CONRART
C'est là, si je ne ntie trompe, tout ce qui a été écrit jusqu'ici à TAcadéniie françoise, ou qui a été fait en soa honneur.
Mais comme j'étois en cet endroit de ma Relation, il est arrivé une chose qui mérite d'y être ajoutée et qui vous témoignera en quelle estime est aujourd'hui cette Compagnie dans les pays étrangers. Les Intronati de Sienne se vantent qu'un homme de savoir, nommé Thomas, de la ville de Bergue en Norwége, envoyé par son prince pour rechercher les plus grandes raretés de l'Italie, vint exprès dans leur ville avec des lettres de
146 DES CHOSES REMARQUABLBS, BTG.
recommandation du fameux Vicenzo Pinelli de Padoue, pour voir leur Compagnie et emporter leurs statuts. L'Académie françoise a reçu ces jours passés un honneur qu'on peut estimer encore plus grand ^ Le baron Spar, grand seigneur de Suède, lui fit témoigner, par M. Tristan, qu'il désiroit de la saluer, et ayant été introduit, il lui fit son compliment, comme je le trouve dans les Registres, en termes non-seulement fort purs et fort françois, mais encore fort élégants. Il assura ces Messieurs, et de la passion qu'il avoit eue de voir leur assemblée, comme une des choses les plus remarqua^ blés de Paris et du royaume, et de Testime particulière que la Reine ^ sa maltresse faisoit de leur Corps, dont elle ne manquoit jamais de demander des nouvelles à tous ceux qui retournoient de France en Suède. Le Directeur répondit pour tous, comme le méritoit la civilité de ce seigneur et les rares qualités de cette auguste princesse, qu'on peut appeler avec raison l'ornement de notre siècle et la principale gloire des belleslettres. Le baron, qu'on avoit fait asseoir a main gauche du Directeur, en la place du Secrétaire, qui étoit absent, assista encore à la lecture d'une ode d'Horace, traduite par M. Tristan*, après quoi il se retira et fut reconduit par les Officiers, suivis des autres Académiciens, jusques à la porte de la salle , où Messieurs de Racan et de Boisrobert avoient été le recevoir avec M. Tristan.
< Registres, ISmai 1652.
* La reine Christine de Suède. Quelques années plus tard, en 1658, elle fit elle-même une visite à rAcadémie. — Voy. t. II.
Me voici enfin à la dernière partie de mon travail, qui regarde les Académiciens en particulier. J'y observerai cet ordre. Premièrement, je dirai en quel temps et en quelle occasion chaque Académicien a été reçu dans la Compagnie, depuis son premier établissement ; puis je parlerai séparément de ceux qui sont déjà morts, et enfin j'ajouterai quelque chose des vivants.
Je les appelle Académiciens^ parce qu'ils ont euxmêmes choisi ce nom en l'assemblée du 12 février 1635, ce\u\ d'Académistes^ qu'on proposoit aussi, ayant été rejeté à cause des autres significations qu'il a d'ordinaire ' .
* Voici comment VAcadémie dé6nit ces deux mots dans la i^ édition de son Dictionnaire .
Académicien, qm est de quelque Académie de gens de lettres : les Académiciens de l'Académie française , les Académiciens de la Crusca.
AcADÉMiSTE, qui apprend à monter à cheval et autres exercices dans une Académie,
Je vous ai dit au commencement que ceux qui donnèrent naissance à TÀcadémie par leurs assemblées secrètes et familières, furent M. Godeau, maintenant évêquede Grasse, M. de Gombauld, M. Giry, M. Chapelain, Messieurs Habert, M. Conrart, M. de Sérisay et M. de Malleville. A ceux-là se joignirent Messieurs Faret, Desmarets et de Boisrobert. Depuis, lorsque le Cardinal en voulut former un Corps, on y ajouta plusieurs personnes à la fois, qui furent M. de Bautru, M. Silhon, M. de Sirmond, M. Tabbé de Bourzeys, M. de Méziriac, M. Maynard, M. Colletet, M. de Gomberville, M. de Saint-Amant, M. de Cojomby, M. Baudoin, M. de l'Esloile et M. de Porchères-d'Arbaud, sans que Tabsence de quelques-uns de ces Messieurs les empêchât de recevoir cet honneur. Alors on commença à faire des assemblées réglées et à tenir un registre qui justifie en quel temps chacun des autres Académiciens a été reçu.
