‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 12 sur 95 · DE OUELOUES CHOSES REMARQUABLES · texte numérisé non relu

DE OUELOUES CHOSES REMARQUABLES

QUI S^ SONT PASSÉES DANS l'aCADÉMIK.

rajouterai maintenant, suivant ma promesse» quelques choses considérables, qui se sont passées dans l'Académie, et que je n'ai pu commodément ranger ailleurs.

Celle qui se présente la première, par l'ordre des temps, que je garde autant que je puis en chaque ar^ ticle, est la générosité que l'Académie témoigna après la mort de Camusat, son libraire, ayant en faveur de sa veuve et de ses enfants résisté, pour ainsi dire, à la volonté du Cardinal, son protecteur. Aussitôt après cette mort, M. de Boisrobert, qui étoit alors à AbbeviUe avec lui, écrivit à l'Académie ' , « que son Éminence en ayant eu la nouvelle, bien qu'elle jugeât qu'il n'y avoit aucun homme dans Paris plus capable de remplir cette place

1 Registres, 3 juillet 1639.

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que Cramoisy, son libraire, quTelle énUmoit et qu'elle affectionnoit, n'avoit pas voulu toutefois user de Vautorité qu'elle avoit comme leur chrf , pour leur commander de le recevoir; mais avoit désiré seulement qu'il le leur proposât avec cette condition que, s'ils en savoient quelque autre qui leur fût plus propre, ils le pussent prendre ; ne désirant en façon quelconque, ni en cela, ni en toute autre chose, violenter leur choix. » Par apostille il étoit ajouté : « Depuis ma lettre écrite. Monseigneur m'a envoyé quérir en fort bonne compagnie, pour me dire que vous lui feriez plaisir de prendre ledit sieur Cramoisy, je vois bien qu'il affectionne cette affaire, dont il m'a fait l'honneur de me parler trois fois. »

Néanmoins la veuve de Camusat voulant continuer son commerce, et ayant avec elle pour cet effet un nommé Du Chesne, parent de son mari, homme de lettres, qui maintenant est docteur en médecine, l'Académie désira de conserver cet honneur à sa famille, et répondit * à M. de Boisrobert de telle sorte que, sans s'éloigner du respect qu'elle devoit au Cardinal, et se soumettant toujours à suivre ses volontés, elle Jui faisoit assez connoître qu'il étoit juste d'en user ainsi. Cette lettre eut l'effet qu'on souhaitoit 5 et M. de Boisrobert en écrivit bientôt une autre au Secrétaire de l'Académie^, contenant l'approbation du Cardinal, et le consentement qu'il donnoit que Du Chesne fût reçu pour exercer la charge au nom de la veuve. Ainsi, après

1 Registres, 11 juillet 1639. — « Registres, 26 juillet 1639.

ÂiiVitSitigS DANS L'ACADÉMIE. Ii9

qu'on eut ordlftlié'ffitie réponse à M. de Boisrobert, pour le remercief , eit ippor le charger de faire aussi des reniercîments très-humbles au Cardinal ; Du Chesne fut introduit dans rassemblée'^ prêta le serment au nom de la veuve, et fut exhorté d'imiter la discrétion, les soins, et la diligence du défunt. Et parce qu'en la mort de M. Bardin, l'un des Académiciens, il avoit été résolu qu'il seroit fait à tous ceux du Corps qui mourroient, un service dans les Carmes réformés, dits des Billettes, il fut arrêté qu'on en feroit un aussi à Camusat^ et ce fut l'honneur que cette Compagnie rendit à la mémoire de son libraire.

Or touchant la lettre de M. de Boisrobert à l'Académie, il me semble que je ne dois pas oublier cette petite circonstance. Il avoit signé : Votre très-humble et très-obéissant serviteur. L'Académie, qui vouloit répondre en corps, afin que la lettre eût plus d'effet en faveur de la veuve, se trouva en peine comment elle mettroit au bas. D'un côté tout le Corps écrivant à un de ses membres ne devoit pas en apparence le traiter d'égal , et de l'autre, le mot simple de très-affectionnés serviteurs j par l'usage, sembloit être trop peu civil, et ne se pouvoit même écrire qu'à des personnes fort inférieures. Enfin on prit ce milieu, de signer : Vos trèspassionnés serviteurs, CoNRART, comme étant un peu plus civil que très-affectionnès , et moins que très-humbles.

