‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 44 sur 95 · DE MONTEREUL · texte numérisé non relu

DE MONTEREUL

entre les mains des Ecossois. Ce prince infortuné, à qui il rendoit depuis ce témoignage qu'il n'en avoit jamais TU qui eût plus d'esprit et plus de vertu, prenoit plaisir à s'entretenir souvent avec lui, et lui faisoit parottre beaucoup d'affection.

Après avoir été quelque temps en Ecosse, il établit en sa place un de ses frères, qui étoit le troisième-, car pour lui, il étoit Tainé de sa maison. Il revint en France prendre possession de la charge de secrétaire de M. le prince de Gonti, qui l'envoya a Rome, en 1648, pour solliciter le chapeau de cardinal. Cette absence lui nuisit \ car, durant ce temps-là, M. Sarasin fut aussi fait secrétaire de ce prince et partagea son emploi, ou, pour mieux dire, en retint la meilleure et la plus utile partie. Gela les brouilla ensemble et lui causa beaucoup de peine jusques à sa inort.

Son maître ayant été arrêté avec le prince de Condé et le duc de Longueville, il n'est pas croyable de quelle sorte il les servit durant leur détention *, car c'étoit lui qui trouvoit moyen de gagner les gardes pour leur foire donner des lettres, qui en écrivoit une infinité tous les jours pour leur délivrance, et qui, enfin, à ce que l'on dit, agissoit lui seul autant que tous les autres serviteurs ensemble. M. le Prince, après la sortie, dit publiquement « que c'étoit à lui plus qu'à personne qu'ils dévoient leur liberté. » J'ai su d'un de mes amis, à qui il l'avoit dit lui-môme, que pour leur écrire il se servoit d'un secret que le roi d'Angleterre lui avoit appris dans les longs entretiens qu'ils avoient eus autrefois ensemble. C'étoit une certaine poudre toute

particulière qui, étant jetée sur le papier, y faisoit paroître ce qu'on y avoit écrit auparavant avec une liqueur blanche, qui sans cela étoit tout à fait imperceptible. On envoyoît quantité de drogues au prince de Conti, qui feignoit d'être encore plus malade qu'il n'étoit -, elles étoient enveloppées dans du papier blanc, et chaque enveloppe étoit une lettre, sans qu'on y pût rien trouver pourtant, quelque façon qu'on y apportât, à moins que de se servir de la poudre que les princes avoient. Elle étoit d'ordinaire sur la cheminée de leur chambre, et passoit aux yeux de leurs gardes pour delà poudre à dessécher les cheveux. Par cet artifice et plu* sieurs autres, il n'y avoit presque point de Jour qu'il ne leur donnât des nouvelles, etn'en reçûtd'eux •, et ilmontroit jusques à trois cents lettres de la main du prince de Condé. Après leur sortie ils l'auroient vraisemblablement récompensé, comme il méritoit, et déjà il étoit pourvu en Cour de. Rome, à dix mille livres de pension, de tous les bénéfices du prince de' Conti, qu'on croyoît alors se devoir bientôt marier avec mademoiselle de Chevreuse ; mais il manqua à sa fortune, et mourut en ce temps-là*, âgé d'environ trente-sept ou trente-huit ans. Il sembloit n'en avoir que vingt ou vingt-cinq 5 car il étoit naturellement fort beau, et avoit conservé jusques alors le teint et la fleur de la première jeunesse. Il avoit la taille médiocre, les che-

' On sait que les princes sortirent de prison le 13 féyrîer 1651, et répitaphe de M. Montereul, gravée dans Téglise des Ursulines du faubourg Saint-JacqUes, nous apprend quMl mourut la même année, le 27 avril, (o.)

Page 1