Le premier fut M. Servien, alors secrétaire d'État, depuis plénipotentiaire et ambassadeur pour la paix à Munster, et ministre d'État *, dont il est ainsi parlé dans le registre du 13 de mars 1634 : a L'Académie se tenant honorée de la prière que M. Servien, secrétaire d'Etat, lui a fait faire d'y être admis, a résolu qu'il en sera remercié et qu'on l'assurera qu'il y sera reçu, quand il lui plaira. » Il y vint ensuite le 10 d'avril,
' Cet ouvrage, pour de bonnes considérations, a été imprimé tel qu'il étoit quand on commença à le voir manuscrit; c'est pourquoi la qualité de surintendant des finances n'est pas donnée ici à M. Servien. (p.) — Abel Servien ne fut surintendant des finances qu'en 1655, après la mort du duc de la Vieuville.
DES AGADËMICIENS EN PARTICULieR. 149
s'excusa de n'y avoir pas assisté plus tôt sur les affaires importantes auxquelles il étoit occupé, lit son compliment à FAcadémie et en reçut la réponse par la bouche du Directeur; mais je passe en deux mots toutes ces choses, pour n'être pas excessivement long.
Le même jour 13 de mars 4634, auquel on proposa M. Servien, M. de Boisrobert lit voir une lettre qu'il écrivoit de son cheF à M. de Balzac. Il Tavertissoit du dessein de M. le .Cardinal pour rétablissement de l'Académie, ajoutant « que s'il désiroit d'y être admis, il pouvoit le témoigner à la Compagnie par ses lettres, et qu'il ne doutoit point qu'elle ne le lui accordât volontiers en considération de son mérite. » On en usa ainsi pour exécuter une résolution qu'on venoit de faire, de ne recevoir personne qui ne Teût fait demander, ce qu'on observe encore aujourd'hui. Je ne vois pas dans le registre ce qui suivit ; mais infailliblement M. de Balzac, sur sa réponse , fut reçu peu de temps après dans l'Académie' 5 et je trouve qu'en l'année 4636 il y lut quelque partie de son Prince^ qu'il nommoit alors le Ministre d'État ^.
Jd. Bardin ', qui étoit du nombre de ceux sur les-
* Nicolas Bourbon , dans sa lettre Georgio Campenio Harlemensif datée du 17 mars 1636, explique assez ce que Balzac fit alors. Qui ante aliquot annos^ dit-il, regem eloquentix agebat, mine quodammàdo in ordinem coactus est, sed libenter et ultro, postquam civili more prensavit ut disertissimx Curix pars esset, et in Academiampraestantium virorum, Richelii auspiciis institutam, admitteretur. (o.) — Voy. aux Pièces justificatives, ■
* Voyez ci-dessus, p. 115 et suiv., rem. 4.
* Registres, 27 mars. — 3 avril 1634,
VJ} DES ACADÉMICIENS EN PARTICl'LIEIL
quels 011 avoit jeté les yeux au comaiencement , fut reçu eusuite, après qu*il se fut excusé de quelque froideur qu^on Taccusoit d'avoir témoignée^ et qu*i1 eut assuré la Compagnie du déplaisir qu'il ressentoit des mauvais discours qu'on avoit tenus de lui.
Oux qui furent re4;us les premiers après celui-là sont M. de Itoissat, M. de Vaugelas, M. de Voiture et M. de Forchères-Laugier*. Mais à la réception de ce dernier, qui avoit été proposé par M. de Malleyille, il fut fait deux règlements, que je ne dois pas omettre.
Le premier ^, qu'à l'avenir on opineroit sur les élections par billets, et non pas de vive voix, comme on avoit fait jusques alors'.
Le second*, qu'on ne recevroit plus d'Académicien qui n'eût été présenté au Cardinal et n'eût reçu son approbation ^ J'ai oui dire là-dessus qu'il n'aimoit point M. do Porchères-Laugier , le regardant comme un homme qui avoit eu de l'attachement avec ses plus grands ennemis -, qu'ainsi il fut très-fâché de cette élection •, qu'on lui offrit de la révoquer, et qu'il eut cette modération de se contenter d'un règlement pour l'avenir. Ce règlement a été observé jusques ici, tant pour lui que pour M. le Chancelier, depuis qu'il est Protec-
< Registres, 6, 27 noTembre et 4 décembre 4631.
* Registres, 4 décembre 1634.
* Voyex p. 60, rem, 9.
^ Registres, 19 Janvier 1635.