Maintenant j'ai à parler d'une autre mort plus consi-

^ Registres, 26 juiHet 1639.

dérfib^gi ^1 qH^ i^ "^ sauro^ IME «Mis sU§P<^«^> W ^Mt ^^ du Ç^rdiq^l niême, î^t«ic|wr et tf)stit^t0^r df» ç^.Ç^Vfs. Si elle f^t nuisi)>le 4 V^t, coi^Hie je Ti^ to^îo^rs cry, ce n'est {^as ici le UeM d'en ri^n^dif^ *, mais il est ll^ei) ccf'tî^in pour le moip.s que les gens 4e lettres, et VAçadémie ç^p particulier, f fif e^t une perte presque ûfr^rf^e. Le 9 de ce mèn\^ pioia-^ If^ Copip^ni^ s'ét^pt asaemiïlée, M. de l'EstQile, qui çtypit été foit Wh çeç|ew h^U jpqrs «Upaff^Y^Bt, 4tt * « Ott'U n'y ^YPit, à soq îiYi%, persqnpe ^fHA&i to^t le Pftrpsj, q^i bq f<^t Ué?^ f^e^isiWeWWt taucté dp cfi malheur et qui m fftt 4iftposé à le témoigner, non-seulement en ordQflP^^t up service, et e^ cQîpppsftpt ^n ÉlQge % M, le C^r^i^al, comflBe o^ poit ^^(iQHtmné dejîwre m^ ^c^^^mçvm qu^ mpurojieftt, q$^is encore en li^ fpndant h^ auuivef-î saire avec le plus de sojemçité qu'il s^M^Pit ppssÂlde î que néanmoip^ tpute çptte ppnape ç^%rd?nt pJutôt ^ «ntkhfaction des viv^Atsi qi^e la gloire dei^ v)iû^% i\ eslwuH qye r^ç^émie deyoU plutôt deuner d^ preuYf^ 4e«ll piif^é et de sac recaj^^npiss^nce, p^ desi aetim^ popK^te^ et dévotes, que ps^r uu grand ^ppari^t çu'ii fevidrcût ¥^. tarder longtemps \ qu'il p^ioH do^^ la Cjgf^pagaîe de délibérer ce qui étpit à ^e pour ce regard* ».

Sur eettô proppsitipjtt^ i^ fut ré^plu qu'pft forpit m ^]| vice a,Ui|. Çarn^ des ij^Uettes 4 M- le C^dml^ W^ dépeps de la Ço^ypagnie^ cl^iacuB y çovittril^ili^nt e^ q^H) voudroit, afin que cette action se fit plus honorable^, ment, et avec plus de dignité : que M. de la Chambré

^ Registres, 9 décembre 1642,

ARRIVAS» DANS L'ACADÉMIE* m

lui feroit un éloge, M. de Serizay utie épUipbe» et M« Tabbé de Cerisy;uiie oraiion funèbre; que dMuti des autree Aeadémklens eomposerok quelque ooTrage de vers ou de proae à sa louange, eomme plusieurs avoient déjà fait S et M. B«ro, entre autres, duquel on lut à Vbeure même un sonnet sur Téglise de Sorbonne, où le Cardinal avoit choisi son tombeau. Or quant à l'oraison funèbre, les voix furent partagées', pour savoir si on la prononeeroit en public ou non *, et comme je l'ai dit ailleurs, on s'en remit A M. le Chancelier, qui trouva bon qu'elle fût prononcée seulement dans ht Compagnie^ ee qui fut fait quelque temps après. Pour le service, on jugea depuis qu'il étoit plus à propos qu'il fût seulement avec bienséance et sans pompe. M. de l'Estcnle, Directeur, demanda qu'il lui fût permis d'en laire seul les fraie; cela lui fut accordé, et le service fut célébré le SO du même mois, à dix heures du matin.

