‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 28 sur 81 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

« SfBB, j'ai servi dix-huit ans et plus dans les affaires les plus importantes de l'État, sous les ordres de feu M. le Cardinal*. Le feu Roi votre père, de glorieuse mémoire, me mit

pation contre les étrangers. Son style est beaa et soutenu, orné même, et s*il étoit moins étendu et un peu plus pur, il n*y auroit rien à souhaiter. Il a de l*éloquence et du savoir, peu de lettres humaines, assez de théologie; si rien lui défaut, c*est Tordre et la méthode dans les longues pièces; et s*il a rien de trop, c*c$t Topinion très-avantageuse de lui. »

1 Le cardinal Mazarin, dont il étoit secrétaire.

DE MESSIEURS DE L'ACADÉMIE. 28i

auprès de loi pour cela. J'avois l'honneur d*étre connu de ce prince, et d'avoir quelque part en son estime, par la favorable impression qu'on lui avoit donnée d'un ouvrage que j'avois fait pour la gloire de son règne. Cet ouvrage avoit paru en deux volumes sous le nom de Ministre d^État, et fait voir que j'avois une passable connoissance de nos affaires, et que je n'étois pas tout à fait novice en l'art d'écrire. Sans cela il m'eût été impossible de fournir au grand travail qu'il me fallut essuyer pendant un assez long temps, durant lequel je fus obligé d'écrire par l'ordre de S. E. au dehors à tous nos alliés, à tous les ambassadeurs, résidents et agents de Votre Majesté, et au dedans à tous nos généraux et officiers d'armées, à tous les ordres de l'Etat et une infinité de particuliers. Le souvenir de cet excessif et violent travail me fait encore peur, et il m'en coûta une maladie qui me mit à la dernière extrémité, comme toute la cour sait.

« Je ne parlerai point, Sibe, de ce que j'ai souffert durant les troubles de l'État, des pertes que j'ai faites, et des dangers que j'ai encourus pour la bonne cause. Je dirai seulement que dans la plus grande émotion de Paris, j'osai publier un livre dans lequel je recueillis, comme en une histoire abrégée, ce qui s'étoit fait de plus beau et de plus mémorable pendant la régence, soit à la guerre, soit dans les négociations ^ Ce petit livre qui vit encore, et qui apparemment aura quelque durée, fit un effet considérable sur l'esprit même des plus mal intentionnés, qui virent que la peinture que j'exposois, et que j'avois tirée sur la vérité des choses, étoit bien différente de celle qu'on répandoit partout, contre

^ Il Teut parler de l'Éclaircissement de quelques difficultés touchant Vadministration du cardinal Mazarm, qui fut imprimé, en 1650, à IMmprimerie royale (in-fol.). C*est, en effet, une sorte d'Histoire de France depuis la mort de Louis XIII.

2*1 CiTALOGlE

la régence «ie b R'-ine votre mère, et radminùlratioii de M. le Car>LiLii.

« Eomi^SiAX, j*ii diraae, la dernière arnee de moo emploi, q^ii tal ïioûitfi I66«>« 04;tre ToecopaâiHi courante que M. le CariiiiaJ me Kakkwit en st» abâeaee, j'ai donné, dis-je, on ll^re oa je tnite partirai ier^ment detu sujets de la dernière i.Ttportinee : l'on est de la mérité de la nrii^kn ehréUenne contre tes impie», dont le nombre n'est pos petit en ee temps ici ' ; Tartre est de rot<rissance qoe les peuples doivent à leurs soaferains, on, entre autres choses, je dtrtniis, avee tant d'éf ideoee et si demooâtratiïeroent* la fausseté de la pnis- SI née indirecte que quelques-ans attribuent au pape Mr le temporel des princes chrétiens, que je suis certain que les partisans de cette opinii)n si contraire à l'indépendance des princes, et qui a de si daoçerenses conséquences pour eux, uV sauroîent rien répondre qui vaille. Ce service ai néces» saire, que personne n'a rendu avant moi an point qne j*ai fait, est digne de quelque considération.

« Je représente ceci, Sus, à Votre Majesté pour Justifier la prière que M. le Cardinal lui fit quelques jours avant sa mort, d avoir la bonté de me continuer, ma vie durant, les appoln* tements que j'avois coutume de recevoir, et de commander que je les reeusse saàs peine. U avoit ju^é que m*«yant pinsieurs fois promis un établissement, en considération de mes longs et utiles services, il ne m'en ponvoit procurer de plus commode ni de plus sortable à mon âge, et au dessein que j*avois, et qui ne lui étoit pas inconnu, d'employer ce qut

* Déjà dans le Recueil de lettres publié par Faret, on trouve une longue lettre de Silhon à Gospeau, alors évéque de Nantes, où il espose le projet d*un lifrepour la défense de U divinité de Jésus- Christ (p. 450).

me resterait de vie et de santé à servir la religion et l'État, de ma plume et de ma petite industrie.

« Votre Majesté témoigna, Tannée passée, à Fontainebleau, à M. le Surintendant, qu'elle désiroit que Je fusse payé à Và^ coutumée, et lui en donna le commandement exprès. Maia parce que les affaires des finances ont depuis changé de face, et que ladispensation s'en fait d'une autre manière, je supplie très-humblement Votre Majesté d'ordonner ce que sa bonté lui inspirera en ma faveur pour l'année 61, et les suivantes. SI c'étoit sur ses menus plaisirs, la grâce serait parfaite.

« Je ne dis rien des arrérages de près de cinq années de mes appointements qui me sont dus , c'est-à-dire des cinq années de troubles intestins de l'État. Je ne dis rien encore du pillage de ma maison, qui fût fait en ce temps-là, comme toute la cour sait. Ce seroit un contre-temps que Je n'ai garde de commettre.

« Je demande pardon, Sibb, à Votre Majesté si, parlant de moi, je n'ai pas observé toutes les lois de la modestie, quoique je puisse assurer de n'avoir point violé celles de la vérité. Je prie Dieu qu'il comble Votre Majesté de tous les biens que lui peut souhaiter celui qui est passionnément, et avec respect,» etc.

XXI. Valentin Gonrart^, conseiller- secrétaire da Roi, maison et couronne de France, Parisien.

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