* De là est venue là nécessité des deux scrutins : le premier, |Hmr déterminer à la pluralité des suffrages, qui Ton proposera au ProtCH'tcur; le second, pour élire après que le Prolecteur a «lonno son agrément à celui qui a été proposé, (o.)
teur, sur la proposition qu'en fit M. de La Chambre, le S7 novembre 1646. Ce fut, si je ne me trompe, pour apaiser le Cardinal, que M. de Porchères-Laugier se hita de haranguer avant que son tour fût venu, à la place de M. de Sérizay, et prit pour sujet de son discours, les htumges de l'Académie et celles de son Protecteur^ comme tous avez vu ci-dessus.
M. Habert de Montmor, mattre des requêtes, et M. de La Chambre furent reçus un peu après, et en même temps. Et je vois que le 2 janvier 1635, M. de La Chambre s'y trouva pour la première fois ; et que M. de Cerisy parlant pour M. de Montmor, son cousin, remercia la Compagnie <c de la grâce qu'elle lui avoit faite en la séance dernière , » et l'assura « qu'il y viendroit prendre sa place, dès qu'il seroit de retour d'un voyage qu'il étoit obligé de faire à Saint-Germain. »
Ce fut ce même jour, 2 janvier 163S, que l'on proposa de faire des discours, et que l'on dressa pour cet effet un tableau des Académiciens, dont je vous ai parlé cinlessus. Ils voulurent y être rangés par sort, sans avoir aucun égard à la différence des conditions; et moi, je vous avertis aussi que, lorsqu'il m'arrive d'en nommer plusieurs ensemble dans cette Relation, je les range de même par sort, c'est-à-dire suivant que leurs noms se présentent fortuitement à moi, sans qu'il en faille tirer nulle conséquence.
Ce tableau, qui étoit de trente-six personnes * , ayant été montré à M. le garde des sceaux, maintenant cban-
< Registres, 8 janvier 1635.
celier de France, il fit dire a la Compagnie, par M. de Cérisy, qu il désiroit d'y être compris. On ordonna que son nom seroit écrit à la tète, comme je vous ai dit ailleurs, et que Messieurs de Montmor, du Gbastelet, Habert, et les trois Officiers iroient lui rendre grâces trèshumbles de rhonneur qu'il faisoit à tout le Corps. En cette occasion M. de Sérizay, qui étûH le Directeur, porta la parole, et on dit qu'il s'en acquitta merveilleusement bien. Sa harangue fut lue huit jours après dans l'assemblée * ^ il fut dit qu'il en donneroit une copie qui seroit gardée entre les ouvrages académiques^ mais quelle qu'en soit la cause, ni cette harangue, ni plusieurs autres qu'il eut occasion de faire durant le long temps qu'il fut Directeur, et dans lesquelles il satisfaisoit tout le monde au dernier point, ne se trouvent plus, et je n'en ai vu pas une entre les papiers qui m'ont été communiqués.
On reçut ensuite M. l'abbé de Chambon, frère de M. du Chastelet*-, et six mois après, ou environ, fut reçu M. Granier '. Il fut élu par billets, qui furent tous en sa faveur, excepté trois. L'événement a montré que les trois qui vouloient l'exclure n'avoient point de tort; car je trouve dans les Registres, que le 14 du mois de mai suivant, sur la proposition qui en fut faite par le
* Registres, i5 janvier i635.
« Registres, 26 février 1635.
* Registres, 3 septembre 1635. — Golomiés, dans sa Bibliththèque choisie, le nomme Auger de Mauléon, sieur de Granier; et Richclèt, dans son Recueil de Lettres francoises, nous apprend que cet Académicien fut exclu pour ne s'être pas bien acquitté d*un dépôt qu'on lui avoit confié, (o.)
