‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 26 sur 95 · PHILIPPE HABERT · texte numérisé non relu

PHILIPPE HABERT

tonneau de poudre, fit sauter une muraille, sous les ruines de laquelle il demeura accablé. Il n*avoit guère alors que trente-deux ans. Sa taille étoit moyenne, ses cheveux blonds, ses yeux bleus, son visage pâle et marqué de petite vérole. Sa mine et sa conversation étoient froides et sérieuses-, mais il a voit les sentiments élevés, le courage grand, les passions ardentes, jusque-là qu'on m'a assuré qu'il faillit à mourir effectivement d'amour pour une de ses maîtresses. Il étoit civil, discret et judicieux, homme d'honneur et do probité, et tous ceux qui Vont connu en parlent comme d'une personne, non-seulement fort aimable, mais encore digne d'une estime toute particulière.

Le seul ouvrage imprimé qu'on ait de lui est le Temple de la Mort, qui est une des plus .belles pièces de notre poésie françoise. Il le fit pour M. de la Meilleraye, sur la mort de sa première femme, qui étoit fille du maréchal d'Effiat. Il a laissé d'autres vers manuscrits * *, mais j'ai oui dire qu'ils ne sont pas tout à fait de même force, soit qu'on ne puisse pas travailler toujours avec un égal bonheur, soit qu'il n'eût pas eu le loisir de les corriger et de les polir, comme ceux-là, qu'il changea et rechangea durant trois ans, pour les amener à cette perfection où nous les voyons. Il avoit fait aussi une Relation en prose, de ce qui s' étoit passé en Italie sous le marquis d'Uxelles, général de l'armée

^Quelques-unes de ces poésies ont été imprimées depuis^ si l'on en croit Sorel , qui Taffirme dans sa Bibliothèque françoise, p. 204. — On voit un rondeau signé de lui parmi les Œuvres galantes de Tabbé Cotin, 2" part., p. 304.

174 DES AGADÉMlGIEltS EN PAftTICtlLIER.

(foe ]0 roi Loois XUI emtffm M MCoon du doe ie

Mantoue^ VAcâàhtm kri fil finre an éiog« pw M^de GomkNMM ei ow épitophir en irer» f» M ^ Qhwpelwtt^ qiti $d t#riofil qaèkqstQ jottr «y^e le MM de km»

CEUfffif #

ft

ÛB MÉZIRÎAC*.

Claude-Gaspard Bachet, siew de Mézkriae ^ ^ étoit de Brelse, d^uae femille noble ei ailciei»Be« Il él€»t bien £wi el de b^tte laUle, »voH le» yeux et ks cbevetiX ndrs^ I^ tisegé agréd^to, et k ceavenelkm fort dottce« U éloil SftYMit deae k» kmgiie», et perikulièrement e» la greeque, trèe-'inrofond en la cennoîMKice de la Fable^ eft l'a^tinre^ wx nathémetî^ee, et au& autres scieoee»

* Ces deux pièces ne paraissent pas avoir été pabliées.

* On fit dans Guy Patin : « M. PelHsson,' tout habile homme qtflf est, s:e$t tkH bien de» eimemls par soir Ëistoirt de PAett" âêmiUf.,. H B'jr iy «neoreftfèrM Va de cbesM^ nvai» il »*MI froeipé ea dt ctrtaiBs éloee»^ emr^autrese» eea& de ll# d« BenrboB el de Bf . de Méziviae que j'ai connus particulièrement^ » (JLettres choksifSj Lett. Lxxv^ ii cet. {055.)

* Gtfîcbeifofr lé nomme C1.-6. Bachot, écnycr, skikr éeMef** scria. — Meyseria était un fief fort ancien que Balthazar de Disirfirletf atâft etstmén , ett 1916^ sttee les fiefs &ë 1/eiffMf «I de la Bassoie qcLi en dépendai^frt, k Mette Barchei^ coMeMer éta tké^ et lîetHenafrt-géiiérat ârv baflHage db tirasse, ^ttd-pére de f aea" démicien.

