‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 23 sur 81 · JEAN SIRMOND · texte numérisé non relu

JEAN SIRMOND

cari ' ^ La Chimère défaite^ par Suljnce de Mandrini^ sieur de GazorvcalJ la Helaiion de la paix de Quérasque^ prise du traité qu'en avoit fait M. Servien. Il a fait aussi des vers latins, comme j'ai dit, et Tépigramme contre Hamurra, où ce parasite est appelé Pamphagus, est de lui ^.

J'ajouterai ici, par une espèce de reconnoissance, qu'un de ses ouvrages est une des premières choses qui m'ont donné goût pour notre langue. J'étois fraîche ment sorti du collège -, on me présentoit je ne sais combien de romans et d'autres pièces nouvelles, dont tout jeune et tout enfant que j'étois, je ne laissois pas de me moquer, revenant toujours à mon Gicéron et à mon Térence, que je trouvois bien plus raisonnables. Enfin, il me tomba presque en même temps quatre livres entre les mains, qui furent les huit Oraisons de Cicéron^ le Coup d'État de M. Sirmond, le qua* trième volume des Lettres de M. de Balzac^ que Ton venoit d'imprimer, et les Mémoires de la reine Marguerite, que je lus deux fois, depuis un bout jusqu'à l'autre, en une seule nuit. Dès lors je commençai nonseulement à ne plus mépriser la langue françoise, mais encore à l'aimer passionnément, à l'étudier avec quelque

1 yabbé Richard , dans la Vie du P. Joseph^ attribue ce livre an fameux Capucin , et Tabbé de Saint-Germain étoit dans la même opinion, puisque, dans la réfutation qu'il a faite de cet éciit, c'est au P. Joseph qu'il adresse la parole.

' Elle parut soos le nom de Julius Pomponius Dolabella, sous ce titre: In Pamphagum Dipnosophlstamy et on la trouve dans le recueil de pièces publiées par Sallengre à la suite de son Histoire de P. de Montmaur. La Haye, 1715, 2 vol. in-8% 1. 1, p. 274.

f» DES ACADÉMICIENS EK PARTICULIER.

soin, et à croire, comiM je hds encore aujourd'hui, qu*atec du génie , du temps et du tÀvftil oti pouvoît Ia rendre capable de toutes choses*

Ifl

DB GOLOMBT.

François de Gattvîgny> sieur de Golomby \ étoîi de tiaen en Normandie, parent de Malherbe \ dont il fut disciple et sectateur. Il étoit aussi parent de M. Morant, trésorier de FEpargne, qui lui fit donner pension et Ten faisoit payer% Il avoit une charge à la Gour^ qui n'avoit point été avant lui, et n'a point été depuis-, car il se qualifioit orm/cur du Soi pour iet affaires dj&fui ', et c' étoit en cette qualité qu'il recevoit douce cents écus tous les ans« H tiroit aussi d autres bienfaits de la Cour, et faisoit nràme vanité qu'on les crût beaucoup plus grands qu'ils n etoienl. Sur la fin de ses jours^ il prit la soutanei» mais ne se fit pas prêtre. U mourut a rège de soixante ans» Il étoit de grande taille^ et fort puissant, d'une humeur ambitieuse, et concerté en

* Os lit GovLOiiBY dsM st PUnnît et Ih M9e Vûlêêtmy <H Coi* LOUSY dans son /luflii. (o.)

' Od trouve k li |Mg« SS da R«ctieil d« Parêt «ne letu« oà Malherbe appelle CoHMnby « mossievir sioki eoasiii. » «^ Voy. cidessus, p. 108, us passage de la Vieée Mniket-te. par Racaa.

* Il ralloii dire ! pMir f«i di$cûun <f*l^f<i/, comme on le toit dans la liste de ses ontrafces. (o.)

bÈ COLOMBV. «7

toutes ses actions. Il n'estimoit pas M. CoêiTeleau, et blâmoit presque tout ce qu'il voyoit de lui.

