‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 38 sur 81 · UNE SÉANCE ACADÉMIQUE · texte numérisé non relu

UNE SÉANCE ACADÉMIQUE

A M. DE Balzac.

2 octobre 4638.

« Quant à M. de Vaugelas, Thistoire est qu'étant admis pour un quart dans une confiscation d'importance, mais qu'il fallait obtenir sur un homme qui ne vouloit point être pendu, comme il le poursulvoit, M. de Bois-Bobert, entre les mains duquel ce criminel s'étoit jeté, lui en fit des reproches en pleine Académie, se plaignant qu'il vouloit êter le bien et la vie au plus homme de bien qui fût en Normandie. Notre ami répondit qu'il le prioit de croire que c'étoit le plus méchant homme du monde. Sur quoi quelqu'un de la troupe dit agréablement, comme en admirant la chose, qu'il falloit que les méchants Normands fussent les pires de tous les démons, puisque le meilleur étoit le pire de tous les hommes. L'abbé insistoit pour le déconseiller de faire cette poui*suite, en disant que l'affaire ne valoit rien du tout, et que l'homme étoit très-bon. Notre ami repartit qu'il le prioit de l'excuser, parce, qu'il étoit assuré que l'affaire étoit trèsbonne, et que Thomme ne valoit rien du tout; cette conférence fut une des meilleures choses qu'ait produites cette Assemblée. On s'en réjouit du consentement des parties, et

depuis nous en avons tourmenté notre ami au palais des Héroïnes (à rbôtel de Rambouillet), sans qu'il s*en soit scandalisé. Le pis que j'y trouve est que Taffairc se trouve mauvaise, et le Normand homme de bien : si bien qu'il en a essuyé la raillerie, sans y avoir rien profité. Par ce narré, vous voyez que notre ami ne laisse pas d'être un bonhomme, encore qu'il se soit rendu persécuteur de chrétiens. «

id octobre 1638.

•> L'aventure de l'abbé avec le courtisan malheureux est vieille de plus d'une année, et depuis, TAcadémle n'a point produit de Jovialité qui approchât de bien loin de celle-là : si bien que nous u*avons pas tant de sujet de nous louer de celte Assemblée que vous le croyez. II est vrai qu'en récompense elle ne nous a guère donné de peine tout cet été, et nous pouvons presque dire que ses vacations ont commencé avec le mois de Mai, que Mars s'est échauffé (que la guerre a éclaté) à notre grand dommage. Et à vous dire le vrai, Je l'aimerois bien autant suspendue pour une trentaine d*années, que continuée avec tous les divertissements qu'elle nous peut jamais fournir. Au reste, n'allez pas croire que la ma* tière qui appointa contraire nos deux amis devant ce tribunal fut traitée avec aucune aigreur entre eux : ce qui en fut le meilleur est que les démentis étoient accompagnés de galanterie et de raillerie, et qu'il sembloit, en se plaignant l'un de l'autre, qu'ils s'entre-galantisoient. •

A M. t'ÉvéQUB DE«GfiAssE (GoDSAu) ▲ Gbassb.

24 décembre 1638.

• L'Académie languit et perd le temps à rordinaire. «

PIÈCES JlSTIFICATIVi:S. 37!

CttAPBULIIt A M. BOUCSABD, A ROMS«

6 Janvier 1680.

■ Vous devez être fort satisfait de la bonne relation que M. Voiture in*a faite de toutes les excellentes parties que Dieu a mises en vous, et estimer plus les louanges qu'il vous donne que si toute l'Académie françoise vous avoit paranymphé. Car, comme il a une délicatesse dVsprit qui, parmi nous, n'a pas sa pareille, et qu*il faut qu'une chose soit bien accomplie pour ne le choquer pas, nous avons remarqué que, sans être envieux, il est chiche d'éloges, et trouve souvent mauvais ce qui est dans Tapprobation du commun.

