueur qui ne le laisseroit pas entre les hommes ordinaires. « {Mém. de quelques gens de lettres vivants en 1662.)
' On trouve de madame de Scudéry des lettres nombreuses et fort intéressantes dans la correspondance de Bussy. — Il l'épousa et 1650, et eut d'elle un fils qui fut prêtre.
attribue ici, et qui ont véritablement paru sous son nom, viennent de son illustre sœur, Madeleine de Scudéry , morle en 1 70 1 , à l'âge de 94 ans.
XXXVII. Jean Doujat, Toulousain, avocat au Parlement , seul lecteur et professeur du roi en droit canon au Collège royal de France. Il a divers ouvrages de longue haleine fort avancés sur plusieurs sciences, et deux particulièrement sur le droit, qu'il appelle Prœnotiones canonicœ el civiles. Il a publié en diverses occasions des pièces séparées en vers latins ou françois. Il y a de lui une petite Gxammaire espagnole.^ oi!i il n'a pas mis son nom, non plus qu'au Dictionnaire de mots gascons sur Goudelin. Il est l'auteur de la préface du Vestibulum de Coménius, dont il a donné la copie, et d'un des Epitaphes de M. de Thou, qui fut imprimé sans qu'il le sût, avec beaucoup de fautes dans Vittorio Siri , et qui commence : « Lege Viator, etc. )'
Il prêta le serment d'avocat au Parlement de Toulouse eu 1637, et au Parlement de Paris eu 1639 1.
* Il était né à Toulouse, vers 1609, d'une famille illustre : il était petit-fils de Louis Doujat, premier avocat général qu'ait eu le grand Conseil (vers 1515), et fils d'un conseiller au Parlement de Toulouse.
11 fut choisi par M. de Périgny, non pas, comme on l'a dit, pour enseigner au Dauphin, fils de Louis XIV, les éléments de l'histoire et de la mythologie, mais pour faire partie de sa maison, et l'entretenir de ces matières. Quelques-uns de ses ouvrages furent composés à celte occasion, comme sa traduction de Vellëius Paterculus, sou édition de Tile-Live, etc. Chapelain,
Il eut la chaire de professeur en droit canon au Collège royal en 1651, et une autre chaire de docteur régent dans la Faculté de droit en I6ô5.
« On ue sauroit lui rien apprendre dans les langues grecque, latine, italienne, espagnole : il a beaucoup de connoissance de l'eselavonne, de l'allemande et de l'hébraïque. » Ce sont les propres termes que je trouve dans une lettre non imprimée de Chapelain à Balzac, du 24 septembre 16.50,
« A tant de talents il avoit joint une rare modestie , une exacte probité et un parfait désintéressement. Jouissant par son travail d'un revenu considérable, il ne songea jamais à faire des acquisitions , ni à amasser des richesses. Content d'en tirer une honnête subsistance , il employa tout le superflu au soulagement des pauvres'.» Voilà ce qui se lit dans le sixième Journal des Savants, de l'année 1689.
Il mourut à l'âge de soixante et dix-neuf ans, le 27 octobre 1688, étant alors doyen et de l'Académie, et du Collège royal et de la Faculté de droit.
Outre les ouvrages qu'il a mis au jour, on cite de lui les manuscrits suivants.
I. Du délit commun et du cas privilégié. Bibliothèque historique du P. le Long, num. 2648.
dans son Mémoire des gens de lettres, parloit déjà, en 1662, avec éloge des nombreux matériaux que Doujat avait recueillis pour Ihistoire : « Il possède assez bien le françois, mais il u'est pas de la première classe. » î^'il utilisait les documents qu'il possède, il faudrait « revoir et réformer ce qu'on y trouveroit à redire, » — • Nous retrouverons dans notre second volume Doujat mêlé au procès de Furetière.
' L'abbé Renaudot, dans le discours qu'il prononça lorsqu'il fut reçu à la place de Doujat, vante aussi « sa vertu, et particulièrement sa grande charité envers les pauvres, qu'il cachoit avec tant de soin. ^
3J^2 CATALOGLE
H. Rernm Gallicarum, impubère Liidovico XIV, liber primns. Il n'y eo a eu d'imprimé que la première feuille, suivant le P. le Long, num. 9596.