On trouve de ses vers en plusieurs des recueils îtnprimés, et de ses lettres dans le recueil de Tan 1637 ^ Son principal ouvrage est la traduction de Justin ^, imprimée en Tan 1627 •, qu'il dédia, d'une manière assez nouvelle, au Roi et à la Reine sa mère, paf deux épttrès dédicatoires. On voit aussi de lui une partie du premier livre de Tacite en françois^ avec des observations, qu'il fit imprimer en l'an 1613*.

J'ai vu encore un discours manuscrit à M. le duc d'Orléans, pour l'obliger à retourner en France, d'où

1 Apparemment il faïut lire Ici ; de Van 1627; car je crois qu'on ▼eut dire le Recueil de Pat^t. (o.) -^ Il y a» en effet, dans Ce tle« cueil, plusieurs piècea èignéea de Ctmlombif -Cauvigny*

Ce ne sont pas, à proprement parler, des lettres que Ton trouve ici de Colomby, mais de véritables discours et lettres d'État; ainsi, page 100 : Discours de consolation au président Jeannin sur la mort de sa femme ;

Lettre d'État sur le sujet de ta main-levée du temporel des eccUsiasiiques de Béam, autrefois affecté aux gages et pensions des ministres de la religion prétendue réformée; — (p. 137.)

/fu Rofff sur l'utilité de l'histoire; — (p. 172.)

' Tanneguy Le Fèvre estimoit cette traduction ; il en a donné tine édition par lui retouchée, avec des notes, à Saumur, 1672. (o.)

' En 1616, selon le catalogue de d'Olivet.

^ c Sçauroit>on mêler, dit Balzac écrivant à Chapelain, la raillerie et le tout de bon avec plus d*adresse sur le sujet de l'adieu de M. de Colomby .à TAcadémie, de la malédiction qu*ii a donnée à son siècle, et du peu d'intelligence qui étoit entre lui et Tacite au temps même de leur plus grande familiarité. » (Lettre du 1*' août i640,liT. XXI, let. 21.)

il s'étoii retiré mal content; et c'est là ^u'il signe : Votre très-humble serviteur et orateur,

J*ai oui parler aussi d'une pièce quMl avoit faite contre V Astrologie judiciaire^ et d'un traité de la Souveraineté ', et ne doute point qu'il n*y en ait plusieurs autres sur les affaires du temps, comme des lettres, des apologies, etc. Hais en général, je vous avertis ici que je ne prétends pas ne rien oublier de ce qu'ont fait les personnes dont je parle. En un pays comme la France, ofi on a presque toujours négligé cette sorte de mémoires, c'est bien assez qu'on puisse prendre pour vrai ce que je dirai, sans rejeter comme faux ce que je ne dirai point. Et c'est, si je ne me trompe, avec cette même discrétion qu il faut lire toute sorte décrivains, jusques aux plus exacts, à qui après tout il est impossible qu'il n'échappe beaucoup de choses.

Claude Favre, sieur de Vaugelas, baron de Péroges, étoitdeChambéry ^, et fils deTillustre président Favre*,

1 n falloit dire : de l'autorité des Rois, On doit toujours, ce me semble, représenter les titres comme ils sont, (o.)

> On vient de trouver l'acte de naissance de Vaugelas dans les registres de la paroisse de Meximieux, où il est né le 6 janvier 15B5.

' Antoine Favre, premier président du sénat de Chambéry. Il est auteur, non-seulement du Code appelé communément le Code

auteur du volume que nous appelons Code Fabrien, et qui est de grand usage en notre pays de droit écrit, il étoit sixième cadet \ et n'eut en partage que cette baronie de Péroges ^, qui étoit en Bresse et de peu de conséquence, avec une pension mal payée de deux mille livres, qu'Henri IV avoit accordée à leur père et aiux siens, pour les services qu'il avoit rendus à TÉtat au mariage de madame de Savoie '. Ce fut cette pension

