‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 40 sur 81 · LETTRES DE BALZAC RELATIVES A L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

LETTRES DE BALZAC RELATIVES A L'ACADÉMIE

23 septembre 1656 ^

Trouvez bon qu'aujourd'hui Je n'agisse pas sérieusemeut avec vous. Je n'ai pu m'empècher de rire de la belle nouvelle de votre lettre. Vous me mandez que vous avez été reçu par grâce dans l'Académie des beaux esprits. Et moi Je voudrois vous demander qui a reçu les beaux esprits qui vous ont reçu ? D'où vient le principe de l'autorité et la source de la mission? Qui sont ces grands personnages qui ont fait grâce à M. Chapelain? De quelles contrées nouvellement découvertes viennent ees hommes extraordinidres , qui, pour faire grâce à M. Chapelain, doivent valoir on peu plot que M. le cardinal du Perron , et que M* le président de Thou. Dites-moi encore, s'il vous plait, qu'est-ce que ee Directeur? Qu'est-ce que */? Quoi que vous me puissiez dire là-dessus, j'ai peur que vous ne me persuaderez pas. et que j'aurai de la peine à adorer le Soleil levant (l'Académie), dont vous me parlez. On m'en écrit comme d'une comète fatale qui nous menace, comme d'une chose terrible et plus

< Cette date est ceruiDement faosse^ puisque la lettre de Baliac répond ^ celle que lui écrivit Chapelain à la date du 26 mars 1634. •- Voy. page 362.

SIÈGES lUSTIFIGATIYBS. 991

redOQIàbte que la saiate inquisition. On me mande que c^est fme tyrannie qui se va établir sur les esprits , et à laquelle il faut que nous autres, faiseurs délivres, rendions une obéis* sanee aveugle* Si eela est, Je suis rebelle, je suis hérétique. Je tais me Jeter dans le parti des barbares. Voici un grand mot, mais 11 est très* véritable. Vous êtes le seul que Je puisse prélëref à ma liberté : et s'il n'y a pas de moyen de vivre indépendant en ce monde , Je vous prie que Je ne recon* BOlsse^ en prose et en vers, d'autre Juridiction que la vôtre.

[Balzac, I, in-fol., p. 727, lettre XV.)

80 septembre 16^6 ^

Je vous crie merci de ma trop grande crédulité. Pardonnezmoi mes craintes et mes alarmes. Je redoute toute sorte de Joug,^ et la tyrannie me fait peur dans l'histoire même d'Athènes et de Syracuse. J'avois été mal informé de l'état de votre Académie. Sans doute la peinture qu'on m'en avoit envoyée n'avoit été tirée d'après le naturel. Vous m'avez fait plaisir de me détromper, et Je vois bien que cette nouvelle société fera honneur à la France, donnera de la Jalousie à ritalie; et, si Je suis bon tireur d'horoscope, elle sera bientôt l'oracle de toute l'Europe civilisée. Je suis très-aise que M. le Garde des Sceaux et M. Servien en aient voulu être; mais Je voudrois que quelques autres qu'on m'a nommés n'en fassent pas, ou , pour le moins, qu'ils n'y eussent point de voix délibérative. Ce serait assez qu'ils se contentassent de donner des sièges, et de fermer et ouvrir la porte.

Us peuvent être de l'Académie, mais en qualité de be-

^ Encore une fausse date. Cette lettre répond à celle de Gha* pelain de novembre 1654. — V67. pp. 861^65.

deaux ou de frères-lais. Il faut qu'ils fassent partie de irotre Corps, coiDine les huissiers font partie du Parlement. Mais peut-être que J'ai été encore trompé par la seconde nouvelle, et que ceux qu'on m'a nommés n'ont point reçu l'honneur qu'on m'a dit. Il y a de l'apparence que vous savez mieux choishr. En tout cas, Je vous prie qu'il y ait deux ordres d'Académiciens^ et souvenez-vous à la première séance de séparer les patrices d'avec le peuple,

{Balzac y I, in-fol., p. 798, lettre XYI*)

10 septembre 1637.