Directeur, de la part de M. 1^ Cardinal , il fut déposé pour une mauvaise action, d'une commune voix, et sans espérance d'être restituée Ilyauroit peut-être quelque inhumanité à s'arrêter davantage sur cette matière, puisqu'il vit encore, et, comme on dit, tout à fait dans la dévotion, bien que le livre intitulé, £iai de la France dkHfi&% Tait mis entre les Académiciens morts. 11 me suffira de vous dire, pour n'y revenir plus, que c'étoit un ecclésiastique, natif, comme Ton m*a dit, du pays de Bresse, homme de bonne mine, de bon esprit, d'agréable conversation, qui avoit même du savoir et des belles-lettres. Pour s'établir à Paris, il s'associa avec un libraire nommé Chapelain, et depuis avec un autre nommé Bouillerot. Et comme il avoit été curieux de bons manuscrits, il en mit au jour quelquesuns qui étoient encore fort rares. Nous lui devons les Mémoires de la reine Marguerite et ceux de -M. de Villeroy, les Lettres du cardinal d'Ossat et celles de M. de Foix. 11 faisoit imprimer et relier ses livres avec le plus de soin qu'il étoit possible, en faisoit beaucoup de présents, étoit fort propre dans sa maison, fort civil, et
^ On lit dans le Recueil des Factums de Puretière ( I, 340 ) : c Quoique ces Messieurs (les Académiciens) prétendent que dans Thistoire de T Académie il soit fait mention qu'un nommé Grenier (sic) en a été exclu, on sçait que ce fut par un ordre particulier de M. le cardinal de Richelieu qu'il en fut chassé pour un cas fort sale, parce qu'il avoit abusé du dépôt d'une somme considérable que lui aboient confiée des Religieuses. Aussi ne trouve-tHm point dans les Kegistres et Mémoires de l'Académie, qu'elle ait fait aucune procédure ni rendu aucune sentence de déposition contre lui. >
154 DES AGADÉ1IIC1EN8 EN PARTICULIER.
fort oflScieux enyers les personnes d'esprit, et les gens de lettres, qui pour cette raison se trouvoient volontiers chez lui, où il se faisoit comme une espèce d'Académie. Toutes ces choses le mirent en réputation, et le firent connoitre, premièrement à M. le Chancelier, qui lui donna pension, puis au Cardinal, qui trouva bon que M. de Boisrobert le proposât pour être de TAcadémie.
Le premier qui fut reçu après lui fut M. Giry '. Car encore qu'il eût été de ces assemblées d'amis qui se faisoient chez M. Conrart, il s'en étoit retiré, et n'avoit point été appelé quand on commença a faire un corps d'Académie. Je trouve dans les Registres qu'il fut proposé alors par M. de Boisrobert, de la part du Cardinal, qui Tavoit jugé digne d'en être, sur la lecture de sa traduction de l'Apologétique de Tertullien.
Le nombre de quarante n'étoit pas encore rempli; cependant M. Bardin et M. du Chastelet moururent presque en même temps, et laissèrent deux nouvelles places vacantes. On répara ^ cette double perte en recevant M. Bourbon ^ et M. d' Ablancourt.
^ Registret, U jantier 1656.
* RegistreB, 25 septembre 4637.
* Au sujet de Télection de Nicolas Bourbon » on trouve U lettre qui suit dans les dluvres complètes de Balzac :
« Monsieur, «^Que vous semble du ehoii qu'on a fait de nostre nouveau confrère* avec lequel je viens de me réconcilieif Groyetvous quHl rende de grands services à i* Académie, et que ce soit un instrument propre pour travailler avec vous autres
* Nicolas fiourbon avait été brouillé avec Bali&c, comme en le voit dans U notice ^i lui est consacrée à la fin de ce vplupie, n<> YI,
DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER. iSS
II. mourut encore environ ce temps-là deux autres Académiciens') M. Habert, commissaire des Guerres, et M. de Méziriac.
On reçut ^ ensuite, et en même jour, M. Esprit et M. de La Mothe-le-Yayer ; le sort les rangea comme je viens de les nommer. Et enfin pour remplir la seule place qui restoit du nombre de quarante, on proposa dans la même assemblée M. de Priézac^ conseiller d'État, qui fut reçu huit jours après.
Ceux qui ont .été reçus depuis sont : M. Patru^, au lieu de H. Porchères-d' Arbaud ; M. de Bezons^, alors premier avocat général au grand Conseil, maintenant conseiller d'État ordinaire, au lieu do M. le Chancelier, quand il fut fait Protecteur après la mort du Cardinal *, M. de Salomon, aussi alors avocat général au grand Conseil ^ au lieu de M. Bourbon. « Il fut^ préféré à
Meisieursi au deafrichement de nostrd langue? Je tous ay autrefois montré de ses lettres françoises qui sont escrites du style des BiM^des et des Druides* Et si tous croyez que fî'eximer des aplcci de droit, que Yo(ficin$ d'un artisan que Vimpéritie de son artt et autres semblables despouilles des vieui romans» soient de grandes richesses en France, il a de quoy en remplir le Louvre, l'Arsenal et la Bastille. Après cette plaisante élection, je suis d*atis qu'on employé nostre cher Monsieur de Racan à la correction du Dictionnaire de Robert Estienne. -^.ie suis, Monsieur, etc. A. Balzac, le iv noyembre mdcxxxvii. »
(Œuvres de Balzac, in-folio, 1. 1, p. 756.)
