DE VAUGELAS
Claude Favre, sieur de Vaugelas, baron de Péroges^ éloit deChambéry ^, et fils de l'illustre président Favre '^
^ Il falloit dire : de Vautorité des Rois, On doit toajours, ce m^ semble, représenter les titres comme ils sont, (o.)
< On vient de trouver Pacte de naissance de Vaugelas dans le^ registres de la paroisse de Meximieux, où il est né le 6 janvier 1589'
3 Antoine Favre, premier président du sénat de Chambéry. Il est auteur, non-seulement du Code appelé communément le Cod^
DE VAUGELAS. !i29
auteur du volume que nous appelons Code Fabrien, et qui est de grand usage en noire pays de droit écrit. Il étoit sixième cadet ^ et n'eut en partage que cette baronie de Péroges ^, qui étoit en Bresse et de peu de conséquence, avec une pension mal payée de deux mille livres, qu'Henri IV avoit accordée à leur père et aux siens, pour les services qu'il avoit rendus à TÉtat au mariage de madame de Savoie ^. Ce fut cette pension
Fabrien^ mais de plusieurs autres ouvrages, dont le Recueil fait dix volumes in-folio. — Prononcez Fa-vre^ et non pas Fau-re, (o.) — Guichenon (Histoire de Bresse , 3" part., p. 162) le nomme : Antoine Favre, chevalier, baron de Péroges et de Domessin, seigneur des Cbarmettes , de Félicia et d^Aiguebellette, conseiller d'État de Son Altesse de Savoie et premier président en son sénat de Savoie. Né en 1557, mort en 1624, le président Favre avoit eu de son mariage avec Benoîte Favre, dame de Vaugelas, René, seigneur de Valbonne; Claude, seigneur de Vaugelas; Antoine, qui fut aumônier de Madame royale de Savoie; Philibert, baron de Domessin; Jean-Claude, seigneur des Charmettes; Jacqueline Favre. religieuse.
* On verra dans la note suivante (n°3) que M. de Vaugelas étoit sûrement le second des fils du président Favre; et il n'étoit point né à Chambéry, mais en Bresse, comme je Tai appris de gens bien informés, (o.)
* D*après Guichenon (11, 88), Vaugelas auroit « porté longtemps la qualité de baron de Péroges ; il Taliéna ensuite en faveur d'Alexandre de Falaise, conseiller du Roi et lieutenant criminel au présidial de Bourg, des héritiers duquel ledit seigneur de Vaugelas Ta retiré et en est mort seigneur. »
' Christine de France, fille d'Henri IV, mariée à Victor-Amédée, duc de Savoie, le 11 janvier 1619. Par conséquent, la pension dont il s'agit ici ne sauroit avoir été accordée par Henri IV, mort en 1610. Le testament même du président Favre, en date du 15 février 1624, va nous donner des éclaircissements nécessaires.
que le Cardinal lui fit rétablir, quand il s'engagea au travail du Dictionnaire, Il vint à la Cour fort jeune, et y passa tout le reste de sa vie. Il fut gentilhomme ordinaire, et depuis chambellan de M. le duc d'Orléans*, qu'il suivit constamment en toutes ses retraites hors du royaume. Il fut aussi sur la fin de ses jours gouverneur des enfants du prince Thomas ^ Mais bien qu'il ne négligeât rien de ce qui pouvoit servir à sa fortune, qu'il fût en estime et en réputation à la Cour, et qu'il ne fût
Op y verra de plus que cette pension avoit été mis^ sur la tête, non pas du Président et de ses enfants indistinctement, mais de M. de Vaugelas lui seul.
Après avoir dit quUl lègue à c Claude sou second fils, » dit de Vaugelas, sa baronnie de Péroges, qui n'étoit pas de même valeur que les biens légués à ses autres fils, il rend raison pourquoi il ne lui donnoit pas autant qu'aux autres : « Pour la pension, dit-il, c de deux mille livres que je lui fis obtenir de la libéralité du c Roi Très-Cbrétien, au voyage que je fis à Paris en 1619^ à la c suite de M. le Sérénissime Prince-Cardinal de Savoie, et par « la seule entremise des faveurs d'icelui et de celle de M. le Séré- < nissime Prince de Piémont, qui daigna aussi s'y employer et se « trouva en même temps à Paris pour le fait de son très-heureux « mariage, etc. » (o.)
