XXIX. Claude Bazin, seigneur de Bezons, Parisien
^ Ces discours sont certainement de i*A6adémieien ; car le dis cours latin qui se trouve dans ce Recueil anonyme reparaît, signé, dans les Miscellanea, Le P. Niceron, dans la liste qu*il donne des ouvrages de Priezac, blâme Tabbé d*(Hivet de B*avoir pas fait mention de ces discours dans son Catalogue académxqw : ce reproche n'est pas fondé, puisque d*01ivet a expliqué d'avance sa réserve. — Balzac lui a écrit plusieurs lettres, une entre autres {Œuvres, in-fol., liv. XI, lettres VI) où il lui fait de grandes protestations d'amitié et de grands éloges.
' Voyez le t. II de cetle Histoire, seconde partie, art. xiv. (O.j
conseiller d*État ordinaire, ci-devant avocat général au Grand-Conseil. Il y a de lui une traduction du Traité de la paix de Prague^ où il n'a point mis son nom'.
Après avdir été atocat général, au Grand Ckmsefl dès Tannée 1639, il fût pendant vingt ans intendant en Languedoc, d*où il revint en 1673 à Paris, et y fit jusqu'à la mort les fonctions de conseiller d^État ordinaire, avec une grande réputation de capacité et d'intégrité. Il y mourut à l'âge de 67 ans, le 20 mars 1684. Il laissa trois fils, qui se sont également distingués * : un dans l'Église^ mort ardievéque de Eoueb*; an autre dans la robe, mort conseiller d'État^; un
^ Cette traduction parut, in-^*", en i635. S*il est vrai, comme l*a8sure d*01ivet, que Bazin, seigneur de Bezons, terre voisine de Ihiris, soit mort à Tâge de soixante-sept ans, en 1684, il était donc né en 1617 : il aurait donc publié la traduction dont il est ici parlé, à T&ge de dix-huit ans» et n*aurait eu que vingt-deux ans quand il fut nommé avocat général au grand Conseil. Je pense, à cause de Timportance de cette charge, qu'il faut reculer la date de sa naissance ; en effet, quand le fameux avocat Le Maistre fut nommé conseiller d'Ëtat, vers le même temps^ on regarda comme une faveur insigne que le brevet lui en fût conféré quand il avait à peine vingt-neuf ans. (Lettres Mss. de Chapelain.)
' Bazin de Bezons eut deux autres enfants^ outre les trois dont Uest ici parlé; un fils, Omer, chevalier de Malte, mort en 1679, sur le vaisseau le Conquérant ^ et une fille qui épousa un mattre de requête nommé Le Blanc. Il avoit épousé Marie Targer, fille d*un secrétaire du Roi, cousine de Conrart.
* Armand, évéque d'Aire en 1685; archevêque de Bordeaux en 1698. 11 étoit agent général du clergé de France au moment de la mort de son père.
* Louis Bazin de Bezons, fils aîné de rAcadémicien, conseiller au Parlement, en 1666; maître des requêtes, en 1674; intendant
troisième dans Tépéei, maréchal de France et chevalier des ordres du Roi, vivant en cette année 1 729 *.
de Limoges, Orléans, Lyon et Bordeaux, et conseiller d*État, en i686, qui mourut sans postérité, en 1700 : il était alors intendant d*Orléans.
< Jacques Bazin de Bezons, maréchal de France, en 1709^ membre du conseil de régence à la mort de Louis XIY ; il mourut en 1735 : il était en cette année, 1684, mestre decamp de cavalerie. (Mercure galant, mars 1684, p. 255.)
* Cette notice est fort incomplète. Claude Bazin de Bezons fut reçu à rAcadémie, en 1643, à la place de Séguier, nommé protecteur de TAcadémie après la mort de Richelieu, et fut remplacé lui-même par Boileau-Despréaux. Celui-ci, dans son discours de réceplioD, rendit hommage à cet « homme considérable et par ses grands emplois, et par sa profonde capacité dans les affaires; qui tenoit une des premières places dans le Conseil et qui, en tant d*importantes occasions, a été hduoré de la plus étroite confiance de son prince , à un magistrat non moins sage qu*éclairé, vigilant, laborieux. » — Bazin de Bezons « se trouvoit, par son ancienneté, à la tête de TAcadémie, dit Tabbé de la Chambre, chargé de répondre à Despréaux... Il s'étoit rendu recommandable parmy nous par Talliance et la liaison étroite qu'il avoit contractées de longue main avec M. Conrart. » {Rec. de har» acad,, 1698, in-4, pages 447 et 452-4S3. — Voy. en outre, pages 4S3 et suiv.) — Chapelain, dans son Mémoire des gens de lettres, ne semble pas faire grand cas de lui : « On n'a jamais rien vu de lui par écrit... On Ta entendu, comme avocat général au grand Conseil, parler élégamment et fortement en toutes rencontres. » [Mélanges de Chapelain, p. 262.) — Tallemant des Réaux en parle fort mal (édit. in-18, t. VII, pages 31 et suiv.), et nous apprend quelques faits nouveaux. Ainsi, nous savons que Bazin de Bezons était petit-fils d'un médecin de Troyes ; celui-ci épousa Marie Chanterel, dame de Bezons, qui lui porta la terre de ce nom (Voy. Hurtaut el Magny, Dict, de Paris, I, 394), et en eut un fils, Claude Bazin de Bezons, qui épousa Suzanne-Henriette Talon , .fille d'Omer Talon l^*' et sœur de l'illustre Orner Talon, IV du nom. De ce ma-
XXX. François Salomon, Bordelois, conseiller d'E* tat, ci-devant avocat général au Grand Conseil ^ Il y a de lui un Discours d'État à M. Grotius, et la paraphrase d'un psaume en vers.
Il se nommoit François-Henri Salomon. Il étoit fils d'un conseiller au Parlement de Bordeaux. Il fut reçu avocat général au grand Conseil , en 1638. Mais au bout de neuf ou dix ans, V&ht de ses affaires ne lui permettant pas de se soutenir à Paris, il se retira dans sa province, et y fut d'abord lieutenant général du sénéchal de Guyenne*. Il épousa ensuite la fille d'un président à mortier au Parlement de Bordeaux, et, après la mort de son beau-père, il exerça cette charge de présil]ent^ Il mourut sans enfants ^, le 2 mars 1670, à Bordeaux, où il étoit né le 4 octobre 1620.
riage sortit Claude 11, Bazin de Bezons, racadémicien. Tallemant Taccuse d'avoir fait faire par Patrules discours qu*il ne pouvait se dispenser de prononcer.