■ Le nom académique de M. Voiture est il Négligente, ou, si vous voulez, il Trascurato, Jamais homme ne fut moins à l'Académie que lui, et la vôtre des Humoristes se peut vanter de l'avoir plus vu en trois jours qu'il a été à Rome que la nôtre en quatre ans, quMl y a que nous l'y avons reçu. Je vous dis ceci pour vous faire voir que vous vous êtes mal •dr«saé pour savoir des nouvelles de l'Académie, et ce que l'oD y fait. L'homme à qui vous parliez fut un des premiers à diro qu'il ne falloit faire ni dictionnairei ni harangues, et à montrer par son exemple qu'il ne se falloit charger d'aucune de ces occupations. On ne laisse pourtant pas de parler sur divers sujets dans les termes que désire l'éloquence^ et l'exercice ordinaire des Académiciens, aux jours d'assemblées, est l'examen rigoureux des pièces de ceux qui la compoieoty duquel on extrait des résultats pour la langue, qui •a stroot un jour les règles les plus certaines. Nous avons lésola de commencer le Dictionnaire aussi; mais sur ce que c'est un ouvrage de tout le Corps, les membres ne s'y jporleleut que Mehement, pour oe qu'ils D*en attebdoieiit ni hou-

37â PIÈCES JUSTIFICATIVES.

near ni récompense particulière , et les trois quarts regardoient ce travail comme une conrvée {sic) . Ainsi il est demeuré suspendu Jusqu'à une meilleure saison; et, afin que vous voyiez que Je n*étois pas des lâches, et que J'eusse volontiers donné ce bien à mon pays, je vous envoie le plan que j'avois dressé, de Tordre de Son Éminence et par le choix de la Corn* pagnie, pour compléter ce Dictionnaire en la forme la plus parfaite et la plus utile qu'il se pouvoit, et je m'assure que vous Jugerez, avec le cabinet de MM. Du Puy, que si nous avions suivi cette méthode, notre vocabulaire auroit quelque avantage par-dessus les Grecs, Latins et Italiens. Vous n'en donnerez, s'il vous platt, point de copies, et nous manderez ce que vous y trouvez de manque ou de mauvais, car c'est un polyglotte comme vous à qui l'on doit demander avis sur ces matières. >

Chapelain a Godbau, a Gbassb.

U janvier 1639.

« Vous pourriez vous moins étonner que l'Académie fût muette en un si beau champ de parler comme celui de la naissance de monseigneur le Dauphin, s'il vous plaisoit de penser qu'elle n'est pas des mieux à la Cour, et que Leurs Majestés ont l'esprit au-dessus de la poésie, de telle sorte que Je crois avoir été un des plus heureux hommes du monde, que mes quatorze vers en aient reçu un favorable accueil, quand madame la Princesse s'avisa de les leur faire voir. Pour l'exercice de la troupe, il n'y a guère d'apparence de l'aller divulguer à un profane comme vous, qui tournez ses mystères en railleries, comme si vous n'étiez pas encore enrôlé sur son tableau. Vous n'en saurez donc autre chose, sinon qu'elle s'assemble chez l'abbé de Châtillon, naguère de

Bois-Robert, que l'abbé de Bourzeys y préside, que Tabbé de Cerisy n'y vient plus parce qu'on n'y harangue plus, et que i'abbé de Chambon n'y vient que pour travailler ses Ere*» tons à l'ombre de son Committimus. >

Chapelain a Balzac.

[15]jaivjier 1639.

« J'ai à vous dire du Suburbicaire >, qu'avec toutes les louanges qu'il a données à l'Académie dans son Traité de r Éloquence y il n'a pu éviter qu'on l'accusât de l'avoir voulu blâmer, et il est malaisé que quand Tennemi du Car * sera revenu de sa campagne, où il est encore pour reculer les soldats de son parc aux chevaux, nous ne soyons sommés et interpellés de nous Joindre tous contre lui, et de repousser à frais commun Tinsulte faite à notre confrère. «

xxn.

Chapelain a Balzac.

30 janvier 1639.

« Je crois vous devoir dire une nouvelle qui ne vous déplaise pas, aimant le bon M. Yaugelas comme vous faites. Depuis huit jours en çà , J'ai entrepris de lui faire rétablir sa pension, et l'ai obtenu par l'intermédiaire de M. l'abbé de Bois-Robert, lequel, sur les propositions que je lui ai alléguées, a si bien gouverné son maître, que la chose s'est ache-

< La Motlie-Le-Vayer^ qui demeurait dans un Taubourg de Paris, le faubourg Saint-Jacques. — Voyez la Lettre de Balzac da 6 féfrier 1639.

