LE BUREAU D'ADRESSE ET L'ACADÉMIE
Nous avons donné, pages 222-223 {note)^ un passage des pamphlets de Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain, où celui-ci a prononcé le mot d'Académie ; on y remarque en effet la confusion qu'il fait du bureau d'adresse de Renaudot, chez qui s'élaboraient les gazettes, et de l'Académie française qu'il appelle V Académie gazétique. On y peut Joindre celui-ci, tiré du Jugement sur la préface et diverses pièces que le cardinal de Richelieu prétend faire servir à l^hiS' toire de son crédit; on le trouve au § II, p. 95 du Recueil de pièces pour servir à la défense de Monsieur^ frère du Roi et de la Reine- Mère, 1631-1637 :
c Le Cardinal a reconnu sa disette, et, pour tâcher de s'en relever, il a dressé une école, ou plutôt une volière de Psaphon , r Académie, qui est la maison du gazetier, c'est-'àdire le père des mensonges. Là s^assemble un grand nombre de pauvres ardents (lépreux), qui apprennent à composer des fards pour plâtrer les laides actions, et à faire des onguents pour mettre sur les plaies du public et du Cardinal. »
Voici quelques détails qui expliquent commentcette erreur était possible, et même facile pour l'abbé de Saint-Germain, alors éloigné de Paris.
En 1631 , Renaudot avoit établi ce qu'il appelait le bureau d^adresse : c'était un lieu de renseignements pour les étran* gerset les commerçants, un dispensaire de consultations gratuites pour les malades, une sorte de mont-de-piété, et déplus un rendez-vous pour les désœuvrés. De là sortit, en 1631 , /a
* Voyez page 47.
Gazette; là aussi se formèrent bientât des réuuions ou, la presse manquant, on venait émettre ses idées sur toutes sortes de matières. En 1633, Benaudot lit imprimer les procès-verbaux de ces curieuses séances, en laissant une large place aux discussions qui s'y soutenaient, et Ion eut de semaine en semaine, en même temps que la Gazette^ et dans lu même format, ces feuilles volantes qui, réuuies en volumes^ ont donné d'abord la a Première centurie des questions traitées es co))férences du Bureau d'adresse, depuis le vingtdeuxième jour d'aoitt tezzjusqu'au dernier juillet \^Z A, » Ce volume parut précédé d'une dédicace au cardinal de Richelieu : qui sait si le grand ministre n'y prit pas l'idée de constituer un corps chargé de poursuivre le même but, avec plus d'autorité? L*historien de l'Académie a reculé devant l'idée de donner à cette Compagnie un si humble berceau, tant la composition fort mélangée des habitués de Renaiidot avait eu peu de crédit, dans le temps même de la plus grande vogue de ses conférences.
Quoi qu'il en soit, voici quelques passages de VAvis aux lecteurs placé par Renaudot entête àt^di première Centyrie^ et qui feront connaître à la fois la composition et le fonctionnement des Conférences académiques.
Après avoir dit que les milliers de personnes qui ont pris
part aux conférences ont voulu cacher leurs noms pour que
le public pût juger en toute liberté, et sans tenir compte de
l'autorité des orateurs, des questions qui y étaient traitées,
1 ajoute :
I « Quelques-uns y ont trouvé à dire qu'on n'y admettoit point toutes sortes de personnes, comme ii sembloit se devoir faire en un lieu dont l'accès est libre à tout le monde. Mais ceux qui considéreront que les Académies ne sont pas pour le vulgaire, ne trouveront pas étrange qu'on y ait apporté quelque distinction. Et si toutes les personnes de la I. -20
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• Bncf, les ccL-^zes siXif^riroat a peine de voir avancer ODe propo^Itlûo q^ii le-^r semble errooée, sans se lever à FiQstiEt pc*ar fui en opp«>>er ace autre, et troaveroDt que le pîas ciertain m«iyeo de JecoaTiir crlte \érilé est le syllogisme. Mais la G!>ofereDce ne poa\ant cofTipa tir avec la façon d'argumenter qai se pratiq'je anx écoles, et ces disputes et contradictions o*offvi<qjan! pas sealemeot toute la grâce et le plaisir de IVnl retien, mais finissant même par d'ordinaires notes et irijures pédantesqaes, Tun des plus grands soins qu'on ait a[jpi>rté a les empêcher, a été de persuader à un chacun qu'il nVtoit nullement intéressé à soutenir ce qu'il avoit mis en a\ant, et que Tavis, une fois proposé, étolt un fruit exposé a la compaunie, de la propriété duquel aucun ne se devoit plus piquer. •
Enfin Renaudot explique pourquoi il n'a jamais donné de conclusion aux discussions : il n'a pas voulu exciter de jalousie entre ceux qui verraient leurs opinions rejetées et ceux dont l'avis aurait prévalu.
