‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 45 sur 95 · DE L'ESTOILE · texte numérisé non relu

DE L'ESTOILE

Qaude de l'Estoile, sieur du Saussay, étoit Parisien, gentilhomme, et de fort ancienne famille, jusques à compter un chancelier de France parmi ses ancêtres ^.

^ Moréri dit qu'on a publié quelques-unes des poésies de Montereul; mais Ménage, dans son Anti-Baillet^ dit le contraire. Peut-être que Moréri, ou plutôt ceux qui ont continué Moréri, auront confondu Jean de Montereul Tacadémicien avec son frère, Matthieu de Montereul, celui dont parle Despréaux :

On ne Toit point mes vers, à Tenyi de Montreuil, Grossir impunément les feuillets d'un recueil.

n faut écrire Montereul; c'est de quoi M. Pellisson a pris soin d'avertir dans Verrata de sa première édition, (o.) — Il est étonnant que d'Olivet , qui s'est souvenu ici de Verrata de Pellisson, n'en ait pas tenu compte dans l'orthograpbedu nom de Desmarets, qu'il écrit toujours des Marets; nous avons respecté Tindication de Pellisson; mais nous croyons qu'on doit écrire Montreuil.

* Pierre de l'Estoile, l'auteur du Journal si connu sur les règnes de Henri III et Henri IV, était fils de Louis de l'Estoile et de Marguerite de Montholon, dont le père, François de Montho- Ion, avait été garde des sceaux sous François ^^ — Pierre de l'Estoile eut trois enfants, dont le dernier fut Claude, l'académicien.

Son père, qui étoil audiencier a la Chancellerie de Paris, avoit recueilli plusieurs mémoires des affaires de son temps, desquels un de ses amis, à qui il les avoit prêtés, tira le livre intitulé : Journal de ce qui s est passé sous Henri III. Ses enfants n'ont jamais voulu donner le reste de ces Mémoires, qui peut-être sont maintenant perdus *. Ils étoient trois frères : l'aîné qui mourut jeune, le second qui fut secrétaire du cardinal de Lyon ^, et celui-ci, qui étoit le troisième, qui n'eut point d'autre emploi que celui des belles-lettres et de la poésie, où il se rendit très-célèbre. Il avoit pourtant plus de génie que d'étude et de savoir. Il s' étoit attaché particulièrement à bien tourner un vers, à quoi il réussissoit fort bien, et aux règles du théâtre, qu'il faisoit profession d'avoir apprises de M. Gombauld et de M. Chapelain.

Un de ses amis particuliers m'a dit que quand il vouloit travailler, s'il se rencontroit que ce fût de jour, i| faisoit fermer les fenêtres de sa chambre et apportei^ delà chandelle^; et que lorsqu'il avoit composé un ou-

^ En 1719, on publia deux volumes à Cologne, sous ce titre : Hémoires pox^r servir à V Histoire de France, contenar^t ce qui s'est passé 4e plus remarquable dans ce royaume depuis i^i^ jusqu'en 1611. Le premier de ces volumes contient ce qui avoit été donné sous le titre de Journal d'Henri HI. L*autre volume contient la suite des Mémoires de M. de TEstoile, à Texception de ce qui s'est passé depuis mars 1594 jusqu'en juillet 1606. Mais ce grand vide enfin se trouve presque rempli à Taide du manuscrit original qui se conserve dans la bibliothèque de M. le président Bouhier^ et qui fut imprimé en 1732. (o.) — Voy. le Manuel du Libraire,

* Frère du cardinal de Richelieu.

' Tallemant des Beaux confirme ce fait.

