‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 66 sur 95 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Le marquis de BREVAL, seul, délibérant s'il doit aller à la guerre ou demeurer à l'Académie.

Muse, il vous faut quitter ! adieu, cher Apollon ! Adieu, cher Hippocrènel adieu, ruisseau, vallon! Adieu, cher Hélicon! adieu, mont de Parnasse, Où les neuf b^les Sœurs m'ont tout comblé de grâce î Adieu, sacrés auteurs, mes nobles compagnons. Que Phœbus a choisi pour être ses mignons ! Hélas ! mes grands amis, il faut changer de terre, Et qui pis est encor m'en aller à la guerre. Mais quoi faire à la guerre? y recevoir des coups? Marquis, demeure eu paix, n'imite point ces fous. Que je hais ces brutaux , ces enragés courages. Qui vivent sans remords au milieu des carnages; Qui nagent dans le sang, et cherchent leurs ébats Dans les plus grands périls que montrent les combats! Je veux vivre en éclat et non pas à l'armée ;

J'aurai, par mon savoir, assez de renommée. Toutefois, je ne puis, sans Iionteet sans mépris. Goûter en ces temps-ci les douceurs de Paris. Dieux 1 l'étrange combat que je sens dans mon âme ; Il faut quitter Paris ou bien vivre en infâme. Pour un petit honneur, s'abandonner au Sort, En des lieux inconnus aller chercher la mort : Hélas ! quelle rigueur, hélas ! quelle misère ! Il me souvient encor des discours de ma mère. Salutaires discours qu'elle tint autrefois, Si je vous avois crus, je serois dans les lois ; Je serois à présent grand homme de justice, Loin du bruit importun qu'on oit dans la milice. Je serois en tout temps gros bourgeois de Paris, Peut-être, et que sait-on, quelqu'un des favoris. Marquis, ne quitte point ta chère Académie ; Tu vivrois dans l'armée avec plus d'infamie. A toute heure, en passant, quelque gladiateur Te diroit froidement : bonjour, monsieur i'auteur ! Je tremblerois toujours au bruit d'une bataille. Je mourrois de frayeur au pied d'une muraille. Enfin chaque moment, l'on me prendroit sans verd , Me parlant de Galas, ou bien de Jean de Vert. On meurt pour un long temps, un mort ne ressuscite. Il vaut mieux ici faire imprimer Tacite ; Apprendre en ses écrits les affaires d'État. Bon Dieu, que je serois habile potentat ! Je m'en vais de ce pas suivre les politiques. Afin de me fourrer aux affaires publiques.

4îi PIÈCES Jl'STIFICATIVES.

Page 1