Fabrien, mais de plusieurs autres ouvrages, dont le Recueil fait dix volumes in-foiio. — Prononcez Fa-vre^ et non pas Fau^re, (o.) — Guichenon {Histoire de Bresse ^ 3" part., p. i62) le nomme: Antoine Favre, chevalier, baron de Péroges et de Oomessin, sdgneur des Cbarmettes , de Félicîa et d* Aiguebellette, conseiller d*État de Son Altesse de Savoie et premier président en son sénat de Savoie. Né en 1537, mort en i624, le président Favre avoit eu de son mariage avec Benotte Favre, dame de Vaugetas, René, seigneur de Val bon ne; Claude, seigneur de Vaugelas; Antoine, qui fut aumônier de Madame royale de Savoie ; Philibert, baron de Ilomessin; Jean-Claude, seigneur des Gharmettes; Jacqueline Favre. religieuse.

^ On verra dans la note suivante (n*3) que M. de Vaugelas étoit sûrement le second des fils du président Favre; et il n'étoit point né à Chambéry, mais en Bresse, comme je Tai appris de gens bien informés, (o.)

> D*après teichenon (H, 88), Vaugelas auroit « porté long* temps la qualité de baron de Péroges; il TaUéna ensuite en faveur d*Alexandre de Falaise, conseiller du Roi et lieutenant criminel au présidial de Bourg, des héritiers duquel ledit seigneur de Vaugelas Ta retiré et en est mort seigneur* »

' Christine de France, fille d'Henri IV, mariée à Victor-Amédée, duc de Savoie, le H janvier 1619. Par conséquent^ la pension dont il s^agit ici ne sauroit avoir été accordée par Henri IV, mort en 1610. Le testament même du président Favre, en date du 13 février 1624, va nous donner des éclaircissements nécessaires.

que k Cardinal lui fit rétablir, quand il s'engagea au travail du Dictionnaire* Il vint a la Cour fort jeune, et y passa tout le reste de sa vie. Il fut gentilhomme ordinaire^ et depuis chambellan de M. le duc d'Orléans \ qu'il suivit constamment en toutes ses retraites hors du royaume. Il fut aussi sur la Gi\ de ses jours gouverneur des enfants du prince Thomas ^ Mais bien qu il ne négligeat rien de oe qui pouvoil servir a sa fortune, qu'il fût en estime et en réputation à la Cour, et qu'il ne fût

0« X \efn à» pUi» que celte peama tmt été BiiM 9W la léte, MA ^s du Président el de ses enUuu îiMiisliBcteoMiài, mais de II. de YeugeUs lui seul,

AK^â a\eif dit qu'il lègue k « G)«u«le sea fee«iad SU» » dit 4| Vauaela», se b«rej»oie de Pérof e». qui a'éleU p«» de loéiue valeur que les biens légués à ses autres fils, il reod rsiisoa peufquei U ne lui daaaoil pas aulaat qu'aux autree : « Paur lapeasioa, dits), t de deux laille livres que ie lui (U ebteoi? de is libéN^iité <te « Red TfèshCiirétien, au voyage que je ^ à Paris ea t^l% ât is f auite de M. le Sérévissime Prieee-CaKiôial de ^vaHei et par « la seule entremise des faveurs d*icelui et de celie <le V* leSéfé»c uisaine Priace de Piéiueut, qui daigua sus^l s*y empU^yer et se f ttûHva en môuie temps à Paris pour le ^it de aoa Uèa^beureux < mariage, eto. » (o«>

* Les chambellans chez Monsieur avaieni 2>09(^ Hvtes de gagea. -^ Le iteeueU (te hatet^ oooiieat plusieurs lettrea de Faret ^ Vaugelas, t. U, pp. 9g, 94 et 9$. La deruière, datée de Nagtgs, le 39 août f ôâg, appreud à Vaugelas que Monsieur Ta aommé geuU^ korame orctiuatre de sa maison.

