‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 50 sur 95 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

« Sire, j'ai servi dix-huit ans et plus dans les affaires les plus importantes de l'État, sous les ordres de feu M. le Cardinal *. Le feu Roi votre père, de glorieuse mémoire, me mit

pation contre les étrangers. Son style est beau et soutenu, orné même, et s'il étoit moins étendu et un peu plus pur, il n*y auroit rien à souhaiter. 11 a de réloquence et du savoir, peu de lettres humaines, assez de théologie; si rien lui défaut, c'est l'ordre et la méthode dans les longues pièces; et s'il a rien de trop, c'est l'opinion très-avantageuse de lui. »

^ Le cardinal Mazarin, dont il étoit secrétaire.

auprès de lui poar cela. J'avois Thonneur â*étre connu de ce prince, et d'avoir quelque part en son estime, par la favorable impression qu'on lui avoit donnée d'un ouvrage que j'avols fait pour la gloire de son règne. Cet ouvrage avoit (mm en deux volumes sous le nom de Ministre d'État^ et fait voir que j'avois une passable connoissance de nos affaires, et que je n'étois pas tout à fait novice en Fart d'écrire. Sans cela il m'eût été impossible de fournir au grand travail qu'il me fallut essuyer pendant un assez long temps, durant lequel je fus obligé d'écrire par l'ordre de S. E. au dehors à tons nos alliés, à tous les ambassadeurs, résidents et agents de Votre Majesté, et au dedans à tous nos généraux et officiers d'armées, à tous les ordres de l'État et une infinité de particuliers. Le souvenir de cet excessif et violent travail me fait encore peur, et il m'en coûta une maladie qui me iQit à la dernière extrémité, comme toute la cour sait.

« Je ne parlerai point, Sibe, de ce que j'ai souffert durant les troubles de l'État, des pertes que j'ai faites, et des dangers que j'ai encourus pour la bonne cause. Je dirai seulement que dans la plus grande émotion de Paris, j'osai publier un livre dans lequel je recueillis, comme en une histoire abrégée, ce qui s'étoit fait de plus beau et de plus mémorable pendant la régence, soit à la guerre, soit dans les négociations ^ Ce petit livre qui vit encore, et qui apparemment aura quelque durée, fit un effet considérable sur l'esprit même des plus mal intentionnés, qui virent que la peinture que j'exposois, et que j'avois tirée sur la vérité des choses, étoit bien différente de celle qu'on répandoit partout, contre

* Il veut parler de V Éclaircissement de. quelques dijficultez touchant l'administration du cardinal Mazarin, qui fut imprimé, en ^ i650, à rimprimerie royale (in-fol.). C'est, en effet, une sorte d'Histoire de France depuis la mort de Louis XIII.

ÎSt CATALOGUE

la régence de la Beiae Totre mère, et radmioiitrati(H| de M. le Cardinal.

« Enfin, SiRB, j*ai donné, la dernière année de mon emploi, qui est Tannée 1660, outre l'occupation courante que M. le Cardinal me laissoit en son absence, j'ai donné, dis-je, un livre où je traite particulièrement deux sujets de la dernière importance : l'un est de la vérité de la religion chrétîeiin# contre les impies, dont le nombre n'est pas petit en oe tempi ici ' ; l'autre est de l'obéissance que les peuples doivent ^ Umn^ souverains, où, entre autres choses, je détrnii, f^vee tftnl d'évidence et si démonstrativement, la fausseté de bi pui»» sance indirecte que quelques-uns attribuent au pap^ «vr it temporel des princes chrétiens, gue je suis certaia que lip partisans de cette opinion si contraire à l'indépendattoe ém princes, et qui a de si dangereuses conséquenoea poiur eui^, n'y sauraient rien répondre qui vaille. Ce servioe fi nécitT' saire, que pers^mne n'a rendu avant moi au point que j'ai fait, est digne de quelque considération.