* M. de Gomberville.

vée AU grand contentement de ses amis. Pour engager Son Émlnence à cette générosité, nous lut avons fait promettre que M. de Vaugelas eomposeroit le Dictionnaire, à quoi 11 va travailler. Hier et aujourd'hui il a vu Son Éminenoe, qui l'a caressé et accueilli de telle sorte, qu'il ne tient pas dans sa peau. »

XXUI

CHAPBLAIN ▲ B4LZAG.

6 février 1659. «

« J'empêcherai bien que le sieur Tubero * ne soit guer* royé par l'Académie sur la question du Car, et J'ai préparé tout plein de bonnes raisons pour faire avorter le séoatus* consulte de la déclaration de guerre qui se minutoit contre lui, et pour faire rengainer aux Feneux (?) leurs habits ol leurs verges, mais Je ne suis pas assez puissant pour le remettre bien avec le sieur de Oomberville, et le parer de ta férocité. •

Chafblain ▲ Bauiag.

12 février 1639.

- Je ferai voir après demain en pleine assemblée à M. Borbonins, Tendroit de votre lettre où vous le collaudez. Gela fera pour lui d'éire célébré par vous à la vue de tant de gens quMI estime, et à vous 11 ne vous nuira point que tout ce monde voie que votre réconciliation continue, et que vous avez eu assez de vertu pour faire une amnistia du passé.

« A propos de TAcadémle, vous saurez que le sieur Tubero^ nonobstant son livre que Ton a voulu qui ait été fait

> La Mothe-Le-Vayer, qui avait écrit un livre sous ce nom. — Voye^, p. 575, la Lellre à Balzac du [15] Janvier 1699.

contre elle, a été fait membre de son corps, qu'il a été proposé à Son Éminence, laquelle l'ayant approuvé, il ne reste plus qu'à le recevoir au serment, et à lui donner des Lettres. Même cooptation a été faite du sieur Esprit, et en même temps; de sorte qu'au lieu que vous n'aviez en eux que d(>s amis, vous y aurez désormais des confrères. Car, Monsieur, afin que vous le sachiez, quoique vous soyez autant absent de l'esprit que du corps de cette noble Compagnie, nous vous tenons toujours pour présent,, et vous y conservons vos droits eomme si vous y rendiez un actuel service. »

Chapelain a M. de Chivbs, officiai. n'ÀNGOULiicE.

16 février 1639.

« Ces Jours passés, il a fallu coucher de tout le crédit d'une des puissances pour donner entrée dans l'Académie à un homme qui se nomme Esprit et qui n'en manque pas...

« Vous voulez bien aussi que je vous dise que vous jugez trop avantageusement de mon crédit, de penser qu'il suffit de me donner cette commission ' pour espérer qu'elle réu>* sisse. A peine suis-je connu de vue de M. le chancelier...

« Et quant à ce que vous m'alléguez de l'heureux office que j'ai rendu à M. de Vaugelas, pour le rétablissement de sa pension, pardonnez moi si je vous dis que les choses ne sont pas pareilles. La pension de M. de Vaugelas est une pension, c'est-à-dire rien, quand il plaît à M. de BuUion, et il lui plait presque toujours. C'est une pension à titre très-onéreux, et pour une chose longue et pénible à faire... J'ai eu pour fon-

> Il s*sgls9sil d*obten)r du chaacelier Séguter des lettres de conseiller d'État pour Balzac.

dément de mon entreprise la passion que SonËminenee avoit que l'Académie fût utile, et que ce Dictionnaire fût fait. »

Chapelain a Balzac.

33 février 1639.

« J*ai lu à M. Bourbon, devant le sieur de La Chambre et le conseiller d'État Priézac, hier, Jour de la réception, Tendroit de votre lettre ou vous Jouez les vers latins que Je vous ai envoyés. Il fut estimé et célébré comme excellent, et le Père qui ne le veut point être ' s'en tint infiniment votre obligé. Le sieur Colletet reçut là même le compliment qne vous lui adressiez; mais ce fut dans un coin^ hors de la portée des oreilles de tout le monde, pour éviter les conséquences. •

Chapelain a Balzac.

if mars 1630.