* Les chambellans chez Monsieur avaient 2,000 livres dç gages. — Ifi Hecueil de Faret contient plusieurs lettres de Faret à Vaugelas, t. 11, pp. 90, 94 et 98. La dernière, datée de Nantes, le 30 août 1626, apprend à Vaugelas que Monsieur Ta nommé gentilhomme ordinaire de sa maison.
< Thomas de Savoie, premier prince de Garignan, frère de Victor-Amédéequi épousa la fille de Henri lY, Christine de France; de Marie de Bourbon, fille de Charles, comte de Soissons, il eut sept enfants, dont deux sont bien connus : ^mmanuçl-Philibert- Amédée, prince de Carignan, et Eugène-Maurice, comte de Soissons, qui épousa Olympe Mancini.
u^ VAum^LAS. gai
pas débauché, las divers voyages qu'il avoit faits à U suite de son maitre, et d'autres rencontres fâcheuses, ont fait qu'il est mort pauvre, et que son bien n'a pas été sufiQsant pour payer ses créanciers* Il mourut âgé d*envirQn soii^ante^inq ans, d'un abcès dans Testooiac, qui s étoit forn^é durant le cours de plusieurs années, et qui lui donnoit de temps en temps une douleur de côté qu'on attribuoit à la rate. Enfin, en Tannée 1649 ', ayant été ei^traordinairement travaillé pendant cinq ou ^\% semaines de cette môme douleur, il se sentit soulagé, et croyant être bien guéri, il voulut même aller prendre Tair dans le jardin de Thôtel de Soissons^, où il avoit un appartement. Mais le lendemain niatin son mal le reprit avec plus de violence. De deui( valets qu'il avoit, il envoya celui qui étoit demeuré auprès de lui appeler du secours. Mais avant le retour de celui-là, Tautre, étant survenu, le trouva qu'il rendoit Tabcès par la bouche, et lui ayant demandé, tout étonné, ce que c'étoit : Voua toyez^ mon ami^ répondit-^il froidement et sans émotion, ce peu que cest qv$ I homme. Après ces paroles il n'en prononça plus, et n'eut que quelques moments de vie.
C'étoit un homme agréable, bien fait de corps et
' Gulcbenon , historien très-exact et qui étoit ami particulier deVaugelas, dit quMl mourut au mois de février 4650. (o.) — Hurtaut, Dict, hist. de Paris, dit aussi que Vaugelas est mort en 1650, et ajoute qu'il fut enterré à Saint-Étienne-du-Mont.
' L*hdtel de Soissons était situé rue de Grenelle. (Sauval, t. II, p. 68.) — < Ce logis est si vaste et si commode, quMl n*y a dans Paris que le Palais Cardinal (Royal) où il y ait plus de logement. » (Id. ibid.,p. 316.)
d'esprit, de belle taille; il avoit les yeux et les cheveux noirs, le visage bien rempli et bien coloré. Il étoit fort dévot, civil et respectueux jusques à Texcès. particulièrement envers les dames, pour lesquelles il avait une extrême vénération. Il craignoit toujours d'offenser quelqu*un, et le plus souvent il n'osoit pour cette raison prendre parti dans les questions que Ton mettoit en dispute. 11 étoit fort assidu à Thôtel de Rambouillet. Ses plus particuliers amis étoient M. Faret, qui avoit été comme son disciple, M. de Chaudebonne*, M. Voiture, et, sur la fin de sa vie, M. Chapelain et M. Conrart. Mais surtout il avoit lié une société très-étroite avec le baron de Foras, qui vit encore, et qui étoit aussi bien que lui de chez M. le duc d'Orléans. Ils s'appeloient frères, et s'étoient mis ensemble dans la dévotion, en laquelle, aussi bien qu'en leur amitié, ils persévérèrent constamment.
Depuis son enfance il avoit fort étudié la langue françoise. Il s'étoit principalement formé sur M. Coëffeteau, et avoit tant d'estime pour ses écrits, et surtout pour son Histoire romaine, qu'il ne pouvoit presque recevoir de phrase qui n'y fût employée. M. de Balzac a dit sur ce sujet : « Qu'au jugement de M. de Vaugelas, il n'y avoit point de salut hors de THistoire romaine, non plus que hors de l'Église romaine ^ » Son principal talent étoit pour la prose.
1 M. de Chaudebonne avoit quitté, en 1648, la maison de Madame, où le marquis de Vardes l*avait remplacé comme*chevalier d'honneur et avoit, ainsi que Vaugelas, une charge dans la maison de Monsieur, Gaston, duc d'Orléans.
^ Balzac avoit écrit « que comme il n*y a point de salut bors