< « 11 faut accoupler Salomon à Bezons : ils ont été tous deux compagnons à la charge d*avocat général au grand Conseil, et reçus en même temps à TAcadémie ; Arcades ambo. » (Tallemanl des Réaux.)
* « Il s*en alla à Bordeaux où il épousa une fille du président de La Lane, veuve d*un vicomte d'Oreillan, d*une bonne maison du Limousin. Lui acheta la charge de lieutenant général, et prit le nom de Virelade : c'est une terre. » (Tallemant.)
' « M. de La Lane étant mort, M. Henri-François de Salomon fut pourvu de sa charge de président à mortier, et le Roi Thonora du cordon de chevalier de Tordre de Saint-Michel, le 33 janv. 1654, en considération des services qu'il avoit rendus à l'État durant les mouvements de Toulouse et de Bordeaux. » (Vigneul-Marville, Mélanges d*/iis(. el de lit ter.)
^ On trouve à la' Bibliothèque impériale» sous le n« 709*'
Tout ce qili se trouve sur rantiquité de sa noblesse dans les rapsodies de Yigneul*Marville n'est qu'une fable , ilont «es propres héritiers , gens sensés et pleins d'honneur, sont les premiers à se moquer ^
XXXI. Pierre ^ Corneille, avocat général à la Table de Marbre de Rouen, né au même lieu. 11 a composé jusqu'ici vingt-deux pièces de théâtre, qui sont : Milite^ Clitandre^ la Veuve y la Galerie du Palaiê^ la JSimh vante^ la Place Royale ^ Médée^ r Illusion comique^ le dd^ Hof^ace^ Cinna, Polyeucte^ la Mort de Pompée^ le MenéeuTy la Suite du Menteur^ Rodogune^ Tkêo^ dore^ HéracliuSy Dotn Sanche d Aragon^ Andromède^ Nicomède^ Pertharite. Il a fait imprimer aussi deux livres de Y Imitation de Jésus^Christ, en vers, et travaille aux deux autres.
(Saint'Germ. fr.), plusieurs lettres manuscrites adressées de Bordeaux au chancelier Séguier, par son ordre, et signées J Stlomon^ à l*époque du mariage du roi Louis XIV ; tout semble indiquer qu'elles sont d*un fils de Tacadémicien Salomon ; dans une, il excuse en ces termes rinterruption de sa correspondance : c L'extrême maladie de mon père, que j'ay failly à perdre d*Une apoplexie suivie d*un débordement général d*humeur sur l*estomac et la poitrine..., me servira, s'il plaît à Votre Grandeur, d'une triste excuse de Tintermission de mes devoirs.» (Lettre du 11 Septembre 1659.)
* D'Olivet maltraite fort ici dom Bonaventure d'Argonne, chartreux, qui a écrit sous le pseudonyme de Vigneul-Marville. On peut opposer à son Jugement celui de Bayle et de Tabbé d*Artigny qui faisaient grand cas des Mélanges d*hlstoire et de littérature^ et de Tabbé Banier qui a pris soin de Tédition de 1725, la meilleure. Il est certain qu'on y trouve de précieux et si^s renseignements.
• Voyez le t. H de <ietle Histoire, seconde partie, art. xvin. (o.)
DE MESSIEURS DE L'ACADEMIE. âDO
XXXU. Pierre du Rter, Parisien. Ses ouvrages imprimés sont, pour la prose, les traductions suivantes : YOraison de Cicèroft p&ur le rot Déjoiarus, et celle qu^on kii attribua pour ù poix^ qui sont du nombre des huit dont j*ai déjà parié ; Trois OûUiiinaireê\ toutes les PAn Kppiqu&Sj et le reste des Oraisons de Cicéron ; les Parùdoxn^ les Offices^ les 7\^scu/a72«« du même auteur, .dont il a dessein de traduire les autres ouvrages \ la LaiÊamp9 de Busire^ dlsocmte*, deux tomes de VHisfotre de j^andre par Strada i Hérodote; tout Sinègve^ excepté ce que Malherbe en avoit traduit ; Tite^Live entier, avec le Supplément de Freinshémius ; le Suppléaient du même auteur^ pour joindre au Quinte- Curée de M. de Yaugelas; la Vie de saint Martin par Sévère Sulpice^ les Psaumes du roi de Portugal ; Bérénice^ tragi-oomédié en prose. Pour les vers, il a fait dix^iuît pièces de théâtre, qui sont : Lisandre et Ca- Kste ; Argénis^ preodère partie \ Argents^ seconde partie; Us Vendanges de Surène ^ Àlcimédon^ Cléomidon^ Lucrèce^ Clarigène^ Alcionée^ SaiU^ Esiher^ Scévole^ TAémisiocl9y Nùoéris^ Dinamis ^ Amaryllis^ qui fut imprimée autrefois sans son consentement-, deux autres qui ne' Font pas été , Arétaphile et Clitophon et Leudppe. Il achève la dix-neuvième, qu'il appelle AnaxcmdrÊ.
Il fiit pourvu en 1626 d'une charge de secrétaire du Roi ^ ;
1 11 éloU né| CD 1605» d'une famille noble de Parii.