III. Consultation sur la renonciation de la reine Marie- Thérèse d'Autriche aux États de la couronne d'Espagne, le cas y arrivant. P. le Long, num. 1 1989.
lY. Réponse au Bouclier d'État, oii il est traité de la véritable fin du Roi en son entrée aux Pays-Bas. P. le Long, num. 12000.
V. Mémoire de l'état ancien et moderne de la Lorraine, etc. P. le Long, num. 12149.
VI. Histoire de la régence d'Anne d' Autriche ^ mère de Louis XIV, indiquée dans le sixième Journal des Savants , de l'année 1G89.
A l'occasion du Bouclier d'État , remarquons que Bayle étoit mal informé, lorsqu'il a dit que le baron deLisola, auteur de ce fameux ouvrage, étoit de Besançon. François de Lisola, fils de Jérôme de Lisola, écuyer, et de Susanne Recy, naquit à Salins et y fut baptisé à la paroisse de Saint- Anatole, le 22 août 1613 ^ J'ai cru devoir, par zèle pour ma patrie, revendiquer en son nom cet homme illustre, dont l'exemple suffit pour montrer à ses compatriotes, que s'ils aiment l'oisiveté, ce n'est pas que la nature leur ait refusé des talents.
XXXVIII. François Charpentier, Parisien. Il a fait imprimer la Vie de Socrate et la traduction des Choses vié/norables de ce philosophe, du grec de Xénophon.
1 L'abbé d'Olivet pouvait être bien informé ; lui-même était né à Salins, et sa mère était de la même famille que celle du célèbre pamplilétaire.
Il a traduit aussi toute la Cympèdie et quelques ouvrages de l'empereur Julien; mais cela n'est pas encore imprim.é. Pour les vers, il a fait une Paraphrase du psaume Confitemim Domino, imprimée, et plusieurs autres poésies qui ne le sont pas.
Il naquit le 15 février 1620 et il mourut le 22 avril 1702.
« Le génie aisé et la vivacité qu'il fit paroître dans ses premières études l'avoient fait destiner au barreau. Mais quelques talents qu'il eût pour réussir dans cette profession, Lamoui" des lettres ne lui permit pas de s'y engager. Il préféra à uue vie tumultueuse et agitée le repos et le silence du cabinet, et à l'étude des loix la connoissance des langues et des bons auteurs de l'antiquité.
« M. Colbert étant entré dans le ministère, et ayant conçu le dessein de former, à l'imitation de nos voisins, une compagnie pour le commerce des Indes Orientales, voulut d'abord donner à toute la France une idée avantageuse de cet établissement, par un discours qu'on publia sur ce sujet, et il fut tellement satisfait de M. Cbarpentier qui lavoit composé par son ordre, qu'il le retint pour être d'une Académie qui ne faisoit que de naître ', et que l'on a connue depuis sous le nom d Académie des inscriptions.
« Les langues savantes que M. Charpentier possédoit parfaitement , la profonde connoissance de l'antiquité, et cette critique judicieuse et sûre qui étoit le fruit de ses veilles , le ren dotent très-propre à concourir aux travaux de cette nouvelle Académie; et c'est une justice que tout le monde lui rend , qu'il n'y a personne de ceux qui la composoient qui
' On l'appelait alors la petite Académie, et elle ne comptait que quatre membres, tous de l'Académie française : Chapelain, Bourzéis, Charpentier et Cassaignes.
Mi CATALOGUE
ait plus contiibiié que lui aux desseins de cette belle suite de médailles qu'où a frappées sur les principaux événements du règne de Louis XIV.
» A l'égard du caractère de ses ouvrages, on peut dire en général qu'on y trouve partout de l'esprit et de l'art , de la force et de l'érudition K
" Il avoit le corps robuste et sain , la voix mâle et forte , avec un certain air de confiance , et si on l'ose dire , d'intrépidité. Il étoit naturellement éloquent et parloit avec véhémence. De sorte que, lorsqu'il soutenoit un avis et que son feu s'allumoit par la contradiction % il lui échappoit quelquefois des choses plus belles encore que tout ce qu'il a écrit de plus vif et de plus anime.