> Registres, 85 mars 1638. ^ * Registres, 14 février, 1630. — ' Registres, 3 septembre 1640. -«• * Registres, 26 janvier 1643. -* • Registres, 13 août 1644.
^ Les vingt lignes devant lesquelles on voit ici des guillemets ou virgules renversées, ne se trouvent que dans la première édw
i56 DES ACADÉMiaENS EN PARTICULIER.
tt M. Corneille, qui avoit demandé la même place. Le c( Protecteur fit dire à FAcadémie qu'il lui laissoit la c( liberté du choix, et vous jugerez par la suite qu'elle tf se détermina de cette sorte, pour cette raison que « M. Corneille, faisant son séjour à la province, ne pou; c( voit presque jamais se trouver aux assemblées et faire a la fonction d'Académicien.
a Je dis que vous le jugerez par la suite : car depuis, a M. Faret étant mort, on proposa d'un côté le même a M. Corneille, et de l'autre M. du Ryer, et ce dernier K fut préféré. Or le Registre * en cet endroit fait men- (( tion de la résolution que l'Académie avoit prise de « préférer toujours entre deux personnes, dont l'une tt et l'autre auroient les qualités nécessaires, celle qui a feroit sa résidence à Paris.
tt M. Corneille fut pourtant reçu ensuite, au lieu de
tion de cette histoire. Apparemment elles ont été retranchées des éditions suivantes, sur ce qu'on s'est imaginé que d'avoir essuyé deux refus, avant que d'obtenir une place à l'Académie, ce n'étoit pas une chose honorable au grand Corneille. Mais pour des hommes tels que lui, comme rien ne peut augmenter leur gloire, rien aussi ne peut la diminuer, (o.) — Si Pellisson a retranché ce passage, c*est sans doute ou par déférence pour Corneille ou par suite d'un accommodement entre eux. Car Guy Patin nous apprend par une lettre du 21 octobre 1653, que « Monsieur Corneille, illustre faiseur de comédies, écrit contre luy. » (Lettres choisies de Guy Patin, 2 vol. in-12, La Haye, i734. — Lettre lxxv.) — Une lettre de Corneille à Pellisson, citée par M. Taschereau {Vie de Corn.f biblioth. Eizev., 1855, p. 362), et qu'il croit avoir été écrite vers 1659, ne laisse aucun doute sur les rapports amicaux qu'ils eurent depuis. 1 Du 21 novembre 1646.
fc M. Maynard, parce qu'il fit dire à la Compagnie qu'il « avoit disposé ses affaires de telle sorte qu'il pourroit « passer une partie de Tannée à Paris. »
M. de Ballesdens avoit été proposé aussi-, et comme il avoit l'honneur d'être à M. le Chancelier, l'Académie eut ce respect pour son Protecteur, de députer vers lui cinq des Académiciens, pour savoir si ces deux propositions lui étoient également agréables. M. le Chancelier * témoigna qu'il vouloit laisser une entière liberté à la Compagnie. Mais lorsqu'elle commençoit à délibérer sur ce sujet, M. l'abbé de Cérisy lui présenta une lettre de M. de Ballesdens % pleine de beaucoup de civilités pour elle et pour M. Corneille, qu'il prioit la Compagnie de vouloir préférer à lui, protestant qu'il lui déféroit cet honneur, comme lui étant dû par toutes sortes de raisons. La lettre fut lue et louée par rassemblée, et depuis il fut reçu en la première place vacante, qui fut celle de M. de Malleville*, mais je ne trouve pas en quel jour^, car depuis ce temps-là, les longues et fréquentes indispositions du Secrétaire de l'Académie ont laissé beaucoup de vide dans les Registres. De sorte que je n'y ai rien vu de cette réception, non plus que des cinq suivantes de Messieurs de Mézeray, de Montereul, de Tristan, de Scudéry et Doujat. Tout ce que j'en ai pu savoir, c'est qu'ils ont suc-
< Registres, 22 janvier i647.
* Cette lettre a été imprimée. — Paris, 1647, in-8*. ' Aa moins avons-nous la date de son discours de réceptioni 1648; cette même année fut reçu aussi Tristan.
cédé à Messieurs de Voiture, de Sirmond, de G)loinby, de Yaugelas, et Baro.