' Longtemps attaché au duc de Vendôme, fils de Henri IV et de
mais ayant fait un mariage d'inclination, il revendit cette charge en 16SS, «t la nécessité où il se trouva de pourvoir à la subsistance d'une famille l'obligea de s'attacher, en qualité de secrétaire, à César, duc de YaiidAme. Il eut, sur la fin
Gabrielle d*Estrées, il eut un de ces brevets d'historiographes de France, qui étaient plutôt un droit à une pension qu*ane clMm||i réelle. Le livre de VÉtat de la P^f^ce reconnaît trois sortes d'historiographes : ceux qui exercent leur charge et sont couehés sur rËtat; ceux qui sont couchés sur l*État et n^nt jamais'rien hit parottre ; ceux qui usurpent ce titre. — Du Ryer étoit de la seconde classe : quand il mourut, il n/avoit encore rien écrit en vertu de son emploi. Sa pension lui étoit attribuée sur le sceau, c*est-à-dire sur le prodpii du dr<^t du sceau. Tel autre historio* graphe a voit son traitement à prendre sur la généralité de Paris; tel autre sur d'autres revenus. ^
> La pauvreté l'obligea, dit-on; à quitter Paris et à se réfugier à Picpus ; là, dit Vigneul-Marville cité par les frères ParfitH, 0 un beau jour d'été, nous allâmes plusieurs ensemble lui rendre visite. Il nous reçut avec joie, nous parla de ses desseins et nous montra ses ouvrages : mais ce qui nous toucha, c'est que, ne craignant pas de nous laisser voir sa pauvreté, il voulut nous donner la collation. Nous nous rangeâioas dessous un arbre; on étendit une nappe sur Therbe ;.sa femme nous apporta du lait, et lui des cerises et de Teau fraîche et du pain bis. Quoique ce régal nous semblât très-bon, nous ne pûmes dire adieu à cet excellent homme sans pleurer de le voir si maltraité de la fortune, surtout dans sa vieillesse, et accablé d'infirmités. » — Ménage, qui. Talla voir aussi {Menagiana, 1694, t. I, p. 342), reçut le même accueil, mais peu touché de cette misère du poëte, il lui appliqua ce mot *• fami, non famx inserviebat, Baillet Ta cité parmi ces écrivains qui faisaient « des traductions à 30 sous ou un écu la feuille, ou des vers à 4 francs le cent quand ils étaient grands, et à 40 sous quand ils étoient petits. > — Pitoyable auteur de traductions généralement fort négUgées, ou simple réviseur de traductions anciennes quil retouchait sans se soucier du texte, Du Ryer a laissé
de ses jours , uo brevet d'historiographe de France , avec une pension sur le sceau : foibles ressources qui ne le dispensoient pas de travailler pour vivre. De là vient que ses ouvrages sont éloignés de la perfection où Ion sent qu'il ^t capable de les (brtér. Il avoit un style coulant et pur, égale facilité pour les vers et pour la prose. Il ne manquoit qjiede loisir. Il mourut le 6 novembre 1658, âgé de cinquante-trois ans, et fut enterré à Saint-Gervais, dans le tombean^de ses ancêtres.
des tragédies où Ton trouve de véritables beautés. Lui-même a composé ces vers sur sa triste pauvreté :
Qu*un homme pauTre en tout semUe imparfait ! n est honteux, sot, Ignorant, timide, Muet et tojadj himnt^ti et stupide, Sale, Tilais, contagienx, infait...
Aussi n*est-il recherché de personne ; Chacun le fuit, le quitte et Tabandonne, SMl n^est parfois vi»té d'un sei^ent
Qui le console au fort de ses supplices : Hélas ! jamais n*aurai-je de l'argent Pour n* avoir plus tant de sortes de vices ?
{Jar^ det Mutet, iD-12, 1643, p. 166.)
* La date donnée par Tabbé d'Olivet est fausse : la Mtue historique de Loret {Gaz. du 12 oct. 1658) lui a consacré une épitaphe dont voici le début :
Trésor d'immortelles douceurs.
Chastes muses, divines sœurs, Pucelles de céleste race.
Pleurez, pleurez votre disgrâce !
Un de vos plus chers favoris, Un des ornements de Paris, L'auteur de cent doctes ouvrages, Le^délices des âmes sages, Et qui vous honoroit si fort, Monsieur du Rver est mort....
XXXIII. Jean Ballesdems, Parisien, avocat au Parlement et an ConseiU U a traduit le livre intitulé le Miroir du Pécheur pénitent^ et a donné au public loa manuscrits suivants, d^entre phliiturs autres qu'il a ramassés : Ckriiluiium Lagitm^ um Loficm mmfmrmiivaj vel Poêiiea^ R. P Themm Humer ^ cum notiê H conjecÉuriê, JRudimênta eoffniHonis Dti et 9ui^ Pétri Seguierii Prœsidis infulcdi \ Elogia clarorum ^Êirorum Joannis Papirii JUassonis^ en deux volumes ; Gregorii Turonensis opéra pia^ cum vitis Pairum sut temports^ en deux volumes^ les Actes du transport du Dauphiné, fait à la couronne de France \ Traité de PE^^u-de-vie, par M. Jean Bronant, médeeèi du roj. Il a fait aussi réimprimer les Fables d'Ésope en françois^ de sa correction , pour rinstniction du roi , avec des Maximes politiques et morales.
Il étoit attaché à M. le chaneeHer Séguier *, et vraisemblablement c'est ce qui lui faciUta l'entrée à TAcadémie; car du reste il paroît , à Tégard du style , n'avoir atteint que la médiocrité^ même pour le temps où U vivait '. ^
* On trouve à la Biblioth. iiap. S. G. fir^ 109 ", plusienrs lettres manuscrites de lui, adretséts à Ségiiitr ivr un toa assez familier, si on les compare à b«aiicoiip d*aatFe9 émanées même de grands personnages : nous en citerons an passage plus loin dans une note sur Tarticle de M. de Goislio» dont il avoit été précepteur.
* Aussi Chapelain disait-il de lui, dans son Mémoire des gens de lettres : « Il est plus curieux qu'habile, et plus cupide de gloire que glorieux. Tout ce quMl a publié est au-dessous de la médiocrité... C'est un bon homme. »
DE MESSIEURS DE L'ACADÉMIE. Mi
Où eit surpris da m lui voir ici que la qualité d avocat, Dqus qudquea-UDS des privilèges obtenus eu sou uoro pour rimpression de ses livres, il se dit « protonotaire apostolique^ prieur de Saint-Germain d'Alluye, aumônier du Roi \ » et J.-B. Thiers, dans son Traité des Perruques ^ dit positivement qu'il présenta une supplique au cardinal de Yendôme, légat à latere^ pour avoir permission de dire la messe avec une perruque. Je dois cette particularité à M. Tabbé Joly, chanoine de Dijon, auteur des Éloges de quelques auteurs françois, dont j*ai parlé ci-dessus , page 179. Ballesdens mourut à Paris en 1675.
XXXI V« François ^ dk Mézerat, natif de U vicomte d*Argenlan, au diocèse de Séez, U a feit aussi réimprimer une eofi/tn«a/tM de l'Hisiair» d$9 Turcs^ depuis tan iMi ;u9quen 1648; et trois volumes in-folio de XHi^oire de Prance^ depuis ta naissance de la mcnarchie jusqu'à ta paix de Vervins^ et a dessein de la continuer jusqu'à notre temps.