« Je représente ceci. Siée, à Votre Majesté pour Juatîfier la prière que M . le Cardinal lui fit quelques jours avant sa nMirt| d'avoir la bonté de me continuer, ma vie durant, lea appoint tementi que j'avois coutume de recevoir, et de commaiidir que je les reçusse sans peine. U avoit jugé que m'ayant pinsieurs fois promis un établissement, en considération de mm I<Higs et utiles services, il ne m'en pouvoit procurer d£ plus commode ni de plus sortable à mon âge, et au dessein que j'avois, et qui qe lui étoit pas inconnu, d'employer œ qui

* Déjà dans le Recueil de ^e^^res publié par Faret, on trouve une longue lettre de Silhon à Gospeau, alors évéque de Nantes, où il expose le projet d'uQ livre pour la défense de la divinité 4e lésns- Christ (p. 450).

me resterait de vie et de santé à servir la religion et l'État, de ma plume et de ma petite industrie.

« Votre Majesté témoigna, Tannée passée, à Fontainebleau, à M. le Surintendant, qu'elle désiroit que je fusse payé à l'accoutumée, et lui en donna le commandement exprès. Mais parce que les affaires des finances ont depuis changé de face, etqoeladlspensation s'en fait d'une autre manière, je supplie très-hûmbiement Votre Majesté d'ordonner ce que sa bonté lui inspirera en ma faveur pour l'année 61, et les suivantes. Si c'étoit sur ses menus plaisirs, la grâce seroit parfaite.

« Je ne dis rien des arrérages de près de cinq années de mes app(Hntements qui me sont dus , c'est-à-dire des cinq années de troubles intestins de l'État. Je ne dis rien encore du pillage de ma maison, qui fut fait en ce temps-là, comme toute la cour sait. Ce seroit un contre-temps que Je n'ai garde de commettre.

« Je demande pardon, Siée, à Votre Majesté si, parlant de moi. Je n'ai pas observé toutes les lois de la modestie, quoique je puisse assurer de n'avoir point violé celles de la vérité. Je prie Dieu qu'il comble Votre Majesté de tous les biens que lui peut souhaiter celui qui est passionnément, et avec respect,» etc.

XXI. Valentin Cotirart^, conseiller-secréUîre du Roî, oiaison et couronne de France, Parisien.

XXn. Daniel Hày , abbé de Chambon , né en &retagoe.

n étoit frère de M. du Ghastelet, le second des Académiciens dont l'éloge ait été fait par M. Pellisson. Il naquit le

* Ce placet est de Tan 1661, mais postérieur à la mort de Maltria, arrivée le 7 «ars de cette année. ' Voyez le tome 11 deeetle Histoire, seconde ptrUe, art, xu» (o)»

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23 octobre 1596, à Laval, où leur père, Daniel Hay, étoit juge civil, criminel et de police. Il y eut, dès Tâge de vingtcinq ans, le doyenné de Téglise collégiale, avec le prieuré de Notre-Dame de Vitré. Cette raison, jointe à son goût naturel pour la retraite, le retint presque toujours dans sa patrie, et il y mourut le 20 avril 1G71. On m'a mandé de Laval, quUl était grand controversiste et grand mathématicien; qu'il avoit même beaucoup écrit sur ces matières; mais que le marquis du Chastelet, qui est auteur d'une Politique mili^ taire^ et d'un Traité de Véducation de M, le Dauphin^ ne connoissant rien aux manuscrits de son oncle, et ne voulant pas qu'un autre les débrouillât, prit le parti de les jeter au feu.

XXin. Louis GiRY, Parisien, avocat au Parlement et au conseil. Ses ouvrages imprimés sont les versions suivantes : La Pierre de touche, traduite del'italien, de Boccalini. Le Dialogue des causes de la con^upiion de rÉloquence. L'Apologétique de Tertullien. La quatrième Catilinaire, qui est une des huit oraisons de Cicéron, traduites par divers auteurs et imprimées en même volume. Les Harangues de Symmaque et de saint Ambroise sur l'autel de la Victoire. La louange d'Hélène^ dlsocrate. L'Apologie de Socrate et le dialogue appelé Critony de Platon. L'Histoire sacrée de Sulpice Sévère. Le dialogue appelé Brutus , ou des illustres Orateurs, de Cicéron. Il a traduit aussi quelques Épi" très choisies de saint Augustin, qui ne sont pas edcore imprimées*.

