‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 40 sur 95 · DE VAUGELAS · texte numérisé non relu

DE VAUGELAS

Quant à la poésie, il avoit fait quelques vers italiens qu'on estimoit beaucoup. Mais il ne se mèloit point d'en faire en françois, si ce n'étoit sur-le-champ, pour quelque galanterie. Comme par exemple, il arriva qu'un jour passant à Nevers, où la princesse Marie, maintenant reine de Pologne, se trouvoit alors, quelques-unes de ses demoiselles, qui faisoient une quête, vinrent dans rhôtellerie où il éloit \ il ne les sut voir, à cause d'un remède qu'il venoit de prendre ^ mais il leur envoya deux pistoles avec cette épigramme :

Empêché d'un empêchement Dont le nom n'est pas fort honnête^ Je n*ai pu d'un seul compliment Honorer au moins votre quête.

Pour en obtenir le pardon^ Vous direz que je fais un don Aussi honteux que mon remède ; Mais rien ne paroît précieux Auprès de l'ange qui possède Toutes les richesses des cieux.

C'étoit la Princesse, dont il entendoit parler. J'ai encore une autre épigramme de lui faite in-promptu^ sur un mot de travers que lui avoit dit un portier de Fhôtel de Rambouillet, en lui faisant un message de la part de madame la Marquise.

Tout à ce moment maître Isaac, Un peu moins disert que Balzac^ Entre dans ma chambre et m'annonce

(\v rÉglise romaine, il n'y a point aussi ôefrançois hors de THistuire romaine. » Voyez ses Couvres in-folio, t. 1, p. 682. (o.)

«34 ÛES ACADÉMICIENS KN PARTICULIER.

Que Madami me dérenooce.

— Me dérenonce, maître baac ?

— Oui, Madame vous dérenonce.

— Elle m'avoit donc renoncé ?

Lui dis-je d'un sourcil froncé.

Portez-lui pour toute réponse, Maître Isaac, que qui dérenonce Se repent d'avoir renoncé : Mais avez-vous bien prononcé ?

On pouvoit se passer do ces épîgrannmes, mais des grands hommes les moindres choses sont précieuses. 11 avoit l'esprit présent, et faisoit souvent des réponses fort agréables^ comme celle dont je vous ai parlé ailleurs, qu'il fit au cardinal de Richelieu ^ H n'a laissé que deux ouvrages considérables, l'un qui est imprimé et Tautre qui ne Test pas encore, lorsque j'écris ceci^.

Le premier est ce volume de Remarques sur la langue française^ contre lequel M. de LaMolhe-le-Vayer a fait quelques observations, et qui depuis peu a aussi été combattu par le sieur Dupleix, mais qui, au jugement du public, mérite une estime très-particulière^. Car nonseulement la matière en est très-bonne pour la plus grande partie, et le style excellent et merveilleux-, mais encore il y a dans tout le corps de l'ouvrage je ne sais

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2 C'est-à-dire en 1653.

^ Les contemporains sont presque unanimes pour faire Téloge de ce curieux et très-important ouvrage. Voyez, outre les jugements rapportés par Baillet {Jugements des savants, t. II), une lettre fort intéressante de Godeau (Lettres de M, Gode^u, 1715, i vol. in-12, pp. 378-391). — Voyez aussi plus haut, p. 113,

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quoi d'honnête homme, tant de franchise, qu'on ne saurait presque s'empêcher d'en aimer Fauteur. Et plût à Dieu que les mémoires qu'il avoit déjà tout prêts pour en faire un second volume ' se trouvassent, et que nous n'eussions pas sujet de déplorer la perte qui s'en est faite après sa mort, entre les mains de ceux qui firent saisir ses papiers ^ !

L'autre ouvrage considérable, et qui n'est pas encore imprimé, est la traduction de Quinie-Çurce ^ sur laquelle il avoit été trente ans, la changeant et la corrigeant sans cesse. On dit même qu'après avoir vu

< Ua avocat de Grenoble, Dommé Aleman, fit imprimer en 1690 à Paris un volume de Nouvelles Remarques de M. de Vaugelas, •dont il dit que l*originai lui avoit été donné par M. de La Chambre, euré de Saint-Barthélémy. On ne sauroit douter que ces Nouveiies Memarques ne soient véritablement de M. de Vaugelas ; son style s'y fait aisément reconnoître. Mais ce Recueil, à peu de chose près, ne roule que sur des phrases absolument surannées, même du temps de M. de Vaugelas; en sorte qu'on peut raisonnablement croire que c'est le rebut de ses premières Remarques, et qii*âinsi nous n'avons point ces mémoires, « déjà tout prêts pour en faire un second volume, » dont parle M. PelHsson. (o.)

* On lit dans les Factums de Furetière que les notes prises par Vaugelas pour ses Remarques ne furent pas seules saisies. « On doit, dit-il, les cinq ou six premières lettres de ce Dictionnaire de l'Académie à M. de Vaugelas, qui y a travaillé douze ou quinze •us, et tontes les autres à M. de Mézeray qui s'y est appliqué trentetrois années... Celles de M. de Vaugelas furent saisies à sa mort par ses créanciers ; on n'en sauva qu'une partie qui fut mise entre les mains de M. Conrart , secrétaire perpétuel de l'Académie, qui en étoit si jaloux qu'on n'en a pu rien voir qu'après sa niorl.»(y?ecueil des facinms de Furetière, Amsterdam, 1604, t. I,p 566). -^^ Voy. ci-dessus, pp. 107 et suiv.

quelques traductions de H. d'Ablancourt', il en goûta tellement le style un peu moins étendu que le sien qu'il recommença tout son travail, et fit une traduction toute nouvelle. J'ai vu les cahiers qui restent de cette dernière sorte, où le plus souvent chaque période est traduite à la marge en cinq ou six différentes manières, toutes presque fort bonnes. M. Chapelain et M. Conrart, qui prennent le soin de revoir très-exactement cet ouvrage, pour le mettre au jour, ont souvent bien de la peine à juger quelle est la meilleure', et, ce que j'estime fort remarquable, il se trouve d'ordinaire que celle qu'il a mise la première est celle qu'on aime le mieux. C'est de ce travail que M. de Balzac a dit : « L'Alexandre de Quinte-Curce est invincible, et celui de Yaugelas est inimitable^. » M. de Voiture, qui étoit fort de ses amis, le railloit sur le trop de soin et le trop de temps qu'il y employoit. Il lui disoit qu'il n'auroit jamais achevé-, que pendant qu'il

^ Vaugelas lui-même le dit. U déclare quil a refondu son Quinte-Curce sur le modèle de VArian de M. d'Ablancourt, < qui pour le style historique, dit-il, n'a personne, à mon avis, qui le surpasse, tant il est clair et débarrassé, élégant et court. » (o.)

^ MM. Chapelain et Conrart procurèrent en f653 la première édition du Quinte-Curce de Vaugelas; il s'en fit incontinent une seconde, toute semblable à la première; mais ensuite on retrouva une nouvelle copie de Tauteur, sur laquelle M. Patru en donna une troisième édition, fort différente des deux autres, en 1659. (o*)

' Balzac avoit dit : «L'Alexandre de Philippe est inviDcible,etc.)* Voyez le tome I, page 4i4 de ses Œuvres, in-f. Aussi, en parlant de ce passage et de celui dont il s'agit ci-dessus (pp. 233-233, eu note), il écrivit à Conrart « qu'il n'entendoit point ce que lui faisoit dire l'imprimeur de M. Pellisson. (o.)

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