XXXV. François Tristan l'Hermite, gentilhomme ordinaire de M. le duc d'Orléans, né au château de Souliers, en la province de la Marche. Ses ouvrages imprimés sont diverses pièces de théâtre : Marianne, Panthèe ^ la Mort de Sénèque; — de Crispe; — du grand Osman* -^ fa Folie du Sage. Trois volumes de poésies, intitulés : les Amours^ la Lyre , et les Vers hé-
* Dans Hoe carte de l'Europe que lui dédia le grayeur Nicolas Enrty, «i t637, il est qualifié de « aumônier honoraire da Roy, académicien. »
* Voyez le t. II de cette Histoire, seconde partie, art. xvi. (o.)
* Cette pièce fût publiée en d656, après la mort de Tristan, par QuiiiauU.
roiqves. Pour la prose : un v(rtume de Lettres^ et quelques autres petits traités. Il travaille à un roman de plusieurs volumes, qu'il appelle /a Coromèn^, histoire orientale. Il a fait Y Office de la Vierge en françois, qui contient diverses pièces spirituelles en vers et en prose.
Parmi quelques flctioDS dont M. Tristan peut avoir embelli son Page disgracié^ nous y trouvons la véritable histoire de sa jeunesse , et même il n'a pas eu grand besoin de recourir au mensonge pour lui donner tout à fait Fair de roman. On y voit qu*il se disoit issu d'une très-ancienne maison, jusqu'à compter parmi ses ancêtres le fameux Pierre THermite, auteur de la première croisade, et Tristan l'Hermite, grand prévôt sous Louis XI; que dans son enfance il fut amené à la cour, et mis , en qualité de gentilhomme d'honneur, auprès du marquis de Yerneuil, fils naturel d'Henri IV; qu'à l'âge d'environ treize ans, s'étant battu contre un garde du corps et ayant tué son homme , il prit la fuite et se sauva en Angleterre, d'où , après diverses aventures, il voulut passer à la cour de Castille , pour s'y présenter au connétable Jean de Yélasque, son parent ; mais qu'en traversant la France incognito, lorsqu'il fut en Poitou, il manqua d'argent et de tout secours pour continuer sou voyage , en sorte qu'il se mit entre les mains de la fortune. Elle lui fit trouver entrée chez l'illustre Scévole de Sainte- Marthe, qui, parvenu à un âge très-avancé, vi voit à Loudun sa patrie, dans un doux et honorable repos. Ce docte vieillard avoit toujours fait son amusement de la poésie ; il fut charmé de retenir un jeune homme vif, amusant, porté aux belles connoissances , et qui d'ailleurs pouvoit , en faisant auprès de lui l'office de lecteur, lui être d'un grand secours.
Tristan passa dans cette maison, c'est-à-dire dans le sein des Lettres, quinze ou seize mois. Après quoi, parles bons offices de messieurs de Sainte -Marthe, il devint secrétaire du marquis de Yillars-Montpezat, qui faisoit sa demeure au grand Précigny , en Touraine. A quelque temps de là , ce marquis fut appelé par le duc de Mayenne à Bordeaux, et y mena son secrétaire; la cour y passa en 1620; Tristan, qui jusqu'alors avoit déguisé à ses maîtres son nom et sa naissance, fut enfin reconnu par M. d'Humières, premier gentilhomme de la chambre, et Louis XIII, à la prière de ces seigneurs, non-seulement lui accorda sa grâce, mais même lui fit amitié. Voilà par où finissent les deux premiers livres du Page disgracié. Ils laissent Tristan à Tâge de dix - huit ans. Il en promettoit deux autres livres , qu'il n'a point publiés, ou que du moins je n'ai pas vus. Ainsi, sur le reste de sa vie, nul détail. Tout ce qu'on en sait, c'est qu'étant poète, joueur de profession^, et gentilhomme de Gaston, duc d'Orléans , aucun de ces trois métiers ne l'enrichit. Quant à ses tragédies , elles réussirent toutes en leur temps ; mais celle de Marianne est aujourd'hui la seule d'estimée. Il mourut âgé de cinquante-quatre ans, le 7 septembre 1655 '.
^ Gomme Voiture, il avoit à un tel point la passion du jeu quMl y perdit tout ce qu*il y pouvart hasarder. Il a reçu, diseut les frères Parfait, à diverses fois, mille pistoles de M. le duc de Saint-Aignan, et n*a pas trouvé dans cette somme de quoi s'acheter un habit honnête.
* Il étoit né en i601. Voici comment Loret parle de sa mort {Muse histor,, Gazette au M sept. 1655) :
Mardi cet auteur de mérite
Que l*on nomme Tristan THermite,
Qui, faisant aux Muses la cour,
Donnoit aux Ters un si bon tour,
Si -vertueux, si gentilhomme,
Et qui d'être un fort honnête homme
XXXVI. Georges de Scudéry, gouverneur de Notre- Dame de la Garde, né au Havre-de-Grâce, Il a fait seize pièces de théâtre : Ligdamon^ le Trompeur puni, le Vassal généreux , la Comédie des Comédiens , en vers et en prose •, Oranie, le Fils supposé^ le Prince déguisé ^ la Mm^t de César ^ Didon^ V Amant libéral ^' V Amour iyrannique^ Eudoxe, l'Illustre Bassa, tragi-comédie; Andromire, Axiane, Arminivs ; quantité de Poésies mêlées^ imprimées ensuite de ses pièces de théâtre, jusqu'au nombre de dix ou douze mille vers; le Cabinet^ qui est un recueil de poésies sur des tahleaux ; un volume de diverses Poésies in-i». Il a fait YÊpitaphe du cardinal de Richelieu , qui a été imprimée et depuis gravée en bronze, pour mettre sur son tombeau. Il a fait un poème héroïque, qu'il appelle Rome vaincue. Ses ouvrages de prose sont : V Apologie du théâtre , Observations sur le Cid; deux Lettres à F Académie^ et une à M. de Balzac, sur le même sujet-, traduction des Œuvres de Manzini^ V Illustre Bassa^ roman en quatre parties; deux volumes de Harangues des Femmes
A voit en tout lieu le renom, Décéda du mal de poulmon Dans le très-noble hôtel de Guise, Où ce prince que chacun prise.
Far ses admirables bontés, Far ses soins et générosités Dès longtemps s'étoit fait paroître Son bienfaiteur, Mécène et maître.
On mit dans l'église Saint-Jean Le corps dudit monsieur Tristan.
Tristan eut pour élève Quinault, qu'il s'attacha après la mort de son fils unique.
illustres ^' Discours politiques des rois; leCh^and Cyrus, roman qui doit avoir dix volumes.
