‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 26 sur 81 · DE MONTEREUL · texte numérisé non relu

DE MONTEREUL

Jean de Montereul ', Parisien, et fils d'un avocat an Parlement, après avoir fort bien étudié, commença lui-même par le barreau; mais, àVàge dedix-huit ou dix-neuf ans, il fut en Italie avec M. de Bellièvre^, qui le donna au cardinal Antoine', neveu du pape Urbain YIIL Ce cardinal le fit chanoine de Tout, ce qui

* Jeae de Montereul on plutôt Montreull» comme son frère Mathieu a signé le titre de ses OEuTres» était le fils aîné de Bernardin de Montreuil , avocat en Parlement ; celui-ci même était le second fils de Jean Mootreuil, aussi avocat en Parlement. On a de ce dernier une pièce de trois cents vers intitulée : Tombeau de Philippe Des Portes^ quMl publia en 4606, un Plaidoyer pour l*arcbeTêque et le chapitre de Rouen dans la cause de la Fierté de Saint-Romain (1607), et enfin une Oraison funèbre de M» le cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen» in-8% 46 J 6.

Bernardin de Montreuil donna en i6i8 une traduction française de VBisMre grecque de saint Nicéphore, patriarche de Constantinople ; son père fit répttre dédicatoire. On y voit que le frère aine de Bernardin était gouverneur du prince de Joinville, fils du duc de Guise et petit-neveu du cardinal de Joyeuse, auquel Jean de Montreuil avait été longtemps attaché.

* M. de Bellièvre fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire en Italie en i63S.

* Antoine Barberin, cardinal du saint-sîége, grand aumônier de France, archevêque de Reims.

242 DES ACADÉMICIENS EiN PARTICULIER.

i*obligea de revenir en France *, et dès lors il fut retenu pour être secrétaire de M. le prince de Conti. Ce prince étoit alors au collège, et n'avoit pas encore besoin de son service : c'est pourquoi il ne laissa pas de prendre cependant d'autres emplois.

Il fut à Rome avec le marquis deFontenay-Mareuil ', ambassadeur de France, en qualité de son second secrétaire ] mais enOn M. Bouard, qui étoit le premier, ayant été retiré à cause de la disgrâce de M. de Thou, dont il étoit parent, Montereul devint le premier -, et, avant cela môme, il ne laissoit pas d'avoir la principale part aux affaires.

Au retour de tlome, il fut, avec la même qualité de secrétaire de l'ambassade, en Angleterre, avec M. de Bellièvre^^ et enfin fut laissé pour résident en Ecosse. Il y stetvit fort utilement, cdr il êtôlt tfês-propre à la négociation, d'un esprit souple et adroit, fort concerté, et qui ne faisoit presque jamais rien sans dessein. Ce fut lui ([ui donna Tavis que TElecteur Palatin dcvoit passer incognito eh France, pouh alleh coitimander les troupes du duc (le Weimar, et se saisii* dé Brisac, ce qui fut cause qu'on y pourvut et que fÉleeteur fut arrêté en son passage; Ce fut lui au^i qui, pensant rehdi*ë tin bon Service aii rdi d'Angleterre, négocia qU'Il ftii ihls

^ François Duval , marquis de Fontenay-M areuil ( fut eoTOjfé trois fois comme ambassadeur à Rome, en 1641 d*ftbord» puis en 1643, et enfin même en 1647.

* En 1647. — Cependant V Annuaire historique de la Société de Thistoire de France , qui donne cette date , place renvoi de Jean de Montreuii comme résident en Ecosse en 1645.

DE MÔNTBREÛL. itS

entre les mains des Écossois. Ce prince infortuné, à qui 'H rendoit depuis ce témoignage qu1l n'en avoit Jamais YU qui eût plus d'esprit et plus de vertu, prenoit plaisir à s'entretenir souvent avec lui, et lui faisoit parottre beaucoup d'affection.

Après tttoir été quelque temps en Ecosse, it établit en sa placé un de ses frères, qui éloit le troisième ; car )>our lui, il étoit Talné de sa maison. Il revint en France pf endre possession de la charge de secrétaire de M. le prince de Conti, qui l'envoya à Rome, en 1648, pour (K)lliciter le chapeau de cardinal. Cette absence lui nuirit*, car, durant ce temps-là, M. Sarasin fut aussi fait secrétaire de ce prince et partagea son emploi, ou, pour bilieux dire, en retint la meilleure et Ift plus utile ^tie. Cela les brouilla ensemble et lui causa beaucoup de peine jusques à sa mort.

Son maître ayant été arrêté avec le prince de Condé et le duc de Longueville, il n'est pas croyable de quelle ëorte il les servit durant leur détention •, car c'étoit lui qui trouvoit moyen de gagner les gardes pour leur fiiire donner des lettres, qui en écrivoit une infinité tous les jours pour leur délivrance, et qui, enfin, à ce que Ton dit, agissoit lui seul autant que tous les autres Serviteurs ensemble. M. le Prince, après la sortie, dit publiquement « que c'étoit à lui plus qu'à personne qu'ils dévoient leur liberté. » J'ai su d'un de mes amis, à qui il l'avoit dit lui-même, que pour leur écrire il se servoit d'un secret que le roi d'Angleterre lui avoit appris dans les longs entretiens qu'ils avoient eus autrefois ensemble. C'étoit une certaine poudre toute

particulière qui, étant jetée sur le papier, y faisoit pa<* roitre ce qu'on y avoit écrit auparavant avec uni liqueur blanche, qui sans cela éloit tout à fait imperceptible. On envoyoit quantité de drogues au prince de Conti, qui feignoit d'être encore plus malade qu'il n'ètoit ; elles étoient enveloppées dans du papier blanc, et chaque enveloppe étoit une lettre, sans qu'on y pût rien trouver pourtant, quelque façon qu'on y apportât, à moins que de se servir de la poudre que les princes avoient. Elle étoit d'ordinaire sur la cheminée de leur chambre, et passoit aux yeux de leurs gardes pour delà poudre à des^cher les cheveux. Par cet artifice et plusieurs autres, il n'y avoit presque point de jour qu'A ne leur donnât des nouvelles, etn'en reçAtd'eux ; et il mon- Iroit jusques à trois cents lettres de la main du prince de Condé. Après leur sortie ils l'auroient vraisemblablement récompensé, comme il méritoit, et déjà il étoit pourvu en Cour de Rome, à dix mille livres de pension, de tous les bénéfices du prince de Conti, qu'on croyoit alors se devoir bientôt marier avec mademoiselle de Chevreuse \ mais il manqua à sa fortune, et mourut en ce temps-là', âgé d'environ trente-sept ou trente-huit ans. U sembloit n'en avoir que vingt ou vingt-cinq; car il étoit naturellement fort beau, et avoit conservé jusques alors le teint et la fleur de la première jeunesse. Il avoit la taille médiocre, les che-

* On sail que les princes sortirent de prison le 13 féYrier 4651 » et répitaphe de H. Hontereal, gravée dans Téglise des Ursalines du faubourg Saint-Jacques, nous apprend qu'il mourut la même année, le 27 avril, (o.)

veax blonds, le visage fort blanc, et mêlé d'une agréable rougeur. On lui trouva sur le poumon un corps étrange, en Forme de champignon, qui Vavoit peu à peu suffoqué. U n'y a rien d'imprimé de lui * \ mais il a laissé plusieurs pièces de vers et dé prose, qui peut-être le seront un jour.

Qande de l'Estoile, sieur du Saussay, étoit Parisien, gentilhomme, et de fort ancienne famille, jusques à compter un chancelier de France parmi ses ancêtres ^.

* Moréri dit qu'on a pablié quelques-unes des poésies de Mon« terenl; mais Ménage, dans son Anti^Baillet^ dil le contraire. Peut-être que Moréri, ou plutôt ceux qui ont continué Moréri, auront confondu Jean de Montereul l'académicien aTec son frère, Matthieu de Montereul, celui dont parle Despréaux :

On ne Toit point mes yen, à TenTÎ de Hontreuil, Grotsir impunément les feuillets d'un recueil.

H faut écrire Montereul; c'est de quoi M. PelHsson a pris soin d'aYertir dans Verrata de sa première édition, (o.) — Il est étonnant que d'Olivet , qui s'est souvenu ici de Verrata dePellisson, n'en ait pas tenu compte dans l'orthographe du nom de Desmarets^ qu'il écrit toujours des Marets; nous avons respecté Tindication de Pellisson ; mais nous croyons qu'on doit écrire Montreuil.

* Pierre de l'Estoile, l'auteur du Journal si connu sur les règnes de Henri III et Henri IV, était fils de Louis de l'Estoile et de Marguerite de Montholon, d^nt le père, François de Montho- Ion, avait été garde des sceaux sous François !«'. — Pierre de l'Estoile eut trois enfants, dont le dernier fut Claude, l'académicien.

œ DES ACADEMICIENS EN PARTICULIER.

Son père, qui éloit audiencier a la Chancellerie de Paris, avoit recueilli plusieurs mémoires des aQaires dû son temps, desquels un de ses amis, i qui il les avoit prêtés, lira le livre intitulé : Journal de cê qui ieii pagté MOUS Henri III. Ses enfants n'opt jamais youlu donner le reste de ces Mémoires, qui peut-être sont, maintenant perdus '. Ils étoient trois Frères : Taîné qui mourut jeune, le second qui fut secrétaire du cardinal de Lyon ^, et celui-ci, qui étoit le troisième, qui n'eut point d'autre emploi que celui des belles-lettres et de la poésie, où il se rendit très-célèbre. Il avoit pourtant plus de génie que d'étude et de savoir. Il s'étoit attaché particulièrement a bien tourner un vers, à quoi il réus* sissoit fort bien, et aux règles du IhéAtre, qu'il faisoit profession d'avoir apprises de M. Gombauld et de M. Chapelain.