* Thomas de Savoie, premier prtuee de Gar^ean, frère de Viotor-Amédée qui épousa la fille de Henri lY, Christine de France ; de Marie de Bourhou, fiUe de Charles, eomte de Soiasous, U eut sei>t enfknts, doat deux sont ^ea couaus : EumM^iue^Philibert- Amédée, prince de Carigaan, et Eugèa^Msuricev comte de Soi%« sens, qui épegasa (4ym|)eMane«ai.

DE YAUGELAS, SM

pas débaiiohé^ te» divers voyages qu'il avoit faita i U suite de son nialtre, et d'autrea repconires fàeheiises^ oQt fait qu'il est mort pauvre, et que aon hieD n*a pas été suffisant pour payer «es créanciers^ Il mourut âgé d environ soixanto^^inq ans> d'un abcèadans l'eatoasat, qui s'étoît formé durant le eours de plusieurs annéea, et qui lui doonoit de temps en temps une douleur de côté qu'on attribuoit à la rate. Enfin, en Tannée 1649 ^ aya&t été extraordinaîrement travaillé pendant cinq ou six semainea de eette même douleur, U se sentit sou* lagé, et croyant être bien guéri, il voulut même aller prendre Tair dans le jardin de Thôtel de Soiaaons ', oh il a voit un appartemenl. Hais le lendemain matin son mal le reprit avec plus de violence^ De deux valets qu'S aveit, il envoya eelui qui étoit demeuré auprès de lui appela* du secours. Mais avant le retour de eelui«là, Tautre, étant survenu, le trouva qu'il rendoit Vabeès par la bouche» et lui ayant demandé, tout étonné, ce que c^étoit: Fiotrt rdy^, aiMi mnt, répondit-il frmde- Hient et sans émotion, ce peu que c'eei que rhomme. Après ces paroles il n'en proncmça plus, et n'eut que quelques moments de vie.

C'étoit un homme agréable^ bien fait de oerps et

> Guicbenon , historien très-exact et qui étoit ami particulier deVaugelas, dit quMl mourut au mois de février 1650. (Q.) — Hurtaut, Dict. hist, de Paris, dit aussi que Yaugekis est mort en 1650, et ajoute qu'il fut enterré à Saint-Étienne-du-Mont.

* L*bôtel de Soissons était situé rue de Grenelle. (Sauva.^, t. Il, p. 68.) — < Ce logis est ai vaste et si commode» qa*il u'y a dans Paris que le Palais Ganliiul (Rojal) ou il j ait plus <k logenent.» (Id. iM.,p.316.)

i3î DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER.

d'esprit, de belle taille; il avoit les yeux et les cheveux noirs, le visage bien rempli et bien coloré. Il éloit fort dévot, civil et respectueux jusques à Texcès, particulièrement envers les dames, pour lesquelles il avait une extrême vénération. Il craignoit toujours d'oflenser quelqu*un, et le plus souvent il n'osoit pour cette raison prendre parti dans les questions que Ton met toit en dispute. Il étoit fort assidu à Thôtel de Rambouillet. Ses plus particuliers amis étoient M. Faret, qui avoit été comme son disciple, M. de Chaudebonne', M. Voiture, et, sur la fin de sa vie, M. Chapelain et M. Conrart. Mais surtout il avoit lié une société très-étroite avec le baron de Foras, qui vit encore, et qui étoit aussi bien que lui de chez M. le duc d'Orléans. Ils s'appeloient frères, et s'étoient mis ensemble dans la dévotion, en laquelle, aussi bien qu'en leur amitié, ils persévérèrent constamment.

Depuis son enfance il avoit fort étudié la langue françoise. Il s'étoit principalement formé sur M. CoëfTeteau, et avoit tant d'estime pour ses écrits, et surtout pour son Histoire romaine, qu'il ne pouvoit presque recevoir de phrase qui n'y fût employée. M. de Balzac a dit sur ce sujet : a Qu'au jugement de M. de Vaugelas, il n'y avoit point de salut hors de Tllistoire romaine, non plus que hors de TÉglise romaine ^ » Son principal talent éloit pour la prose.