Il sortoit d'une famille noble, originaire du royaume de Naples, établie depuis plusieurs siècles en Provence ^ Son père, après avoir servi avec distinction sur mer et sur terre, eut la lieutenance de roi du Havre-de-Grâce , où cet académicien naquit en 1601. Il suivit d*abord le parti des armes, comme il nous l'apprend lui-même dans la préface de son Ligdamon , qui est sa première pièce de théâtre. Mais ses propres paroles sont à rapporter ; on gâteroit tout en les ehangeant.
^ Georges de Scudéry étoit d'une famille noble originaire d'Api en Proyence, dont le nom est Scutifer dans les contrats lutins, et qui porta celui de Scudier ou Ecuyer quand on commença à faire les contrats en françois^ et depuis celui de Scudéry.
Elzéar Ecuyer, ayeul de Georges de Scudéry, fit profession des armes et y acquit de la réputation. Son fils, père de Georges de Scudéry , suivit la fortune de Tamiral de ViUars, André de Brancas, qui le fit nommer lieutenant de Roi au Havre-de-Grâce, dont il étoit gouverneur : ce ne fut donc pas Scudéry lui-même qui eut cette place. Celui-ci étoit fils de ce lieutenant de Roi et d'une demoiselle deBrilly; il naquit au Havre, en 1601, et passa une partie de sa jeunesse à Apt avant de venir à Paris.
Cf, Niceron, Mémoire pour servir à Vhis taire des hommes illus» ires, t. XVI.
Le roman de Cyrus, qui contient Thistoire de sa sœur sous le nom allégorique de Sapho, dit « qu*il n'y a voit point de famille à Mytilène où Ton pot avoir une plus longue suite d'ayeuls, ni une généalogie plus illustre ni moins douteuse... Sapho a un frère nommé Charaxe, qui étoit alors extrêmement riche ; car Scamandrogine (leur père), en mourant, avoit partagé son bien fort inégalement, et en avoit beaucoup plus laissé à son fils qu'à sa fille, qaoyqa*à dire la vérité, il ne le méritât pas. •
< Tu couleras aisément, dit-il au lecteur, par-dessus les fautes que je n'ai point remarquées, si tu daignes apprendre qu'on m'a vu employer la plus longue partie du peu d'âge que j'ai, à voir la plus belle et la plus grande de l'Europe, et que j'ai passé plus d'années parmi les armes, que d'heures dans mon cabinet, et beaucoup plus usé de mèche en arquebuse qu'en chandelle ; de sorte que je sais mieux ranger les soldats que les paroles , et mieux quarrer les bataillons que les périodes ^ »
Dans l'épttre dédicatoire de la même pièce au duc de Montmorency : < Je veux , lui dit-il , apprendre à écrire de la main gauche , afm que la droite s'emploie à vous servir plus noblement. » Et dans une autre de ses épitres dédicatoires, il dit qu'il est <« sorti d'une maison où l'on n'a jamais eu de plume qu'au chapeau. »
On ne peut enchérir là-dessus, et il faut convenir de bonne foi, n'eu déplaise à Bachaumont et à Chapelle, que les dames de Montpellier n'avoient pas tort de le croire
Vaillant, riche et toujours bien mis^
^ D'Olivet ne cite que la fin de cette préface. On y lit encore : « Ne pensant être que soldat, je me suis encore trouvé poète.... La poésie me tient lieu de divertissement agréable, et non pas d'occupation sérieuse. Si je rime, ce n'est qu'alors que je ne sçais que faire, et n*ai pour but en ce travail que le seul désir de me contenter : car bien loin d'être mercenaire, l'imprimeur et les comédiens témoigneront que je ne leur ai pas vendu ce qu'ils me pou voient payer. Tu couleras..., etc.
* Chapelle et Bachaumont sont à Montpellier, dans une société de précieuses de campagne qui croient Scudéry
Vûllant, riche et toujours bien mis.
Et PelUsson un Adonis.
Les deux voyageurs sont allés jusqu'à Marseille, et ils ont
Mais étoit-ce un grand poète ? C'est de quoi peut-être on ne conviendra pas si facilement, quoiqu'il nous assure que toutes ses pièces de théâtre eurent un succès extraordinaire, à l'exception de seiDidon et de son Amant libéral, « où les acclamations , dit-il , furent un peu plus froides. Toutefois , ajoute-t-il , l'impression fit après ce que j'avois espéré du théâtre. » Voilà comme il en parle dans la préface de son Arminius , qui est la dernière pièce qu'il ait donnée. Ainsi la satire^ a bien eu raison de l'appeler « bienheureux Scudéry , » puisqu'on effet il a été content , et de lui-même et de son siècle, jusqu'au dernier moment.
Il avoit épousé une demoiselle de Martinvast, bonne maison de Normandie'. Il mourut à Paris le 14 mai 1667, âgé de 69 ans. Quelques-uns des ouvrages que M. Pellisson lui
grimpé au fort de Notre-Dame de La Garde ; Scudéry, après la perte de sa fortune, en avait dû le gouvernement aux sollicitations de madame de Rambouillet et de Ph. Cospeau, alors évêque de Lisieux.
1 Boileau :
Bienheureux Scudéry dont la fertile plume Peut tous les mois sans peine enfanter un volume.
(Sat. //, vers 77.)
Ce qui revient à ce mot de Balzac : « 0 bienheureux écrivains, M. de Saumaise en latin, et M. de Scudéry en françois ! j*admire votre facilité.... » — Chapelain le juge ainsi : «Scudéry a peu de connoissance des langues anciennes : pour la sienne, il la parle assez purement. Son principal mérite est dans son naturel, qui est beau ; et, s*il étoit réglé par le jugement et soutenu parle savoir, lia une vigueur qui ne le laisseroit pas entre les hommes ordinaires. » {Mém, de quelques gens de lettres vivants en 1662.)
* On trouve de madame de Scudéry des lettres nombreuses et fort intéressantes dans la correspondance de Bussy. — Il Tépousa et 1650, et eut d'elle un fils qui fut prêtre.
attribue ici, et qui ont véritablement paru sous son nom,' viennent de son illustre sœur, Madeleine de Scudéry , morte en 1701, à l'âge de 94 ans.