J'ai peur que la dépêche du mois passé se sera perdue, et qu'il faudra la chercher dans les registres de Totyla*. Ce n'est pas que ces sortes d'écritures vaillent la peine d'être conservées, ni qu'il faille que mon oisiveté soit aussi exacte et aussi ponctuelle qu'une ambassade. Mais aussi , pourquoi reltiser de la besogne aux ouvriers qui la demandent, et épargner des moins qui ne se lassent jamais? Le sei^eur Totyla veut être employé , et ne se soucie pas sur quelle matière , pourvu que ce soit moi qui la lui fournisse. Il est grand dommage qu'il ne soit aux gages de l'Académie, et qu'il ne se trouve derrière messieurs, cum stylo et pugillaribus^ à côté de notre cher Camusat. Si vous lui faisiez cet honneur, je vous réponds qu'il ne se perdroit pas une syllabe de toutes vos doctes conférences; Je dis davantage, il sauroit recueillir les choses mêmes sur lesquelles il n'y a poiut de prise ; comme qui diroit là bile jaune de M. '^'^^ la gravité de M. ***, la noire de M. ***, les grimaces de M. ***, les branements de tête et les souris dédaigneux de M. *'^'^. Un

> Nom du secrétaire de Balzac,

homme qai fait tout cela fera bien revenir au logis une dépêche égarée, et si les archives nous manquent « j'attends un miracle de sa mémoire. Pour être détrompé de mon eri*eur,J'avois besoin du dernier article de votre lettre. Votre avis confirme ou redresse toujours Je mien.

[Balzac^ I, in-fol., p. 758, lettre XXXIII.)

22 septembre 1633.

J'ai la une bonne partie de l'histoire de votre ami et l'ai trouvée admirablement bien écrite ; mais la manière plairat-elle à tout le monde? Que diront les rieurs, d'un dessein si nouveau et si surprenant? Et notre excellent marquis ne sera-t-il point un des premiers qui s'étonnera de la publication de cette histoire si bien écrite? L'historien m'oblige en plusieurs façons, et je vous prie de lui faire savoir ma reconnoissance. Il est vrai que j'eusse voulu qu'en deux endroits, où il me fait l'honneur de m'alléguer sur le sujet de M. de Vaugelas, il eût pris garde plus exactement aux épreuves des deux feuilles ; car l'un et l'autre passage est corrompu, et je n'entends point ce que me fait dire son imprimeur. Il est, au reste, plus éloquent historien que fidèle historien, pour le moins en ce qui regarde ma réception en l'Académie.

Voici ce qui en est, et dont il n'a pas été bien informé. M« de Boisrobert m'écrivit deux ou trois fois touchant cette nouvelle institution , et me représenta par mille belles raisons, et dans le style du monde le plus sérieux, qu'il falloit que je fusse un des confrères.

Je répondis à ces lettres, et tournai toujours la chose en raillerie, étant alors dans les premières ferveurs de la solitude, et lui témoignai que mon dessein était d'être tout seul

de mon ordre, et que ce dessein étant un vœu , 11 n*y arolt point de société dans laquelle Je pusse ni voulusse entrer, fût-elle plus illustre que celle des Argonautes, qui étoit com* posée de princes et de demi-dieux. M. de Boisrobert ne goûta pas ce langage, et fut fâché que son sérieux m*eût donné sujet de rire; il m^écrivlt une dernière lettre, qui me menaçoit de la part de M. le Cardinal , et me signifioit en termes exprès, que Je déplairois. à son Éminence, sijeméprisois sa fondation , et si Je ne faisois à l'Académie un compliment par écrit. Je ne répondis point à ces paroles menaçantes, et me résolus plutôt à encourir rindignatioti de Son Éminence (J'étois sur le point de sortir du royaume pour d'autres raisons) qu'à écrire une lettre qu'on vouloit me faire écrire par force. Ensuite de mon silence, il se passa quelque temps sans que Je reçusse des nouvelles de Paris. Mais cinq ou six mois après, m'imaginant que le Cardinal étoit occupé ailleurs; que M. de Boisrobert diverti, que l'Académie triomphante et dans les plus beaux Jours de sa gloire, avoient oublié un villageois, qui ne connoissoit pas sa bonne fortune ; un ami arrivé nouvellement de la coar me vint dire à Balzac que J'étois de l'Académie, et qu'il avolt vu mon nom dans le soleil du petit bonhomme M. de la Peyre •. Voilà la vérité de la chose, et s'il a présenté à TAcadémie une lettre de ma part, il faut qu'elle soit de même fabrique que celle que j'écrivis à M. le duc de Beàufort, dans les premiers troubles de Paris. Vous voyez par là , mon cher Monsieur, combien nous doit être suspecte la foi des anciens et des étrangers, et ce que nous devons croire des histoires des Grecs et des Perses.