« Le discours qu'il a donné au public, De l'excellence et de l'utilité des exercices uradémiques, découvre assez quel étoit son zèle pour ces exercices. Mais son assiduité aux assemblées de l'Académie l'a fait encore mieux voir. II en a
* Chapelain le juge ainsi : « Il a le style pur et net eu prose et en vers, sait bien la langue grecque et latine, a de la force dans l'esprit et de l'érudition ancienne. Par la Vie de Socrate, qu'il a compilée, on voit qu'il pourroit travailler de son chef; mais il s'est rabattu sur la traduction, comme s'il craignoit le labeur ou qu'il se sentit foible pour les grandes entreprises. L expérience du monde et des affaires qui lui manque, lui a fait peut-être prendre ce parti comme le plus aisé. Au reste, il vaut autant et plus qu'un autre. »
- Charpentier avoit la manie de contredire. Despréaux parle assez souvent de lui en ce sens, entre autres dans sa lettre à Racine, du 28 août 1687, où il se représente lui-même comme « un misérable qui a besoin de sa voix pour être souffert des hommes, et qui a quelquefois à disputer contre M. Charpentier. Quand ce ne seroit que cette dernière raison, ajoute-t-il, il doit risquer quelque chose, et la vie n'est pas dun si grand prix qu'il ne la puisse hasarder pour se mettre en étal d'interrompre un tel parleur, d
soutenu les travaux et la réputation par son exemple ; et nul autre académicien n'a parlé plus de fois à la tête de la compagnie*. »
Tout cela est tiré mot à mot du XXXII, Journal des Savants , de l'année 1702. On y trouve aussi les titres des ouvrages que M. Charpentier laissa en manuscrit :
I. Toutes les OEuvres de Xénophon , traduites en François : il n'en avoit fait imprimer que la Cyropédie, et quatre livres des Choses mémorables de Socrate.
II. Dissertation sur la Cyropédie^ pourjustifier que l'histoire de Cyrus, écrite par Xénophon , est une histoire véritable.
III. La Rhétorique d'Aristote en françois, avec des commentaires.
IV. Trois comédies d'Aristophane, le Plutus^ les Nuées et les Grenouilles^ traduites en prose françoise.
V. Épiyrammes choisies de V Antholoyie et de Martial^ en vers françois.
VI. La Peinture parlante , traité où l'on fait voir qu'il faut mettre des inscriptions aux tableaux , et des noms aux portraits.
VII. Pièces diverses en prose et en vers, dont quelquesunes ont été mises , mais sans choix et sans goût , dans le Carpentariana.
A l'égard des ouvrages étrangers , auxquels M. Charpentier a eu part, soit pour en avoir corrigé le style, soit pour en avoir procuré l'édition, voyez Carpentariana^ p. 369.
' On trouve jusqu'à seize discours prononcés par Charpentier à l'Acacléniie ou au nom de la Compagnie, dans le Recueil des harcuigucs académiques, publié en 1698. 11 faut dire, du reste, que Charpentier porta pendant cinquante et un ans (de 1651 à 1702) le titre d'Académicien.
XXXIX. François Tallema^t ', natif de La Rochelle, aumônier du roi. Il a traduit quelques Traites et quelques Vies de Pliitarque, qu'il n'a point fait imprimer.
Il avoit de l'esprit , il ne manquoit pas même de savoir ; mais faute d'avoir bien examiné, comme le vent Horace,
Quid ferre récusent, Qiiid valeani humeri,
il a vieilli sur une traduction des Vies de Plutarque , qui n'a point eu de succès. Ce qui avoit fait réussir celle d'Amyot, ce sont les grâces du style. Ce qui fit échouer celle de M. l'abbé Tallemant, c'est tout le contraire. « Nec tamen satis aulœ probata est, dit M. Huet dans ses Mémoires , hsec interpretatio, quam ille languente et diffluente oratione vestiebat. In hujusmodi enim scriptiouibus bistoricis parum attenditur quam fideliter expressum sit exemplar,quum non satisfit aurium desiderio. » On a reçu plus favorablement sa traduction de V Histoire de Venise. Il mourut âgé de soixante-treize ans , le 6 mai 1693.