XXXVII. Jean Doujat, Toulousain, avocat au Parlement, seul lecteur et professeur du roi en droit canon au Collège royal de France. Il a divers ouvrages de longue haleine fort avancés sur plusieurs sciences, et deux particulièrement sur le droit, qu'il appelle Prœnotiones canonicœ et civiles. Il a publié en diverses occasions des pièces séparées en vers latins ou françois. Il y a de lui une petite Grammaire espagnole^ oix il n'a pas mis son nom, non plus qu'au Dictionnaire de mois gascons sur Goudelin. Il est l'auteur de la préface du Vestibulum de Cbménius, dont il a donné la copie, et d'un des Épitaphes de M. de Thou, qui fat imprimé sans qu'il le sût, avec beaucoup de fautes dans Vittorio Siri, et qui commence : « Lege Viator, etc. »
Il prêta le serment d'avocat au Parlement de Toulouse en 1637, et au Parlement de Paris en 1639 ^
^ H était né à Toulouse, vers 1609, d'une famille illustre : fl était petit-fils de Louis Doujat, premier avocat général qu'ait et le grand Conseil (vers 1515), et fils d'un couseiller au Parlemesl de Toulouse.
Il fut choisi par M. de Périgny, non pas, comme on l'a dltypour enseigner au Dauphin, fils de Louis XIV, les éléments de Thistoire et de la mythologie^ mais pour faire partie de sa maison, ef l'entretenir de ces matières. Quelques-uns de ses ouvrages furent composés à cette occasion, comme sa traduction de Velléius Paterculùs, son édiUon de Tite-Live, ete. Ghtfpelàili,
Il eut la chaire de professeur en droit canon au Collège royal en 1651, et une autre chaire de docteur régent dans la Faculté de droit en 1655.
« On ne sauroit lui rien apprendre dans les langues grecque, latine, italienne, espagnole : il a beaucoup de connoissance de Tesclavonne, de Tallemande et de rhébraïque. » Ce sont les propres termes que je trouve dans une lettre non imprimée de Chapelain à Balzac, du 24 septembre 1650.
« A tant de talents il avoit joint une rare modestie , une exacte probité et un parfait désintéressement. Jouissant par son travail d'un revenu considérable , il ne songea jamais à faire des acquisitions , ni à amasser des richesses. Content d'en tirer une honnête subsistance, il employa tout le superflu au soulagement des pauvres ^» Voilà ce qui se lit dans le sixième Journal des Savants, de l'année 1689.
n mourut à Tâge de soixante et dix-neuf ans, le 27 octobre 1688, étant alors doyen et de l'Académie, et du Collège royal et de la Faculté de droit.
Outre les ouvrages qu'il a mis au jour, on cite de lui les manuscrits suivants.
I. Du délit comimin et du cas privilégié. Bibliothèque historique du P. le Long, num. 2648.
dans son Mémoire des gens de lettres, parloit déjà, en 1662, avec éloge des nombreux matériaux que Doujat avait recueillis pour rhistoire : « Il possède assez bien le françois, mais il n^est pas de la première classe. • b'il utilisait les documents qu il possède, il faudrait « revoir et réformer ce qu'on y trouveroit à redire. » — - Nous retrouverons dans notre second volume Doujat mêlé au procès de Furetière.
^ L*abbé Renaudot, dans le discours qu'il prononça lorsque 1 fat reçu à la place de Doujat, vante aussi c sa vertu, et particulièrement sa grande charité envers les pauvres, qu*il cachoit avec tant de soin. »
IL Rerum Gallicarum, impubère Lndovico XIV, liber primus. Il n'y en a eu d'imprimé que la première feuille, suivant le P. le Long, num. 0596.
III. Consultation sur la renonciation de la reine Marie- Thérèse d* Autriche aux Étals de la couronne d* Espagne, le cas y arrivant. P. le Long, num. 1 1989.
IV. Réponse au Bouclier d*État , oii il est traité de la véritablefin du Roi en son entrée aux Pays-Bas. P. le Long, num. 12000.
V. Mémoire de Vétat ancien et moderne de la Lor* raine ^ etc. P. le Long, num. 12149.
VI. Histoire de la régence d'Anne d'Autriche^ mère de Louis XI V, indiquée dans le sixième Journal des Savants , de Tannée 1689.
A Toccasion du Bouclier d'État^ remarquons que Bayle étoit mai informé, lorsqu'il a dit que le baron de Lisola, auteur de ce fameux ouvrage, étoit de Besançon. François de Lisola, fils de Jérôme de Lisola, écuyer , et de Susanne Recy, naquit à Salins et y fut baptisé à la paroisse de Saint-Anatole, le 22 août 1613 ^ J'ai cru devoir, par zèle pour ma patrie, revendiquer en son nom cet homme illustre, dont rexemple suffit pour montrer à ses compatriotes, que s'ils aiment l'oisiveté , ce n'est pas que la nature leur ait refusé des talents.
XXXVIIl. François Charpentier, Parisien. Il a fait imprimer la Vie de Socraie et la traduction des Choses mémorables de ce philosophe, du grec de Xénopkon.
^ L*abbé d*01ivet pouvait être bien informé ; lui-même était né à SaUns^ et sa mère était de la même famille que celle du célèbre pamphlétaire.
Il a traduit aussi toute la Cyropédie et quelques ou« vrages de Terapereur Julien-, mais cela n'est pas encore imprimé. Pour les vers, il a fait une Paraphrase du psaume Confitemini Domino , imprimée , et plusieurs autres poésies qui ne le sont pas.
Il naquit le 15 février 1620 et il mourut le 22 avril 1702.
« Le génie aisé et la vivacité qu*il fit parottre dans ses premières études Tavoient fait destiner au barreau. Mais quelques talents qu'il eût pour réussir dans cette profession, l'amour des lettres ne lui permit pas de s'y engager. Il préféra à une vie tumultueuse et agitée le repos et le silence du cabinet, et à l'étude des loix la connoissance des langues et des bons auteurs de l'antiquité.
« M. Colbert étant entré dans le ministère, et ayant conçu le dessein de former, à Timitation de nos voisins, une compagnie pour le commerce des Indes Orientales, voulut d'abord donner à toute la France une idée avantageuse de cet établissement, par un discours qu'on publia sur ce sujet, et il fut tellement satisfait de M. Charpentier qui la voit composé . par son ordre, qu'il le retint pour être d'une Académie qui ne faisolt que de naître^, et que l'on a connue depuis sous le nom d'Académie des inscriptions.
a Les langues savantes que IVf . Charpentier possédoit parfaitement , la profonde connoissance de l'antiquité, et cette critique judicieuse et sûre qui étoit le fruit de ses veilles , le rendoient très-propre à concourir aux travaux de cette nouvelle Académie ; et c'est une justice que tout le monde lui rend , qu'il n'y a personne de ceux qui la composoient qui
On l^appelait alors la petite Académie, et elle ne comptait que quatre membres, tous de l*Académie française : Chapelain, Bourzéis. Charpentier et Cassaignes.
ait plus contribué que lui aux desseins de cette belle suite de médailles qu'on a frappées sur les principaux événements du règne de Louis XIV.
