GOMBAUD, HABERT, L'ESTOILE, CHAPELAIN
HABERT
Eussiez-vous jamais cru qu'avec tant d'impudence On osât attaquer les premiers de la France ?
l'estoile.
A tantôt ce discours. Gombaud, avançons-nous. Chapelain est-il céans?
CHAPELAIN
Oui, que lui voulez-vous?
Le voilà, Messeigneurs, pour vous faire service.
l'estoile.
Nous avons bien besoin de votre bon office. Enfin les envieux font leur dernier effort.
Je n'ai fait que vingt vers, mais tous vers raisonnes,
Magnifiques, pompeux, justes et bien tournés.
Par un secret de Part, d'une grande Déesse
J'oppose les appas à ceux de ma Comtesse ;
Et des charmes divins, dams l'opposition, Je fais voir la confusion.
Quant à l'autre couplet, j'y reprends la nature,
Qui des corps azurés a formé la structure,
De n'avoir su placer à ce haut firmament Qu'un soleil seulement.
La Comtesse en a deux : c'est au ciel une honte
Qu'un visage ici-bas en soleils le surmonte.
J'achève heureusement : il me falloit finir.
Aussi bien nos auteurs commencent à venir. (a) Dans l'édition de 1733, cette scène et la suivante ont été sii])primées. La 2^ scène du 2'' acte de cette édition se trouve donc être à peu près la même que celle (|ui forme la 1" scène du 3^ acte dans l'édition que nous suivons.
420 l'IÈCES JUSTIFICATIVES.
CHAPELAIN
Parlez-moi prompteraent : quoi ! quelqu'un e^l-ii iv.oit? Voulez-vous point parler?
l'estoile.
Une race ennemie Écrit
CHAPELAIN
Achevez-donc.
l'estoile.
Contre l'Académie.
CHAPELAIN
Contre rAcadémie I
OOMBALU.
11 est vrai.
CHAPELAIN
Quels esprits Sont assez effrontés pour l'avoir entrepris? Certes, vous m'étonnez; d'où vient cette nouvelle?
l'estoile.
Ce discours me surprend et me tient en cervelle.
CHAPELAIN
Mais qui sont ces auteurs qui viennent nous choquei?
GOMBAUD
C'est Sorel ' et Du Bosc - qui se veulent piquer.
HABEET.
Vous connoissez Sorel, dont le style comique Raillera sans respect la troupe académique;
' Sorel écrivit en elïel, en ce temps, son Ilùle de pri'sni/alivn aux grands jours de l'éloquence française.
- Du Bosc, auteur de VHonnèle Femme, elc. Nous ne criiyon:^ pas à ses attaques contre l'Acacléniie.
PIECKS JUSTIFICATIVES. 4-21
El le grave Du Bose, d'un diseo'.u's sérieux , Fera tout son possible à nous rendre odieux.
CHAPELAIN
Qui pourra leur répondre en ce genre d'écrire? Nous n'avons de nos gens un seul homme à satire.
GOMBAUD
Nous n'a\ons que des sots, et je veux bien mourir Si le plus suffisant ' sait l'art de discourir !
HABERT
Je veux qu'ils soient bien sots : toujours faut-il répondre.
l'estoile.
Je comiois un auteur fort propre à les confondre; Au moins pour la satire, il fait excellemment.
CHAPEEAIX.
Dites vite son nom.
l'estoile.
C'est monsieur Saint-Amant.
CHAPELAIX.
Habert, enquêtez-vous s'il veut prendre la peine D'employer en ceci ([uelque effort de sa veine.
HABERT
Vous le connoissez mal.
OOMBALD.
Encor qu'en dites-vous?
habert.
Gombaud , c'est un esprit à se moquer de nous.
GOMBAUD
Nous en avons beaucoup de notre Académie,
' La sufjisance , à la Qn du seizième siècle cl au coiinnenceinent du dix-seplième, c'élail la scieme, ou plutôt ce que nous a|)pelons maintenant capacUc. L'homme suffisant c'était riiomme rupaitle : maintenant c'est l'Iionime «|ui se croit tel.
Capables d'effacer toute cette infamie, Et Balzac et Racau la pourroient bien venger.
HABERT
Ce seront les premiers à la désobliger.
CHAPELAIN
Que cette vaine peur loin de nous soit bannie; Sachez qu'on ne peut nuire à notre Académie. Nous avons pour soutien un trop ferme pilier : rsOiis avons la faveur de ce grand Chancelier.
l'estoile.
Kn cfft, sa faveur nous défend de nous plaindre. Si nous avons Séguier, nous n'avons rien à craindre.