GOMBAUD, HABERT, L'ESTOILE, CHAPELALX
HABERT
Eussiez-vous jamais cru qu'avec tant d'impudence On osât attaquer les premiers de la France ?
l'estoile.
A tantôt ce discours. Gombaud, avançons-nous. Chapelain est-il céans?
CHAPELAIN
Oui, que lui voulez-vous?
Le voilà, Messeigneurs, pour vous faire service.
l'estotle.
Nous avons bien besoin de votre bon ofûce. Enfin les envieux font leur dernier effort.
Je n'ai fait que vingt vers, mais tous vers raisounés, Magnifiques, pompeux, justes et bien tournés. Par un secret de Part, d'une grande Déesse J'oppose les appas à ceux de ma Comtesse ; Et des charmes divins, dans Fopposition,
Je fais voir la confusion.
Quant à Tautre couplet, j'y reprends la nature. Qui des corps azurés a formé la structure, De n'avoir su placer à ce haut firmament
Qu^un soleil seulement.
La Comtesse en a deux : c'est au ciel une houto Qu'un vitage ici-bas eu soleils le surmonte. J'achève heureusement : il me falloit finir. Aussi bien nos auteurs commencent à venir.
[a] Dans l'édition de 1753, cette scène et la suivante ont été supprimées. La V scène du 2' acte de cette édition se trouve donc être à |>eu près la môme que celle qui forme la f* scène du 3* acte dans l'édition que nous suivons.
/CHAPELAIN
Parlez-moi prompteraent : quoi 1 quelqu'un est-il mort? Voulez-vous point parler?
l'éstoile.
Une race ennemie Écrit....
CHAPELAIN
Aclievez-donc. '
l'estoile.
Contre rAcadémie.
chapelain.
Contre PAcadémie I
GOMBAUD
Il est vrai.
CHAPELAIN
Quels esprits Sont assez effrontés pour l'avoir entrepris? Certes, vous m'étonnez; d'où vient cette nouvelle?
l'estoile.
Ce discours me surprend et me tient en cervelle.
Mais qui sont ces auteurs qui viennent nous choquer?
GOMBAUD
C'est Sorel ' et Du Bosc* qui se veulent piquer.
HABEBT.
Vous connoissez Sorel , dont le style comique Raillera sans respect la troupe académique ;
* Sorel écrivit en effet, en ce temps, son Rôle de présenlalion aux grands jours de Véloquence françoise,
^ Du Bosc, auteur de l'Honnête Femme , etc. Nous ne croyons |>as à ses attaques contre l'Académie.
PIKCES JUSTIFICATIVES. 421
Et le grave Du Bosc, (Vun discours sérieux , Fera tout son possible à nous rendre odieux .
CHAPELAIN
Qui pourra leur répondre en ce genre d'écrire? Nous n'avons de nos gens un seul homme à satire.
GOMBAUD
Nous n'avons que des sots, et je veux bien mourir Si le plus suffisant * sait l'art de discourir !
HABERT
Je veux qu'ils soient bien sots : toujours faut-il répondre.
l'estoile.
Je connois un auteur fort propre à les confondre ; Au moins pour la satire, il fait excellemment.
Dites vite sontTom.
l'estoile.
C'est monsieur Saint- Amant.
CHAPELAIN
Habert, enquêtez-vous s'il veut prendre la peine D'employer en ceci quelque effort de sa veine.
HABERT
Vous le connoissez mal.
GOMBAUD
Encor qu'en dites-vous?
HABERT
Gombaud , c'est un esprit à se moquer de nous.
GOMBAUD
Nous en avons beaucoup de notre Académie,
* La suffisance^ à la fin du seizième siècle et au commencement du dix-septième, c'étail la science, ou plutôt ce que nous appelons maintenant capacité. L'homme suffisant c'était l'homme capable : maintenant c'est l'homme qui se croit tel.
Capables d'effacer toute cette infamie,
Et Balzac et Racan la pourroient bien venger.
HABEBT.
Ce seront les premiers à la désobliger.
CHAPELAIN
Que cette vaine peur loin de nous soit bannie; Sachez qu'on ne peut nuire à notre Académie. Nous avons pour soutien un trop ferme pilier : Nous avons la faveur de ce grand Chancelier.
l'estoile.
Kii efff't, sa faveur nous défend de nous plaindre. Si nous avons Séguier, nous n'avons rien à craindre.