^ Giry a traduil aussi presque toute la Cité de Dieu de saint Augustin, (ln-80, 2 vol., 1665, 1667, Paris.)

DE MESSIEURS DE L'ACADÉMIE. 2&'i

Il mourut à Paris en 1665, âgé de soixante et dix ans. Lo père François Giry, célèbre minime, étoit son fils unique ^ On a écrit la vie de ce religieux, et nous y trouvons un grand éloge de M. Giry, de sa probité, de son savoir, de sa piété, de son désintéressement'; qu'aux chambres royales des amortissements et des francs fiefs, il eut la commission d'avocat général du Roi ; que le cardinal de Mazarin le mit de son conseil particulier >.

^ Louis Giry eut, avant ce fils, deux autres enfants : un garçon, dont on ne sait rien, et une fille qui fut religieuse à Tabbaye royale des dames de Saint-Dominique de Poissy. Louis Giry avait éponsé Anne Pijart, femme d'une rare piété ^ qui monrpt vers 1650. De ce mariage naquit, en 1655, François Giry, qui fut provincial des Minimes de la province de France, connu par de nombreux écrits; sa vie, qui a été écrite en 1691 par le P. Claude Raffron, minime (un vol. in- 13), nous a fourni ces détails. Nous y voyons aussi que Tacadémicien Giry avait une fort belle bibliothèque, et que ses consultations écrites étaient en grand crédit. Quand son jeune fils entra, à son insu, chez les Minimes, il obtint un arrêt du Parlement pour l'en faire sortir; depuis, sur l'avis de Godeau, son ami, qui avait essayé vainement de détourner François de son dessein , il permit à son fils d'obéir à sa vocation : celui-ci fit sa profession en septembre 1652.

' Voici le jugement qu'en, porte le Mémoire de Chapelain : • Personne n'écrit en françois plus purement que lui ni ne tourne mieux une période. Il est de la profession du Palais, dans laquelle il est estimé. Il a peu plaidé. Ses ouvrages ne sont que des traductions, où le porte son inclination, et où il réussit entre les bons... Son style est net, mais sans nerfs et sans, vivacité, dans le peu qu*on a vu de ses compositions propres. » — Godeau, dans la lettre que nous citons (ci-dessous, note 3), lui dit de son style: t Votre style est pur et fort tout ensemble; il n'y a rien d'affecté ; iCs ornements y sont dans toute leur force, et les figures y brillent de tous côtés.» — Cf. Baillet, Jugements des savants, 1. 111, p. 133.

s En 1636, Giry était déjà avocat au Parlement, comme on le

XXIV. Nicolas Perrot, sieur d' Ablamcourt , i « Champagne. Ses ouvrages imprimés sont la préface de VHonnète femme et les traductions suitantes : fOeUh* vins de Minutius Félix. Quatre des huit Oraiêonê âé Cicéron, qui sont celles pour Quintius^ pour la loi Ma* nilia^ pour Marcellus y pour Ligarius. Arrian, dêi guerres dC Alexandre. La Retraite des dix mille ^ par Xénophon. Toutes les OEuvres de Tacite, Les Cammmi' iairts de César. Il traduit maintenant Lucien ^

Il ^€pitt4 Châlons-sur-Marne le 5 avril 1606, et ropamt à an terre d'Ablancourt, auprès de Vitry , le 1 7 novembre 1 664, Gomme sa vie se trouve dans les Œuvres de M. Patm, qui sont entre les mains de tout le monde, Je n'en donnerai point ici d'extrait. On perdroit trop à ne la pas lire d'un bout à l'autre. J'y ajouterai seulement deux ou trois petits articles.