XL. Armand du Cambout, marquis de Coislin, baron de Pontchàteau , et de la Roche - Rernard , lieutenant pour le Roi en Basse-Bretagne, né à Paris.
Il mourut le 16 septembre 1702 , à Paris, où il étoit né le
1 II étoit frère cadet de Tallemant des Réaux. Né protestant, il changea de religion sans se brouiller avec sa famille, et, à en croire son frère, sans grande conviction. Voir, pour plus de détails, les Uistoriettes, éd. in-18, t. VIII, pages 176 et suiv., et t. 1"=', Notice, par M. de Monnierqué. — Nous verrons, dans notre second volume, son nom mêlé dans le procès deFuretière.
1*"^ du même mois en 1G35, de César du Cambont, colonel général des Suisses, et de Madeleine Séguier, fille du chancelier de ce nomi. Il considéroit l'ort les gens de Lettres, et se déroboit avec joie à ses autres occupations pour pouvoir se trouver avec eux. Il a laissé, entre autres enfants 2, Pierre du
' Madame de Coislin, devenue veuve, en 1646, épousa ensuite le marquis de Laval, second fils de madame de Sablé.
2 II sembleroit que le chancelier eût désiré la réception de son petit-fils à rAcadémie françoise, où il avoit déjà son précepteur Ballesdens, pour qu'il pût y fréquenter des gens de lettres, et tirer profit de leur entrelien pour compléter en quelque sorte son éducation. Voici un fragment pris dans une lettre manuscrite de Ballesdens à Séguier, du 6 déc. 1638 : « M. le marquis de Coislin... arriva lundy sur les trois heures; l'abscence de madame, qui étoit lors en visite, l'obligea de venir prendre sa place à l'Académie, où il sait qu'on a fait tant de vœux pour sa santé. 11 la remplit si dignement cette après-dinée, que je puis dire que le meilleur historien ne sçauroil faire une si excellente relation de la campagne qu'il fit. Cela me porta à lui dire en secret que j'irois écrire sous luy tout ce que javois ouy, et qu'on n'en changeroit pas un seul mot dans notre histoire épistolaire. Cependant, comme je sçay qu'il ne parle pas seulement, mais qu'il agit et qu'il exécute comme il parle, je lui applique ces deux vers par advaiiie, et par quelque espèce de prophétie de sa haute valeur :
Irruel inlrepidus flammis, hiberna secahit yl'quora, el urmalas acics superabil inermis.
Le mardi suivant, il fut en Sorbonne, où il assista au service qui s'y fait pour feu M. le cardinal de Riclielieu. » {Bibliolh. imper. M. Saint-Germain, fr. 709 --.)
En 1662, Chapelain ayant à l'apprécier dans son Mémoire pour Colbert, dit de lui : « Le marquis de Coislin parie fort bien et fort juste. Maison n'a rien entendu de lui en matière d'éloquence, qu'une harangue courte et bonne qu'il fit aux États de Bretagne quand son tour vint d'y présider. Du reste, il se pique plus de guerre que d'écriture. »
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Cambout, duc de Coislin, pair de France, mort en 1710 , et Henri-Charles du Cambout, duc de Coislin, pair de France , évêque de Metz , qui ont lun et l'autre successivement regardé le titre d'académicien, comme une portion de leur héritage.