DE MÉZmiAG. in

êarieoflesw 11 fmm es m jtiinease * beaucoup de lemp» è Pftrift el i Rome : el en ee dernier Ueu ii fil qiianlîlcr de vers italiens^ il'etivî avec M. éeVeugeia»^ qfuî t'y Iroisvdt IKIM. Depuis il se retira ebez lui^ i Boitrg en Brene^ el^ i'3 en faut croire un de êùcb mm el def tôlres^ qui Fa comm fort particoUërement, il y taena une trie la plus ebarniMle qu'on sauroii imaginer* Il éloit déjà taamkf et compté en France entre les prenners de flou temps^ soil pour Veaprit, soil pour le m^ foir*, et e'éloft assez pour satisfaire une ambilioB rai^ sonnable comme la sienne*

Quant au bien, il étoît an commencement riebe de cinq ou six mille livres de rente^ et enfin de huit ou dix par la mort de Guillaume Bachet ', son frère aine. U ne

< Il fa( quelques années parmi les JésuUes, et régenta des diSfdSes & Hilan. C*est on fait que Colomfez fapporte dans ses Opasetilca, et que H. PelliMOD pouToit bien rapporter hardiment, puisqu'il n'y a rien là qui ne fasse bonneur et anx Jésuites et à M. deMéziriac. Il est heureux pour M. de Méziriac d'avoir été à une si bonne école dans sa jeunesse, et ii est glorieux pour les Jésuites d^avoir contribué à former un si savant homme, (o.) — âd retraite de Tordre est attribuée à la maladie ; Golomiez du moins VeÊr' plique ainsi d'après le témoignage de Guy Patin.

' .On trouve en effet un assez grand nombre de poésie» ita-^ liennes à la suite des Commentaires sur les Épitres c^Ovide. (Édit. de 1716, t. II, pp. 410*467.}— in-8«.

' Guillaume Bacbet, écuyer, seigneur de Vauluysant, conseiller ds Roi et président en l'élection de Bresse. « 11 testa, dit GuicLenon, le 3â avril 1651, et mourut sans enfants. Entre autres bennes qualités qui le rendoienl reeommandable^ il étoit trèsbon poète latin et françoi , dont il nous a laissé beaucoup de marques, nommément en cette excellente et naïve traduction de quelques-unes des Épitres d'Ovide, qui ont été imprimées avec

176 DES ACADÉMICIENS EiN PARTICULIER.

se travailla point pour en acquérir davantage^ au contraire il évita les charges publiques, et les emplois que les autres recherchent avec tant de soin.

Lorsqu'il étoit encore à Paris, il se parla de le faire Précepteur du feu roi Louis XIIL Cela fut cause qu'il se hâta de quitter la Cour; et il disoit depuis qu'il n'avoit jamais été en si grande peine , lui semblant qu'il avoit déjà sur ses épaules le pesant fardeau de tout un royaume. Après s'être ainsi retiré, il se maria, et quoiqu'il ptlkt prétendre à de fort riches partis , il aima mieux ^ prendre une femme sans biens, mais de bon lieu, bien faite, et d'une humeur fort douce et qui se rapportoit parfaitement à la sienne. Il ne se repentit point de ce choix, et prenoit souvent-plaisir d'en parler avec ses amis, comme de la meilleure chose qu'il eût jamais faite. La santé, ce précieux bien qui rend tous les autres infiniment plus agréables, ne lui manquoit pas, et sa seule incommodité étoit qu'il avoit quelque* fois de légères atteintes de goutte. Mais la principale partie de son bonheur consistoit en son esprit; car il Tavoit naturellement facile, sage et modéré; de ceux à ^i toutes choses plaisent, et qui se divertissent à tout. ^I n'y avoit point de science à laquelle il ne se fi^t attaché durant quelque temps, comme je vous ai dit, point

; ' celles de son frère. » Bist. de Bresse et de Bugey, 3« part. p. 10.

^ in-folio.

