‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 31 sur 81 · REMERCIMENT · texte numérisé non relu

REMERCIMENT

raoKOHci

L* Académie françoise, ayant désiré d*entendre en pleine assemblée la lecture de cet ouvrage, qui n*éloit encore que manuscrit, quelques jours après, elle ordonna de son propre mouTcyment, en faveur de T Auteur, que la première place qui vaqueroit dans le Corps lui seroit destinée, et que cependant il auroit droit d*assister aux assemblées et d'y opiner comme Académicien, avec celte clause que la même grâce ne pourroit plus élre faite à personne pour quelque condition que ce fût. C*esl le sujet du remercfment suivant. (Note tirée de Védit. de i672.)

Messieurs ,

Si vous avez attendu de moi un remerciment qui réponde à la grandeur de votre bienfait ou à la dignité de cette Assemblée, je ne doute point que vous ne vous

3n DISCOURS ACADÉMIQUES

repentiez bieptôt de ip'avpir si généreusement, obligé. Mais si' on peut dire des grâces que vous faites Gon&me on a dit quelquefois de celles du ciel, qu'on les mérite quand on en reconnoit parfaiten)çnt la valeur, jamais homme no4es mérita mieux que moi, et vous. ne fîtes jamais une élection plus judicieuse.

Je sais combien il est glorieux d'être membre d'un si noble Corps \ quelle utilité est jointe à cet honneur^ de quel plaisir cette utilité est accompagnée ; combien de défauts me défçndoient d'aspirer à ces avantages^ combien d'obstacles en la chose même vous défendoient de rne Tj^cçorcjer.

Ces diverses considérations se présentent à moi sans cesse. Il n'y en a pas une qui ne m'arrête, qui ne me touche sensiblement, qui ne me donne pour vous, Messieurs, quelque particulier mouvement de reconnoissançe.

Commencerai-je par la gloire dûQ| ^p poinbl^ ijpç fi rare faveur? Les Rois, les conquérants, et quelqpes- .uns même de ces héros dont Tantiauitéa fait desBieux, ont pris {iptrefojs a grand honneur d'être faits bourgeois de certaines républiques. Cepeqdaiit, lli^ssi^urSi a le considérer comme il faut, un État, quelque florissant et quelque illustre qu'il puisse être, qu'est-ce autre chose qu'un amas de gens que l'intérêt et la nécescité seulement joignent ensemble, où régnent tantôt les richesses, tantôt la force et la violence, tantôt [Intrigue et la fourbe, et très-rarement le mérite et la vertu? Certes, si la pompe extérieure ne nous éblouit,

raison, »uj^p^ 4u^ Ip gj^gp est fti}-flp?mî dg jft fflu^ir

tu4e, l>§prH §H-desçus du porps, et 1b déMr dp ^ftiair

aii-dpssij$ dg pplui de vjvre, ^w[a\}[ rip^fjérojs p«i |u- 4essg5 de 1^ ïippublirjpe, Qutapt VhpoRepr qu!^ vpu? pi'ftvez fait surpasse c^lpi dont $e gloriQoi^nt autrefois ai ces Rois et ces conquérant^, et ces Dieux p^mp^ 4f ranlipuilé. Et quand de ces réflexions générales jç dp$ppnds à de plus parl^iculièrcs, quand je (ne rpti)p(i dpr vant les yeux cpltp célèbre compagnie pt^bjip pn ]^ pren^ière villp du premier royaum^^ i^ mondp, formée par le plus grand ministre ç^\ii fi4t jainais, pt prptpgpp pncorp aujoi|rd'hpi par un autre qni, pour tQ^^ dirp, ne pppvpit être plus digne de lyi succéder ^ quaPd jp pae )a repré^pnte composép de tant d'^^cel)pn|^ bommPf pooDM^, estimés et admirés de toulp TËurppp \ quand je pq'jmagine que jaurai p l'avenir pnQ plapp ^^ m\m d*ei)x pt qpp je verrai mon nofp parmi lp$ leqrs yolpr par tpnt rpnivers et prendre par), aux louange^ irnrporte))ps qni leuf sont dues, To^prai-jp dire, l|e$sipur§? jp doLftç |î jp veille ou si je dors, et si ce p*est ppipt ici nn de pp^ beaux songe^ qui, san$ nppp fairç quitter la (prrp, pous persuadent que Hflu^ sqfpp^p; d^ps ip ciel.

Mais, M^s^i^u^^? c^s beaux songes np laissent ripn apr^$ eux, ^^ lieu que la gloire à laquelle vous ni'appelez doit être bienlôt suivie d*une utilité réelle et solide* Que sert-il de le dissimuler? Si dès mon enfance les belles-lettres ont été ma passion, si j'ai toujours r^