{Balzac^ I, in-fol., p. 982, livre XXVI.)

> Voyez ci-dessus, p. 155.

PieCBS IUSTIPIGAT1VB& 3M

3 novembre i653.

Quand J'ai tourné en raillerie le sérieux de M. de Boisrobert, ni yous ni mes autres amis n'avez point eu de part à cette raillerie. Il ne m'avoit point informé de la mérité de la chose; il ne m'avoit rien écrit de rétablissement et des premiers confrères de T Académie. Il me parloit seulement , en termes vagues et généraux , à^une Académie des beaux eS" pritSy et ra'ordonnolt d'écrire une lettre pour demander d'y être reçu. Ne sachant alors autre chose que cela de l'Académie, Je crus en pouvoir rire innocemment avec M. de Bolsrobert.

{Balzac y I, in-fol., p. 984, livre XXVI.)

996 PIÈCES lUSTlFICATITSS.

DE L'OPPOSITH»!

FAHE A L'ÉTABUSSEMEXT DE L'ACADËaiIE >

Pde 10» wfcrirf mt U Ckdtt et le

Nous aTODS inotilaiieiit dierehé, daiis différentes copies OD extraits des registres da Parleroent à cette époque, la trace des discQssioDs auxquelles doana lieu la ibudation de FAcadéiDîe française; il D*y est question de l'Académie, ni en 1635, ni en 1636, — Dans la précieuse collection des registres du Parlement donnée par le roi Louis-Philippe à M. Dupin, et par celui-ci à la Bibliothèque de l'ordre des Avocats, on lit, à la date du 3 juillet 1637 :

c Ce Jour, les Grandes Chambres, Toumelles et de PÉdit assemblées, délibérant sur les Lettres du Roi concernant ane Académie de Téloquence françoise, l'heure a sonné et a été la délibération remise au premier jour. »

Du 9* dudit mois.

c Vu par la Cour, les Grandes Chambres, Toumelle et de rÉdit assemblées, les lettres patentes données à Paris, au mois de janvier 1635 et signées : Louis, et sur le repli : par le Roi^ de Lombnib, et scellées en lacs de soie, sur double queue de cire jaune, par lesquelles et pour les causes

^ Vojez psge 40.

y contenues ledit Seigneur autorise , permet et approuve les assemblées et conférences de 1* Académie françoise, veut qu'elle se continue désormais en la ville de Paris, sous le nom de l'Académie françoise ; que son très-cher et très-amé cousin le cardinal, duc de Riciielieu, s'en puisse dire et nommer le chef et protecteur; que le nombre en soit limité à quarante personnes, qu'il en autorise les officiers, les statuts et règlements, sans qu'il soit besoin d'autres Lettres, confirme dès à présent, comme pour lors, tout ce qu'il fera pour ce regard , veut pareillement que ladite Académie ait un sceau et que ceux d'icelle Académie soient exempts de tutelles et curatelles, guets et gardes, avec le droit de Commit^ timus^ ainsi qu'il est plus au long porté par lesdites Lettres, conclusions du Procureur du Roi, et tout considéré :

c Là CouB a ordonné et ordonne que lesdites Lettres seront registrées au Greffe d'icelle pour être exécutées selon leur forme et teneur, à la charge que ceux de ladite Académie ne connoltront que de l'ornement, embellissement et augmentation de la langue françoise et des livres qui seront par eux faits et par autres personnes qui le désireront et voudront. »