* Il épousa Philiberte de Ghabeu, dont Guichenon fait connottre la famille dans son Histoire de Bresse, (o.) — Elle était une des quatre filles de Claude de Chabeu et de Péronne du Puget, sa seconde femme. Claude de Chabeu avait encore deux autres fils.

ir

DE MËZIRIAG. i77

de bel art qu'il ne connût et où il ne pôt même tra* vailler de ses mains, point de personne, de quelque condition qu'elle fût, et même d'entre ses domestiques, avec qui il ne s'amusât agréablement. On le voyoit faire toute sorte d'exercices, suivant la saison ou suivant la compagnie qu'il avoit, jouer aux cartes, aux dés et à tous les autres jeux, dont il connoissoit jusqu'aux dernières finesses ; danser au milieu d'une compagnie de femmes, et cela avec tant de liberté, qu'il faisoit souvent porter après lui un portefeuille pour écrire quand il lui en prenoit envie, sans s'éloigner du lieu où rassemblée se trouvoit. Avec cette humeur libre et familière, jointe à son mérite, à sa naissance et à son bien, il étoit non-seulement aimé, mais encore respecté et révéré de tout le monde, et possédoit une espèce d'empire dans sa patrie. Il n'en abusoit pas néanmoins, et ne s'en servoit que pour le bien ou pour le plaisir de ceux-là mêmes qui le lui donnoient. Il étudioit soigneusement leurs inclinations et leur génie, et suivant qu'il les jugeoit propres à quelque science ou à quelque art, il les y poussoit de tout son pouvoir, et prenoit plaisir de les en instruire et d'en conférer avec eux*

Quelquefois aussi il leur proposoit des parties de di^ ^r vertissement : et sur ce sujet il me souvient d'avoir CMrf* . souvent raconter à notre ami, fort au long, comment il fit représenter, par des personnes de condition qu'il choisit lui-même, les Bergeries de M. de Racan, qui étoit son ami intime. Premièrement il changea la pièce en quelques endroits, afin de faire que la scène en fût aux environs de Bourg en Bresse; puis il prit pour cette I. 12

Itl DES ACADËM|C|8)ift BN PARTICULIER.

action uno ^3kj dont \s» k^^m ouvertas «tep 49uii

câtés )ais«aieql ifç^T i^ii^ sp^Uteyri l^s qoémes li^u)^ qui étoioDl, r^prp9Wl9« m P^lit iur |fi t))é^U*e. Um VS\9^

cbînes qu'il («llaii nét^emir^ai^nt dan« ()@tt§ pièc^ imuF

représenter )^« Qb^fi^f^ d>ff rnagiciaq, étoie^t ffiit^»

Qt dispoiéw sv#a MR soin e^trépia-i et qui^)d UR P»rtMn dmgon mfl^mmé vinU R^rQltre, une desac^ices faillit à pimar dp p^uri ?t U plpp^rt de 1^ çoRip^gnie en tr§(nblêi oF|ign«ut pe qui Arriva souvent en c^ rtn-

Qonlres, quQ Ifi fça n^ fU plus qu'on ne lui ^voit ur-»

donné. 14^111 09 qui étoit dp plus merveiUeuxi p'e^t qn'i) avait pris toup les npt^ur» propres au$ rOles qu'il leur ^voit distribués, et que presque tQus «yant les (pèntei p^ons qu'iU dévoient repFé»en(eri Qu du mûins n'^n étunt pes fort élpignéni §>nimère<)t d'une façon ex» trAQrdinftiret II y «ut entro autres un jeunp homme qui fdisoit le per^nnage d'un amant aiHigé, et qui était amant a^igé lui-mdme, qui surpassii en pptte pcpa^ion les Roscius, les Ésppe et les Mondory ' « et m^ Avair pleuré le premipri Ôt pleurer toute Te^fiemblée. Telle étoit done h vie de cet ApadémicipUi qui ne fut pas longue ; ear il n'avoit guère ^ que quarantercinq ans, (uand il mourut. Il a laissé des enfants, et plusieurs wvrages de toutes sortent,

t Roscius et Ésope étaient des acteurs fort célèbres de Tanciennc Rome; Mondory n'obtint pas moins de réputation dans la tra« IjédiÇi SÛU9 1^ règne de (^ouis X\\\.