gardé Fart de bien écrire commme la fin et le dernier but de tous mes travaux , il ne m^étoit ni facile ni possible d*y parvenir sans la faveur que vous me faites. Il y a véritablement un petit nombre de gens extraordi* naires que la nature prend plaisir à former, qui trouvent tout en, eux-mêmes, qui savent ce qu*on ne leur a jamais enseigné, qui ne suivent pas les règles, mais qui les font et qui les donnent aux autres. Tels éles-vous, aujourd'hui, Messieurs^ tels ont été aux siècles passés quelques grands personnages de Rome et d'Athènes. Mais quant à nous, qui sommes d'un ordre inférieur, si nous n'avons que nos propres forces et si nous n'empruntons rien d'autrui, quel moyen quàvec un seul jugement et un seul esprit, qui n'ont rien que d'ordinaire et de médiocre, nous contentions tant de différents esprits, tant de jugements divers à qui nous exposons nos ouvrages? Quel moyen, que de nous-mêmes nous assemblions une infinité de qualités dont les principales semblent contraires? que nos écrits soient en même temps subtils et solides, forts et délicats, profonds et polis? que nous accordions toujours ensemble la naïveté et Tartifice, la douceur et la majesté, la clarté et la brièveté, la liberté et l'exactitude, la hardiesse et la retenue, et quelquefois même la fureur et la raison? C'est beaucoup si la naissance nous donne une partie de ce qui est nécessaire pour ces grandes choses ; nous devons recevoir tout le reste de Tinstitution -, il nous faut avoir recours aux préceptes, aux exemples, à des amis, i des maîtres : et ces préceptes, ces exem-

pies, ces amis, ces maîtres, c'est parmi vous, Messieurs, que je me propose de les trouver. Que dirai-je maînlenant de la douceur que je me figure dans vos conférences? Ceux que vous y admettez peuvent bien représenter en quelque sorte et Fhonneur et le profit qu'ils en attendent*, mais pour ce plaisir que vous apporte sans doute Tagréable commerce des bonnes cboses, ce plaisir que la vertu jointe à l'amitié, que l'union des esprits et la conformité des désirs louables mêlent à toutes vos conversations, il faut, si je ne me trompe, le goûter pour le comprendre; il se sent et ne se peut exprimer. Je vous en prends à témoin, Messieurs -, j'en prends à témoin ces heures qui coulent si vite et ces importunes ténèbres qui d'ordinaire vien- ' nent plutôt que vous ne voudriez vous séparer et rompre ces Assemblées.

Mais je m'arrête trop longtemps. Messieurs, à ce qu'il y a de moins particulier en votre bienfait. C'est ainsi que je devrois vous remercier si vous aviez accordé cet honneur à mon mérite, i mes instantes supplications, à la nécessité de remplir votre Compagnie et d'obéir à vos règlements. Maintenant que vous fermez les yeux a tous mes défauts, que vous prévenez et mes poursuites et mes espérances, que vous oubliez pour moi vos coutumes et vos lois, qu'il ne se présente point d'obstacle si grand que votre bonté ne le surmonte, avec quels termes et avec quelle éloquence, fût-ce la vôtre même, vous pourrois-je dignement remercier ? Je veux bien ne point examiner

sié DiscotJtiS Académiques

i(^l ces défdtits qiië voufi h'aveî pas Voulu cotisldéref et (}bi Voijk déyoient ettipêcher de périmer â moi, et pifit à Dieu que je pusse m'en borriger entièrement oti tous les cacher toute ma tiè ! IHàiâ je fie saurais ihe taire de cet excès, de cette profusion de tos favéuri, de cette fôrnie de m'ôbligéf pour ainsi dire contre toutes les formes. Je crains, Messieurs, dVn parler trop hardiment; vous avez fait, ce me semblé, en cette rencontre et plus qiie Vous deviez, et plus que roui ne poliriez ; vous avez préffiré en quelque sorte ma gloire i ta Vdtre, Tintérét d*un particulier sans mérite â celui de tout volfe auguste Corpè. Je pensoià, Messieurs, et VôdS Tdvéz crti peut-êtfe, que ce seroit la principale matière de inon discoure. Mais quelle apparence dé m'éténdré davantage! s\it un sujet où, ii je veux me louer de votre bonté, je me vois presque contraint de bldnter vôtre indulgence^ où tous mes remerclments séroiènt des reproches, où je ne saùrois ni vous défendre éatls orgueil, ni vous accuser Sans ingratitude? A là VéHté, si TAcddémie rï*a jamais tant fait d'honneur à péfSôrihe, jamais personne ti'eijt un si ferme et si téritàblè dessein de Thonorer ; si elle a violé pour moi ses propres lois, elle rie se plaindra jamais que Je les viole; mais je crains bien que toutes mes bonnes résolutions lié puissent pas excuser la sienne. Qui suiS^jë, Messieurs, pour faire qu'on ébranlât en ma faveur des fondements posés avec tant de jugement et affermis par Tusage dé tant ^'années? Qui suis-jé, que pour me donner entrée en Ce Sacré Heu, Il faille, non pas ouvrir

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les portes, mais, si je l'ose dire, en abattre les remparts et les murailles, comme on faisoit pour un Roi triomphant et victorieux? La vanité m'emporteroit, Messieurs, si j'allois plus loin -, je sens cette douce confusion de pensées que donnent la joie et la reconnoissance, et toutes les autres passions agréables, quand elles sont au plus haut point : et aans ce désordre de mon esprit, tout ce que je puis, c'est de repi^ndre mes propres paroles et de finir de même que j'ai commencé, et de m'écrier pour toute conclusion : u Si vous avez attendu de moi un remerclment qui répondit à la grandeur de t6tfê biènfSit oii à \û dignité de cette Assemblée, je ne doute point que vou3 ne vous repentiez déjà de toutes les grâces que vous m'avez faites-, mais si c'est les mériter que d'en reconnoître parfaitement la valeur, jamais homme ne les mérila mieux que moi, et vous ne fîtes jamais une élection plus judicieose» v

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