Un de ses amis particuliers m'a dit que quand il vouloit travailler, s'il se rencontroit que ce fût de jour, il faisoit fermer les fenêtres de sa chambra et appprter delà chandelle^-, et que lorsqu'il avoit composé un ou-

* En 1719, on publia deux volâmes à Cologne, sous ce titre : Mémoires pour servir à VBistoire de France, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans ce royaume depuis i^\^ jusqu'en 1611. he premier de ces volumes contient ce qui avoit été donné sous le titre de Journal d'Henri IIL L*autre volume contient la suite des Mémoires de M. de TEstoile, à Texception de ce qui s'est passé depuis mars 1594 jusqu'en juillet 1606. Mais ce grand vide enfin se trouve presque rempli à Paide du manuscrit original qui se conserve dans la bibliothèque de M. le président Boubier, et qui fut imprimé en 173â. (o.j — Voy. le Manuel du Ubraire,

* Frère du cardinal de Richelieu.

' Tallemant des Réaux confirme ce fait.

DE L'pSTQItE. 9é7

Yiagp, )l |p lisoH I sa servqpte (cppime pfi a jH ^M^sj 4^ Malhprl^e) pour cpnpoHre s'il avqit ))ien réussi, cfpyi|Q( qi}e les vers n'avoiept pas leur pptjèrp p^rf^p^ tion s'ils n'étoient rempli^ d'une çprtfiine t>e^uté qui sp f^\\. sentir aux personnes même |es plus rude^ et |es plus grossières* 11 ét^oil grand adn)irateur des Y^^s da H. ^e l^érjsay et de ceux de M- Gombauld; et sur le sifjet de ea dernier, sortant un jour avec Ipi de Tbôtel de Soupgogn^, je lui ai oui dire sériepsement qu il eût miau^ ajmé avoir fait çet^e scène des Dandiiies^ pù Tacr tion de ces pruelles spBurs est décrite, que toutes lai mpillpures pièce; dp théâtre qui avoient paru dppuis

ving^ps*.

Il étoit d'une complexion extraordinairement portée à Tamour, et cette passion fit presque tous les troubles et tous les maux de sa vie'. En ses (lernières années il époqsa par inclination une femme qui n'avoit que peu de bien^. Il tint longtemps ce mariage caché ; et, comme

* SoD ami Du PeUetier, dans ses Lettrei nouvelles, parlant de la Belle Esclave, pièce de Claude de TEstoUe» dit de même : c ie fOus envoie la Belle Ssclave de M. de TEsloile, et je vous avoue que j'aimerois mieux avoir composé cette pièce que d'avoir acquis trois ductiés et ie titre de grand d'Espagne. » (Lettre à La Serre, p. J45 ) — Les DanaïdeSy tragédie de Gombauld.

> c n avoileû, ditTallemanl, quelque bien de patrimoine, mais il en mangea une bonne partie en amourettes. » {Hislorieltes, édit. in-18, VI, p. 2»l.) — L'Estoile lui-même, dans un sonnet adressé à CoUetet, lui dit :

Colletet, on ne peut de Tamour l'affranchir.

(Les Muses illustres, 1 vol. in-i8, 1658, p. 289.) • ' Elle était fille d'un procureur, c Celle-ci n^avoit point de

il n'étoit pas riche autant quil falloit pour vivre commodément à Paris avec sa famille, il se retira à une maison des champs, où il passa presque tout le reste de sa vie ^ II mourut âgé d'environ cinquante ans^.

Il étoit de taille médiocre, et fort grêlé ] il avoit les cheveux et les yeux noirs, le visage fort pâle et fort maigre, gâté, et sans barbe en quelques endroits, i cause qu^étant enfant il étoit tombé dans le feu'. Il avoit beaucoup de vertu et d'honneur, et supporta sa mauvaise fortune sans s'en plaindre et sans être incommode ou importun à personne. Il reprenoit hardiment et brusquement, avec une sévérité étrange, ce qui ne lui pl^isoit pas dans les choses qu'on exposoit à son jugement^. On Taccuse d'avoir fait mourir de regret et de

bien. Il en fut si jaloux qu'elle mourut du chagrin que lui donnèrent les bizarreries de son mari. « (Tallemant, Historielies.)

^ L'Estoile ayoit été attiré aussi à la campagne par sa passion pour les fleurs. — Voy. une longue lettre que lui adresse k ce sujet du Pelletier. (LeUra nouv. Paris, 1635, i vol. in-S"", p. 120.)

* En 1652. (o.) — G. Colletet lui fit une épitaphe qu*on trouve dans ses Œuvres. — « Il n*étoit point âgé quand il mourut. Sa maladie fut bizarre» car tout est bizarre en lui. il s'étoit mis en fantaisie de ne manger que des confitures, et cela lui causa une indigestion étrange. Il en trépassa. On dit que par résignation à la volonté de Dieu il donna tous ses vers à un janséniste. Je ne sais ce que ce janséniste en a fait. » (Tallemant.) — Les Poésies de TEstoile n*ont jamais été réunies ; on les trouve éparses dans divers Recueils,

' « G'étoit^ dit Tallemant, un visage extravagant et difforme tout ensemble. »

^ Voici un exemple de celte brusquerie de Claude deTËstoile; il est rapporté dans le Menagiana (édit. t69i, t. H, p. 356) : «' Un jour, M. de Gombauld et moi nous étions chez M. de TEs*

douleur un jeune homme qui étoit venu de Languedoc, avec une comédie qu'il croyoit un. cheM'œuyre, et où il lui fil remarquer clairement mille défauts.

Un de mes amis S qui ne Favoit jamais vu, fut un jour mené chez lui pour le consulter sur une pièce de même genre. Il en écouta la première et la seconde scène sans dire mot-, mais à la troisième, où il y avoit un roi qui ne parloit pas à son gré, se levant en sursaut : « — Ce roi est ivre, dit-il, car autrement il ne tiendroit pas ce discours. » Il travailloit avec un soin extraordinaire, et repassoit cent fois sur les mêmes choses : de là vient que nous avons si peu d*ouvrages de lui. Il laissa deux pièces de théâtre, la Belle Esclave et V Intrigue des Filous^ et en achevoit une troisième quand il mourut, qu'il appeloit le Secrétaire de saint Innocent^. Il avoit part, comme je vous ai dit, à celles des Gnq Auteurs. Il

toile, el il 8*y trooYoit un provincial qai lonoit extrêmement les vers d'an poète de sa province. Si on avoit voulu le croire, c*étoit le meilleur poète de France. H. de TEstoile, qui ne connoissoit pas ce poète , nous demanda si nous le connoissions. Nous lui dîmes que non. Alors il prononça cet arrêt : Malheur à tout homme qui fait des vers et qui n*est pas connu de M. Gombauld, de M. Ménage et de moi. » — Taliemant rapporte aussi ce fait ; le provincial était un gentilhomme saintongeois.

' Taliemant des Réauz donne le nom de Tauteur et de la pièce. 11 est ici question de Michel Le Clerc , plus tard académicien , celui-là même que Racine a si cruellement raillé dans une de ses épi grammes ; la tragédie de Ramkre , lue par Le Clerc à Claude de TEstoile, n*a jamais été imprimée.

' Cette pièce devait être une comédie. On appelait secrétaires de saint Innocent les écrivains publics qui se tenaient autour du marché des Innocents.

DES ACADEMIE IBli8 EN PiHTlCUL ER.

y 9 divfff^ei odQ« eu 9iwm fort hfA\^ 4^ }ui 4W9 !^ 4^rQi0r8 fUiçueik imprimést

Véili tout ee qu0 j'uvois 4 V0M9 dJFp 4m 4^44miiciens morts. Plût i Oi^ii que je pusse parler dfss viy9fit# ayee la mèoie liberté, et rendra 4 qpplques-uns 4a ç» nombre, quejecopnpis plus pftrtjculièrein^fit, letémpir gnage que leur esprit et que leur vertu mérite. Nais i) y a plusieurs raisons qui m'empêchent, et un^ 96ule qui me console d'en être empêché. C'est que %\ je regardf le public , leurs images se verront san^ doqto ttillpurs en quelque lieu plus célèbre, et de quelque meilleure main *, et si je vous considère en particulier, voqs sa?^9 assea ce que j'en pense, et n'aurez pas oijblié ce que ji^ vous en disois si souvent en nos longues promemides de Roumens, ofi il n'y avoit que des arbres et que des fontaines qui nous écoutassent. Contentez-vous donc de les voir ici nommés parmi les autres, suivant qu'ils sont dans le Catalogue de l'Académie ' : je n'y ajouterai rien qqe des apostilles pour vous dire le nom de baptême et la qualité de chacun, sa patrie, e^ le titre des ouvrages par lesquels il est connu.

