‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 34 sur 95 · VOITURE. M · texte numérisé non relu

VOITURE. M

OU du moins feignoit de Tèire ; et, bien qu'on VaccusAt de n'avoir jamais véritablement aimé, il se vantoit d'en avoir conté a toutes sortes de personnes, depuis la plus haute condition jusqu'à la plus basse, ou, comme on la dit de lui, depuis le acepire jusquà la kovkile^ et de^ puis la couronne jusqu'à la cale\ Il étoit bien aise qu'on crût qu'il étoit favorisé de toutes ses différentes maîtresses; et, en effet, il Tavoit été de plusieurs, qui furent très-passionnées pour lui ^. Il ne fut jamais marié, et ne laissa qu'une fille naturelle ^.

Il mourut à Vage de cinquante ans ou environ^, d'une fièvre qui lui prit, a ce qu'on dit, pour s'être purgé ayant la goutte. Il avoit la taille petite, les yeux et les cheveux noirs, le visage un peu niais, mais agréable pourtant. Il a fait lui-même son portrait dans une de ses lettres à une Maîtresse inconnue ^, et celui qui

c semeDt à la messe le matin par vraie dévotion, et de galantiser t assidûment Paprès-dtnée par une corruption d*esprit invéc térée. i ^ Sarasin, dans la Pompe. fUnèbre de Vollître,

• On cite entre autres M™« Saintot, sœur du poète Vion d'Alibray, et une fille de Thcophraste Renaudot, le gazelier.

• Suivant Tallemant, Voiture aurait eu une première fille, nommée La Touche, qu*il aurait placée auprès de M™*' de Sablé d*abord, puis de M^**^ Le Page; une seconde fille naturelle de lui aurait en effet été religieuse.

* n mourut un mercredi 27 mai 1648, à Paris, rue Saint-Thoma»-dtt-Louvre, et fut enterré à Saint-Eustache.

A regard de son âge, voyez dans Tarticle de Balzac, en note, un fragment de lettre de Balzac, qui donna occasion à la réponse de Chapelain, rapportée dans la remarque précédente, (o.)

* On y lit : « Ma taille est deux ou trois doigts au-dessous de la médiocre. J*ai la tète lissez belle, avec beaucoup de cheveux gris,

est en taille^ouce au-devant de ses œuvres, est, à ce qu'on dit, très-ressemblant. Il disoit les choses d'une manière toute particulière, avec une naïveté ingénieuse.

Bien qu'il n'eût jamais rien fait imprimer ^, il étoit en grande réputation, non-seulement en France, mais encore dans les pays étrangers, pour la beauté de son esprit; et l'Académie des Humoristes de Rome lui envoya des lettres d'Académicien ^. Ses œuvres ont élé publiées après sa mort en un seul volume , qui a été reçu du public avec tant d'appro1)ation, qu'il en a fallu faire deux éditions en six mois. Sa prose est ce qu'il y a de plus châtié et de plus exact-, elle a un certain air de galanterie qui ne se trouve point ailleurs, et quelque chose de si naturel et de si fin tout ensemble que la lecture en est infiniment agréable. Ses vers ne sont peut-être guère moins beaux, encore qu'ils soient plus négligés. Il méprise souvent les règles, mais en mailre, comme un homme qui se croit au-dessus d'elles, et qui ne daigneroit pas se contraindre pour les observer. Ce (|u'il y a le plus à louer en tous ses écrits, c'est que ce ne sont pas des copies, mais des originaux, et que sur la lecture des Anciens et des Modernes, de Cicéron, de

les yeux doux, mais un peu égarés, et le visage assez niais. Eu récompense, une de vos amies vous dira que je suis le meilleur garçon du monde, et que, pour aimer en cinq ou six lieux à la fois, il n'y a personne qui le fasse si Gdèlement que moi. »

^ Voyez, par la liste de ses ouvrages, si cela est tout à fait vrai (g.)

* Flurance Rivault, Peiresc dont la mort y fut célébrée en quarante langues, ^audé, etc., y avaient aussi été admis,

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Térence, de TArioste, de Marot, et de plusieurs autres, il a formé je ne sais quel caractère nouveau, qu'il n'a imité de personne, et que personne presque ne peut imiter de lui. Il avoit écrit le commencement d'un roman en prose, qu'il appeloit Alcidalis^ dont la matière* lui avoit été fournie par madame la marquise de Montausier, qui étoit alors mademoiselle de Rambouillet, Julie d'Angennes^ Mais depuis sa mort, ce commencement étant venu entre les mains de cette dame, il n'a point été vu, et ne se verra peut-être jamais ^.

C'est lui, au reste, qui renouvela en notre siècle les rondeaux, dont l'usage étoit comme perdu depuis le temps de Marot. J'ai parmi mes papiers une chose qui justifie ce que je viens de dire. C'est une de ses lettres, qui n'a point été imprimée, écrite à M. de La^Jonquière, père de M. de Paillerols, mon cousin. Elle est datée du 8 janvier 1636, et il y a celte apostille :

« Je ne sais si vous savez ce que c'est que rondeaux : (( j'en ai fait depuis peu trois ou quatre, qui ont mis les « beaux esprits en fantaisie d'en faire. C'est un genre « d'écrire qui est propre à la raillerie. Je ne sais si a vous êtes devenu plus grave à cette heure que vous « avez de grands enfants; pour moi, je suis toujours (( de même humeur que j'étois quand nous dérobâmes « le canard. Si vous aimez donc encore mes folies,

> Voiture, parlant de ce roman à mademoiselle de Rambouillet lui écrivait : « Vous y avez autant de part que personne » (édition i68i, Lettre y \i\).

> n fut imprimé dans ses Nouvelles Œuvres en 1658. (o.)

m DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER.

u lisez-les^ mais ne les montrez point aux dames, à qui « je fais mes baise-mains. »

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