La deuxième Centurie parut avec une dédicace au chancelier Séguler, datée du 24 mars 1636. Il n*y est fait aucune mention de l'Académie française, qui cependant était déjà instituée, quoique ses lettres patentes n'eussent pas encore été registrées eo Parlement. De la préface qui précède cette seconde Centurie, nous extrayons le passage suivant.
Renaudot a fait remarquer que la science est sans doute fort répandue dans nos écoles; mais, ajoute-t-il, « il n'y a point eu jusqu'ici de lieu en ce royaume qui fût particulièrement destiné à se faire part les uns aux autres de cette étude, nettoyée de la poussière qui, tout inséparable qu'elle est de sa production, toutefois, lorsqu'elle est séparée, auroit son prix et la rendroit de meilleur débit. J'entends ces termes de l'école qui font sembler les meilleurs discours à un soulier rempli de sa forme. »
Deux choses sont bannies des conférences : la religion, dont les questions sont renvoyées en Sorbonne; la politique, qui relève du conseil d'État.
« L'une des lois de cette conférence, sinon absolue, mais de laquelle on s'écarte le moins qu'il se peut, est qu'on n'y parle que françois, afin de cultiver tant plus notre langue à l'imitation des anciens Grecs et Romains, et qu'on n'y allègue des autorités que fort rarement : non pour s'attribuer ce qui a été dit par d'autres, encore que cette espèce de larcin ne trouble pas grandement la société des hommes, et qu'il se rencontre des conceptions, comme d'autres choses semblables; mais, outre le désir de brièveté, sur ce fondement que, si l'auteur a parlé avec raison, elle doit suffire sans autorité ; sinon, hors la loi divine et celle du prince, une autorité ne doit point faire de force sur les âmes libres. »
On voit, en dépouillant les volumes de ces conférences, que, quand les questions proposées à la réunion précédente
étaient épuisées, on y proposait des expériences; on recevait communication des inventions et découvertes nouvelles, on nommait des commissaires pour les examiner.
Une particularité fort remarquable, c'est qu'aux conférences du bureau d'adresse on appréciait, comme à TAcademie elle-même, les ouvrages de ceux qui le demandaient. On en voit même un curieux exemple. Un écrivain suédois prit la peine de venir de Suède exprès pour soumettre au bureau d'adresse un poëme en douze mille vers sur Gustave Adolphe, poème Intitulé : Fulmen in Âquilam,
En outre, aux conférences, on proposait certaines inventions à faire, et l'assemblée ne se séparait qu'après avoir indiqué les matières qui seraient traitées à huitaioe , à la prochaine réunion.
LA COMÉDIE DE L*ACAbÉMlE '.
Nous donnons ici le texte de celle Comédie d'après la première cdilion et les copies manuscrites du temps. Des variantes, distinguées des notes par des caractères plus Ans, et rattacliées au texte par des lettres au lieu de chiffres, feront connaître les principales différences de Têdition ancienne et de celle qui fut publiée longtemps après par DesMaizeaux, quand Saint-Ëvreoiont se fut décidé à reconnaître cette pièce.
' Voy. p. 48, et aussi aux pp. 367, 368 les oxiraits Xlll et XIV de (Jia(>eiaiu.
LA œM£DII£