* Apparemment on avoit fourni à M. PelUsson un catalogue peu exact ; car Tordre d'ancienneté, qui a toujours été suivi à TAcadémie, est souvent renversé ici. En générai, on a déjà pu juger jMir ses autres dénombrements qu'il n'a eu intention d'observer aucun ordre, et peut-être a voit-il ses raisons. Quoi qu'il en soit, une table alphabétique des matières est un remède aisé, (o.)

H f IMIIPM

DU L'ACADÉMIE FMNÇOISK

I. Amable de Bourzets , abbé de Saint- Martin de Cores, né en Auvergne. Il n*y a rien d'imprimé de lui sous son nom qq'une Lettre au prince Édouarcf Pala-r iin , qui est un tn|ité 4e relig|ioQ S

« Il naquit à Volvie près de Riom en Auvergne, le 0 avri} 1606 *. Il fat élevé [Wge chez le marquis de Ghandenier *, et

* Neas avons Joint, à la suite de chacun des articles d9 Peilisson, les notes complémentaires de d*01iTet ; la différence 4les deux testes soflOra pour faire distinguer la part de clipcqn. — * Pour plusieurs des personnages qui figurent dans le Catalogue de PelHsson, Tabbé d'Olivet a fait des notices particulières qui se trouvent dans le second volume de cet ouvrage : nous réservons nos notes pour les rattacher à ces différents articles.

' Garausat relève comme faui ce quantième, et fixe au 6 Juin de la même année la naissance de Bourzeys, dont les parents auraient été catholiques et non protestants^ comme l'assure le P. Gerberon dans son Histoire du JamérUtmê, I, 33S.

' Il étoit capitaine des gardes du corps ; c*étoit up bomme toH

252 ATALOGUE

dans cet état il ne laissa pas de faire un si grand progrès dans les lettres, surtout dans le grec, que le P. Amoal, Jésuite, son parent, c[ui avait été confesseur du Roi, Tayant emmené à Rome, lorsqu'il n'avoit encore que dix-sept ans, osa le produire sur ce grand théâtre, comme un génie extraordinaire. Il y fit son cours de théologie sous le P. de Lugo, jésuite, et il apprit les langues orientales. Il s'y exerça aussi à diverses pièces de poésie, grecques et latines \ et la traduction en vers grecs du poème Ife partu VirginiSj du pape UrbainVIII, lui mérita de Sa Sainteté un prieuré enBretagne. Le cardinal Maurice de Savoie prit goût pour lui, l'amena à Turin, le fit loger dans le palais du Duc son père, et ne lui permit de se retirer en France qu'au bout de deux ans, gratifié d'une pension considérable. Lorsqu'il fut arrivé à Paris, le duc de Liancourt, qui faisoit cas des gens de lettres, lui offrît un appartement dans son hôtel et le présenta au roi Louis XIII, dont il obtint l'abbaye de Saint-Martin de Cores*. Le cardinal de Richelieu l'honora de son estime et le choisit pour être un des membres de l'Académie françoise qu'il venoit d'établir. Peu de temps après, l'abbé de Bourzeys

savant, comme on le voit par les lettres latines que lai adresse Tanneguy Lefèvre. {TanaquilH Fabri epistolx, in-4*», Saumur, chez Desbordes.)

1 Léo AUatius, p. 25 de ses Àpes Vrbanx^ cite de lui Touvrage suivant : Epithalamium in nupiias DD. Thaddxi Barberini et Annx Columnx, e typogr. Camerae, 1629, in-8«.

* Cores, Chores ou Gores, dans le diocèse d*Autan. — L*abbé Gallois , puis Tabbé Boileau lui succédèrent dans cette abbaye, dont le revenu était de 12,000 livres, d*après la Clef du grand fouillé de France, de J. Doujat, 1671, in-12, p. 50.

' On a vu plus baut , p. 74, qu'il y prononça, le 12 février 1635, un Discours sur le dessein de TÂcadémie et sur le différent génie des langues.

pfit les ordres sacrés et s'appliqua à la controverse. Les fruits de ses travaux furent la conversion de quelques-uns des ministres, contre lesquels il avoit disputé. Il eut méirie tout l'honneur de celle d'Edouard, prince palatin' . Enûn la grande habileté qu'il avoit en ces matières porta le cardinal de Richelieu à lai confier ses ouvrages de controverse, et ce fut par ces soins qu'ils furent mis dans l'état où ils ont été imprimés \ Les disputes sur la grâce s'étant élevées, donnèrent lieu à l'abbé de Rourzeys de faire divers écrits ; mais la Constitution d'Innocent X étant intervenue en 1653*, il cessa d'écrire sur ces disputes, et signa le formulaire en 166 H. Il suivit le cardinal Mazarin au voyage de Bouillon, où il le servit bien de sa plume. M. Colbert eut pour lui la même estime. Il le mit à la tète, non-seulement de l'Académie des inscriptions, mais encore d'une autre assemblée, qui se tenait dans la bibliothèque du Roi, et qui n'étoit composée

> Le prince Édoutrd étoit le sixième des enfants de Frédéric Y. Né le 6 octobre 4624, il éponsa, le 34 août i645, Anne de Gonsagae , sœur de Marie de Gonzagae» reine de Pologne, et moamt cathoUque le 10 mars 4663.

* 11 ne peut être question des premiers ouvrages de Richelieu» publiés entre 4617 et 4624, quand Tabbé de Bourzeys avoit douze ou seize ans , mais de c la méthode la plus facile et auurée de convertir ceux qui sont séparés de V Église. » 4 vol. in-f*. 4654, et de ff La perfection du chrétien, » 4 vol. in-4<>, 4646, deux ouvrages auxquels il auroit eu la principale part, et dont la mémoire du Cardinal anroit eu l*honneur posthume. ~ Le privilège en lut accordé à la duchesse d'Aiguillon , nièce du Cardinal.

* La Constitution donnée par le pape Innocent l\\ est datée du 54 mai.

* A la date du 4 novembre. Cet acte a été apprécié de diverses Manières. Voy. le P. Qnesnel , Démonstration dé deux faussetés capitales de l'histoire des V propositions.

ItU CATALOGUE

^ue âe théologiens. L*abbé de Bourzeys travailla , par ordre dtt même ministre, sur des matières qui regardoient le sertlee da Rof, et 11 eut la principale pari à la recherche des Droits de la Reine. Les divers traités qu'il fit à œ sujet, surtout celui où II démontre la Dulltté de la renonciation de là Helbe, firent Toir qu'il étoit aussi grand Jurisconsulte que grand théologien * . Il fit même une réponse an livre Intitulé Bonelier d'État et dejuêiicê^ que la paix empêcha de publier. Ces différents travaux d'esprit ne furent interrompus que par le voyage qu'il fit en Portugal, par l'ordre du Bol, i'ah 1666^ pour y travailler à la conversion du comte de Sehomberg, depuis maréchal de France ^ Il mourut à Paris, le 1 août 167Î. »

Voilà ce que les nouveaux éditeurs de Moréri ont extrait d'dbe vie de M. dé Bourzeys, composée par un de ses

1 De ces traités, dit le P. Nicercoy aucun n*a été publié. Le P. Le Long en cite un^ n*" 12003 de sa Bibliothèqne historique, sous le titre de : Nullités un ren&nelatîons faites par Ha re'Me Iharie- Tkérèie d^Authche^ pr&uvées par soixante^atorze raiems invincibles, — Cet ouvrage étoit alors eon^ervé dans la bibliothèque des prêtres des Missions étrangères.

* l«e P. ffieeron ajonte : « Quoique ce fût là le principal objet de son vojrage^ il ne laissa pas d*aToir part aui grandes tMtes (itti se traitèrent dans ce royaume. 11 y Tut honoré de la confiance du Roi et de là Reine, cette princesse n*ayant pas dédaigdé de Recevoir de lui des AVis ittiportattts pdur sa conduite» et ee prince lui aysttt dbnné à sou dépairt des tnarques de son estime t^r un présent considérable. B'il ne réussit pas dans son espèce d'apostollt, il eut du moins la consolation d^avoir ^nuadé le comte de la vérité de la religion catholique, sa conversion ayant été arrêtée par quelques considérations humaines. » [êt^émelrei peut jereir à VkiiMre des hûmmee itltiarrei dans la r^èt^ftre deê iHitm, t. XXIV, p. 366.)

DE MESSIEURS DE L*AGADÉMIE. ÎSii

tiereuxS et dont l*origiDai est aujottrd*hul, avec tous les nianaserits de M; de Bourseys^ entre les mains de M. de La Fautrière, conseiller au parlement de Paris. Personne n*a |»las de goût que ce magistrat, ni n*est plus capable de mettre qoelques-nns de ces manuscrits en état de voir le Jour. (o).

II. Antoine Gooeau, évèque de Grasse et Yeoce*, né i Dreux. Ses œuvres imprimées jusqu'ici , suivant le catalogue qu'on m'en a donné, sont la préface du Dialogue des causes de la corruption de F Éloquence , traduit par M. Giry \ celle des OEuvres de Malherbe. La Paraphrase des Éptlres de S, Paul et des ÊpUres car noniques, La Vie de S^ Paul, Instructions et prières chrétiennes , pour toutes sortes de personnes. Ordon-^ nances et instructions synodales. Méditations sur r Oraison dominicale. L* Oraison funèbre du roi Louis XIII; celle d6 M. l'évèque de Bazàs. Vidée du bon Magistrat^ en la tie et en la mort de M. de Coi-des, Traité de la Tonsure ecclésiastique, knire^ de ta Vocation ecclésiastique. Élévations à Jésus-Christ en forme de Méditations^ et de nouvelle Paraphrase sur VÊpitre aux liébreux, Remorùrance faite au Roi contre le Par» lement de Toulouse. Exhortation aux Parisiens toubhant l'aunione et la charité envers les pauvres de Pièàirdi^ et de Champagne. Avis aux Parisiens touchant ta proàèssion faite en tannée 1652, pour la descente de

* M. Olier de Bessat, mattre des comptes, selon VHistoirs des Journaux de Camasat et la Télémacomanie de Faydit.