« Je suis tout à fait de votre avis touchant nos deux pénultièmes académiciens (La Mothe-Le-Vayer et Esprit), et je vous avoue qne le dernier me semble encore bien moins supportable que l'autre. Il y a en tous les deux à réformer sans doute ; mais celui dont je vous parle a les principes viciés, et nous le pouvons mettre entre les incurables. Cependant il plaît à ceux à qui rien ne devroit plaire qui ne fût bon, et il en reçoit des bienfaits qui seroient bien mieux employés à M. Silhon ou au seigneur Tubero même. •

1 Voyez page 186 : — Nicolas Bourl)on... c se retira dans les Pères de l*Oratoire ; mais il ne voulut être obligé à pas une des fonctions, ni même souffrir qu'on l'appelât Père. »

Chapelain a Balzac.

26 mars 1639.

« Le besoin de louer et panégyriquer rAcadémie ne me revient pas, surtout s'il ' le veut faire en françois, où Je doute qu'il soit un fort grand personnage. Pour me le faire avaler plus doucement, il me dit qu'il vous avoit principalement regardé dans ce projet, et qu*après vous il n'avoit considéré personne que moi. Si bien que, si Dieu ne nous aide, nous allons être oollaudés comme il faut. Mais si cela est inévitable, il faut prendre patience et tendre le cou. >

Chapblain a m. Bouchabd, a Rome.

26 juin 1639.

< Pour nouvelles je vous dirai qu'enfin à ma sollicitation, et, Je puis dire, par mon industrie, TAcadémie françoise est engagée à faire le Dictionnaire sur le plan que Je vous ai envoyé, et que J'ai fait rétablir la pension de M. de Yaugelas, perdue et rayée depuis dix ans, pour y travailler et défricher les matières afm que la Compagnie se résolve. Nous sommes déjà bien avant dans l'A, et, sans cette guerre qui confond tout, nous Taurions bien avancé en peu de temps, et mis en état de faire honneur et profit à la France. »

* Nous n'avons pu découvrir de qui il s'agit.

yiê PIÈGES JUSTIFICATIVES.

CHÀPELAIlf A M. DB BOIS-BOBBRT.

13 juillet 1639.

« J'fd cru voas devoir écrira, en mon particulier, sur ie ipéme sujet que vous écrit la Compagnie, sachant, par ce que M. de Bonair a fait entendre à quelqu'un de nous, qu'on ne vous cboqueroit point en ne suivant pas raffirmative, et connoissantf par mes propres expériences, que je vous puis dire toutes choses avec conA lence et liberté.

c Vous saurez donc qu*après la mort du pauvre M. Ca* musat, la veuve s'étant résolue à continuer la librairie, et ayant mSme su que quelques-uns de la profession briguoient pour être reçus libraires de PAcadémie en la place de son mari, sitôt que sa douleur lui permit de sortir, fut voir tous ces Messieurs chez eux, et les supplia de considérer qu'ils ne pouvoient avec justice écouter personne à son préjudice et à celui de ses enfants; que la loi lui permettant de continuer Texercice de son mari et de jouir de tous ses privilèges, il n'y auroit point d*apparence qu'on lui voulût ôter celui qu'elle chérissoit le plus, et sur quoi elle fondoit principalement la subsistance de sa petite famille; que, sans reproche, son mari avoit servi la Compagnie et travaillé pour elle avec beaucoup de dépenses, sans en avoir jusqu'ici tiré aucun avantage; que son bien étoit^n espérance et qu'elle pou voit dire qu'il lui étoit acquis à elle et aux siens, par les respects et services qu'il lui avolt rendus en général et en particulier; que, se trouvant en état de continuer les mêmes services avec la même capacité et assiduité par l'assistance d'un cousin du défunt, nourri de sa main et stylé dans l'imprimerie et la correction des livres, homme d'ailleurs qui a des

