SCÈNE II
MONSIEUR LE CHANCELIER et les autres
DE LA TfiOUPE ACADEMIQUE.
Messieurs, asseyez-vous sans tarder davantage ; Réformons, s'il se peut, notre mauvais langage ; Qu'on tâche d^opposer quelque chose de beau. Levez- vous, s'il vous plait, docte et sage Godeau ^!
GODEÂU.
Vous êtes obligeant ; mais cette déférence Seroit due à quelque autre avec plus d'apparence.
DBâMARETS.
Us sout au cabaret 1 Messieurs, quelle impudence ! Vous voyez parmi vous un chancelier de France Qui vient de son logis, en ce méchant quartier, Sachant bien le respect que l'on doit au métier ; Et ces vieux débauches, au mépris de la gloire. Lorsque nous travaillons font leur plaisir de boire !
GODEAU
Je vois entrer F.iret suivi de Saint-Amant.
CHAPELAIN
Et si je ne me trompe, ils ont bu largement.
a) Ici l'édition de Des Maizeaux introduit une scène où paraissent Saint-Amant et Faret ; tous deux ivres, ils traitent fort légèreuieut et le (Ihuncelicr et T Académie, l.e r.hducelier, indigné, les fait sortir. — Le commeucemcul de la scène qui suit présente quel<|ueâ variantes sans importance.
M. LE GHANGELTER.
Je sais bien ce qu'on doit à votre dignité.
GODEAU
Je reçois cet honneur sans l'avoir mérité ; Je le dois, Monseigneur, à votre courtoisie; Mais, s'il faut déclarer ici ma fantaisie, Je vous dirai, Messieurs, qu'il est très-important, Ainsi qu'il m'a semblé d'ôter or et d'autant. . Qu'en dites- vous. Messieurs? Là je ne fais qu'attendre Que quelque émulateur s'apprête à les défendre.
SERISAY.
Silhon s'oppose enfm.
M. LE CHANCELIER
Parlez distinctement.
SERISAY.
Commencez donc, Godeau.
GODEAU
Voici mon sentiment :
Je dis qu'or et d* autant sont sans délicatesse; En ces mots je reprends la trop grande rudesse.
SILHON.
Inepte sentiment, absurde vision!
Je maintiens que ces mots font la conclusion : L'un d'eux fait l'épilogue, ou bien la conséquence; L'autre sert à prouver dans le champ d'éloquence.
GODEAU
Le premier sent l'école et tient trop du pédant; Le second est trop vieux.
LA TROUPE
licous çn disons autant.
SILHON {a).
Vous frappez tous des mains, et j'ai beaucoup à dire.
GODEAU
Poursuivez à présent.
STLHON.
Que Ton vous baille à rire.
GHAPEL^m.
II est bien échauffé, qu'on lui tâte le pouls.
M. LE GHANGELIEB.
C'est asçez disputer ; Messieurs, asseyez- vous. Que quelque autre succède à Tévêque de Grasse. Parlez, vous. Chapelain, sans user de préface.
GHAPEl^A^I^ (b).
Messieurs, je vais parler, puisqu'on me Ta permis. Sur un point où je crois vous avoir pour amis. Je dis que la coutume, assez souvent trop forte. Fait dire improprement que Von ferme la porte : L'usage tous les jourç autorise ces mots. Qui nous feroient passer ailleurs pour de grands sots. Craignez-vous votre argent, rubis, perles, musc, ambre. Vous poussez votre porte ^X fermez votre chambre.
(a) SILHON.
Qu'ils soient bannis des vers et conservés en prose.
DBSMARETS.
Aujourd'hui prose et vers sont une même chose.
11 est bien échauffé.... etc.
(6) CHAPBLAlIf.
Il eoMte, il notM ctppert sont termes de barreau, Que leur antiquité doit porter au tombeau.
BILHOIf.
J*estimé en Chapelain la bonté de nature Qui veut donner aux mots même la sépulture.
CHAPELAIN
Horace les fait uaitre et puis les fait mourir : Sans quelque métaphore on ne peut discourir.
SERISAY.
En matière d'Etat, vous savez que nos i*ois Tiennent toujours quelque air de ces anciennes lois; De même, dans les mots, c'est n'être pas bien sage D*abolir tout d'un coup ce qu'approuve Fusage.
LA TBOUPE.
Digne raisonnement, noble comparaison, Chapelain n'a pas tort et vous avez raison (a).
BOIS-BOBEBT.
Messieurs, je veux 6ter un vrai root de coquette Du commun, à ravir.
SILUON.
Les mots peuvent mourir ; mais jamais métaphore N*avoit dressé tovnbeau pour de tels morts encore.
LÀ TAOUPB.
// contte, il nous appert doivent être abolis. Mais ou uc les voit pas encore ensevelis.
GOMBÀUD.
Je dis que la coutume, assez souvent trop forte, Fait dire improprement que Ton ferme la porte. L'usage tous les jours autorise des mots Dont ou se sert pourtant assez mal à propos. Pour avoir moins de froid à la fin de décembre. On va pouuer sa porte et Ton ferme sa chamtn'v.
SBRISAY.
Kn matière d'État, vous savez....
a' Gombaud n'a pas de tort et vous avez raison.
BOIS-ROBBRT.
Messieurs, je veux ôter un terme de coquette ; C'est le mot d'à ravir.
l'estoile.
Il est bon en lleurette.
Cent et cent faux galants en leur fade entretien De ce mot d'à ravir se servent assez bien. Et principalement dans les amours de ville, A ravir se rendra chaque jour plus utile.
LA TROUPE
.Nous n'as uns parmi nous (|ue des auteurs de tlour, Kt, pui-iunt, enncniis du ce dernier amour.
LA TROUPE
Cette affaire vaut faite.
Les (iaiiics île quartier auruut leur coterie A qui uous laisserons le droit de bourgeoisie.
GOMBBRVILLB.
Que ferous-uous. Messieurs, de car et de pourquoi ? .
DBSMARBTS.
Que devieudroit saus car Tautorité du Roi ?
GOMBBRVILLB.
Le Roi sera toujours ce que le Roi doit être, Et ce n*est pas un mot qui le rend notre maître.
GOMBAUD
Reau titre que le car au suprême pouvoir, Pour prescrire aux sujets la règle et le deyoir !
DBSVA&BTS.
Je vous connois, Gombaud, vous êtes hérétique Et partisan secret de toute république.
OOMBÀUD.
Je suis fort bon sujet et le serai toujours, Prêt à mourir pour car après un tel discours.
DBSMARBTS.
De car viennent les lois; sans car point d'ordonnance. Et ce ne seroit plus que désordre et licence.
OOMBÀUD.
Je demande pardon si trop mal à propos
J'ai parlé contre un mot qui maintient le repos.
GOMBBRVILLB à DesmarcU.
L'effort de notre esprit en chose imaginaire Vous rendra, Desmarets, un grand vhionnaire. Le Poëte, le Vaillant, le Riche, T Amoureux Feront de leur auteur un aussi grand fou qu'eux.
DBSMARBTS.
l'n faiseur de romans, père de Polexandre, A corriger les fous n'a pas droit de prétendre.
M. LB CUATtCBLIER.
Ni vous autres. Messieurs, droit de vous quereller. Laissez le car eu paix ; il n'en faut plus parler.
GOMBBRVILLB.
Et le pourquoi^ Messieurs ?
LA TA3UPB.
Sans cesse il questionne.
Qu'il soit moins importun, ou bien on l'abandonne.