SCÈNE m
Le marquis de BREVAL, seul, délibéranl s'il doit aller ;i la guerre ou demeurer ;i l'Académie.
Muse, il vous faut quitter ! adieu, cher Apollon ! Adieu, cher Hippocrènel adieu, ruisseau, vallon! Adieu, cherHélicon! adieu, mont de Parnasse, Où les neuf belles Sœurs m'ont tout comblé de grâce ! Adieu, sacrés auteurs, mes nobles compagnons. Que Phœbus a choisi pour être ses mignons ! Hélas ! mes grands amis, il faut changer de terre, Et qui pis est encor m'en aller à la guerre. Mais quoi faire à la guerre? y recevoir des coups? Marquis, demeure eu paix, n'imite point ces fous. Que je hais ces brutaux, ces enragés courages, Qui vivent sans remords au milieu des cai'uages; Qui nagent dans le sang, et cherchent leurs ébats Dans les plus grands périls que montrent les combats! Je veux vivre en éclat et non pas à l'année-
J'aurai, par mon savoir, assez de renommée. Toutefois, je ne puis, sans honte et sans mépris. Goûter en ces temps-ci les douceurs de Paris. Dieux 1 l'étrange combat que je sens dans mon âme ; 11 faut quitter Paris ou bien vivre en infâme, Pour un petit honneur, s'abandonner au Sort, En des lieux inconnus aller chercher la mort : Hélas 1 quelle rigueur, hélas ! quelle misère ! Il me souvient encor des discours de ma mère. Salutaires discours qu'elle tint autrefois, Si je vous avois crus, je seroisdans les lois;^ Je serois à présent grand homme de justice, Loin du bruit importun qu'on oit dans la milice. Je serois en tout temps gros bourgeois de Paris, Peut-être, et que sait-on, quelqu'un des favoris. Marquis, ne quitte point ta chère .Académie ; Tu vivrois dans l'armée avec plus d'infamie. A toute heure, en passant, quelque gladiateur Te diroit froidement : bonjour, monsieur fauteur ! Je tremblerois toujours au bruit d'une bataille, Je mourrois de frayeur au pied d'une nnu'aille. Enfin chaque moment, l'on me prendroit sans verd , Me parlant de Galas, ou bien de Jean de Vert. On meurt pour un long temps, un mort ne ressuscite. 11 vaut mieux ici faire imprimer Tacite; Apprendre en ses écrits les affaires d'État. Bon Dieu, que je serois habile potentat! Je m'en vais de ce pas suivre les politiques. Afin de me fouri'er aux affaires publiques.
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