Lettres et qni vent bien quitter Tétade de la médecine pour embrasser cette profession , elle ne saurolt croire que Ton YOuMt transporter à un autre un emploi si légitimement acquis, et si aisé à conserver en sa maison; qu'elle estimoit sa condition et celle de ses pupilles si considérable en cette afAiire, quil lui sembloit que son bon droit parloit de luimême et ruinoit toutes les prétentions dq ses envieux; qu'en un mot, il s'agissoit de sa ruine, qui seroit une cruelle récompense de la passion que son mari avolt eu pour l'bonneur et le service de la Compagnie, et partant, qu'elle nous conjuroit de ne nous rien laisser persuader à son désavantage par ceux qui la voulolent supplanter avec tant d'inhumanité, et qu'elle auroit l'honneur de vous l'écrire et prier de la protéger dans sa Jostice auprès de Monseigneur, de qui elle espéroit toutes sortes de grâces. Voilà en substance les choses qu'elle nous a dites à tous séparément, et que J'ai su depuis qui avoient touché de compassion tout le monde, sans qu'il y en eût un seul qui balançât à lui gsrder son inclination et à désirer que la chose lui demeurât, comme lui étant de droit acquis.

« Mais comme la Compagnie ne se donne la permission de rien déterminer, non pas même des moindres choses qui la regardent, sans un ordre particulier de Son Éminence, qui est l'unique règle de ses volontés, nous lui fîmes notre réponse conditionnelle, ne lui promettant rien que sous le bon plaisir de Son Éminence, la volonté de laquelle nous apprendrions de vous.

« Maintenant, Monsieur, nous apprenons de vous que son inclination est que M. Cramoisy ' tienne la place du défunt, et à cela il n'y auroit rien à répliquer si c*étoit une Inclination confirmée. Mais, comme sa bonté nous laisse la liberté de lui expliquer nos sentiments là-dessus, et que nous pensons

* Imprtmetir du Hoi, directeur de l'Imprimerie royale, etc.

voir la Justice évidente du côté de la veuve sur les choses fpi'elle a représentées, j'ai vu la Compagnie se disposer à faire à Son Éminence ses remontrances, avec très-profonde humilité et entière résignation à ce qu'il lui plaira d'en ordonner, ce qu'il lui semble qu'elle peut faire avec d'autant moins de crainte de déplaire à Son Éminence que nous avons tous cru qu'elle avoit montré cette inclination pour n'avoir pas été informée que le 'défunt laissât une veuve qui fût en état et en volonté de suivre sa profession, et que d'ailleurs M. Cramoisy a déclaré à M. de fionair que si la veuvey pensoitet continuoit dans la profession, il ne prétcndoit en cela aucune chose à son préjudice. En quoi il a témoigné qu'il étoit homme d'honneur, et qu'il ne vouloit pas faire à une pauvre veuve, chargée d'enfants, ce qu'il seroit marri que Ton fit à sa femme et à sa famille s'il lui manquoit, quoiqu'elle soit des plus accommodées. Je laisse à votre générosité d'agir dans l'intérêt de cette femme et de la Compagnie, selon que vous le jugerez à propos. Cependant Je vous prierai de ne me point nommer en particulier, et de me croire toujours, Monsieur, Votre.... »

c A vous parler avec ma franchise ordinaire, M. Cramoisy a fait une action inhumaine de faire importuner Son Éminence pour obtenir cette place au préjudice de la veuve Camusat et de ses pauvres enfants, et, ayant ce dessein indigne d*un homme d'honneur, et que pas un de sa profession ne voudroit avoir eu, il s'est bien donné le garde de s'adresser à vous pour cela, jugeant bien que vous auriez été pour la justice, et que vous auriez dit à Son Éminence des choses ensuite de quoi il est indubitable que le protecteur des affligés, et particulièrement des veuves et des orphelins, auroit pronoâcé en faveur de celle-ci, et auroit commandé à l'Académie en cette occasion d'être bonne et généreuse à son imi-

tatioD. Je ne dis rien pour vous exhorter à travailler avec votre adresse ordinaire pour remettre les choses en leur premier état. Je vous connois dans Tâme, et, comme je sois assuré que vous avez pris vous-même le pani honnête, c'està-dire celui de l'honneur de Son Éniinence et de la Compagnie en cette rencontre, Je suis assuré que de vous-même TOUS agirez comme la raison et la prudence l'exigent de vous. €e dont je vous supplie est que vous ne témoigniez point . d'avoir reçu de lettre de moi là-dessus et de ne faire voir que celle de l'Académie à Son Éminence. Il importe que cela se passe ainsi pour moi , et après vous en avoir supplié comme je fais, je ne doute point que vous ne me fassiez cette grâce. Je suis tout à vous sans réserve. »

Chapelain à M. de Bois-Robert, a Saint-Quentin.