' Il fat nommé évêque de Grasse le 21 jnin 1636, et de Veace en 1638 ou 1639.

la chatte de sainte Geneviève j sous le nom d*un curé de Paris. La Vie de saint Augustin^ in-quarto. L'His" ioire ecclésiastique des quatre premiers siècles , en deux volumes in-folio. Ses Poésies imprimées sont : un volume A' Œuvres chrétiennes. La Paraphrase de tous les Psaumes en vers français^ qui a été mise en musique par le sieur Gouy. Une Ode pour le roi Louis XIII. L'Institution du Prince chrétien pour le roi Louis XIV» La grande Chartreuse» La Sorbonne» Hymne de saint Charles Borromée. Hymne de sainte Geneviève. Il a fait un Poème de saini Paul en cinq chants, qui n'est pas encore publié / non plus que plusieurs autres hymnes, discours, ou épltres en vers adressés à ses amis particuliers '.

Il était un peu parent de M. Conrart* ; 11 logeott chei lui. quand II venoit à Paris, et ce fat pour entendre la lecture des poésies qu'il apportoit de Dreux que M. Conrart assembla pour la première fols ces gens de lettres, dont les conférences bientôt après donnèrent naissance à l'Académie.

Il fit en 1636 une paraphrase du cantique Benedicite otnnia opéra domini Domino^ bien versifiée, et d'an style

* Chtpelain , dans son Mémoire des gens de lettres vivants en 1662, parle ainsi des nombreux ouvrages de Godeau : c Peu de gens ont autant écrit et ausài élégamment que lui. Son caractère est plutôt de douceur et d'élégance que de Torce et de régularité.! Et il ajoute : « Surtout^ c*est une âme noble, candide et franche, qui va toujours à la justice et au bien sans intérêt. »

* 11 étoit Cls d'Antoine Godeau , employé des eaux et Toréts dans le comté de Dreux, et de Marie Terge, et naquit le 24 septembre 1605. (Gallia Chriitiana.)

noble et riche. Elle plut si fort au cardinal ^de Richelieu, qu'après Tavoir lue et relue en présence de l'auteur, il lui dit : c Vous rae donnez le Benedicite, et moi je vous donne Grasse \v Jeu de mots que l'occasion fit naître : car Tévéché de Grasse vaquoit heureusement pour M. Godeau, et le Cardinal, qui connoissoit d'ailleurs son mérite, fut par là déterminé à le placer sur-le-champ'.

On voit par les lettres imprimées de M.Godeau', que ce fut en effet un évêque très-appliqué à ses devoirs, d'une grande innocence de mœurs, d'une piété exemplaire, d'un prodigieux travail, et d'une fermeté, ou plutôt d'une intrépidité qui n*eât pas commune.

Pnisqu'ici Je dois p{A*ticulièrement le regarder comme poète, il ne m'est pas permis de me taire d'un libelle qui parut contre lui en 1647, sous ce titre : Antonius Godellus utrum poèia* ? J'appellerois ce petit écrit une satire très-ingénieuse,

1 Le Menaglana retire ce mot à Richelieu pour en faire honneur à Bautru.. Celui-ci auroit dit que le roi donnoit àM. Godeau Grasse pour Benedicite,

* Malgré cette protection du Cardinal^ il essaya en vain d'obtenir la réunion définitive des évêchés de Vence et de Grasse, et, forcé de choisir entre les deux, il opta pour Grasse , où il fit en 1650 son entrée solennelle. — On voit par une lettre de Godeau à Chapelain (12 septembre 1639) que Richelieu lui donna Tévéché de Grasse sans qu*il Teût demandé, et contre son attente : « 11 n*y avoit que huit jours, dit-il, que j'étois prêtre. »

* Les « Lettres de M. Godeau sur divers sujets • ont été imprimées en 1713. Paris, Et. Ganeau, 1 vol. in-12.

* L*aBteur de cette satire est le P. Vavasseur, jésuite^ connu par son traité du burlesque, « de ludicra dictione. » — Voici le double titre de cet ouvrage : Antonius Gûdellus, episcopus Grtusensls^ an elogii Âureliani scriplor idoneus; idemque ulrum poeiaf — Constantiae, 1650^ ia-8<^. — Va.vasseur a donné le premier de ces écrits, dit Nicéron, sous le nom de c Paulus Romanus » et Tadresse

sr» Catalogué

et même asset solide, si là censure ne portoit qne sm* les vers de M. Godean. Mais comme sa pci-sonne y est attaquée, je I al traité de libelle ; et par cette raison Je supprime le nom du critique, qui a été le meilleur humaniste de son temps.

On demandera, en voyant la liste des ouvrages de M. Godeau, comment il a pu tant écrire. G*est une fhcilité, c^est uue fécondité sans exemple. 11 disolt « que le paradis d'un auteur, e*étolt de composer ; que son purgatoire, c'ëtolt de retire et de retoucher ses compositions; mais que son enfer, c'étoit de corriger les épreuves de l*imprimeur. »

H tomba en apoplexie le 17 avril 1672, et mourut à Vence le 21 du même mois, âgé de 67 ans '.

On peut voir dans la tUbltothf'cà aprosiana^ imprimée à Boulogne en 1073, un catalogue de ses ouvrages, en voj-é par lui-même à un de ses amis, peu de temps avant sa mort. Mais il n'y renferma pas ceux qui pou voient alors lui parottre un peu profanes, et il y parle de quelques livrets^ tels qu'un Hevueil (Irs ejarciswes^ un Office de Vanye gardfrn, et les Parap^ra.s s dtj^ Utunics du iuinl ehfanl JesuSj qae Je n'ai pu découvrir.

lU. François de Mëîel ^y sieur de Boïsroèert, abbé de Chàtillon-sur-Seine ^ conseiller d'Ëtat et aumônier du Roi, né en la ville de Caen en Normandie. Il a composé, outre quelques lettres en prose et quelques poé-

« Candido Hesycfaio. > Le second > signé « Candidus Ëesyctiitts, » C8i une sorte de réponse «( Paulo Romano. »

* Le Gallia Chnsfuma fixe sa mort à la date du 'i\ avril, jour de Pâques, el ajoute qu'il fut enterré dans son église calticdrale.

* Vojer le tome il de celte Histoire, seconde partie, art. ni.— On lit dans les Origines de Cmn de M. Huet, non pas De Méitt, mais Le Mélel, et c'est ainsi qu*ii faut dire, (o.)

DE UËSSlfiURâ DE L'ÂGADÉMIE. iS9

sies qu'on voit de lui en divers Recueils, un Hv^e sé>pôré à'ÊpiireÉ^ ou de discours en vers à la manière d*Horace. Plusieurs Poèmes dramatiques, Drte tragédie intitulée : la Didon chaste ^ ou les Amours d*Hyarbas. Deux tragi-comédies, qui sont, le Couronnement de Darie , et Palène, Trois comédies : la première, qui est de son invention, intitulée les trois Orontesy et les deux autres qui sont : la Jalouse d'elle^' même et la folle Gageure , tirées de Lopes de Véga»

IV. Henri-Louis Habert, sieur de Montmor*, conseiller du Roi en ses conseils, tnattre des reqUètei do son hôtel , né à Paris.

Il étoit cousin de Philippe et de* Oermaln Habert, aeadé» miciens t*un et l'autre^ C*est une famllte qui a été féconde en hommes illustres. Celui-ci éioMomnisdoctrinaetsuhtimioris et humaniorisamanlissimus^j comme le dit M. Iluet dans seê mémoires, page 166. Un Jour par semaine il se tenoit chez lai une assemblée de savauts, où Ton traitoit des matières de physique. Sorbière, dans sa lettre LXXIX, rapporte les

> Il existe un bizarre volume intitulé : Explicationem notniMs duMontmor, 1647, in-4o; la dcdicace est signée : Hector-Antoine- Gaillard de Saint-Cyr. — Cet ouvrage est un poème latin en Itances alcaiques, où l'auteur Joue sur la triple jétymologie du mot : mons mortis, mons moris, morts tnori, sans oublier que le nom se termine par une syllabe précieuse {or).

* Sorbière, dans sa Vie de Gassendi , rapporte que le père de Habert de Montmor étoit petit-neveu du célèbre Budée.

