ÉLOGE DE M. BARDIN
L'Académie françoise ne songeoit qu'à composer des chants de triomphe pour les victoires du floi, lorsqu'ette fut contrahife de prendre le deuil et de pleurer k perte de Pkm Bardw, ruB de ses plus illustres ornements. Il fifl^it Ym Ji^M, dati la ville capitale de la Normandie^ de parent» qui le laossèrMl plus avantageusement partagé des biens de l'esprit que de ceux de la fortune. Il reçut d'eux une vie qu'il a perdue^ et il leur a rendu une gloire qui ne s'éteindra jamais. Il prit la première teinture de la piété et des bonnes lettres chet les Pères Jésuites. Dès ce temps*là^ ses maîtres jugèrent qo^il seroit tm faonHAe extraordinaire; mais comme les fruits de Tautomne surpassent quelquefois les promesses du printemps^ de même ses actions et ses ouvrages ont fait connoître depuis que l^on n'avoit pas conçu d'assez hautes espérances de lui. Il ne voulut pas étudier pour devenir savant, mais pour être meilleur; ef il songea moins à enrichir sa mémoire qu'à polir sa ratsem et k régler ses mœurs. Il étoit propre à toutes les diseîpliDes, mais il s'a-
< Quelques années cependant après la publication du livre de Pellisson, e*est-à-dire en 1659, le 5 avril, Tabbë Gotin (Sirononça roraisoflr fsftèbre d'Abel Servien» Académîcie» et ministre d*Ê(ftt, aux obsèques qui lui furent faites au nom de FAcadémie dan» Tégllse des Carmes des Bilkettes. On voit de même» en 1071, Tabbé Gassagnes prononcer, au même lieu, Toraison funèbre de Hardouin de Péréfîxe, archevêque de Panris, membre de rAcadémie. — Mah PAcadémie ne sfiivtt cette coutume qu*eti fateur âë ses membres les plus qualifiés. ( Recueil des harangues de MeS" Sieurs de VAc. demie françotsê. F»», Ce^gMrôf l^&S, *bk4®.>
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dofrila particulièrement à la phirosefliié et m% mathématiques afeé un soccè* qài donna de k jaloiisie aux plus tiab^. L'amour de la sou? eraine férité k jetant dans rétode de ki tMologie^ û ne s'arrêta cpfà des durées ckares et sahiea^ dans lesquelles il pciisa de» lumières qui FéeUurèrent sans YéMoait. Aprèe a?cnr amassé beaucoup de trésors dans les auteurs sacrés ei proteie»^ îl crut qu'il comnettroit un larcin s'il n*en (aisait ûeË lil^ralité»* Les prémices de sa plume furent consacrées à la gloire de Dieu, par la paraphrase de TEceiésiaste qu'il eamposa, et à laquelle il donna le nom de Pensées moraléê. En cet efUfrage^ k d^fnité ùa sujet est soutenue par une élocntion fMe sans rudesse, ricbe sat» ornements, curieuse et agréable MM affectatiiKa. Le public le reçut avec un applaudissement eltraordinalre. L'entie ne parla point contre lu}, ou ne parla <|h'efi secrets Cela hii donna courage de faire un autre présent à la postérité, qui fut la première et seconde partie du Lycée, dMs lesquelles^ formant un honnête homme» il fit sa peinture sans y penser. îl traTàilloit à la troisième, quand un accident inopiné le déroba à la France^ en l'^e de quarante-deui ods, et prifa les siècles futurs du fruit de ses études. H atoit con^ duit M. d'Humières < dans sa jeunesse, et depuis étoit demeuré auprès de lui pour l'assister de son conseil dans ses plus importantes i^aires, qû*il embrassoit comme siennes. Il témoigna bkna qu'il l'aimoit passionnément ; car, le Tof ant en danger de S9 noyer, il accourut pour le secourir^ sans considérer qu'en ce» rencontrer la charité est d'ordinaire périlleuse. La crainte
^ On n*a jamais remarqué, pensoDS-nous, que-c*est à son élève, sous le nom de Timandre, que s'adresse Bardin dans tout le cours de son ouvrage ; c'est ce qui ressort pourtant de ce passage de la Quatrième Promenade, où, appréciant Tbistorien de Tliou, il dit : « N'est-il pas vrai, Timandre, que quand vous oyez ce qu'il rapporter de monsfeuf totreoaCle, etc. »— %Suîi un extrait de De Thou, à ht louange de M. d^amières, oncle de celui qui fut élève de B«rdin et depuis premier geiHilhomme de la Ghsiabre et père dtt maréchal d'Hnmtérss.
du danger où il voyoit une personne qui lai étoit si chère l'ayant troublé, il perdit la force et l'haleine ; de sorte qu'il ne put résister à l'impétuosité de l'eau, laquelle tournoyant à l'endroit où il se perdit, faisoit un gouffre au milieu d'une des plus paisibles et des plus sûres rivières du monde. Ce malheur eût donné de l'inquiétude à ses amis pour l'état de son âme, si l'intégrité de sa vie ne leur eût fait connoître qu'il se préparoit tous les jours à la mort. Le genre n'en pouvoit être plus pitoyable, ni la cause plus glorieuse. Sa conversation étoit douce, et il savoit si bien tempérer la sévérité de sa vertu, qu'elle n'étoit fâcheuse à personne. Bien que sa fortune fût au-dessous de son mérite, il la trouva assez relevée; et pour la rendre meilleure, il ne fit aucune de ces diligences serviles que la coutume rend presque honorables. Huit jours devant sa mort, il avoit parlé dans TAcadémie, et son esprit s'étoit élevé si haut qu'il falloit juger dès lors qu'il commençoit à se détacher de la matière et qu'il approchoit de son centre. Sa taille étoit moyenne; la couleur de ses cheveux et de son visage raontroit le juste tempérament de cette mélancolie que les philosophes appellent sage et ingénieuse. L'Académie lui rendit solennellement les devoirs auxquels la piété Tobligeoit, et fut longtemps à sécher ses larmes. Les regrets qu'il laissa à ceux mêmes qui ne le connoissoient pas consola ses amis, et la tristesse publique fut le remède de leur douleur particulière. Pour superbe monument, ils conservèrent la mémoire de son nom dans leur âme, s'efforcèrent de sui\Te ses exemples, et n'eurent point de plus douces pensées que celles qui leur parloient de sa vertu.