SCÈNE PREMIÈRE
M. LE CHANCELIER, GODEAU, CHAPELAIN, BOIS-ROBERT, UESTOILE, BAUDOUIN, COLLETET,
GOMBAUD, HABERT, SERISAY.
M. LE CHANCELIER
C'est aujourd'hui, Messieurs, qu'on révèle à ta France
Les mystères sacrés de la vraie éloquence (a).
Voici l'heure où l'on doit chasser l'obscurité.
Où l'on doit découvrir une grande clarté.
C'est aujourd'hui. Messieurs, que la belle Déesse
Qui, dédaignant les cieux pour en être Thôtesse,
N'avoit jamais planté son siège dans Paris,
Vient enfin habiter avec les beaux esprits.
C'est à tort, grands auteurs, que la Grèce se vante :
Rome ne paroît plus en ce point triomphante.
Mais vous aurez l'honneur, grands et divins esprits,
D'avoir fait habiter la Déesse à Paris.
GODEAU
C^est pour vous que du ciel elle a daigné descendre.
{a) Après ces deux vers, on lit dans Tédition de 1753 :
Les Muses qui du ciel ont descendu chez nous Vous rendent par ma bouche un oracle si doux. C'est à tort, grands auteurs, que la Grèce se \ant.< ; La Rome des Latins n'est plus la triomphante ; L'Italie aujourd'hui tombe dans le mépris, Et les Muscs n'ont plus de séjour qu'à Paris.
GODKAU.
yui croirait, ^lousoifjnei.r. ... i.
Sans vous, 6 grand Séguier, dous aurions beau l'attendre :
Faisant la sourde oreille à ses divins esprits,
Sans vous elle n'eût pas dévalé dans Paris.
Qui croira, Monseigneur, que ces enetianteresses,
Que ces neuf belles Sœurs, nos divines maîtresses.
Délices à présent des cœurs plus innocens,
Eussent charmé sans vous nos esprits et nos sens?
CHAPELAIN
Monseigneur, les doctes pucelles Qu'on m'a vu toujours adorer IN 'ont point^de guirlandes si belles Dont ils puissetit vous honorer [a).
Vous voyez les choses futures A travers tant de nuits obscures.
Que, veillant au bien de l'Etat, Vous découvrez ce qu'il faut faire, Aii rebours du sens populaire, Pour maintenir le potentat.
BOiS-ROBEaT.
Superbes allés de mémoire.
Venez àccroiti'e mon ardeur; Je vais travailler à la gloire D'une incomparable Grandeur (6).
Étonnement de l'univers.
Digne et grand sujet de mes vers.
Merveille du siècle où nous sommes.
On ne peut assez honorer
(a) Dans l'édition de 1753, ces quatre premiers vers sont supprimés; les six qui suivent sont légèrement modiflés.
(b) Dans la même édition, après ces vers, Êois-Jlobert interrompt sa strophe,
et ajoute :
Que le style élevé me paroît incommode !
Je n'ai pas le talent qu'il faut pour faire une ôiie.
Celui que les cieux et les hommes Devroieut tous ensemble adorer.
M. LE CHA.NCELIER.
Voilà, sur mon honneur, de belles fantaisies, J'en dois remercier vos seules courtoisies.
l'estoile.
Attente de Thistoire, oracle de la cour. Votre esprit a des traits qui brisent tous obstacles. Et, sans être flatteur, je dirai bien qu'un jour Vous vaincrez tous les saints à faire des miracles ; Mais, grand astre d'honneur, faut-il pas avouer Que si vous refusez souvent de nous entendre. Lorsque noire devoir nous pousse à vous louer. Vous couvrez un beau feu d'une très-belle cendre ?
M. LE CHANCELIER
Non, je n'aime pas fort ces importuns auteurs Qui passent chez les grands pour de petits flatteurs.
BAUDOUIN
Grand appui des mortels qu'on doit moins nommer homme
Qu'une divinité; Si vous eussiez été dans l'empire de Rome,
Que n'eussiez-vous été?
Près de vous les Catons, tous couverts de poussière.
Sont dans l'obscurité,
M. LE CHANCELIER
Que chacun se réduise au mérite d* auteur ; J'estime le savant et je hais le flatteur. Mes louanges, Messieurs, ne sont pas nécessaires, Et TOUS avez ici de plus grandes affaires.
SBRISAY.
Porchères semble avoir dessein de nous parler.