* M. de Chaudehonne avoit qiiilté, en 1648, la maison de Madame, où le marquis de Vardes Tavait remplacé comme chevalier d*honneur et avoit, ainsi que Vaugelas, une charge dans la maison de Monsieur, Gaston, duc d'Orléans.

' Balzac avoit écrit « que comme il n*y a point de salut hors

Quant à la poésie, il avoit fait quelques vers italiens qu'on estimoit beaucoup. Mais il ne se mèloit point d*en faire en françois, si ce n'étoit sur-le-champ, pour quelque galanterie. Comme par exemple, il arriva qu'un jour passant à Nevers, où la princesse Marie, maintenant reine de Pologne, se trouvoit alors, quelques-unes de ses demoiselles, qui faisoient une quête, vinrent dans rhôtellerîe où il étoit ; il ne les sut voir, à cause d*un remède qu'il venoit de prendre ; mais il leur envoya deux pistoles avec cette épigramme :

Empêché d'un empêchement Dont le nom n'est pas fort boonêtey Je n ai pu d'un seul compliment Honorer au moins votre quête.

Pour en obtenir le pardon.

Vous direz que je fais un don Aussi honteux que mon remède ; Mais rien ne paroit précieux Auprès de l'ange qui possède Toutes les richesses des cieux.

Cétoit la Princesse, dont il entendoit parler. J'ai encore une autre épigramme de lui faite in-promptu^ sur un mot de travers que lui avoit dit un portier de Thôtel dé' Rambouillet, en lui faisant un message de la part de madame la Marquise.

Tout à ce moment maître Isaac, Un peu moins disert que Balzac, Entre dans ma chambre et m'annonce

(le PÉglise romaine, il n*y a point aussi ôe françois hors de l*Htstuire romaine. » Voyez ses Œuvres in-folio, 1. 1, p. 682. (o.)

tu DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER.

Que Madane me dérenonce.

•— Me dérenonce, maître Isaac ?

-* Oui> Madame vous dérenonce, — Elle m'avoit donc renoncé ?

Lui dis-je d'un sourcil froncé.

Portez-lui pour toute réponse, Mattre Isaae, que qui dérenonce Se repenl d'avoir renooeé :

Mais avez-vous bien prononcé ?

On pouvoit se passer de ces épigï'ammes, mais des grands hommes les moindres choses sont précieuses. H avoit Tesprit présent, et faisoit souvent des réponses fort agréables, comme eelle dont je vous ai parlé ailleurs, qu'il fit au cardinal de ftîcheHeu'. H n'a laissé que deux ouvrages considérables, Tun qui est imprimé et l'autre qui ne Test pas encore, lorsque J'écris ceci^.

Le premier est ce volume de Remarquer sur la langue françoise^ contre lequel M. de LaMotbe-le-Vayer a fait (|uelques observations, et qui depuis peu a aussi été combattu par le sieur Dupleix, mais qui, au jugement du public^ mérite une estime très*parliculière'. Car nonseulement la matière en est très-bonne pour la plus grande partie, et le style excellent et merveilleux; mais encore il y a dans tout le corps de Vouvrage je ne sais

< Page 108.

s C*est-à-dire en 1659.

' Les contemporaiBS sont presque unaaimes pour faire reloue de ce curieux et très-important ou?rage. Voyez, outre les jugemenls rapporlés par Kaillet ( Jugements des sa van f s, i. II), une lettre fort intéressante d» Gedeaa {LeUres d« M . Godeau, tit3, i vol. in>lS, pp. 978-39 1). —Voy^ï aussi plus haut^ p. il3.

