‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 63 sur 95 · GODEAU, COLLETET · texte numérisé non relu

GODEAU, COLLETET

(H)DEjLU.

Hé quoi ! chers nSurrissons des filles de mémoire,

Qui du siècle à venir obtiendrez la victoire ;

Beaux mignons de Pallas, vrais favoris des Dieux,

Vous n'êtes pas encore arrivés en ces lieux 1

Auriez- vous bien si tard les pieds dessous la table ?

Non, les plus doux festins n'ont pour vous rien d'aimable;

Les lièvres, les lapins, les cailles, les perdrix,

Les canards, les faisans vous sont tous à mépris;

Laissons-là ces ragoûts pour le bien d'un infâme

Et prenons les plaisirs que trouve une belle âme (a).

Mais voici Colletet qui hâte un peu le pas,

Je l'ai toujours connu sobre dans ses repas.

Bonjour, cher Colletet.

COLLETET

Grand évoque de Grasse, Dites-moi, s'il vous plaît, comme il faut que je fasse : Ne doîs-je pas baiser votre sacré talon?

GO DE AU

Nous sommes tous égaux, étant flls d'Apollon. Levez-vous, Colletet.

COLLETET

Votre magnifleence Ne permet. Monseigneur, une telle licence !

{a) Dans rédition de Des Maizoa;:\, les quatre vers qui précèdent sont supprimes ; quelques-uns dos autres ont reçu des modifications sans importance.

GODE AU

Levez-vous prompteraent, je suis tout en courroux ; De vous voir devant moi si longtemps à genoux (a).

COLLETET

Très-révérend seigneur il vaut mieux vous complaire.

GODEAU

Attendant nos Messieurs que nous faudra-t-il faire ?

COLLETET

Je suis prêt d'obéir à votre volonté.

GODEAU

Parlons comme autrefois, avecque liberté. Vous savez, Colletet, à quel point je vous aime.

COLLETET

Seigneur, votre amitié m*est un honneur extrême.

GODEAU

Colletet, je vous aime et chéris sur ma foi (6). Souffrez donc un moment que je parle de moi. Avez-vous vu mes vers, ces beaux vers qu'on adore ?

COLLETET

Je les ai déjà lus, mais je les lis encore; C'est tout mon entretien dedans mon cabinet. Tout en est excellent, tout est beau, tout est net.

GODEAU

Manquai-je en quelque endroit à garder la césure ? A-t-on vu dans mes vers une seule rature?

[a) Rien ne sauroit changer le commerce entre nous. Je suis évoque ailleurs; ici, r.odeau pour vous.

[b] Oh ! bien, seul avec vous ainsi que je me voi , Je vais prendre le temps de vous parler de moi. Avez-vous lu mes vers ?

— \o9, vers ! je les adore.

Suis-je pas scrupuleux à bien choisir les mots {a) ? Je suis très-excellent, quoi que disent les sots.

COLLETET

Vraiment un envieux seroit bien rnisérabie, Qui ne vous trouveroit partout incomparable. Je sais bien, Monseigneur, que les plus médisants S'ils lisent vos écrits deviendront complaisants.

frODEAU.

Non pas, cher Colletet I cette méchante race

Peut dire que mes vers sont froids comme la glace.

COLLETET

Ils se feront moquer.

godeâu. Vraiment ils ont beau jeu.

COLLETET

Ils savent votre ardeur.

CiODEAU.

Je suis tout plein de feu.

COLLETET

Monseigneur, il est vrai.

GODEAU

C'est à tort qu'on m'accuse.

[a) Après ce vers on lit, dans l'édition de Dcj MaizcaiiK : Ne fais-je pas parler chacun bien à propos ? Le décorum latin, en françois bienséance, N'est si bien observé nulle part, que je pense. Colletet, je me loue, il le faut avouer; Mais c'est fort justement que je me puis louer.

COLLETET

Vous êtes de ceux-là qui peuvent, dans la vie, Mépriser tous les traits de la plus noire envie. Vous n'aviez pas besoin de votre dignité Pour vous mettre à couvert de la malignité.

GODRAU.

On se flatte souvent ; mais, si je ne m'abuse. S'attaquer h Cîodeau.... etc.

PIÈCES Jl STinCATIVES. 413

S'attaquer à Godeau, c'est se prendre à la Muse.

Et qui m'accusera de la stérilité,

M'a qu'à lire une fois mon BenedicUe.

0 l'ouvrage excellent !

COLLETET

0 la pièce admirable I

GODEÀU.

Chef-d'œuvre précieux !

COLLETET

0 merveille adorable !

GODEAU

Que peut-on désirer après un tel effort ?

COLLETET

Qui ne sera content aura ma foi grand tort; Mais sans parler de moi trop à mon avantage, Suis-je pas, Monseigneur, un très-grand personnage f

GODE AL

Colletet, mon ami, vous ne faites pas mal.

COLLETET

Quoi? je prétends traiter tout le monde d'égal {a), J'aiT)ien plus de vigueur que n'avoit Théophile, Je crois fort approcher du bon père Virgile. Que pourriez-vous encor reprendre dans mes vers ?

GODEAU

Colletet, tes discours sont un peu trop couverts.

COLLETET

11 est certain que j'ai le style magnifique.

GODEAU

Vous parlez un peu mieux qu'un garçon de boutique.

[a) Moi, je prétends traiter tout le monde d'égal Kii nialiorc d'écrits; le bien, c'est aulrc chose : 13c richesse et de rang la fortune dispose. Que pourriez-vous '

COLLETET

Ha ! le respect m'écbappe !... £t mieux que vous aussi.

GODE AU

Parlez bas, Colletet, quand vous parlez ainsi.

COLLETET

C'est vous, monsieur Godeau, qui me faites l'outrage.

GODEÀU.

Me voulez- vous contraindre à louer votre ouvrage?

COLLETET

J'ai tant loué le vôtre!

GODEAU

Il le méritoit bien.

COLLETET

Je le trouve fort plat pour ne vous celer rien.

GODEAU

Si vous en parlez mal, vous êtes en colère.

COLLETET

Si j'en ai dit du bien, c'étoit pour vous complaire.

GODEAU

Colletet, je vous trouve un gentil violoù'.

COLLETET

Nous sommes tous égaux, étant fils d'Apollon \

GODEAU

Retirez-vous d'ici, sortez donc grosse bête.

* Ce mot, qui se trouve dans la première édition de Richelcl, ne parait pas dans Furetière. Il signifiait un gueux, un drôle, un sot personnage. M. Francisque Michel, Éludes de philologie comparée sur l'argot, cite de nombreux exemples de ce mot. On peut y joindre celui-ci, tiré du Francion de Sorel : « ....A laissé pour monument de sa mémoire quantité de violons de sa façon, » c'està-dire d'enfants, de petits gueux.

^ Colletel répèle ici ce qu'avait dit plus haut Godeau lui-même.

COLLETET

Oui, je m'en vais sortir, vous me rompez la tête.

GODEÂU.

Sur mon Dieu, ce maraud me mettroit en péché, Si j'étois avec lui plus longtemps attaché. C'est un gueux, un coquin, il ne dit rien qui vaille ; Ha! Dieu, je ne veux plus de pareille canaille (a).

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