20 juillet 1639.

c Monsieur, — Il était impossible que l'équité de Son Eminence et l'amour que vous avez pour les choses honnêtes laissassent dépouiller la famille du pauvre Camusat d'un bien qu'il avoit si bien acquis, sitôt que vous auriez été averti de la disposition où est la veuve de continuer ses services à l'Académie. Aussi ne vous en écrivis-je pas la semaine passée comme d'une chose que je craignisse, mais seulement pour accompagner d'un billet confident les sentiments de la Compagnie, par lequel vous puissiez recon- Doftre que les très-humbles remontrances qu'elle faisoit à Son Eminence sur ce sujet partoient du cœur et n'étoient pas simplement pour satisfaire aux apparences. Je me réjouis, Monsieur^ de voir qufi nos pronostics aient été véritables, et vous félicite d'avoir été l'instrument volontaire du raccommodement de cette affaire , qu'il n'est point fâcheux qui

nsâ PIÈCES JUSTIFICATIVES.

eût été ruinée pour faire après plus éclater la justJce de Mon* seigneur, votre humanité et charité, et la fermeté de la Compagnie dans les mouvements de raison et de vertu. Je ferai savoir à cette pauvre veuve l*extréme obligation qu'elle vous a, et Je sais qu'elle la ressentira en personne l>len née et qui connott le bien qu*on loi fait. Je vous pourrois répoudre aussi de la satisfaction qu'en aura la Compagnie, si M. Conrart ne le devoit pas faire en son nom, loraqu'il lui aura communiqué votre lettre. — Je dis en son nom, prenant la plus grande partie pour le tout, car il y a apparence que ce ne sera pas au nom du faux-frère qui avoit fait agir H. Citoys en cette rencontre, pour Tintérét de son ami, contre l'intérêt et l'honneur de lu Compagnie.

c Au reste, vous pourriez toujours assurer Son Ëminence de la continuation des travaux de M. de Vaugelas, qui fournit aux trois bureaux qui se tiennent toutes les semaines avec assiduité pour l'avancement du Dictionnaire ; et je vous proteste qu*il ne s'y peut rien ajouter, et que si l'ouvrage réussit un peu long, ce n'est pas par ta négligence des ouvriers, mais par la nature de la matière qui, comme vous le savez par expérience, est épineuse et de grande discussion pour la bien traiter. En un mot , on n'y perd pas un moment, et Son Ëminence le peut croire d'un homme comme moi, qui en ai été le promoteur, qui y donne le plus cher de mon temps, et qui en passionne l'accomplissement comme y ayant un plus particulier intérêt d'honneur que personne. »

XXXU.

ChAPBLàIN a m. BotJCHAED, À ROMS.

23 ao'ût 1699.

c J*al TU avec s«tisfoietion votre opinion sur la inéthodc

que vous voudriez que l'on suivit pour la compilation du Vocabulaire. Sur quoi je vous expliquerois la mienne, si nous n*avions point eu un ordre supérieur pour travailler suivant le plan que je vous al envoyé ; après quoi nous n'avons garde de croire qu'il y en puisse avoir de meilleur.

m Quant à la comédie satirique qui fut faite, il y a deux ans, contre l'Académie ^ il n'y a point eu d'homme assez hardi pour l'avouer^ soit qu'il craignit le ressentiment des particuliers, qui pourtant n'en ont eu aucun, Taynnt méprisée comme une badinerie insipide, soit qu'il appréhendât le châtiment de l'ordre de son Fondateur et Protecteur, à qui ce petit attentat, pour sa propre considération, ne devait point plaire. Quelques-uns l'ont voulu donner à notre ami Saint-Amant, et la pucelle de Gournay l'a assuré à cent pour cent ; mais ni elle ni eux ne l'ont persuadé à personne, et il s'en défend comme d'un crime ou d'un sacrilège. »

xxxm.