» A regard du caractère de ses ouvrages, on peut dire en général qu'on y trouve partout de l'esprit et de Fart , de la force et de l'érudition *.
> Il avoit le corps robuste et sain, la voix mâle et forte, avec un certain air de confiance , et si on l'ose dire , d'intrépidité. Il étoit naturellement éloquent et parloit avec véhé* menée. De sorte que, lorsqu'il soutenoit un avis et que son feu s'allumoit par la contradiction ', il lui échappoit quelquefois des choses plus belles encore que tout ce qu'il a écrit de plus vif et de plus animé.
ce Le discours qu'il a donné au public. De Vexcellence et de Vutililé des exercices académiques, découvre assez quel étoit son zèle pour ces exercices. Mais son assiduité aux as* semblées de l'Académie l'a fait encore mieux voir. Il en a
^ GhapelaÎD le juge ainsi : « 11 a le style pur et net en prose et en vers, sait bien la langue grecque et latine, a de la force dans l'esprit et de l'érudition ancienne. Par la Vie de Socrate, qu'il a compilée^ on voit quMl pourroit travailler de son chef; mais il s'est rabattu sur la traduction, comme s'il craignoit le labeur ou qu'il se sentit foi ble pour les grandes entreprises. L'expérience du monde et des afifaires qui lui manque, lui a fait peut-être prendre ce parti comme le plus aisé. Au reste, il vaut autant et plus qu'un autre. »
' Charpentier avoit la manie de contredire. Despréaux parle assez souvent de lui en ce sens, entre autres dans sa lettre à Racine, du 28 août 1687, où il se représente lui-même comme « un misérable qui a besoin de sa voix pour être souffert des hommes, et qui a quelquefois à disputer contre M. Charpentier. Quand ce ne seroit que cette dernière raison, ajoule-t-il, il doit risquer quelque chose, et la vie n'est pas d'un si grand prix qu'il ne la puisse hasarder pour se mettre en état d'interrompre un tel parleur. »
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soutenu les travaux et la réputation par son exemple ; et nul autre académicien n'a parlé plus de fois à la tète de la compagnie ^ •
Tout cela est tiré mot à mot du XXXII, Journal des Sa* vants , de Tannée 1702. On y trouve aussi les titres des ouvrages que M. Charpentier laissa en manuscrit :
I. Toutes les OEuvres de Xénophon , traduites en francois : il n'en avoit fait imprimer que la Cyropédie, et quatre livres des Choses mémorables de Socrate.
U. Dissertation sur la Cyropédie^ pour justifier que l'histoire de Gyrus, écrite par Xénophon , est une histoire véritable.
III. La Rhétorique d'Aristote en françois, avec des commentaires.
rV. Trois comédies d'Aristophane, le Plutus^ les Nuées et les Grenouilles^ traduites en prose françoise.
V. Épigrammes choisies de V Anthologie et de Martial^ en vers françois.
VI. La Peinture parlante , traité où l'on fait voir qu'il faut mettre des inscriptions aux tableaux , et des noms aux portraits.
VIL Pièces diverses en prose et en vers, dont quelques-* Qùes ont été mises , mais sans choix et sans goût , dans le Carpentariarm.
A l'égard des ouvrages étrangers , auxquels M. Charpentier a eu part, soit pour en avoir corrigé le style, soit pour en avoir procuré l'édition, voyez Carpentariana^ p. 369.
^ On trouve jusqu'à seize discours prononcés par Charpentier. à TAcadémie ou au nom de la Compagnie, dans le Recueil des ha -■ rangues académiques, publié en 1698. Il faut dire, du reste, que Charpentier porta pendant cinquante et un ans (de 1651 à 1702) le titre d* Académicien.
XXXIX. François Tallemant *, natif de La Rochelle, anmônicr du roi. Il a traduit quelques Traités et quelques Vies de Plutarque, qu'il n'a point fait imprimer.
Il avoit de Tesprit , il ne manquoit pas même de savoir ; mais faute d'avoir bien examiné, comme le veut Horace,
Quid ferre récusent, Quid valeant humeri,
il a vieilli sur une traduction des Vies de Plutarque , qui n'a point eu de succès. Ce qui avoit fait réussir celle d'Amyot,ce s(mt les grâces du style. Ce qui fit échouer celle de M. l'abbé Tallemant , c'est tout le contraire. « Nec tamen satis auke probata est, dit IVf. Huet dans ses Mémoires, haec interpretatio, quam ille languente et difQuente oratione vestiebat. In hujusmodi enim scriptionibus historicis parum attenditur quam fldeliter expressum sit exemplar,quum non satisfit aurium desiderio. » On a reçu plus favorablement sa traduction de V Histoire de Venise. Il mourut âgé de soixante-treize ans, le 6 mai 1693.
XL. Armand nu Cambout, marquis de Coislin, baron de Pontchâteau , et de la Roche - Rernard , lieutenant pour le Roi en Rasse*Rr4agne, né à Paris.
Il mourut le 16 septembre 1702 , à Paris, où il étoit né le
> Il étoit frère cadet de Tallemant des Rëaux. Né protestant, il changea de religion sans se brouiller avec sa famille, et, à en croire son frère, sans grande conviction.Voir, pour plus de détails, les Historiettes, éd. in-18, t. Vlli, pages 176 et suiv., et 1. 1^, Notice^ par M. de Monmerqué. — Nous verrons, dans notre second ifolume, son nom mêlé dans le procès de Furetière.
l^'du même mois en 1635, de César du Cambont, colonel général des Baisses, et de Madeleine Séguier, fille du ctianeelier de ce nom^ Il considéroit fort les gens de Lettres, et se déroboit avec joie à ses autres occupations pour pouvoir se trouver avec eux. Il a laissé, entre autres enfants*, Pierre du
■ Madame de Coislin, deyenue veuve, en 16i6, épousa ensuite le marquis de Laval, second fils de madame de Sablé.
