‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 33 sur 95 · VOITURE · texte numérisé non relu

VOITURE

comme on peut le voir par ses Lettres. II fut fort estimé à Madrid, et ce fut là qu'il 6t ces vers espagnols, que tout le monde croyoit être de Lopez de Véga, tant la diction en étoit pure. Le comte duc d'OIivarès lui témoigna beaucoup de bienveillance, et prenoit plaisir de s'entretenir souvent avec lui. Il le pria même de lui écrire, quand il seroit de retour en France, lui disant deux fois à son départ : No dexe V. M. de escrivir me; aunque no fuera de negocios^ nos escriviremos aforis^ mos. Comme qui diroit : a Ne laissez pas de m'écrire, si ce n'est d'affaires, ce sera de belles choses, w J'ai trouvé ces paroles dans quelques mémoires écrits de la propre main de Voiture durant son voyage.

Il y a même d'autres particularités du Comte-Duc assez remarquables, et entre autres ces deux-ci, dont je me souviens. La première, qu'il se vantoit à lui en particulier qu'en toute sa faveur il n'avoit jamais dit à personne une parole offensante. L'autre, qu'il jugeoit d'ordinaire des hommes fort sainement, et plutôt par le mal, que par le bien qu'on en disoit : c'est-à-dire que s'il voyoit qu'on dît peu de mal de quelqu'un, ou avec peu de certitude, il en concevoit bonne opinion.

J'ai vu aussi quelques fragments d'une pièce en prose ', que Voiture étant en France vouloit faire à la louange de ce ministre, où il témoigne beaucoup d'estime et de vénération pour lui.

Il fit deux voyages à Rome, et fut envoyé à Florence

1 Voiture a fait an éloge du duc d Olivarès; on le trouve dans ses « Nouvelles Œuvres (1658), » qui n'élaient pas imprimées au moment où Pellissou écrivait (1652).

2f« DES ACADEMlCie3IS EN. PARTICULIER.

porter là nourelle de là naîsfiance du roi Louis XIV\ aujourd'hui régnant. 11 eut diverses charges i la Cour, comme de maître d'hôtel chei le Roi, et d'introducteur des ambassadeurs chez M. le duc d'Orléans*. Il eut aussi plusieurs pensions^, et reçut divers bienfaits de M. d'Avaux« qui, étant surintendant des finance», le fit son commis, seulement afin qu'il en touchât les appointements, sans en faire la fonction. 11 fût mort riche, sans la passion extrême qu'il avoit pour le jeu. Elle le tyrannisoit de telle sorte, qu'il s'engageoit insensiblement à des pertes, qui étoient fort au-dessus de sa condition, comme fut celle de quinze cents pistoles qu'il fit en une nuit, et qui étoit encore toute fraîche, lorsque je fis mon premier voyage a Paris. En cela du moins il ressembloit à son père, qui avoit été fort grand joueur de piquet, et qui avoit accoutumé dédire qu'il tenoilla partie gagnée, quand il pouvoit attraper le cané^ c'està-dire soixante-six, qu'on marque avec quatre jetons en carré : d'où vient qu'on appelle encore aujourd'hui ce point-là, parmi les joueurs, le carré de Voilure^ Voiture étoit aussi do coniplexion fort amoureuse^,

^ Les douze maîtres d'hôtel servant par quartier chez le Roi avaient chacun 900 livres, et Tintroducleur des ambassadeurs chez Monsieur 2,000 livres de gages,

* Tallemant affirme quMi y a telle année où Voiture se fit plus de dix huit mille livres de revenu.

' Chapelain, lettre manuscrite à Balzac, du 24 juin 1645, parle ainsi de Voiture : (o.)

« Pour écrire des Ëpîtres licencieuses et lascives, il n'en est t pas moins bon chrétien , et il a trouvé le secret de vivre en c m<^me temps selon le siècle et selon TËvangile; d'aller soigneu-

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