DE VAUGSLAS. 93S

quoi d'bonnète homme, tant dQ franchise, qu'on ne salerait presque s'empêcher d'en aimer Tauteur. Et plût i IKeu que les mémoires qu'il avait déjà tout pr6ts pour en faire un second volume * se trouvassent, et que nous n'eussions pas sujet de déplorer la perte qui s'en est faite après sa mort, entre les mains de ceux qui fireut saisir ses papiers ^ 1

L'autre ouvrage considérable, et qui n'est pas encore imprimé, est la traduction de Quinie-Curce^ sur laquelle il avait été trente ans, la changeaut et la corrigeait sans ce^se. On dit même qu'après avoir vu

^ Ua avooat <}« Grenoble^ iM)iaiBé Mem^a» fit impriiueir ^ 1690 à Paris un Toluiae de tfçuvelles Remarques de M, de VaugeUft» dont il dit que Toriginal lui avoit été donné par M. de La Chambre, cnré de Saint-Barthélémy. Od ne sauroit douter que ces Ifou- 9€ilês Rewiorgaes ne soient YériUblenent de M. de Vaugetas; son style s'y fait aiséueiit reconnaître. Mais ce Recueil, à peu de chose près, ne roule que sur des phrases absolument surannées, même du temps de M. de Vaugelas; en sorte qu*on peut raisonnablement croire que c'est Iç rebut de ses premières Remarques, et qu*ainsi nous p^avons point ces mémoires, < déjà tout prêts pour en faire un second volume, » dont parle M. Pellisson. (o.)

* On lit dans les Factums de Furetière que les notes prises par Vaugelas pour ses Rt'mnrqups ne furent pas seules saisies. « On doit, dit-il, les cinq ou six premières lettres de ce Dictionnaire de V Académie à M. de Vaugelas, qui y a travaillé douze ou quinze ans, et toutes les autres à M. de Mézeray qui s'y est appliqué trentetrois années .. Celles de M. de Vaugelas furent saisies à sa mort par ses créanciers ; on n'en sauva qu'une partie qui fut mise entre les mains de M. Conrart , secrétaire perpétuel de l'Académie, qui en étoil si jaloux qu'on n'en a pu rien voir qu'après sa morl.»f/?ccueil des factnms de Furetière, Amsterdam, i69t, t. I, p 566). -r Voy. ci-dessus, pp. 107 et suiv.

236 DES AGADÉMICieNS EN PARTICULIER.

quelques traductions de M. d'Âblancourt', il en goûta tellement le style un peu moins étendu que le sien quMl recommença tout son travail, et fit une traduction toute nouvelle. J'ai vu les cahiers qui restent de cette dernière sorte, oà le plus souvent chaque période est traduite à la marge en cinq ou six différentes manières, toutes presque fort bonnes. M. Chapelain et M. Conrart, qui prennent le soin de revoir très-exactement cet ouvrage, pour le mettre au jour, ont souvent bien de la peine à juger quelle est la meilleure', et, ce que j'estime fort remarquable, il se trouve d'ordinaire que celle qu'il a mise la première est celle qu'on aime le mieux. C'est de ce travail que M. de Balzac a dit : a L'Alexandre de Quinle-Curce est invincible, et celui de Vaugelas est inimitable'. » M. de Voiture, qui étoit fort de ses amis, le railloit sur le trop de soin et le trop de temps qu'il y employoit. Il lui disoit qu'il n'auroit jamais achevé-, que pendant qu'il

' Vaugelas lui-même le dit. l\ déclare qu'il a refondu son Qninte-Gurce sur le modèle de VArian de M. d*Ablancourt, c qui pour le style historique, dit-Il, n*a personne, à mon avis, qui le surpasse, tant il est clair et débarrassé, élégant et court > (o.)

* MM. Chapelain et Conrart procurèrent en 1653 la première édition du Quinte-Gurce de Vaugelas; il s*en Gt incontinent une seconde, toute semblable à la première; mais ensuite on retroura une nouvelle copie de Tauteur, sur laquelle M. Patru en donna une troisième édition, fort différente des deux antres, en 1659. (o.)

' Balzac avoit dit : «L'Alexandre de Philippe est invincible, etc.» Voyez le tome I, page 41 i dé ses Œuvres, in-t*. Aussi, en parlaot de ce passage et de celui dont il s'agit ci-dessus (pp. 333-233, eu note), il écrivit à Conrart « qu'il n'entendoit fwint ce que lui faisoit dire rimprlmcur de M. Pellisson. (o.)

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