I. Touchant la traduction des sermons italiens du Père Nami, imprimée sous le nom du Père du Bosc, et que Colo* miés dit être de M. d'Ablancourt, il est vrai que M. d'Ablaa* court, à l'âge de vingt ans, se destinant à prêcher, traduisit quelques bons endroits de ses sermons, et que cinq ou sil ans après, ayant tout de nouveau embrassé le calvinlsmei il donna le peu qu'il avoit traduit de ses sermons au Père du

TOit par la suscription d'une lettre que lui adressait Godeaa, évé*. que de Grasse, au sujet de la traduction des Harangues de Symmaque et de saint Ambroise. Godeau, qui était fort lié aTec Giry, fit précéder d'une préface la traduction du Dialogue des causés de la corruption de l'éloquence (1630). Depuis, dans son Histoire de VÉglisCf ly- siècle, sect. vu, à la date 594, il parle encore de son ami avec éloge.

^ Nous donnerons la liste plus complète de ses ouvrages à la fia du second Tolume de cette Histoire.

DE MESSIEUftS DE L'ACADÉMIE. t87

BoM»5 qui par là fkit déterminé à faire le reste. Ainsi tt diseodfs de Golomiés n'est pas sans fondement; mais d'antre eété, eela ne suffit pas pour qu'on doive, comme a fait Bayle, mettre cette traduction en son entier sur le compte de M* d'Ablaneourt.

n. Quand M« Coibert se fit donner des mémoires sur les genede lettres vivants en leea, son principal dessein étoit de toir en quel genre chacun pourroit travailler à la gloire du Bol. Or M. d'Ablancourt fut jugé le plus propre de tous à ïAêù 4crire l'iiistoire de ce grand prince'. Il accepta la proposition, qui lui en fiit faite par l'ordre de M. Colblft, avec

' L^abbë d*011vet fait ici allusion au Mémoire de Chapelain que nous avons déjà eu occasion de citer; mais si quelqu*un a paru mériter l*éloge absolu d'être le plus propre à écrire Thistoire du lldi, e*eit peut-être plutôt ^Silhon que d'Ablancourt. Voici, du reste» ce que dit Chapelain : — « Ablancourt. Il est de tous nos écrivains en prose celui qui a le style plus dégagé , plus ferme, plus résolu, plus naturel. Son génie est sublime ; et, quoiqu'il soit sans comparaison le meilleur de nos traducteurs^ c'est dommage qu'il se soit réduit à un emploi si fort au-dessous de lui; car il a de la force de son chef, de l'éloquence, de la doctrine, et n'est pas foihie dans le raisonnement. S'il avoit voulu entreprendre une histoire, il n'y a quç son peu de pratique des affaires du monde qui l'eût pu empêcher de la faire très-bonne ; car il a acquis souverainement l'air de la bonne narration par tant d'historiens du premier rang qu'il a rendus avec applaudissement dans sa langue ; et il ne seroit nouveau ni dans les harangues, ni dans les matières de guerre; enfin , le seul de nos bons ouvriers que je connois qui pourroit s'acquitter éminemment de celte sorte de travail, s'il •volt de bons Mémoires, et qu'il fût plus instruit des intérêts de l'Europe, présents et passés; car encore qu'il ait bonne opinion de lui, et avec justice, comme il n'est point vain et que la raison le ramène quand elle lui est montrée , il recevroit les avis qu'on lui donneroit. »

une pension de mille écus. Il alloit venir à Paris et s'y établir, pour être à portée de recevoir les instructions dont il auroit besoin. Mais M. Golbert, lorsqu'il en rendit compte au Bol, ayant dit à Sa Majesté que M. d'Ablancourt étoit protestant, tout fut rompu. « Je ne veux point, dit le Roi, d'un historien qui soit d'une autre religion que moi ; » ajoutant néanmoins qu'à l'égard de sa pension, puisque cet écrivain a voit du mérite d'ailleurs, il entendoit qu'elle lui fût payée. Je trouve ces particularités dans les lettres manuscrites de Chapelain. III. On garde dans la Bibliothèque du Roi une copie du testament de M. d'Ablancourt, daté du 5 octobre 1664, et par conséquent antérieur de quarante-quatre jours à sa mort. Joignons à cela le récit bien circonstancié de M. Patru, et nous verrons si l'on peut, avec quelque sorte de vraisemblance, accuser M. d'Ablancourt d'avoir volontairement abrégé ses jours, comme on l'a dit premièrement dans le Menagiana\ et puis dans une infinité de mauvais livres. Mais lorsqu'une fois quelque sottise a été imprimée, c'est assez pour qu'elle soit éternellement répétée par de misérables compilateurs.