* < MoNTMOB. — 11 a beaucoup d'esprit, et Ta plus témoigné dans plusieurs épigrammes latines qu'en autre chose. Son amour pour les lettres et pour les lettrés est très-ardent et quelquefois libéral.

règlements faits pour cette espèce d'Académie '. Gassendi, le plus savant philosophe du dernier siècle, et comparable lai seul à tous ceux qui sont venus depuis Aristote, éprouva dans la maison de M. de Montmor que la possession d'un bon ami peut tenir lieu de tout\ Il y vécut plusieurs années, il y mourut, et M. de Montmor, après avoir recueilli ses derniers soupirs, non-seulement lui érigea un mausolée dans Saint-Nicolas-des-Champs; mais ce qui valoit encore mieux pour la gloire de son ami, et pour l'utilité du public, il rassembla tous les ouvrages de ce grand homme en six volumes in-folio >• A la tête de cette édition se trouve unepré-

A force de subtilités et d'affectation de méthode dans ses raisonnements, il tombe dans la langueur et dans l*embarras. On n*a rien vu dMmprimé de lui, quoiqu'on dise qu'il a force choses commencées en matière de philosophie. Il fait profession de cartésianisme, et le bruit est qu'il n'a érigé une assemblée académique chez lui que pour établir cette nouveauté et pour détruire la doctrine d'Aristote : en quoi il a trouvé de grandes contradictions.» (Chapelain, Mémoire de quelques gens de lettres vivants en 1662.)

^ \oyei^nx Pièces justificatives.

* Voici comment Sorbière, dans sa Vie de Gassendi^ parle de rhospitalité de Montmor : c In aedibus tuis renidentibus, Monmori illustrissime, exceptus fuit tanta comitate tua, lectissimaeque conjugis tuae, ac tanta famuloram tuorum reverentia, ut berus alter videretur. » — (Cf. Loret, Muse historique. Gazette du 23 nov. 1652 et du 2 oct. 1655.)

> Publié à Lyon en 1658. Gassendi avoit la plus grande confiance dans l'amitié et le savoir de Montmor ; celui-ci dit en effet : c Tanta fuit viri erga me benevolentia, ut scripta mihi uni adjudicaret, qus omnibus litteratis potiori jure debebantur ; tanta denique modestia, ut quae ad amussim limata et expolita erant, judicio meo qualicumque subjiceret. > — Montmor flt cette édition, dit-il lui-même, c adjutore Henrico Bornxo, in curia parisieusi patrono consultissimo, et communicato labore cum Claudio

face latine de M. de Montmor, écrite sensément et de bon goût. G*est presque le seul ouvrage par où sa plume nous soit connue, à trois ou quatre épigrammes près, qui se sont conservées dans les recueils de son temps. Mais le poème De rerum natura, où, à Tenvi de Lucrèce, il avoit développé toute la physique, n'est point venu Jusqu'à nous. Il mourut à Paris, le 21 janvier 1679 ^

y. Jean Ogier de Gohbauld ^, né en Xaintonge , à Saint-Justde-Lussac, près de Brouage. Ses ouvrages imprimés sont : XEndymion; Y Amarante j pastorale; un volume de Poésies; un volume de Lettres, Les suivants n'ont point encore été publiés : les DanaïdeSj tragédie; Cidippe y tragi-comédie ; Ti^ois livres d' Épigrammes; plusieurs autres Poésies ^ Lettres et Discours de prose.

Hardyaeo, senatore parisiens!, FraDcisco Henryaeo, patricîo lugdaDensi, Jeanne Capellano, viris doctissimis, mihi et Gassendo carissimis. » (Prxfatio ad lectorcm.) Toatefois, dit un avis des imprimeurs, c ut editio ad unguem foret conformis autographio, voluit D. Montmorius recognita singula operum folia suo ipse Domine consignare, et cautionem à nobis exigera ut ne apice qoidem immutato, ad designatam tempus perficeretur editio. »

1 II étoit fils de Jean Habert de Montmor, trésorier de Textraordinaire des guerres; une de ses L^œnrs épousa le maréchal d*Estrées, une autre le président de Bercy, et la troisième le marquis de Rochefort. Lui-même épousa Henrye de Buade et fut, par cette alliance, beau-frère du marquis d'Épinay-Saint-Luc et de Louis de Buade, comte de Frontenac et de Pailuau, qui fut gouverneur du Canada en 1672.

* Voyez le tome 11 de cette Histoire, seconde partie, art. x. (o.)

Je ne sais ai la Xvagi'Coméàle de Cidippe * a été imprimée* Ce qui m'en fait douter, c'est qu'en 1669, trois ans après la mort de l'auteur, elle ne Tétoit pas encore; comme nous l'apprenons dans Tavertissement de Conrart à la tête des traités posthumes de Gombauld. « Il a laissé encore, dit Conrart, une tragi-comédie de Cidippe^ et de quoi faire un nouveau recueil de vers, particulièrement de sonnets et d'épl*^ grammes qui, pour être entre les mains de personnes peu intelligentes en ces sortes de choses-là, ti'ont pu encore être mis en lumière. »

YL Marin Cureâu de la Chambre, conseiller du Roi en SOS conseils, et son médecin ordinaire, né au Mans. Ses œuvres imprimées sont , les Nouvelles pensées sur les causes de la lumière ^ du débordement du Nil et de Vamour d'inclination. Les Nouvelles conjectures sur la Digestion, Deux volumes des Caractères des pas^ sions. Traité de la connaissance des animaux. Nou^ Vellfâ observations et conjectures sur l'Iris, S'il achève ce qu*il a commencé, nous verrons la suite des Caractères des passions. Le traité de la beauté humaine^ celui du naturel et des mœurs des peuples , et les autres qui composent le plan qu'il a fait pour \Art de connaître Us hommes. Il a fait une traduction françoise des huit livres de la Physique d'Aristote', qui n'est pas imprimée, et fait espérer dans peu de temps un Commen-

' Il e](isle une pastorale de ce nom publiée en \ 633 par le cb^ valier de Baussaye. La pièce de Gombauld n*a pas été imprimée.

* Sorbière dit, dans sa Vie de Gassendi^ que La Cbambre « primus Aristotelaeam philosophiam et Platonica raliocinia cultiorecultu ornata deduxit in aulam nostram. »

DE MESSIEURS û& L'ACADÈMiË. iG3

iskire zur les ^piorùmes iï Hippocraie ^ qi^il appelle U%vs Aphorismorxivfi, où son dessein ost, «près avoir marqué le sens d'Hippoorate en chaqtie aphorisme , de rappliquer à d'autres sujets , et de faire voir tous les usages qu'on en peut tirer.

« Il avoit patqrellement beaucoup (Véloquenee, il étoit savant en toute sorte dt> littérature, et ces qualités étoient soutenues par un grand fonds d'honneur et de probité. Il étoit à tous les hommes de lettres un ami qni ne leur manquoit jamais au besoin. La réputation que son esprit lui avoit acquise le lit cQnnoUre au chancelier Se^uier, et ce magistrat voulut avoir {^a Chambre auprès de iuî, non*i»eulement comme un excellent médecin, mais encore comme un homme consommé dans la pjiilosophie et dans les belleslettres. Le cardinal de Richelieu en porta le même jufiement et en fit une est^ime singulière. Il le destina pour être un des ornements de TAradémle fram oIse, qu'il avoit établie depuis |)en. La Chambre fut reçu dans cette illustre compagnie au commencement de Tau 1635. Depuis, le même Cardinal le choisit dans le grand nouibre d 'écrivains qui s'étoient attachés à sa fortune, pour rép<mdre à un ouvrage séditieux, intitulé : OpiniuH Gallus de caventlo schiswate '. Le roi Louis X!V rhonora d'une affection particulière, et il la lui fit connoftre en le nommant un des premiers entre les gens

1 « Le cardinal de Ricbelku... le cb.irgea eo 1640, de répondre aa livre de Hersaot en faveur des prétentions de la Cour de Borne. Ce livre fut regardé en France comme séditieux, el i*oa ordonna des recherckies contre Tauteur, qui chercha un asile auprès de ceux dont il avait défendu la cause. U^is à Rome même il fut poursuivi parTiaquisition comme janséniste, et excommunié poyr n'avoir point comparu. » (Condorcei, ^iQgci^ U 1).

de lettres qui dévoient avoir part à ses gratifications'. Il fût aussi choisi pour remplir une des premières places dans l'Académie des sciences'. Tout ce qu'ila écrit porte non-seulement le caractère d'excellent philosophe, mais encore celui de bon chrétien. Il mourut en la 75« année de son âge, le 39 no- Tembre 1669». »

M. Fabbé de La Chambre est auteur de cet article, tiré presque mot à mot de Moréri. Il avoit promis de recueillir en deux volumes in-folio tous les ouvrages de son père, mais il ne l'a point fait. Il devoit y faire entrer plusieurs traités non imprimés de son vivant, et qui ne l'ont pas été depuis : entre autres la traduction entière des huit livres de la physique d'Aristote, dont il n'y a eu d'imprimé que le premier.

VII. Marin le Roy, sieur de Gomberville , Parisien. Les œuvres imprimées que j'ai vues de lui sont les romans de Polexandre en cinq volunies -, de la Ciikérée en quatre volumes*, àe la jeune Alcidiane^ qui n'est pas achevé : la préface des Poésies de Haynard.

1 Voir la Uste des gens de lettres, présentée à Colbert par Chapelain : « C*est an excellent philosophe, et dont les écrits sont purs dans le langage, justes dans le dessein, soutenus dans les ornemenls, et subtils clans les raisonnements. Son appliration est dans les matières physiques et morales, en tant que celles-ci regardent la nature; je ne le tiens pas fort dans les politiques, et je doute quMl fût propre à éctire l*histoire, quoique fort judicieux. •

* En 1666.

> 11 étoit né au Mans vers 1605, dit Condorcet {Éloges, t. 1); — vers 150-i, selon Niceron, et cette dernière date parott être la vraie, puisque Tabbé de La Chambre assure que son père avolt 75 ansIorsquUl mourut en 1669.