Chapelain a mademoiselle de Gournay.

18 septembre 1639.

« Vous êtes bonne de m'envoyer ainsi la paix; je la reçois de votre main, mais seulement pour les affaires générales; car pour nos différends particuliers, vous savez bien qu'ils ne sauroient finir, et que vous êtes rirréconciliable ennemie de Técorcheuse Académie. Je suis marri que vous ayez fait juger pendant ce soir par ce tribunal que vous ne coonolssez pas. Outre que vous y avez été condamnée, vous leur donnez encore droit de vous y citer quand bon leur semblera, ayant fait cet acte de reconnoissance. «

ChAPEULIH ▲ M. BOUCHÂMD.

f o décembre 1639.

« J*ai la et infiniment estimé les yers da seigneur Pollini et les v6tres, et je pois dire sans flatterie que ce sont deax ehefs-d*œQTre en leur genre chacun. Ç*a été le jugement de tous nos lettrés d^împortance à fpii Je les ai fait voir avec tout le soin que je dois prendre pour votre réputation, et ces lettrés ne sont pas moins que les Bourbon, les Sirmond, les Petaut , les Grotius et la fleur de TAcadémie françoise, qui en ont fait un cas extraordinaire, au grand honneur de leurs auteurs. Un de ces Messieurs s'arrêta sur le mot de reflorescit^ qu'il estima n'être pas du bon siècle, et sur la mesure des senaires qu'il dit n'être pas tout à fait bien observée. »

Chapelaih à m. le uabquis j>b MoNTArziEB, EN Alsace.

30 avril 1640.

« Il faut... vous dire que la Suffisance de votre aversion (Voiture) a été mortifiée ces Jours passés, et le sera encore à l'avenir par un ordre précis qui est venu de Ruel à tous ceux qui font part (partie) de l'Académie , d'avoir à opter dans trois Jours, ou d'y donner ses soins et ses assistances régulières lorsqu'ils seront à Paris et qu'ils ne seront point malades, ou de faire place à beaucoup de personnes de considération qui demandent à y entrer. Et cet ordre sérieux, et témoigné par madame la duchesse d'Aiguillon, qui y étoit présente, a eu un tel effet, que notre homme s'est résolu de contraindre son libertinage, et de venir plutôt à l'Assem-

blée en enrageant que de la négliger comme 11 i'avoit fait, de peur d'attirer sur eux Tindignation de celui qui peut toutes choses. La noutelle s'en est répandue partout où il est connu, et amis et ennemis s'en sont réjouis presque également, et lui en ont fait des huées qui le persécutent. L'Aca* demie même ne s'en est pas abstenue, et s'est réjouie en sa présence et à ses dépens de l'avoir tu venir par force au lieu où il faisoit profession de ne point venir de son bon gré. »

Chapelain a M. Voitcbb.

15 mai 1640.

« Mon homme vous porte un livre dont M. de La Mothe m'a chargé pour vous. C'est un présent qu'il vous fait en qualité d'Académicien. Par là vous voyez qu'encore que vous ne puissiez rien apprendre à l'AcadémiCi vous ne laissez pas d'y pouvoir profiter, et de la sorte que Je vois qu'on vous y estime, si vous y rendiez un peu plus de sujétion, nonseulement on vous y donneroit tous les Jours des livres, mais Je crois que l'on en ferolt en votre honneur. »

Chapelain a M. Bouchabd, a Rome.

23 mai 1640.

« L'Académie travaille toujours au Dictionnaire, et avance comme dans les compagnies, c'est-à-dire lentement. Entre plusieurs ouvrages des Académiciens, depuis deux Jours il s'en est publié un de grand applaudissement, qui est les Annales de Tacite en françois ; J*entends les cinq premiers livres de la traduction de M. d'Ablancourt. »

364 PIÈCES JUSTlFlGATiVBS.

Jtxxvm.

Chapelain a H. Gonbabt, à Bourboti.

iSjaiai640.