* n mourut le 36 février 1659, ainsi qu'on le voit par soi épirr tapbe, qui est sur un parchemin emborduré d'ébène^ dans Téglise paroissiale de Bourg.

Quant % ion âge, eert^inement M. Pellisson avoit reçu de faux

On voit 4e }«i m pÇtit Uvre de poésies itftUewiei, ^ il y ai de3 imitations 4e? phs belleji comp^raisop» qgi

sont 4^ns lep h«it premiers livre» 4§ rJ5?»éiffci

Un autre de poésies latines i

Plusieurs poésies en françois ; il y en a 4ann le Recueil 4e i621, appelé Iféliçes (le Içl Poésie frunçiom^ et dans celui de Van 16^7 *,

Un yolqme qui CQptieqt MPe partie des épUres* d'Ovide, traduites en yers français, avec desi egir^m^ptaires fort savants. Il y en a une qu'il dit avoir été trft-

duite vingt aî^s auparavant par Guillayroe Baehet, ipn

ff ère aîné ^ \

La véritable Viç d'Ê^fe en françois ; Je dji ]a véritable, parce que celle 4e Planudes ei^t tenue poitf fabuleuse par les savants \

Diophante^ traduit de grec en latin^ avec des w^n^en taires, dont M. de Fern^at, notre ami, et tous ceux qui entendent Talgèbre font très-grande estiine» Il di-

mémoires. Car Thistoire de Bresse nous apprend que M. de Méziriac étoit d'un premier lit, et que son père contracta un second mariage au mois de septembre 1586. On ne peut donc pas douter que M. de Méziriac ne fût né avant 1586, ni que par conséquent U eût au moins cinquante-deux ans lorsqu'il mourut, en 1638.

Voilà ce que j'avois écrit dans mes premières éditions. Mais un livre imprimé depuis peu à Dijon, sous ce titre: i^/o^eif de quefgues auteurs français^ lève ici toute difficulté puisqu'on y rçipporte l'extrait baptistaire de Méziriac, selon lequel il élqjt né le 9 d'ec-r tobrel581. (o.)

^ Avant que de publier ce volume, il avoit donné à part la seconde épftre sous un titre orthographié à l'italienne:

Épitre de Filis à Démofoon^ imitée d'Ovjde. A Dijon, 1616. (o.)

• Voy. ci-dessus, page 175.

i80 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER.

soit lui-même qu*il s'étonnoit comment il avoit pu venir à bout de cet ouvrage, et qu'il ne Tauroit jamais achevé sans la mélancolie et l'opiniâtreté que lui donnoit une fièvre quarte qu'il avoit alors ;

Un livre de Récréations arithmétiques^ adressé à M. de Tournon, où il enseigne toutes les subtilités qu'on peut faire dans les jeux par les nombres, et d'où on a pris une partie des Récréations mathématiqves;

Un traité de la Tribulation, traduit de l'italien de Gacciaguerra.

Son grand ouvrage étoit la traduction de Plutarque, qu'il avoit entreprise à l'envi de celle d'Amyot, où il prétendoit, comme je vous ai dit ailleurs', avoir trouvé une infinité de fautes. Son travail étoit presque achevé quand il mourut, et nous pouvons espéref qu'on le donnera un jour au public^.

Il cite souvent dans ses œuvres un commentaire sur Âpollodore, qui ne paroît point, et qui vraisemblablement est aussi entre ses papiers '.

* Voy. ci-dessus, p. 77. — Le Discours qui contient les remarques de Méziriac a été imprimé, en 1716, en tête de Tédit., qu'on donna alors de ses Ëpîtres d'Ovide.

* Voyez ci-dessus, p. 77, rem. 1. (o.) — V. note 3, ci-dessous.

* Le Commentaire de M. de Méziriac sur Apoliodore est aujourd'hui dans la bibliotlièque du Roi *, et c'est l'original même de l'auteur. Outre cet ouvrage^ nous apprenons de Guichenon, dans son Histoire de Bresse, que M. de Méziriac en avoit encore laissé quatre autres prêts à imprimer :

Page 1