Mais la chose la plus importante pour l'Académie élmt de eh(»sir un Proteetetir, en la plaee de eeloi qu'elle venoit de perdre. Plusieurs pencboteni vers le eardîna) Mazarîn, sur le sujet duquel l'envie et les ffictions n'avoient prâit encore partagé les esprits, et qufe fâttl le monde yoyott avee plaisir succéder dans le rtinisèère au e^rdinal de Richefiéu. On jugeoit même qtie eelte élection lui sercHt d'autant ph» agréaMe que, n'éla«l pas né François, elle semMoîi kii être ew qt^elque i«fft« pltt» gk)f îenee.

IV autres pensaient à M. le duc d'Enguïcil, mainte*

< Voir aux pièces justificatives.

* Registres, 16 décembre t64^.

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naut j^rinoe de Gondé, qui n'avoit pas encore gagné des Tinfjffflmift^ ni fait les choses qu'on a admirées depuis, dans les premières années de la Régence, mais en qu i on Yoyoit déjà briller, en une grande jeunesse \ béau^ coup d'esprit, et beaucoup d'inclination aux belleslettres.

Tous ceux au contraire qui étoient dans l'Académie, dépendants ou serviteurs de M. le Chancelier, désiroient avec' passion de lui acquérir ce titre : et il sem-^ bloit que personne n'y avoit plus de droit que lui. Dès le commencement de l'Académie, lorsqu'il demanda d'y être reçu, on avoit parlé de le faire Protecteur avec le Cardinal ; mais on ne passa pas plus outre, de peur de déplaire à ce ministre, qui avoit déjà donné quelques marques de jalousie sur ce sujet. Ainsi tout l'honneur qu'on lui fit alors fut de mettre son nom le premier dans le tableau, et à quelque distance des autres, qu'on y avoit rangés par sort. 1j' Académie pourtant l'avoit toujours eu depuis en une vénération particulière. Elle avoit député vers lui pour le remercier de ce qu'il lui vouloit faire Thonneur d'en être ^ et quand de garde des sceaux il devint chancelier de France, elle lui écrivit une lettre pour lui en témoigner sa joie. Il sembloit donc qu'elle ne poavoit alors raisonnablement jeter les yeux que aur lui^-f^uisqu'elle l'avoit toujours si fort ccm* sidéré^ qu'en sa naissance il lui avoit témoigné tant d'affection -^ et que d'ailleurs étant élevé à la première dignité de la robe, il aimoit ceux qui faisoient profes-

1 n étoit né le 8 septembre 1621.

ARklVÉES DANS LACADEMIE. 133

sîon des lettres, et les favorisoit en toutes reocoiUres. Ces raisons remportèrent aussi sur les* autres, iani Tesprit des Académiciens, et en la même assemblée du 9 décembre, il fut résolu que les of&ciers, avec Mes* sieurs de Priézac, Chapelain et de Sérisay, iroient le supplier d'honorer la Compagnie de sa protection. Les officiers, qui sont d'ordinaire trois, n'étoient alors que deux, parce que M. Conrart, Secrétaire perpétuel, avoit été fait Chancelier, ces deux charges n'étant pas incompatibles, comme je vous l'ai dit. M. de l'Estoile, qui étoit le Directeur, porta la parole pour tous le 17 du même mois. Son compliment est assez beau pour être inséré ici :

Monseigneur,

Nous faisons assez cooooître que toutes les grandes douleurs ne sont pas muettes^ puisque celle de la mort de M. le CardiDal nous laisse eDCore assez de voix pour vous supplier de ne nous abandonner pas dans ce malheur. Que s'il reste encore à ce grand génie quelque soin d^s choses d'ici-bas, il sera bien aise que vous soyez le support d'une Compagnie qu'il aimoit comme son ouvrage. Il vous en prie, Monseigneur, et par l'étroite affection qui vous attachoit à lui et par celle que vous portez aux belles-lettres. Vous ne l'avez jamais refusé de rien, et c'est ce qui nous fait espérer que la tempête nous jettera d'un port dans un autre, et qu'enûn nous redMitrerons en vous ce que nous avons perdu en lui, c'est-â-dire ùiflVotecteur, non-seulement illustre par sa naissance et par ia dignité, mais aussi par sa vertu. Nous en dirions davantage et n'en dirions pas encore assez; mais votre modestie et notre déplaisir ne nous permettent plus de parler que pour vous assurer, Monseigneur, qu'une protection si glorieuse que la vôtre est le plus grand de nos

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désirs, qae nous foulons nous faire des lois de tes t okmtés, et que liops SflOiQies tous en général, et en particulier, Vos... etc.