Il naquit en IGOO *. Sun premier ouvrage fut imprimé en 1614. C'est un recueil de cent dix quatrains à l'honneur de la vieillesse. Il le dédie à son père. La versification n'en vaut rien : mais que peut-on attendre d'un écolier? L'ouvrage qu*ii donna en 1620 est d'un style incomparablement meilleur, et qui fait voir que dans un Jeune homme six années d'études font beaucoup^ au lieu que, dans un âge déjà un peu avancé, les progrès d'un écrivain sont lents et imperceptibles. M. de Gomberville s'appliqua ensuite à composer des romans. C'était la fureur de son siècle. Mais enfin, à l'âge d'environ quarante-cinq ans, comme il alloit faire de longs séjours à Gomberville, qui est à une lieue de Versailles, et que là 11 étoit voisin de Port-Royal-des-Champs, il fit connoissance avec les fameux solitaires de cette abbaye. Dès lors, non-seulement il cessa de composer des romans % mais il embrassa une vie pénitente, et prit à tâche d'imiter les modèles qu'il avoit devant les yeux.

Il eut dessein d'écrire l'histoire des cinq derniers rois de France, de la maison de Valois. Il avoit judicieusement formé son plan ; il avoit même commencé à l'exécuter; mais par les raisons qu'il touche dans sa préface des Mémoires du due de Nevers^ il n'alla pas loin *. On a tout sujet de croire

* Son père étoit buvetier de la Chambre des Comptes de Paris, selon le Menagiana; il fut élevé au collège de la Marche avec Tabbé de Marolles. L*assertioD de Ménage semble contredite par Vélat de la France de Tannée 1658 entre autres qui range Gomberville parmi les gentilshommes de la noblesse la plus qualifiée. — Cf. le Dictionn, des Précieuses. Nouv. édit. Biblioth. elzév,, 1. 1, p. 28, 202, et t. Il, p. 241.

* « 11 eût voulu, si cela eût été possible, les avoir effacés avec ses larmes. » ( Lettres d* Arnaud, l. VII, p. 430, — à Perrault.) — Remarquons cependant que sa conversion, arrivée vers 1645, fut suivie de la publication du roman d\ilcidiane en i651.

' Un abbé, favori de Richelieu, et ami de Gomberville, Tavoit,

S6G catalogue:

que ce qu^il en avoit fait, quoique cité par le P. le Long, uum. 8201, est absolument perdu, car son petit-flls, aHjoord*hui lieutenant général d'Étampes, m*a fait savoir que Ton ne conservoit dans sa famille aucun papier de son aïeul.

M. de Gomberville s'est déguisé sous un nom à la grecque, Thalassius Basilidès^ autour de son portrait en tailledouce , et dans un petit avertissement qu'il a mis à la tête de quelques poésies latines de M. de Loménie , comte de Rrienne. Mais ces poésies, elles sont du P.Cossart; et r//iV nerarium^ qui porte aussi le nom de M. de Loménie, est de Benjamin Priolo, si nous eu croyons les lettres manuscrites do Chapelain.

Une lettre de M. Dodart, imprimée parmi celles de M. Arnauk) , nous apprend que M« de Gomber\ille, sur la fin d^ ses jours , rabattit un peu de sa grande dévotion. Il mourut à Paris^ le 14 juin 1674.

VIII. Jac(|U('s DE Sérisay , né a Paris , intendant de la maison du duc de La Rochefoucauld. Il n'y a rien d'imprimé de lui; mais il a beaucoup de poésies et d'autres œuvres en prose à imprimer.

Il mourut à La Rochefoucauld au mois de novembre 1653'.

dit-il, engagé à s'occuper des vivants plutôt que des morts, à négliger Thistoire pour les romans et le théâtre, et à Gnir, avant toute autre chose, une pi<^ce intitulée : Les mnanfi d* Angélique; Gomherviliti, dégoûté de son travail, Tahandonna longtemps pour les romans, mais n'aciieva pas la pièce commencée.

1 Une lettre de Godeau, datée de Grasse le iO juillet 1641, félicite Sérisay de son progrés en la dévotion : « car je crois que vous y en avez fait un grand, ayant si généreusement commencé. > * Depuis longtemps il était atteint d'une maladie dont ou ne g«éfit guère. (Uiiru Ms». de CbapeUio à Conrart, 91 aoAt H34.) —

Du reste il ne m'est connu par nul endroit , si ce n*est par quelques poésies, mais fort courtes, et en petit nombre, imprimées dans les Recueils de Sercy *.

IX. Marc-Antoine Gérard, sieur de Saint-Amant, né à Rouen. Il y a de lui trois volumes de poésies. Il fait un poème héroïque, appelé Moise.

Il n'étoit point fils d'un gentilhomme verrier, comme l'ont écrit divers auteurs. II nous apprend lui-même, dans une de ses épttres dédicatoires , que son père avait été chef d'escadre pendant vingt-deux ans au service d'Elisabeth, reine d'Angleterre. Sa vie n'a presque été qu'une suite continuelle de voyages. On trouvera en parcourant ses poésies, que dans sa jeunesse il a vu l'Afrique et l'Amérique; qu'en 1648 il accompagna le comte d'Harcourt , ambassadeur extraordinaire de France à Londres; qu'en 1647 il étoit à Collioure, en Roussiilon; qu'en 1650 il étoit à Dantzic, gentilhomme ordinaire de la reine de Pologne , Marie- Louise de Gonzague. L*nbbé de Marolles, dans ses Mémoires, page 167, se fait honneur de lui avoir procuré cette place, avec trois mille livres de pension. Mais en 1651, M. de Saint-Amant revint en France et passa le reste de ses jours à Paris.

Ce que M. Despréaux en raconte dans sa première satire :

Que tout chargé de vers qu'il devoit mettre au jour, Conduit d*un vain espoir il parut à la Covr; Qu'il en revioi couvert de honte ei de risée;

Sérisay était, parait-il, d'une paresse Invincible : Godeau et Balzac, qui lui ont écrit plusieurs lettres et semblent être fort de ses amis, s'accordent pour s'en plaindre.

* Voy. la V« partie (5« vol.) du Recueil de 1660-1666, pp. 374, 576 et 689.

Que la flèvre ta retour, termiotnl son destin» Fit par avance en lui ce qu*auroit Tait la faim....

Tout cela, dis-Je, pourroit bien n'avoir pour fondement que Fimagination de M. Despréaux, qui, sans doute, a cru qu'en plaçant ici un nom connu , cela rendroit sa narration plus vive et plus gaie. Car enfin les poésies de Saint-Amant font foi qu'il n'avoit pas attendu si tard , ni à mendier les grâces de la cour, ni à mettre au Jour les vers qu'il avoit faits dans cette vue. On sait d'ailleurs, que ses dernières an« nées furent toutes consacrées à la pénitence et à la piété. Nous pouvons Juger de ses sentiments par ses Stances sur V Imitation de Jésus-Christ^ qui sont les derniers et les meilleurs vers qu'il ait publiés. Il mourut en 1661 , âgé de soixante-sept ans.

Chapelain, dans ses lettres manuscrites, m'apprend que la Rome ridicule de Saint-Amant fut imprimée furtivement à Paris en 1648, et l'imprimeur mis en prison'.

X. Honorât Làugier , sieur de Porchères , Provençal. On a imprimé de lui diverses Poésies^ dans les recueils : et cent Lettres amoureuses sous le nom d*Erandre. Il y a plusieurs pièces non imprimées , de vers et de prose, entre autres un Traité des Devises.

Il étoit de Forcalquier, dans le diocèse de Sistéron. A cela près, je n'ai pu trouver le moindre éclaircissement sur ce qui

* Nous ne pouvons que renvoyer, pour des détails plus complets sur ce poète, à la notice qui précède rédition que nous avons donnée de ses œuvres complètes. (Paris, P. Jannet, 1855, 2 vol. in-16, Biblioth, lilzcvirknuc)

le regarde '• J'ai déjà parlé de sa famille ci-dessus, daus l'article de François d'AaBAUD. I! mourut.eo 1654 ^

XI« Germain Habert, abbé de la Roche, et abbé et

• Voyez ci-dessus la notice sur Porchères d'Arbaud. Il y a loujonrs en grande confusion outre les deux Porchères. Ainsi Saint- Ëvremont donne à Porchères d*Arbaud le titre d'intendant des plaisirs nocturnes que prit Porchères Laugier, selon tallemant des Réaux, parce que la princesse de Gontî, qui Taimoit, lui a?oit fait avoir « remploi de faire les ballets et autres choses semblables, » avec trois cents écus de pension. Dans les premières années du dix-septième siècle, il étoit à Turin avec quelque charge auprès du duc de Savoie : on le voit par une pièce de lui qui se trouve dans le Temple des muses (1611) sous ce titre : Stances du sieur de Porchères sur les courses et la pastorale du parc faite à Turin , etc. — Ses poésies, éparses dans ce recueil de 1611 et dans d*autres, fournissent plusieurs renseignements sur sa vie.

' Cette date est fausse. La Muse historique de Loret rapporte ainsi cette mort, arrivée le dimanche 26 octobre, dans sa Gazette du 8 novembre 1653 :

UitluBtre monsieur de Porchères Dont les Muses furent si chères A tous les esprits bien tournés Qui pour les sciences sont nés, Quoiqu*il fût un homme aussi rare Qu*éloit jadis monsieur Pindare, La mort toutefois le férut Le jour que Renaudot mourut^ Et TÎt sa dernière journée En Poctante et douzième année.