Je vous ai rapporté la naissance , rétablissement et le progrès de TAcadémie françoise jusqu'à présent : n'attendez pas que j'aille plus loin , et que j'imite cet excellent historien, qui, jugeant de l'avenir par la connoissance du passé , a si bien fait l'horoscope de la République romaine. La fortune de l'Académie suivra vraisemblablement celle de l'Etat, et sera bonne ou mauvaise, selon les rois et les ministres qu'il plaira à Dieu de nous donner. Il est impossible de prévoir tout ce qui peut arriver au dehors pour sa destruction ou pour sa gloire 5 mais je vous dirai bien entre nous, que s'il y a rien au dedans par où elle puisse manquer, c'est peutêtre une certaine coutume ou loi non écrite , qu'elle observe plus exactement que pas un de ses Statuts. Car, je vous prie, ne croiriez-vous pas que l'avantage d'entrer dans ce corps devroit être proposé comme un prix à toutes les plumes des François, et à tous ceux qui se sentent quelque génie extraordinaire .^^ Que ces messieurs, lorsqu'ils ont à se choisir un collègue, devroient toujours nommer le plus digne, quel qu'il fût, sans même qu'il s'en doutât, assurés que personne ne refuseroit cet honneur, ou que si quelqu'un étoit si bizarre, toute la honte et tout le blâme en seroit sur lui? Cependant ils gardent inviolablement cette maxime . de
ne recevoir personne, quelque mérite qu'il ait d'ailleurs, qu'il ne le demande. Je sais tout ce qu'on peut dire en faveur de ce règlement , et ne doute pas que ceux qui en ont été les premiers auteurs , ne se fondassent alors sur des raisons en effet très-considérables; mais je doute fort si le mal qu'il peut produire aujourd'hui n'est point plus grand que l'utilité qu'on en peut attendre. Car s'il en faut parler franchement , il en arrive une chose de très-dangereuse conséquence. C'est que presque personne ne se présente pour être reçu , qui , avant que de rien proposer en public , ne s'assure des suffrages en particulier , où la civilité ordinaire ne permet qu'à peine de résister aux prières d'un ami. Je veux bien que toutes les places vacantes aient été remplies jusqu'ici aussi bien qu'on le pouvoit souhaiter. J'en vois même, entre les derniers venus , que cette Compagnie compte parmi ses premiers et ses plus grands ornements. Mais qui nous assure qu'il en soit de même à l'avenir, et qui ne sait que la corruption ne se glisse toujours que trop tôt en toutes les institutions humaines, lors même qu'on n'a rien oublié pour les en défendre? Ceux qui seront les moins capables de cet emploi seront peutêtre les plus ardents à le rechercher, et l'obtiendront aisément en un pays, et en un siècle où l'on ne sait rien refuser que ce qui regarde l'argent et l'intérêt particulier. Plusieurs autres au contraire , que l'Académie devroit souhaiter pour ses membres, se tiendront à l'écart, ou par quelque pudeur naturelle, ou par cette fierté honnête qui accompagne d'ordinaire la vertu et
le mérite. On aura beau nous dire qu'ils n'en sont point, parce qu'ils ne s'en mettent point en peine. La postérité ne recevra point cette excuse : et si elle voit paroître sur ce théâtre de petits ou de médiocres acteurs, pendant que d'autres qui étoient capables des premiers rôles seront demeurés cachés derrière , elle blâmera sans doute le jugement qui aura fait un si mauvais choix.
Mais si cette Compagnie subsiste longtemps, et avec le même honneur qu'elle a fait jusqu'ici, quand même elle ne donneroil point les œuvres qu'on en attend , il est impossible que la France n'en retire beaucoup d'avantage.
Tant d'hommes d'esprit et de savoir ne peuvent pas s'assembler toutes les semaines sans s'exciter les uns les autres au travail et à l'étude des belles-lettres, sans profiter beaucoup dans ces conversations , et sans répandre insensiblement le profil (juils auront fait pour eux-mêmes , sur tout Paris et sur tout le reste du royaume.
Quant à moi , tel que je suis, j'avoue que je me suis formé dès l'enfance, ou dans les écrits, ou dans la conversation de quelques-uns de ce corps, qui ont été mes premiers maîtres. Ce que vous trouverez de plus supportable au style et en la manière de cet ouvrage, vous le devez à rAcadémie. Mais si l'Académie elle-même n'est point marrie que je me sois donné cette occupation , elle saura qu'elle vous le doit , et que sans notre amitié, et sans votre louable curiosité, je n aurois point écrit son histoire.