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vrage, il le Hsoit à sa servante (comme on a dit aussi de Malherbe) pour connoUre s'il avoit bien réussi, croyant que les vers n'avoient pas leur entière perfec» tion s'ils n'étoient remplis d'une certaine beauté qui se fait sentir aux personnes même les plus rudes et les plus grossières. Il étoit grand admirateur des vers de M. de Sérisay et de ceux de M. Gombauld*, et sur le sujet de ce dernier, sortant un jour avec lui de Thôtel de Bourgogne, je lui ai oui dire sérieusement qu'il eût mieux aimé avoir fait cette scène des DavaïJes^ où l'ac* tion de ces cruelles sœurs^ est décrite, que toutes les meilleures pièces de théâtre qui avoient paru depuis vingt ans*.

Il étoit d'une complexion extraordinairement portée à l'amour, et cette passion fit presque tous les troubles et tous les maux de sa vie^. En ses dernières années il épousa par inclination une femme qui n'avoit que peu de bien^. Il tint longtemps ce mariage caché ; et, comme

* Son ami Du Pelletier, dans ses Lettres nouvelles, parlant de la Belle Esclave, pièce de Claude de TEstoile, dit de même : « Je TOUS envoie la Belle Esclave de M. de l'Estoile, et je vous avoue que j'aimerois mieux avoir composé cette pièce que d*avoir acquis trois duchés et le titre de grand dTspagne. » (Lettre à La Serre, p. 145) — Les Danaïdes, tragédie de Gombauld.

* cil avoit eu, ditTalIemant, quelque bien de patrimoine, mais il en mangea une bonne partie en amourettes. » {Historiettes ^ édit. in-i8^ VI, p. 301.) — L^Estoiie lui-même, dans un sonnet adressé à GoUetet, lui dit :

CoUetet, ou ne peut de Tamour s^affrancbir*

{Les Muses illustres, 1 voL in*lB, 1658, p. 289.) ' Elle était fille d*un procureur. « Gelle-ei n*avoit point de

il n*étoit pas riche autant qu'il falloit pour vivre commodément à Paris avec sa famille, il se retira à une maison des champs, où il passa presque tout le reste de sa vie *. Il mourut âgé d*environ cinquante ans ^.

Il étoit de taille médiocre, et fort grèlé-, il avoit les cheveux et les yeux noirs, le visage fort pâle et fort maigre, gâté, et sans barbe en quelques endroits, à cause qu'étant enfant il étoit tombé dans le feu'. Il avoit beaucoup de vertu et d*honneur, et supporta sa mauvaise fortune sans s'en plaindre et sans être incommode ou importun à personne. Il reprenoit hardiment et brusquement, avec une sévérité étrange, ce qui ne lui plaisoit pas dans les choses qu'on exposoit à son jugement*. On Taccuse d'avoir fait mourir de regret et de

bien. Il en fut si jaloux qu*ellé mourut du chagrin que lui donnèrent les bizarreries de son mari. « (Tallemant, Historiettes,)

^ L*Estoile avoit été attiré aussi à la campagne par sa passion pour les fleurs. — Voy. une longue lettre que lui adresse à ce sujet du Pelletier. {Lettres nouv, Paris, 1655, i vol. in-8°, p. 120.)

* En 1652. (o.) — G. Colletet lui Gt une épitaphe qu*on trouve dans ses Œuvres. — c II n'étoit point âgé quand il mourut. Sa maladie fut bizarre, car tout est bizarre en lui. Il s*étoit mis en fantaisie de ne manger que des confitures, et cela lui causa une indigestion étrange. Il en trépassa. On dit que par résignation à la volonté de Dieu il donna tous ses vers à un janséniste. Je ne sais ce que ce janséniste eu a fait. » (Tallemant.) — Les Poésies de TEstoile n'ont jamais été réunies; on les trouve éparses dans divers Recueils,

3 «C'étoit^ dit Tallemant, un visage extravagant et difforme tout ensemble. »

^ Voici un exemple de cette brusquerie de Claude deTEstoile; il est rapporté dans le Menagxana (édit. 1694, t. II, p. 356) : « Un jour, M. de Gombauld et moi nous étions chez M. de TEs-

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