Cétoit un génie excellent, Et jadis son plus beau talent, Admiré des droes choisies, Paroissoit dans ses poésies Qui les soeurs des reines et rois Ont charmé quantité de fois, La cour leur serrant de théâtre Dès le règne de Henri quatre....

S70 CATALOGUA

comte de Notre-Dame de Cérisy , Parisien» 11 a fait imprimer la Vie du cardinal de Bèrulle en prose. Il y a diverses poésies de lui dans quelques recueils de vers , quelques Paraphrases de Psaumes et la Métamorphose des yeux de Philis en astres. Il a fait beaucoup d'autres vers non imprimés.

Il mournt en 1655 \ G*est de lui dont les Dictiomiaires disent dans leur requête de Ménage :

Sans nous Habert n*entendoit note Dans la Morale d'Aristote.

On volt par là qu'il traduisoit ce savant ouvrage; mais sa traduction n'a point vu le jour. Ménage, dans ses Observations sur Malherbe, dit que cet académicien étoit un des plus beaux esprits de sou temps '•

1 Cette date est fausse. Loret ( Muse historique ) rapporte sa mort» dans sa Gaeetle du 6 juin 1654, en ces termes :

L'autre semaine on mit en terre, Sous un triste cercueil de pierre, Monsieur Tabhe de Cerisy, Esprit rare, et jadis choisy Par messieurs de 1* Académie Pour son sçavoir et preud*homie, Qui le rendoient en vérité Digne de leur communauté.

Il exceiloit sur toute chose Aux beaux vers, eu la belle prose ; Il etoit parfait urateur, Il étoit grand prédirateur, 11 etoit doux, courtois, affable, Et niei>memeiit si charitable Que quand on l'ensépultura Aiaiut pauxrc à son sujet pleura.

* Balzac confirme cet éloge, il écrit à Tabbé de Ccrisy, à la date du 29 avril 1(35G : « ...Vous travaillerez aujourd*liuy à mon affaire puisqu'il y a conseil, et demain à mon salut puisqu'il y aura pré«

DE MESSIEURS bE L'ACADEMIE. ili

XII. Jean Desmarebts^ Parisien, conseiller du Roi , contrôleur général de Texlraordinaire des guerres « et secrétaire général de la marine de Levant. Ses œuvres imprimées pour la prose sont : V Ariane , roman en deux parties. Rosane^ autre roman qu'il n'a pas achevé, et dont il n'y a qu'un volume. La vérité des Fables^ en deux volumes. LÉrigone , comédie en prose. Les Jêux d^s cartes des Rois de France^ des Reines renommées^ delà Géographit* et des Fables^ lesquels il invenla par Tordre du cardimil de Richelieu, pour Tinstruction du roi Louis XIV, en son enfance, et lorsqu il n'étoit que Dauphin. Une Réponse avr dames de Rennes ^ pour son jeu des Ruines renommées. Un livre de Prières et de Méditations chrétiennes. Pour les vers, un volume iVOEuvres poétiques^qui contient, en Ire autres choses, six pièces de théâtre: Aspasie ^ Roxane^ Scipion^ les Visionnaires t Mirame et V Europe, Un livre de Prières

dication... Ce que vous devez prononcer avec lesgrftces de l*actioil qui ne peuvent se fomnouniquer à récriture n'a pas laissé de me plaire déjà infiniment sur le papier. Je ne vis jamais nos mystères éclaircis par tant de lumières d'éloquence, ni la raison employée plus utilement au service de la foy, ni la morale chrétienne mieux adoucie pour la faire goûter aux profanes. Mais je voudrois eu cet endroit vous avoir moins d'obligation, afin d'avoir plus de llherlé et vous pouvoir assurer sans aucun soupçon d'intérêt ni aucune marque de reconnoissance que j'admire généralement toutes vos Muses, autant les douces que les sévères, autant cellesqui savent faire des hymnes et chanter les louanges de Jésus-Christ, que cellesqui savent résoudre des questions et traiter de la doctrine chrétienne. >

ClTALOGlE

tm T-fTs. Lf j»:»f»3>e oes JVr-x** cArètieTtneSj en huit <:«i^:5w E k^ ui r«n ^vlii:^ deux autres pièces de IhéàlT>f, z^ là. îi»:rt ij «.rdii.al lui fît abandonner , inti- Î^Ljt'CS : Z^\ATiz rtiJ <4 'f C}*a.^meur charmé. Il y en a ui#f *^«*^ S^ J J a.:ir%t^, el ît»jle comique, en petits ^fT5i, aLVTnit^: -V i^.L-a, cu'il ii'a point mise au jour. Le sjc't': ç J 5<n c :nsfr.» ii>n au Roi de bronze de la jÀ."^ R.viit e< Ùt 4^:. I. ira^^îile à un f»oême héroîq-j^ c- i.i: ".tT.v Ir C: ^ Î5w d, al il y a déjà neuf chants d A.be^^s. I. a i^'Sïî ira^^.X f*ar ordn? du duc de Ricî>T\ t*- 5i:i! r:A::T>e, a ur :<:^T?.cede proso considérable, ^j-T. a^*'tl'-e r.-iJ-YV^ £t £ fc-îV^rre viirer^lie. et qui csTT.ti^n: es r'^^ox- r:Ll> cLipilres, des connaissances sorr.:i:rv5<c:r Va f'jr^ut des cb->ses qui tombent dans Fer :r: : ;- n o cl i,l. r>?.

P*«Gr le l ;:: Cicrji^Tir, ivvo<is d abord « qn^en dit le jî:i:.Sctti « ïVq":'*^»lV i-jLr^AO dios son Mémoire des

• C'est, diî-fl , CL& lies es^rrits faciles de c^r temps, et qoi, saas r-iDd lotis. fil: cae p." js pTJxie qii:.c:ite de choses, et lear d^xiae en me-^LJenr jocr. Son >t} ie de prose c:4 pur, mais sacs eî!e^3t:oQ ; en vers il e$l aloisse et e4e^e, selon qu*îl le dt:àinî ; tl, en Pun et Pictrv secre, il est inépuisable et rapide dms l'e^eir.î.vHi, aiTvant it^i^ox v Laisser des taches et des né- ^îzences qiie de ii*jL\«>îr pis bientôt fxt. Son iroaginatioo est trop ferti(e« et sou^ect tient la p!jee do jusienient. Autrefois il s'en serroit pour des niXiîirîs et des coraedies , non sans beauconp de sucves, Dins le retour de son ige, il s*cst tout er.*i:r tourne à Li de\otioo, où il ne va pis nuMns vite qu'il aI!oit dans les lettrvs pcufoLei. »

Rien de mien\ dit en 1662. Mois depcis ce temps-li

M. Desmarests fit bien un autre chemin. Il devint prophète. On trouvera dans le Dictionnaire de Bayle plus d'éclaircissement qu'il n'en faudroit là-dessus *. Qu'a-t-on à faire que de tristes réflexions, lorsqu'on voit des hommes d'un rare mérite donner à la fin de leurs jours dans d'épouvantables travers ?

Au reste, c'est M. Desmarests, qui le premier de tous les académiciens s'est aperçu qu'Homère et Virgile ne valoient pas nos modernes'. Mais cette découverte, il la fit dans ce

^ Nous ne pouvons que renvoyer nous-méme au Dictionnaire de Bayle ; Tarticle Marets (des) est appuyé de curieuses notes, mais trop longues pour être ici rapportées, même en substance.

' Ce n*est pas là précisément ia thèse de Desmarets; l'auteur du Clpvis soutient seulement les trois points suivants :

1" La langue française est supérieure à toutes les autres ;

2** Les modernes sont, ou peuvent être égaux ou supédeurs aux anciens ;

Z** Le merveilleux chrétien est supérieur au merveilleux du paganisme.

Ces opinions sont soutenues par lui dans son livre intitulé : La comparaison de la langue et de la poésie françoise avec la langue el la poésie grecque et latine. Paris, 1 vol. in-4% 1670. 11 dit au début : c ... Je défends en général notre langue et notre poésie contre ceux qui la méprisent par des écrits publics ; et, sans cette attaque hors de propos, jamais je n'eusse eu la pensée d'en faire connottre toute la beauté et Texcellence, et les plus grands défauts des anciens... J'entreprends de repousser l'injure et je m'expose le premier aux coups, marchant à la tête de tous les intéressés à soutenir leur honneur. Je ne prétends pas aller au combat en qualité de chef d'aucune bande, mais aller tête baissée comme un des enfants perdus. Je marche toutefois avec une telle assurance que je ne crains aucun des savants en grec et en latin ; mais je m'attends bien que quelques-uns de notre armée de poètes et d'autres intéressés dans l'honneur de notre nation lui seront si traîtres qu'ils me tireront des coups au lieu de les tirer contre les enne-

Ùli CATALOGUE

même temps où sa tète enfantoit bien d'autres idées aussi nouvelles et plus étonnantes. Il se trouvoit alors dans un Age trop avancéi pour qu'il pût espérer de voir la conversion du monde entier sur ce point. Il transmit sa doctrine et son zèle à M. Perrault I en lui adressant sur ce si^et une épitre , qui est l'ouvrage par où il a fmi, et qui contient, pour ainsi dire, ses dernières volontés*

il mourut Agé de quatre-vingts et quelques années , le 3S octobre 1676. .

