SCÈNE II
SAL>T-AMANT, TRISTAN, i:ARET,
Qui font bonne clière et chantent des vaux-de-ville. SAINT-AMAÎST.
Que je sens un bonheur extrême De me voir dans le cabaret Avec des personnes que j'aime Autant que Tristan et Faret.
Remettons le soin de la guerre A la providence des cieux, Et ne cherchons rien sur la terre Qu'un vin frais et délicieux ;
Que le pauvre duc de Lorraine Soulève tous les potentats,
36 l'Il-CliS JUSTIl'lCATIVES.
Et chaque joii!' se nu'lte en peine De rentrer dedans ses États;
Que tout menace notre France, Je vous proteste, sur ma foi, Que j'en attends la décadence Sans ressentir beaucoup d'effroi.
Je vous conjure, aimable troupe, De ne prendre aucun déplaisir ; Noyez les ennuis dans la coupe, S'ils vous venoient jamais saisir.
Mais, quoi ! la raison y résiste 5 Cet honneur me semble trop beau ; Une chose qui nous attriste Ne mérite point ce tombeau.
Après une mortelle injure •
Qu'où reçoit de ses ennemis, Leur ferions-nous la sépulture Où nous voudrions être mis ?
Çà, laquais, donne-moi la tasse j Quand j'acquerrois le nom de veau, Je veux, pour comble de disgrâce, Les faire mourir dedans l'eau.
Va-t'en, laquais, je suis malade; Que Ton m'apporte de l'encens, Pour m'ôter une odeur si fade Comme est celle-là que je sens.
J'aimerois mieux prendre un breuvage, En dussé-je aller au tombeau, Contre la peste ou bien la rag*'.
Que d'avaler un verre d'eau.
iMi-r.i'S .irsTir iCATivKs.
Ami, nétois-je pas bien i\re
De choisir ce fade élément,
Capable de faire revivre
Ce qu'où veut mettre au monument.
La sentence plus inhumaine Qu'exécute un fatal bourreau N'a rien de semblable à la peine Que j'aurois à boire de l'eau.
Avalons du jus délectable,
lîuvons C8 vin délicieux;
Certes, le plaisir de la table
Est celui qu'on prend dans les cieux.
Le paradis des bons ivrognes, C'est à boire du vin nouveau.
Et l'enfer de ces rouges trognes IN'est sans doute rien que dans l'eau.
FABET.
Je vous dirois des vers, mais mon petit génie Me défend de parler en votre compagnie.
S\1XT-AMANT.
Faret, il faut parler.
Je parlerai donc peu.
Vous savez qu'en ceci je n'ai pas trop de feu,
SAINT- AMAXD.
Contente-nous, Faret; sans te ser\ir d'excuse. Fais-nous voir à l'instant quelque fruit de ta Muse.
FAKET.
Que ton entretien est clu'u-mant Quand tu caresses la bouteille!
Je te jure, cher Saint-Amant, Que tu viens de dire merveille.
On ne peut assez admirer Ton agréable rêverie.
Un buveur te peut adorer.
Sans commettre dldolâtrie.
Mais je hais ce genre d'esprits Qui cherchent de la renommée, Et puis la treuvent à mépris, Après l'avoir tant estimée.
Sache qu'on se peut bien priver De cette légitime gloire.
Si tu ne la veux conserver.
Conserve l'usage de boire.
De moi, tant qu'on verra des pots, Je te jure, par la saucisse, D'être ton fidèle suppôt En notre commun exercice.
SAIXT-AMANT.
Tous tes discours sont superflus ; Le cabaret a trop de charmes ; Alors que je ne boirai plus, Franquetot portera les armes.
TBISTAX.