* Il sembleroit que le chancelier eût désiré la réception de son petil-fils à TAcadémie franco! se, où il a voit déjà son précepteur Baliesdens, pour qu'il pût y fréquenter des gens de lettres, et tirer profit de leur entretien pour compléter en quelque sorte son éducation. Voici un fragment pris dans une lettre manuscrite de Baliesdens à Séguier, du 6 déc. 1658 : c M. le marquis de Coislin... arriva lundy sur les trois heures; l'abscence de madame, qui étoit lors en visite, l'obligea de venir prendre sa place à FAcadémie, où il sait qu'on a fait tant de vœux pour sa santé. H la remplit si dignement cette après-dinée, que je puis dire que le meilleur historien ne sçauroit faire une si excellente relation de la campagne qu'il fit. Cela me porta à lui dire.en secret que j'irois écrire sous luy tout ce que j'avois ouy, et. qu'on n'en changeroit pas un seul mot dans notre histoire épistolaire. Cependant, comme je sçày qu'il ne parle pas seulement, mais qu'il agit et qu'il exécute comme il parle, je lui applique ces deux vers par advauce, et par quelque espèce de prophétie de sa haute valeur :
Irruet intrepidtu flammis, hiberna tecabit JEqiwra, et armaUu actes superabit inermis.
Le mardi suivant, il fut en Sorbonne, où il assista au service qui s'y fait pour feu M. le cardinal de Richelieu. » (Biblioth, impér. M. Saint-Germain, fr. 709 >^)
En 1663, Chapelain ayant à Tapprécier dans son il^oira pour Colbert , dit de lui : c Le marquis de Coislin parle fort bien et fort juste. Maison n*a rien entendu de lui en matière d'éloquence, qu'une harangue courte et bonne qu'il fit aux États de Bretagne quand son tour vint d'y présider. Du reste, il se pique plus de guerre que d'écriture. »
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Camboat, duc de Goislin, pair de France, mort en 1710 , et Henri -Charles du Cambout , duc de Goislin, pair de Franee , évéque de Metz , qui ont Tun et l'autre successivement regardé le titre d'académicien, comme une portion de leur héritage.
Je vous ai rapporté la naissance , l'établissement et le progrès de T Académie françoise jusqu'à présent : n'attendez pas que j'aille plus loin , et que j'imite cet excellent historien, qui, jugeant de l'avenir par la connoissance du passé , a si bien fait Thoroscope de la République romaine. La fortune de T Académie suivra vraisemblablement celle de l'Etat, et sera bonne ou mauvaise, selon les rois et les ministres qu'il plaira à Dieu de nous donner. Il est impossible de prévoir tout ce qui peut arriver au dehors pour sa destruction ou pour sa gloire *, mais je vous dirai bien entre nous , que s'il y a rien au dedans par où elle puisse manquer, c'est peutêtre une certaine coutume ou loi non écrite , qu'elle observe plus exactement que pas un de ses Statuts. Car, je vous prie, ne croiriez-vous pas que l'avantage d'en* trer dans ce corps devroit être proposé comme un prix à toutes les plumes des François, et à tous ceux qui se sentent quelque génie extraordinaire? Que ces messieurs, lorsqu'ils ont à se choisir un collègue, devraient toujours nommer le plus digne , quel qu'il fût , sans même qu'il s'en doutât, assurés que personne ne refuseroit cet honneur, ou que si quelqu'un étoit si bizarre, toute la honte et tout le blâme en seroit sur lui? Cependant ils gardent inviolablement cette maxime , de
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ne recevoir personne , quelque mérite qu'il ait d'ailleurs, qu'il ne te demande. Je sais tout ce qu'on peut dire en faveur de ce règlement , et ne doute pas que ceux qui en ont été les premiers auteurs , ne se fondassent alors sur des raisons en effet très-considérables ; mais je doute fort si le mal qu'il peut produire aujourd'hui n'est point plus grand que l'utilité qu'on en peut attendre. Car s'il en faut parler franchement, il en arrive une chose de très-dangereuse conséquence. C'est que presque personne ne se présente pour être reçu , qui , avant que de rien proposer en public, ne s'assure des suffrages en particulier, où la civilité ordinaire ne permet qu'à peine de résister aux prières d'un ami. Je veux bien que toutes les places vacantes aient été remplies jusqu'ici aussi bien qu'on le pouvoit souhaiter. J'en vois même, entre les derniers venus, que cette Compagnie compte pariai ses premiers et ses plus grands ornements. Mais qui nooB assure qu'il en soit de même à l'avenir, et qui ne sait que la corruption ne se glisse toujours que trop tôt en toutes les institutions humaines, lors même qu'on n'a rien oublié pour les en défendre ? Ceux qui seront les moins capables de cet emploi seront peutêtre les plus ardents à le rechercher, et Tobliendront aisément en un pays, et en un siècle où Ton ne sait rien refuser que ce qui regarde l'argent et l'intérêt particulier. Plusieurs autres au contraire , que l'Académie devroit souhaiter pour ses membres, se tiendront à l'écart, ou par quelque pudeur naturelle , ou par cette fierté honnête qui accompagne d'ordinaire la vertu et
le mérite. On aura beau nous dire qu'ils n'en sont point, parce qu'ils ne s'en mettent point en peine. La postérité ne recevra point cette excuse : et si elle voit paroltre sur ce théâtre de petits ou de médiocres acteurs, pendant que d'autres qui étoient capables des premiers rôles seront demeurés cachés derrière , elle blâmera sans doute le jugement qui aura fait un si mauvais choix.
Mais si cette Compagnie subsiste longtemps , et avec le même honneur qu'elle a fait jusqu'ici, quand même elle ne donneroit point les œuvres qu'on en attend , il est impossible que la France n'en retire beaucoup d'avantage.
Tant d'hommes d'esprit et de savoir ne peuvent pas s'assembler toutes les semaines sans s'exciter les uns les autres au travail et à l'étude des belles-lettres, sans profiter beaucoup dans ces conversations , et sans réj^ndre insensiblement le profit qu'ils auront fait pour eux-mêmes , sur tout Paris et sur tout le reste du royaume.
Quant à moi , tel que je suis, j'avoue que je me suis formé dès l'enfance, ou dans les écrits, ou dans la conversatlon de quelques-uns de ce corps, qui ont été mes premiers maîtres. Ce que vous trouverez de plus supportable au style et en la manière de cet ouvrage, vous le devez à l'Académie. Mais si l'Académie elle-même n'est point marrie que je me sois donné cette occupation , elle saura qu'elle vous le doit , et que sans notre amitié, et sans votre louable curiosité, je n'aurois point écrit son histoire.