XXV. Jacques Esprit, né à Béziers, conseiller du Roi en ses conseils. Il n'y a rien d^ lui d'imprimé que des Paraphrases de quelques Psaumes,

Il naquit à Béziers le 22 octobre IGl 1. A l'âge de dix-huit

^ Cependant Ménage pouvait être bien renseigné, puisqu'il était, comme Patru, ami de d'Ablancourt et en correspondance avec lai; quand parut \eMenagiana, Patru avait déjà écrit depuis longtemps sa Vie de d*Abîancourt, et Ménage, qui la connaissait certainement, n'a pas hésité à affirmer le contraire. (Voy. Mcnagiana^ 2* édit., i694, t. I, pp. 506-307.)

ans il vint à Paris joindre son aîné, qui étoit prêtre de l'Oratoire. Il entra dans la même congrégation le 1 6 septembre 1 629. Il y donna quatre ou cinq années à l'étude des belles-lettres et de la théologie. Après quoi, ayant eu occasion de se faire oonnoltre à l'hôtel de Liancourt et à l'hôtel de Rambouillet, il fut ébloui par des idées d'ambition, qui le rappelèrent dans le monde. Il avoit une heureuse physionomie, de la délicatesse dans l'esprit^ une aimable vivacité, de l'ei^ouement, beaucoup de facilité à bien parler et à bien écrire ^ Leduc de La Rochefoucauld, auteur de ces Maximes si connues, le goûta infiniment, et se fit un plaisir de le produire partout*. Enfin M. le chancelier Séguier voulut l'avoir : il lui donna sa table et cinq cents écus de pension ; il lui procura de plus une pension de deux mille livres sur une abbaye, et le brevet de conseiller d'État. Mais en 1644 on lui rendit quelques mauvais offices auprès de M. le Chancelier; et il se réfugia

^ Somaize, dans son Dictionnaire des Précieuses (voy. nouv. édit. Biblioth. elzév,^ 1. 1, p. 93), dil de lui : « Érimante est un de ceux qui a le plus de pouvoir parmi les précieuses; et, comme il étoit dans un rang fort considéré auprès d'elle dès le temps de Yalère (Voiture), il a (depuis que Fa/è/c-Voiture et Sésostris^ Sarasin sont morts) partagé une bonne partie du gouvernement avec les autres dont j'ai parlé. C'est un des plus galants hommes à^ Athènes (Paris), et qui a dans sa personne, outre cent belles qualités qui le font chérir des dames et surtout des précieuses, un esprit qui ne l'abandonne jamais. — L'abbé d'Artigny (Mémoires de littérature, t. V, p. 326) parle ainsi de lui : « Il étoit de ces hommes amphibies qu'abusivement on appelle abbés, parce qu'ils portent un petit collet. Il falsoit l'empressé auprès des dames et composoit des vers de galanterie. »

' Sur ce point et sur l'ensemble de cette notice, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer au beau livre de M. Cousin : Madame de Sablé, pp. 86 et suiv., 397, 417.