«... Quand Je vous aurois plas tAt su au lieu où vous éteSy Je ne crois pas que Je me fusse pu résoudre à vous donner de nos nouvelles qu'à présent; car quelle nouvelle vous devols-Je plus tôt mander que celle de la réception de notre ami dans l'Académie? Et comment vous le pouvois-je plus tôt mander qu'à cette heure, puisque ce n'est que cette après-dfnée qu'il a fait son entrée et qu'il s'est honoré de ce grade en l'honorant ' ? Je ne vous oserois dire combien il a satisfait tout le monde, soit par sa mine, soit par sa modestie, soit par son éloquence, de peur de vons donner trop de regret de n'y avoir pas été présent. Et certes, vous avez bien manqué à vous-même aussi bien qu'à eux en eette rencontre, et Je ne sais lequel des deux est le plus à plaindre en cefa, 00 lui de vousy ou vous de lui. Mais il ne veas le fetut point reprocher.... SI vous revenez bientôt, vous aurez bientôt la Joie que vous avez manquée, car nous avons en charité pour vous, et avons obligé notre orateur à mettre par écrit sa harangue, afin de la mettre à votre retour dans vos archives. »

Chapelain a Balzac.

24 juin i640.

« J'ai vu M. Ménage, et nous avons fort parlé de vous. Il est toujours en ftintaisle de vous aller faire visite, et Dieu

^ Il semble qu'il soit question ici et dans notre extrait XLI* de Perret d*Ablancoart; et cependant d^Ablancourt avait été nommé en 1637. Gomment aurait-il tant tardé à prendre possession de son titre ?

sait quand cela sera ; combien il voua contera de noaTeUee des savants et des ignorants, des candidats de rAeadémie et de ceux qui repuUam passi wni en ces derniers temps, dans la poursuite d'un lieu en votre célèbre Compagnie. •

GHAPBLAnr A M. CONBABT, A BoUfiBOR.

27 Juin i 640.

« Mous avons fait aujourd'hui de nouveaux officiers, et M. Gombaud , qui s'étoit opiniâtrement déposé du vicariat de la Chancellerie, par une Justice de la fortune, s'est luimême, en distribuant les billets, donné celui qui portoit le nom de Chancelier, dont vous auriez ri si vous aviez vu sa surprise. M. de Yaugelas s'est trouvé Directeur, qui feroit très-bien la charge s'il avoit la voix un peu plus haute. »

XU.

Chapelain a M. Comhabt, a Boubbou,

4 Juillet 1040.

« Je ne sais plus que répondre à l'Académie, où p^y>rnff ne sauroit remplir votre place, qui est la seule qui n'y est point sujette à changement. Tous nos autres amis murmurent de votre long séjour à Bourbon', et disent qu'ils n'eussent Jamais cru que vous les eussiez oubliés pour un verre d'eau. »

XLH.

CHAPXLAm A Balzac.

8 Juillet f 640.

• Je n'a! pas été moins scandalisé que vous et que tons

* Dans une lettre à Montausier du 14 juillet. Chapelain annonee le retour de Gonrart à Paris.

nos antres amis de la mauvaise action de grâces que notre clier M. d*A.../ a faite poar celle qu*il prétend avoir reçue lorsqu'il a été admis entre les académiciens françois. Mais personne n'a osé le détourner de cette tentation pour les su- Jets que vous pouvez penser ; et en tout cas, il en reviendra ce bien que ceux qui connoissent le mérite de notre ami prendront bonne opinion de cette Compagnie, voyant qu'un si homme d'honneur que lui s'en est presque tenu indigne, et que nous avons beaucoup accru son estime de l'y avoir bien voulu souffrir. J'ai été eu mon particulier confondu de ce qu'il a voulu mettre à la fm de son épttre, et ce qui vous y a choqué au commencement ne m'a semblé qu'une peccadille à comparaison. Je ne m'en plaindrai pourtant point ici , de peur que vous ne m'accusiez d'affecter de la modestie, et vous laisserai Juger dans votre cœur si je n'ai pas occasion de me plaindre de lui....

« Pour le candidat, c'est le même abbé (d'Aubignac) qui, pensant avoir un pied dans l'Académie, repulsam p€usu$ est en faveur de M. Patru, votre ami et excellent avocat, à cause d'un libelle qu'il avoit fait contre la Roxane de M. Desmarets, qui avoit charmé les puissances* »

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