Ib ftirent reçus avec grande civilité et avec beaucoup de témoignages de joie. M. le Chancelier commença alors d'être Protecteur, et on remplit la place d'Académicien qu'il occnpoit auparavant, comme je dirai dans Farticle des Académiciens en particulier.

Pour achever celui-H^i, il me semble que je suis obligé de rapporter ce que diverses personnes ont dédié , adressé ou écrit en divers temps à l'Académie ^

M. d'Espelsses^ conseiller d'État, fut te premier,^ que je sache, qui écrivit quelque chose en son honneur. Car le 19 juin 1634, il lui fit présenter par M. de Cerisy et Desmarests quelques vers françois à sa louange. Ces deux Mesaieura eurent charge de l'en remercier, et de rendre même à ses vers par d'autres.

Ce fut environ ce même temps, que l'àhié de Messieurs 4e Sainte-Marthe fit présenter à V Académie, par M. CoUetet, de beaux vers latins sw le m6me sujet, qui cemmieiiçoieat :

Salve ferpeiuis florens Àcademia /astis,

^ Pans le dénombreçient que M. PeUissou va foire des personne qui ont dédié ou adressé de leurs ouvrages à rAcadémie, il oublie son ^mi M. Sarasio, <iai, sous le nom de Sitlac é^Àrbois, adressa à PÂcadémie en 1698 son Dtscours sur V Amour tyrarirti(jue de Scudéry. (p.) — Au sujet du discours de Sarasin, voyez une Tettre de Balzac à Ctiapelain. (Voyez, sur ces divers ouvrages, ïes^ièces justificatives )

• Registres, t9 juHlçi 1634.

AHrIVËES dans L ACAbÉMifc. id»

et qui iVMht t*eÇU§, t^Oitittié j'ai ip^t\^, àVët; lOdté Tëstime et toute la civilité quMls méritoiéht, blëti ^ifil tië s'en trouve rien dans les registres;

Le sieur de La Pëyi*e, en randëe 1639 ',• dédia à cette Compagnie son livre De VÊtlàirbîséemeni des Temps^ avec ce titre : A rÉminente^ qui a fait croire depuis à plusieurs qu'elle s'appeloit \ Académie Éminente. Il fut ordonné que Messieurs de Gomberville et de Malleville iroieot l'en remercier chez lui. Ce fut en ce livre que ce bon homme, qui avoit souvent des imaginations fort plaisantes, fit mettre le portrait du Cardinal en taille douce avec une couronne de rayons tout autour, chacun desquels étoit marqué par le nom d'un Académicien. Ce qui est de meilleur, c'est qu'entre ces Académiciens il mit M^ de Bautru-Chérelles, qui ne Fétoit pas : et celui qui a fait VEtat de la France en Vannée 165S, y ayant voulu insérer le rôle des Aca<iémiciens, pour l'avoir peut-être pris de ce lieu, est tombé dans la même faute.

Le sieur Belot^, avocat; dédia aussi à l'Académie en

66 tei)>ps-Ià^ si )e ne me trompe, un livre que je n'ai pu trouver, et dont il n'est point fait de mention dans les registres, intitulé : Apologie de la léfigue latine^ et c'est

^ Registres, 3 décembre ^635.

* W MieM Itetot, avocd vit poimW prîU éd Èoi; étoH né ^ers 1605 ; il étmt fils de M« André Belot^ procureur au Grand Conseil, et fut reçu avocat dès 1624, à dix-nèuf ans; on le voit en 1650 (éiàûy'iéf) ikicnsé (tdvâit afffctié des pUcàiâi séditieux et iniérrogé pour ce fait par l'académicien Jean Doujat, alors conseiller en \i tànf âê PsitieiHéitL

{Çâtteét. des Mss. tfè' ftif{)try, t 7SI-73». j

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