ioQ catalogue:

pour une seooode fois au séminaire de Saint-Magfoire, eans vouloir néanmoins reprendre l'tiabit de l'Oratoire. En ce teropfr>là M. le prince de Conti peniwit sérieusement & sa conversion, et il alloit souvent à Saint-Magloire pour conférer avec seadireeteurs. Il y connut M« Esprit , U en fut enchantéi il le tira de ce séminaire, et lui donna un logemei^t dan» soa hôtel, avec mille écus de pension. Peu de temps après» M. Esprit seyant formé la résolution de se marier, mai& n'ayant pas de quoi assurer le douaire de sa femme, ce prince lui fit une promesse de quarante mille livres, «ssi« gnées sur le comté de Pézénas« Madame de Longueville', dans la mâme vue, lui donna quinze mille livres argent comptant. Quand le prince de CociU alla dans son gouvernement de Languedoc, où il est mort, la reçonnoissance obligea M, Esprit à le suivre en cette province; et sa faveur auprès du gouverneur devint telle que toutes les affabes, petites et grandes, passoient par ses mains <. Après avoir perdu en 1Q6Q un protecteur si utile et si longtemps éprouvé, il se tint le reste de ses jours en Languedoc, uniquement occupé à bien élever sa famUle, qui oonsistoit en trois filles ^, dont

> Voyez , sur les rapports de M"' de Longueville et d*Esprit, au moment où celui-ci partit pour Munster avec la duchesse, une épttre de Bois-*Robert à M. Esprit. {Les Épistres en vers et autres œuvres poétiques de M. de Bois-Robert Metel. — Paris» 1659, in-8%p. 11.) ,

' Yoy. les Mémoires de Daniel de Cosnac, publiés par la Société de l'Histoire de France, tome 1*'. — Cf. notre édition du Dictiotknotre des Précieuses, Paris, P. Jannet, 1856, â .vol. in-16, t. I, p. 93 ; t. Il, p. 227.

> Jacques Esprit épousa Geneviève Bollain ; Tune de ses fllles, nommée Armande, épousa M. d*Espondeissan ; Tautre, nommée Félice^ M. de Poussanelle ; la troisième fut religieuse, comme on le dit ici.

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^eax ont été markées, et Tautre est morte dans ud couvent. Il mourut à Béziers le 6 juillet 1678 ^

On croit que la traduction du Panégyrique de Pline^ quoique imprimée sous le nom d'un de ses frères abbés, est véritablement de lui.

XXVI. François de u Mothe-le-Vayer*, Parisien , conseiller d'État ordinaire , précepteur de M. le duc d'Anjou , et qui a fait U même fonction auprès du Roi durant un an. Ses œuvres imprimées sont : un discours imprimé sous le nom de Traduction de Fabricio Campolini , Vhonois , sur la contrariété d^ humeurs qui se trouve entre cerf aines nations^ et singulièrement entre la française et F espagnole , avec deux Discours politiq]ies , Petit discours chrétien de l'immortalité de rame , avec le corollaire , et un Discours sceptique de la musique. Discours de V histoire. Considération sur V éloquence française de ce temps. De Pinstruction de M. le Davrphin. De la liberté et de la servitude. De la vertu des païens^ avec les preuves des citations. Quatre volumes in-octavo $ Opuscules ou petits traités Opuscule scep-

i Gh^laiu juge aiasi $a vie et ses œuvres : « Esprit. — Son fort est dans la tliéologie, et il a peu de fonds hors de là. Pour de rimagination et du style, il en a beaucoup, et écrit élégamment en prose et en vers François. L'inégalilé de sa vie, quoique toujours innocente, le fait connoître pour un homme de peu de tête, et n*a pas empêché qu*on ne Tait aimé à cause de sa bonté. De prédicateur, il est devenu bon courtisan, et de courtisan père de famille» et tout pour faire fortune dont il avoit grand besoin. » — Cf. sur son style, Voiture, édit. i68i , p. 289. ^

s Voyez le tome II de cette Histoire, seconde partie, art. x. (0.)

tique sur cette commune façon de parler : N'avoir pas le sens commun. Jugement sur les anciens et principaux historiens grecs et latins^ dont il nous reste quelques ouvrages. Lettres touchant les nouvelles remarques sur la langue françoise. Un volume in-quarto de Petits traités en forme de lettres^ écrites à diverses personnes studieuses; second volume de lettres, ou traités semblables, non encore achevé d'imprimer. La Géographie du prince j la Morale du prince^ la Rhétorique du prince ^ pour M. le duc d'Anjou. L'OEconomique^ la politique, et la logique du prince, pour le Roi. Ces trois derniers ne sont pas encore imprimés.