XIII. Honorât de Bueil *, chevalier, marquis de Ra- CA?i « iils d'un chevalier des ordres du Roi , né à la Roche* Racan en Touraine. Ses ouvrages imprimés sont : les Be7'gertes , pastorale. Diverses pièces de vers, dans le Recueil de 1627. Les sept Psaumes péniteniiavx . Ses Odes sacrées su?' les Psaumes^ qu'il conlinue, on ayant déjà fait soixante-cinq. Sa Harangue à l'Académie contre les sciences,

XIV. Jean-Louis Guez, sieur de Balzac^, conseiller du Roi en ses conseils , né à Angoulême. Ses ouvrages imprimés jusqu'ici, sont : six volumes de Lettres*^ un lïOEuvres diverses; un de vers et de lettres en latin. Le Prince. Le Socrate chrétien^ avec lequel sont divers

mit. » Telle est la déclaration de guerre faite par Desmarets ' ▼oyez pour les détails la bell^ Histoire de la querelle des enidrni eides modernes par M. H. Rigaud.

t Voyes le tome II de celte Histoire, seconde partie , article XIV. (0.)

* Voyez le tome II de cette Histoire, seconde partie, article xviii. (0.)

autres PetHn traités ou dissertations, en un volume in* octavo. Il a fait encore un ouvrage de politique , intitulé Aristippe , qu'il est prêt de donner au public*

XV, Abel Servien , ministre d'État et garde des sceaux de Tordre, ayant été ci-devant procureur général au parlement de Grenoble , mattre des requêtes , premier président au parlement de Bordeaux , secrétaire d'État, ambassadeur extraordinaire en Savoie, plénipotentiaire et ambassadeur pour la paix à Munster* Il est né à Grenoble. Il n'a rien fait imprimer sous son nom : mais plusieurs de ses ouvrages sur des matières importantes ont été vus avec une approbation générale.

Il naquit en 1 593 à Grenoble, où son père étolt conseiller an Parlement. Son élévation fut moins Teffet de la foitiine que de son mérite. Mais dans les bornes ot il fant que Je roe renferme, Je ne puis qu'indiquer les grands emplois qui hd ont été saccessivemont confiés.

Procureur général au Parlement de Grenoble dès rannie 1616. Conseiller d'État en 1618. Maître des requêtes en 1634. Intendant de Justice en Guyenne , en 1637. Intendant des finances de l'armée d'Italie, en 16S0. Président et Juge en la justice souveraine du Roi à Pignerol, en 1680. Premier président du Parlement de Bordeaux, la même année. Secrétaire d'État, la même année. Ambassadeur extraordf* naire en Italie, en 1631. Plénipotentiaire à Munster, en 1643. Ministre d*État, en 1648. Surintendant des finances, en 1668.

Il mourut dans son château de Meuâon,le 17 février 1659.

Voyez son éloge plus détaillé dans V Histoire des seoré^

taires d'État *; et pour ce qui est des manuscrits dont il est auteur, ou qu'où lui attribue, cousultez la Bibliothèque historique du P. Le Long ^

XVI. Jean Chapelain ', Parisien , conseiller du Roi en ses conseils. Ses ouvrages poétiques imprimés sont : les Odes , pour le cardinal de Richelieu ; pour la naissance du comte de Dunois; pour le duc d'Enghien; pour le cardinal Mazarin. Une Paraphrase sur fe Miserere. Plusieurs Sonnets sur divers sujets , particulièrement pour des tombeaux, et quelques autres pièces de poésie. Il a fait aussi les Dernièi'es paroles du cardinal de Richelieu. Une Ode pour le prince de Condé, sur la prise de Dunkerque; une pour le prince de Conti et une autre pour le retour du duc d'Orléans , qui ne sont pas imprimés. Il travaille au poème héroïque de la Pucelle d'Orléans^ qui doit être de vingt-quatre chants, dont il en a déjà fait treize. En prose on voit de lui la préface de VAdone du cavalier Marin. Il a fait aussi un Dialogue de la lecture des vieux Romans^ qui n'est pas imprimé \

XVII. Guillaume Bautru , natif d'Angers , comte de Serran, conseiller d'État ordinaire, ci-devant introduc-

^ Histoire des ministres d*État qui ont servi sous les roys de France de la troisième lignée. Paris, Courbé» 166â, in-fol. (|>ar le baron d'Auteuil.)

* Nous en donnerons la liste dans le catalogue de ses ouvrages» à la fin de notre second volume.

' Voyez le tome 11 de cette Histoire, seconde partie , article XVI. (o.)

^ Ce dialogue a été imprimé depuis.

leur des ambassadeurs chez le Roi , ambassadeur vers Farchiduchesse en Flandres, envoyé du Roi en Espagne, en Angleterre et en Savoie.

Il moamt en 1C65 , âge d'environ soixante-dix-sept ans. Si quelqu'un est curieux de voir comment écrit un bel esprit, qui n'a envie que d'amuser des lecteurs oisifs , et qui ne se propose nullement de leur être utile, on n'a qu'à lire l'article Bâdtbu dans le Dictionnaire de Bayle >.

XYIIL Guillaume Colletet, Parisien, avocat au Parlement et au conseil. Ses œuvres imprimées sont : des vers dans le recueil appelé Délices de la poésie française. Les Désespoirs amoureux. Le Devoir du prince chrétien , traduit du cardinal Bellarmin , imprimé sous

* Il étoitfils de Guillaume B^utru, conseUIer au grand Conseil. Grand diseur de bons mots, il a fait dire de lai : risvm fecit , scd ridiculus fuit. Il épousa Marthe Bigot, fille d*un maître des Comptes. Le Dictionnaire de Bayle, cité par d'Olivet, donne de nombreux détails sur ses malheurs conjugaux, mais ne parle pas de ses écrits dans l'article qu'il lui consacre. On connaît de lui : VOnosandre, satire contre M. de Montbazon et V Ambigu, autre satire, dirigée contre Jean du Perron, frère da cardinal de ce nom. Chapelain et le P. Le Long loi attribuent un ouvrage plus sérieux : Lettres et Dépêches de M. Bautru, depuis le 7 oc t. 1638, jusqu'au il ncv. i64â. ff Ceux qui ont part à son secret, dit Chnpelain, disent que les Belations de ses ambassades ne peuvent être mieux écrites. Il a l*âme noble et bienfaisante, surtout aux savants qu'il apprend être incommodés, dont il y a plus d'un exemple. » — L'abbé de Marolles, dans ses Mémoires, l'a placé parmi les épigrammatistes français. On trouve plusieurs lettres latines à lui adressées par Tannegui Le Fèvre, dans les deux volumes qu'il publia à Sanmur, chez Desbordes, en 1674. — in-4<*.

le nom de Lanel. Les Aventures d'ismène et d'isminie^ traduites du grec d'Eustathius. Les Divertissements , qui est un recueil de poésies, divisé en six parties. Les Couches sacrées de la Vierge ,'. traduites en prose du latin de Sannazar. La Doctrine chrétienne de saint Au* gustin^ avec le Manuel à Laurens. Traduction du livre composé en latin par messire Pierre Séguier, président au Parlement, intitulé : Éléments de la connaissance de Dieu et de soi-même. Plusieurs Homélies en françois, entre autres, toutes celles du carême, tirées du Bréviaire latin. Plusieurs Odes^ Stances , Sonnets^ et autres poésies faites et publiées en diverses occasions, sur les affaires du temps. Plusieurs discours de prose sur des occasions semblables. Un Recueil de poésies en A 642. Cyminde^ tragi-comédie. Éloge des Hommes illustres quiy depuis un siècle^ ont fleuri en France dans lapro^ fession des Lettres ^ traduits du latin de Scévole de Sainte-Marthe. Version de deux lettres latines de mademoiselle Anne-Marie Schurman , sur le sujet : S'il est niceuaire que les filles soient savantes. Le Banquet des poètes^ avec plusieurs autres vers burlesques. Version du traité de monsîgnor de La Casa, du Mutuel devoir des grands seigneurs et de ceux qui les servent. La Vie de Raymond Lulle; celle de Nicolas Vignier, historiographe de France *, celle de frère Jean du Housset , ermite du mont Valérien. Il a traduit quatre livres de l'histoire d'Hérodote, et THistoire de Polydore Vii^le , des Inventeurs des choses; mais ces deux ouvrages ne sont pas imprimés. II travaille aux Vies des Poètes français et autres Hommes Utustres.

Je lis dnns la Bibliothèque historique da P. Le Long n* 1 784, que M. Colletât a lui-même écrit sa vie, et qae c'est par là qu'il finit son Histoire des Poêles françois *, ouvrage qui par je ne sais quelle fatalité demeure enseveli dans la poussière depuis la mort de Tauteur. On promet enfin de le donner incessamment au public , et le manuscrit est aujour* d'hui entre les mains d*un libraire qui en connolt le prix. Ainsi c'est inutilement que je ferois usage du peu de mé« moires que j'ai sur cet ïicadémieien. On doit s'attendre à quelque chose de mieux détaillé et de plus exact, dans le compte qu'il rend lui-même de sa vie et de ses écrits. Il monrot le 19 février 1659, à Paris, où il étoit né, selon MorérI, le 13 mars 1596.

XIX. Pierre de Boissat^, de Dauphiné. Il fait impri* mer un volume de Poésies et une Morale chrétienne.

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