— La fin seule du texte de cette délibération avait été donnée par Pellisson. Voltaire a cherché, dans son Histoire du Parlement de Paris ^ la cause de l'opposition formée par ce Corps à l'établissement de l'Académie française ; il Fexplique ainsi :

< Les uns crurent qu'après un arrêt rendu en faveur de l'Université et d'Aristote , cette Compagnie (le Parlement) craignait qu'une société d'hommes éclairés, encouragée par l'autorité royale, n'enseignât des nouveautés. D'autres pensèrent que le Parlement ne voulait pas qu'en cultivant l'éloquence, inconnue chez les Français, la barbarie du barreau ne devint un sujet de mépris. D'autres enfin imaginèrent que le

Parlement, mortifié tous les jours par le Cardlnaii voulait à son tour lui donner des dégoûts

« Si le Parlement différa une année entière d'enregistrer les lettres, c'est qu'il craignait que l'Académie ne s'attribuât quelque juridiction sur la librairie, i

Il est surprenant que Voltaire ne rappelle même pas la raison donnée par Pellisson, et qui nous semble être la vraie, savoir : la crainte qu'avait le Parlement de voir s'élever une Compagnie rivale qui lui disputât l'autorité.

Il n'est pas moins étonnant qu'il ait accueilli ce bruit absurde qu'on craignait, en admettant une Académie destinée à perfectionner la langue, de rendre ridicule la barbarie du barreau , comme si cette barbarie eût été une nécessité ! — Que l'Académie se soit ou non proposé la réforme du barreau, il est certain que la réforme eut lieu là comme dans les chaires des prédicateurs , et l'on ne peut douter que le zèle des premiers Académiciens n'y ait puissamment contribué.

L'Académie ne manqua pas do reste de signaler cet heu-* reux effet de son influence ; ainsi, dans le discours que prononça l*abbéTaUemant le jeune, le 37 mai 1675, sur l'utilité des Académies, nous trouvons ce passage :

« C'est une commune ingratitude du vulgaire de ne rechercher Jamais la première source du bien , et de ne s'attacher qu'à ce qui lui est le plus proche et le plus sensible. Demandez quelle est la cause de la politesse du langage et des monirs, et d'où vient que la France est maintenant si remplie de science et d'esprit : fera-t-on l'honneur à l'Académie de lui en attribuer quelque chose ? Cependant, Messieurs, il est vrai de dire que tout ce qu'il y a d'éloquence dans la Chaire et dans le Barreau, toute cette pureté de langage qui est répandue dans les écrits des particuliers, et cette justesse de style qui

est presque universelle dans le royaume, sont venues insensiblement des conférences de rAcadémie. Je dis encore plus. C'est elle qui , en bannissant les métaphores et les pointes ridicules, a formé le goût et donné de Tesprit presque à tout le monde; et enfin il est aussi vrai que la politesse et l'amour des sciences et des arts et mille autres biens sont dus à l'Académie, comme il est vrai pareillement que TAcadémie doit toutes ces choses, et se doit elle-même, au Monarque glorieux que le ciel nous a donné. »

Dans le passage suivant d'un discours de Charpentier, répondant, comme directeur, à M, de Caillères et à l'abbé Renaudot, le jour de leur réception, les mêmes effets sont* attribués non plus à l'Académie, parce qu'elle a le roi pour protecteur, mais au roi parce qu'il protège l'Académie : on voit par quelle association d'idées.

« Quel changement dans le royaume, depuis que les favorables influences de ce grand astre (c'est le roi) se sont répandues sur les beaux-arts!... On parle mieux que jamais, soit au barreau , soit dans la chaire. On a banni du barreau ces éruditions superflues, ces citations inutiles qui faisoient perdre tant de temps aux juges, et qui contribuoient si peu à l'éclaircissement de la cause. On a banni de la chaire les amplifications importunes, cette vaine ostentation d'une lecture mal digérée des auteurs profanes, et le plus souvent indignes d'être allégués dans un discours évangélique. Les orateurs de l'un et de l'autre tribunal ont été plus fidèles à leur sujet, et s'y sont attachés de meilleure fol. »

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