XXVII. Daniel de Priézac, conseiller d'État ordinaire, né au château de Priézac en Limosin'. Ses ouvrages imprimés sont : les Observations contre le livre de Vabbé de Melrose, intitulé Philippe le Prudent; Vindiciœ Gallicœ ; trois volumes des Privilèges de la Vierge; Disceptatio légitima, in controversia mota inter Apostolicœ Camerœ cognitorem , Actorem, et Eminen-^ tissimos Cardinales Barbe7*inos, excellentissimumque

1 Daniel de Priézac était né en 1590. Il étudia le droit à Bordeaux, « praelucente Primetio, viamque Sammarthino pandente, » dit son fils, Saiomon de Priézac, dans la préface des Mélanges àe son père qu'il publia en 1658 {miscéllaneorum libri duo)^ un peu malgré celui-ci a reuuente aliquantum pâtre. » — En 4615, dit Niceron, il fut choisi pour enseigner la jurisprudence; ses succès engagèrent le chancelier Séguier à l'attirer à Paris, 1635, et à lui conférer la cjiarge de conseiller d'État ordinaire : cette faveur explique les éloges pompeux donnés au chancelier Séguier par Saiomon de Priézac, en tête du volume que nous citons.

urbis Romœ prœfectum^ Defensores \ un volume in-4® Aq Discours politiques. Il en compose maintenant un second.

n mourat en 1662 ^ Celui de ses livres qui a pour titre, Vindiciœ Gallicœ , est une réponse faite par l'ordre de la cour au Mars GaUicus^ de Jansénius. 11 laissa un fils nommé Salomon, auteur de plusieurs ouvrages, la plupart écrits en latin ^

Voici le titre d'un volume |n-octavo, imprimé à Bordeaux en 1621 : Discours prononcés par M. Daniel de Priézac , avocat en Parlement et docteur régent en V Université de

^ Loret rapporte sa mort en ces termes, dans sa Gazette du 3 juin 1662 :

PrieiuaC) rarS personnage,

Comme il paroit en maint ouvrage

Des gens doctes autorisé,

Que ce charmant a composé,

L*autre jour, comme un trait de OanuM^

Exhala vers Dieu sa belle âme...

Monsieur le Chancelier de France

Lui portoit grande bienveillance,

Depuis longtemps dans son hôtel

Hébergeant ce sage mortel,

Et pour sa vertu nompareille

Lui donnant le cœur et Toreille...

Il étoit métaphysicien.

Il étoit académicien :

Académicien, c^est-à-dire

De ceux qui savent écrire.

Et que dans la Cour et Paris

On appelle \m beaux esprits.

* On ne connaît Salomon de Priézac que par ses écrits, dont deux seulement, VHistoire des éléphants et la Dissertation sur le NUf sont en français. Les autres, qui sont en latin, roulent sur des matières de politique ou de physique. — H eut deux filles dont parle Tallemant (édit. in-18, t. viii).

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Bordeaux. Il y a quatre discours, trois françoiset un latin. yralsemblal>lefnent ils sont de l'académicien , qui les aura fait imprimer dans sa jeunesse , et avant que d^avoir quitté sa province ^ Je n'oserai pourtant pas en faire mention dans la liste de ses ouvrages, parce que le silence de M. Pellisson rend cela douteux.

XXVIII. Olivier Patru *, Parisien, avocat au Parieçment. Il y a de lui la traduGâion de Toraison pro Archia^ qui est Tune des huit, traduites par divers ach teurs ; une Épttre liminaire au cardinal de Richelietr, sous le nom des Elzevirs, au devant du Nouveau monde de Laet, une autre au président de Mestiies, pour la veuve et les enfants de Camusat, au devant de Vlmitalion de Jésus-Chrisl^ de la traduciioa du P. Antoine Girard, jésuite. Il a plusieurs Plaidoyers et autres ouvrages à imprimer^ et c'est de lui que M. de Yaugelas, dans la préface de ses Remarques, a fait espérer une Rhétorique françoise.

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