Ensuite M. Charpentier fut reçu au lieu de M. Baudoin ^ après qu'on eut lu une lettre de M. le Chancelier, alors absent , par laquelle il témoignoit à M. de Ballesdens qu'il approuvoit cette élection, sur la connoissauce qu'on lui avoit donnée du mérite de celui qu'on proposoit, et sur la lecture de l'ouvrage qu'on lui avoit envoyé. C'étoit la Vie de Socràte^ et les Choses mémo^ râbles de ce même philosophe, traduites du grec de Xénophon.
M. l'abbé Tallemant, aumônier du Roi, a aussi succédé depuis à M. de Montereul ^.
Enfln, comme j'écrivois cette Relation, M. de l'Estoile étant venu à mourir, M. le Chancelier fit demander * la place vacante pour M. le marquis de Coislin, son petit-fils, ne croyant pas pouvoir mieux cultiver l'inclination et les lumières que ce jeune seigneur^ témoigne pour toutes les belles connoissances. Il fit dire pourtant à la Compagnie avec beaucoup de civilité, qu'il demandoit cela comme une grâce 5 qu'il n'entendoit point aussi que cette réception tirât à conséquence, ni qu'elle fût faite d'autre sorte que les précédentes. Et en effet la Compagnie ayant agréablement reçu cette proposition, l'élection fut faite huit jours après par billets qui se trouvèrent tous favorables, et il fut ordonné
* Registres, 7 janvier 1651.
» Registres, 10 mai 1631.
« Registres, 18 et 21 mai, et 1" juin 1652. Bien jeune en effet, puisqu'il était né le 1*' septembre 1635.
DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER. iS9
que TAcadémie iroit en corps remercier M. le Chancelier de Tbonnenr qu'il lui avoit fait : ce qui fut exécuté sur rheure même, et reçu par lui avec une civilité extrême.
Je vous ai parlé de tous ceux qui ont été reçus dans l'Académie, depuis son institution. Vous aurez remarqué sans doute que le nombre de quarante, dont elle doit être composée, ne fut rempli qu'à la réception de M. de Priézac, en l'année 1639, cinq ou six ans après son premier établissement. M. Patru qui fut le premier reçu ensuite, entrant dans la Compagnie, y prononça un fort beau remerctment ' , dont on demeura si satisfait, qu'on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d'en faire autant. Il y a parmi les papiers de l'Académie treize de ces remerctments, qui sont ceux de Messieurs Patru, de Bezons, de Salomon, Corneille, Ballesdens, de Mézeray, de Montereul, Tristan, Scudéry, Doujat, Charpentier, l'abbé Tallemant, et du marquis de Coislin ^.
Or de ce grand nombre d'Académiciens, sans parler de M. le Chancelier, qui d'Académicien est devenu Protecteur de la Compagnie, et dont les éloges se verront en des histoires plus importantes et plus fameuses que celle-ci, il y en a dix-sept qui ne sont plus : de chacun desquels je juge à propos de vous dire quelque
1 Le 3 septembre 1640.
* Oo trouve tous ces discours, moins ceux de Mézeray et de Doujat» dans Te Recueil des harangues prononcées par Messieurs de TAcadémie finnçoise dans leurs réceptions. — Paris, J. B. Goignard, 1698, 1 vol. in-4».
160 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, chose en particulier. Que si je suivois mon inclination, cette partie de mon ouvrage seroit excessivement longue, car je vous avoue que j'ai une curiosité extrême et insatiable pour tout ce qui peut me faire connoître les mœurs, le génie et la fortune des personnes extraordinaires; que j'ai même celte foiblesse d'étudier souvent dans les livres Tesprit de Tauteur beaucoup plus que la matière qu'il a traitée. Mais je tacherai de me souvenir que j'écris plus pour autrui que pour moimême; que c'est ici l'Histoire de l'Académie, et non pas celle des Académiciens, dont, k vrai dire, je ne dois parler qu'autant qu'il est nécessaire pour faire juger de tout le Corps par quelques-uns de ses membres. M. Colletet, qui en est lui-même, suppléera quelque jour à ce défaut, et n'oubliera pas sans doute ses amis et ses confrères dans les Vies des Poètes françois, qu'il a déjà fort avancées *.
Les dix-sept Académiciens qui sont morts sont :
Messieurs